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	<title>Johannes BRAHMS - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Tue, 04 Nov 2025 11:42:39 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Johannes BRAHMS - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>Notre disque du mois : Un Requiem allemand de Brahms par Raphaël Pichon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/notre-disque-du-mois-un-requiem-allemand-de-brahms-par-raphael-pichon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Jacques Groleau]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 05:43:27 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il y a quasiment un an de cela, le Requiem de Mozart gravé par Raphaël Pichon et son ensemble Pygmalion pour harmonia mundi se voyait couronné « Disque du mois » par la rédaction. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, leur lecture du Requiem allemand de Brahms a enthousiasmé notre collègue Guillaume Picard (lire &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quasiment un an de cela, le <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/mozart-requiem-harmonia-mundi/"><em>Requiem</em> de Mozart</a> gravé par <strong>Raphaël Pichon</strong> et son ensemble Pygmalion pour harmonia mundi se voyait couronné « Disque du mois » par la rédaction. Les mêmes causes entraînant les mêmes effets, leur lecture du <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-ein-deutsches-requiem-2/"><em>Requiem allemand</em> </a>de Brahms a enthousiasmé notre collègue Guillaume Picard (<a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-ein-deutsches-requiem-2/">lire ici</a>), qui parle &#8211; entre autres &#8211; de « petit miracle de densité spirituelle et de beauté », où s&rsquo;entremêlent « ombre et lumière dans un vacillement perpétuel qui trouve le chemin d’un recueillement sobre mais puissant. » Les formidables interventions de <strong>Stéphane Degout</strong> et de <strong>Sabine Devieilhe</strong> viennent compléter la réussite de cet enregistrement, qui prend aisément place aux côtés des plus belles réussites discographiques de ce chef-d&rsquo;œuvre. Notre bouleversant disque du mois.</p>
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		<title>BRAHMS, Ein deutsches Requiem</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-ein-deutsches-requiem-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Guillaume Picard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Oct 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dès l’ouverture aux scansions très noires de violoncelles et de contrebasses, sur lesquelles se greffe un chant plein d’une lumière douce mais indéniablement crépusculaire, on est frappé par l’amplitude du geste orchestral et l’art de colorer les atmosphères sonores – des qualités qui font de ce deutsches Requiem par l’ensemble Pygmalion et son chef Raphaël &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Dès l’ouverture aux scansions très noires de violoncelles et de contrebasses, sur lesquelles se greffe un chant plein d’une lumière douce mais indéniablement crépusculaire, on est frappé par l’amplitude du geste orchestral et l’art de colorer les atmosphères sonores – des qualités qui font de ce <em>deutsches Requiem</em> par l’<strong>ensemble</strong> <strong>Pygmalion</strong> et son chef <strong>Raphaël Pichon</strong> un petit miracle de densité spirituelle et de beauté. L’entrée du chœur dans cette première section (« Selig sind die da Leid tragen »), quand l’orchestre s’est tu, est simplement poignante, son tempo suspendant légèrement celui de l’introduction orchestrale, la texture vocale se déployant en douceur avec très peu de vibrato, un son très concentré mais de plus en plus étoffé qui explore les différents stades de la ferveur. À la fin de cette première section, pour le retour du thème initial, le chœur trouve un son irréel, proche du murmure mais très aérien et serein, quelque chose qui évoque un harmonica de verre qu’effleurerait le chef. Le tout est magnifiquement soigné, dans une osmose irréprochable à l&rsquo;intérieur de chaque pupitre et entre l’orchestre et le chœur, avec une prononciation consciencieusement travaillée et des dynamiques franches.</p>
