Claudine de retour à Paris

Claudine - Paris

Par Laurent Bury | mer 05 Octobre 2016 | Imprimer

La Compagnie de l’Oiseleur n’en finit pas de nous offrir des redécouvertes plus passionnantes les unes que les autres. Portée par son seul enthousiasme et par l’aide de quelques généreux mécènes, elle proposait l’an dernier la recréation de Nausicaa de Reynaldo Hahn. Cette année, retour à la Salle Byzantine de l’ambassade de Roumanie avec un compositeur plus rare, Rodolphe Berger, dont on célèbre cette année le centenaire. Connu presque exclusivement pour sa célèbre valse lente « Amoureuse » (« Je suis lâche avec toi, je m’en veux… »), cet Autrichien installé à Paris (1864-1916) est l’auteur de plusieurs opérettes et opéras-comiques (l’Oiseleur nous promet un jour de monter son Chevalier d’Eon) où se mêlent une incontestable influence viennoise – Franz Lehar n'est pas loin – et l’écho des rythmes anglo-saxons, cake-walks et autres ragtimes qui commençaient à se propager en Europe. En 1910, le Moulin-Rouge présenta Claudine, opérette que Willy (Henry Gauthier-Villars) troussa fort habilement à partir des deux premiers romans de la série qu’il avait coécrite avec son épouse Colette, Claudine à l'école (1900) et Claudine à Paris  (1901). Evidemment, le livret fait l’impasse sur les nombreuses scènes sapphiques qui avaient fait le succès de scandale des livres, et supprime un certain nombre de personnages secondaires, mais l’impertinence de l’héroïne n’est pas perdue, c’est l’essentiel.


F. Villard, C. Decouture, L'Oiseleur des Longchamps © DR

Peut-être la Compagnie de l’Oiseleur n’aurait-elle d’ailleurs pas monté cette œuvre si elle n’avait su pouvoir compter sur l’interprète idéale en la personne de Clémentine Decouture, impeccable en adolescente mutine. Dans le rôle de son amie Luce, Sabine Revault d’Allonnes fait valoir une voix qui a gagné de l’ampleur avec les années, et Marie Kalinine s’invente un savoureux accent bourguignon pour devenir Mélie, la bonne, qui maudit ce « Cochon de Paris ». Pour être brève, l’intervention de Mariamielle Lamagat est loin de passer inaperçue et sa « Chanson américaine » est un régal. L’Oiseleur des Longchamps trouve en Renaud un rôle qui lui convient fort bien et où il peut faire valoir ses qualités de diseur. Le ténor Antonel Boldan s’amuse visiblement dans la rôle de Monsieur Maria, et la troupe des Essenti’elles passe allègrement du rôle des Gobettes (les camarades de classe de Claudine) à celui des mondaines qui fréquente le grand restaurant où se déroule troisième acte. Les dialogues sont résumés avec à-propos par la narratrice Delphine André, et le pianiste Franck Villard, admirable dans sa maîtrise du « style Berger », s’offre le luxe de tenir en plus le bref rôle parlé du père de Claudine.

Par bonheur, cette version de concert (agréablement complétée par les costumes que chacun des chanteurs a fait l’effort de se trouver) sera reprise, comme cela semble devoir aller de soi, lors du prochain festival des Nuits de Saint-Sauveur, dans le village natal de Colette. Et la Compagnie de l’Oiseleur annonce d’autres redécouvertes tout aussi alléchantes : le 20 décembre, Brocéliande d’André Bloch, créé à l’Opéra de Paris en 1925, et l’un peu moins oublié Songe d’une nuit d’été d’Ambroise Thomas, le 18 janvier. Autant de rendez-vous qu’on ne saurait manquer (plus d’informations sur le site de la Compagnie).

 

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