<p>Le ton est donné pour l’ensemble d’un enregistrement qui vous saisit par la profondeur de sa simplicité et par sa ferveur très juste, jamais forcée. On a beaucoup écrit sur ce requiem qui n’en est pas un au sens de la liturgie, qui se veut un requiem humain, tissé à partir de textes bibliques de différentes natures que Brahms a assemblés à la manière d’un patchwork ou d’un centon littéraire. On voit la proximité entre ce matériau composite et de récents projets qui ont occupé Pygmalion : le <em>Requiem</em> de Mozart augmenté de diverses pièces ou le <em>Samson</em> de Rameau recréé avec Claus Guth. Si on ajoute à cela que Brahms lorgne sans conteste du côté d’une musique (celle d’un J.-S. Bach) qui a été le cœur de répertoire de l’ensemble, on comprend aisément les affinités qui ont conduit Pygmalion au <em>Requiem allemand</em>. Pichon y trouve de toute évidence les ressources d’une spiritualité émouvante, d’un sacré aux proportions de l’homme et de son doux drame terrestre. Sa lecture très conduite s&rsquo;impose avec force, avec drame mais surtout avec recueillement.</p>
<p>Le duo mystique des timbales de <strong>Koen Plaetinck</strong> et de la harpe de <strong>Marion Sicouly</strong> font merveille dans le deuxième mouvement, qui voit aussi le chœur se saisir avec une joie non dissimulée de la première fugue d’une œuvre qui témoigne d’un art redoutable du contrepoint et plus largement de la polyphonie. La cauda triomphante de cette section prend des accents de célébration haendélienne qui témoigne de la plasticité du chœur.</p>
<p><strong>Stéphane Degout</strong> propose des interventions très déclamatoires et malgré tout émouvantes dans la façon qu’il a de jouer de menues inflexions (comme cette reprise piano de son imprécation « Herr, lehre doch mich » dans le troisième mouvement). La noblesse de son émission, le tranchant de son timbre tirent son baryton du côté du récitant d’oratorio, notamment dans la sixième section où il incarne un Paul prophétique s’adressant aux gentils pour formuler la promesse de la résurrection. Cette section est sans doute le morceau de bravoure de l’enregistrement, tant elle exige de couleurs, de ressources dramatiques, de sincérité du soliste, de symbiose du chœur, de ferveur mystique puis de joie pour l’allegro final en do majeur.</p>
<p><strong>Sabine Devieilhe</strong> dialogue magnifiquement avec les hautbois, flûtes et clarinettes, dans un quatuor angélique au début du cinquième mouvement « Ihr habt nun Traurigkeit ». Son soprano est très incarné malgré le splendide timbre translucide qu’on lui connaît et, par son engagement, elle rend à son intervention sa dimension d’adresse. On entend une saynète emplie du poids d’une promesse maternelle, presqu’une berceuse consolatrice et non une simple <em>voce dal cielo</em>. Le murmure très aéré qui achève la pièce (« ich will euch wieder sehen ») est empli d’une ferveur qu’on trouve teintée d’une nuance de fragilité absolument bouleversante.</p>
<p>Jusqu&rsquo;à son finale (« Selig sind die Toten, die in dem Herrn sterben ») plein d&rsquo;espoir et de pardon, porté par un chœur en état de grâce et par le retour émouvant de la harpe pour une ultime élévation consolante, cette version du <em>Requiem allemand</em> de Brahms entremêle ombre et lumière dans un vacillement perpétuel qui trouve le chemin d&rsquo;un recueillement sobre mais puissant. Il va de soi qu&rsquo;on gardera précieusement cet enregistrement qui s&rsquo;installe aux sommets d&rsquo;une discographie pourtant fournie.</p>
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		<title>Brahms &#038; Wolf Lieder &#8211; Florian Boesch et Malcolm Martineau</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-wolf-lieder-florian-boesch-et-malcolm-martineau/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Jul 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Album admirable, dont les deux piliers essentiels à tous les sens du mot sont les Quatre chants sérieux de Brahms et les Michelangelo Lieder de Wolf. Deux messages ultimes lancés sur l’océan des âges par deux créateurs parvenus à la fin de leur voyage terrestre. Transmis par un diseur-chanteur et un pianiste au sommet de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Album admirable, dont les deux piliers essentiels à tous les sens du mot sont les<em> Quatre chants sérieux</em> de Brahms et les <em>Michelangelo Lieder</em> de Wolf. Deux messages ultimes lancés sur l’océan des âges par deux créateurs parvenus à la fin de leur voyage terrestre. Transmis par un diseur-chanteur et un pianiste au sommet de leur art.</p>
<p>Le lied est servi aujourd’hui par quelques interprètes extraordinaires, et <strong>Florian Boesch</strong>, avec sa personnalité singulière, est au premier rang. Peu d’entre eux disposent d’une telle palette vocale et sensible, allant du chuchotement le plus frémissant jusqu’aux grandes orgues les plus terrassantes, peu descendent aussi profond dans l’âme des textes poétiques et musicaux.</p>
<p>Ce nouveau programme va de la tendresse la plus désarmée (les huit lieder de Brahms qui sont au cœur du récital) jusqu’au marmoréen le plus implacable (<strong>Anakreon</strong> de Wolf, qui laisse l’auditeur abasourdi).<br>Et s’ajoute à ceux réalisés déjà avec le grand <strong>Malcolm Martineau</strong>, les trois grands cycles de Schubert, et des Mahler, des Schumann merveilleux, <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/schumann-dichterliebe-et-kernerlieder-florian-boesch-et-malcolm-martineau/">dont récemment les <em>Dichterliebe</em> et les </a><em>Kerner Lieder.</em></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="640" height="427" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/boesch__malcolm_martineau_barbara_aumueller_01m.jpg" alt="" class="wp-image-193930"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Florian Boesch et Malcolm Martineau © Barbara Aumueller</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Messages ultimes</strong></h4>
<p>Ici la lecture des <em>Vier ernste Gesänge</em> de Brahms par Florian Boesch, aussi inventive qu’audacieuse, installe ce cycle fameux sous une lumière toute personnelle.</p>
<p>Le premier, «&nbsp;Denn es gehet dem Menschen&nbsp;», coupe le souffle par son emportement (les bourrasques du piano !), la clarté du timbre, ses soudains allègements, sa vivacité, ses changements de couleur, ses irisations inattendues, et tout simplement sa vitesse. Ce Brahms en plein désarroi (Clara vient de mourir) ne s’attarde pas, il a l’énergie foudroyante du désespoir.</p>
<p>L’amertume de l’Ecclésiaste se fait paradoxalement lyrique au début du deuxième lied, « Ich wandte mich ». Un instant, la voix rayonne avec cynisme dans toute sa clarté, pour dire l’injustice partout, les larmes des hommes, la morgue des puissants, avant de se teinter d’une insinuante douceur pour suggérer que le sort le plus enviable, c’est d’être mort déjà ou, mieux, de ne pas naître (« De l’inconvénient d’être né », disait Cioran). Le jeu avec les silences puis à nouveau la plénitude vocale accentuent encore l’ambiguïté de ce lied et sa délectation morose.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="576" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Boesch-NB-1024x576.jpg" alt="" class="wp-image-193936"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Florian Boesch © D.R.</sub></figcaption></figure>


<p>Délectation tout court, dans la deuxième partie de «&nbsp;O Tod, wie bitter bist du&nbsp;». Après avoir dûment noirci les affres de la mort pour les heureux de ce monde, la voix se fait charmeuse pour dire combien elle est douce à ceux qui n’espèrent rien. Florian Boesch surenchérit dans la suavité et les évanescences, les demi-teintes de la voix s’entrelaçant aux beaux graves d’un piano merveilleusement capté.</p>
<p>Le quatrième lied est une démonstration de virtuosité : timbrant-détimbrant comme en se jouant, passant en un éclair de graves de contrebasse à de brefs passages en voix mixte (et le piano de Martineau est tout aussi souple, mobile, raffiné, capricieux, imaginatif), Boesch confère à cette apologie moralisante des trois vertus théologales, et d’abord de la charité, une sensualité grisante.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="682" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Boesch-Rafa-Martin-1024x682.jpg" alt="" class="wp-image-193937"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>©</sub> <sub>Rafa Martin</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Oser le blême</strong></h4>
<p>La rupture de ton n’en est que plus sensible avec les trois <em>Harfenspieler</em> de Hugo Wolf sur des textes de Goethe. Florian Boesch y ose le blême, le blafard. La voix semble errer comme les pas sans but du musicien solitaire, et c’est parfois le piano qui complète les phrases, ou introduit une modulation, que le chanteur adopte. Il ne montera jusqu’au <em>fortissimo</em> que sur le mot <em>Pein</em>, qu’on traduira par souffrance. Dans le deuxième lied, Florian Boesch ose à nouveau ne timbrer qu’à peine, la voix n’est qu’effacement, n’est plus qu’une ombre comme le harpiste qui glisse dans la rue déserte, elle ne se risque au <em>mezzo forte</em> que sur la <em>Träne</em>, la larme que verse un passant, peut-être bien sur lui-même. Il faudra attendre le troisième, une invective lancée aux célestes puissances (<em>ihr himmlischen Mächte</em>) pour que la voix se hisse&nbsp; jusqu’au triple <em>forte</em> à nouveau sur le mot <em>Pein</em>.</p>
<p>Après avoir incarné à ce point la douleur, après s’être faite douleur, la voix va s’offrir un répit et les mélodies de Brahms (que Wolf détestait copieusement, et vilipendait dans ses articles critiques comme le comble de l’ennui et du prévisible) sembler un bain de candeur.</p>
<h4><strong>Voix de velours</strong></h4>
<p>Dans ce florilège du Brahms le plus désarmant, le plus dépouillé, Florian Boesch fait voix de velours. Naïve dans <em>Sonntag</em>, bondissante dans <em>Blinde Kuh</em> (Colin-Maillard), déconcertante de douceur dans <em>Sennsucht</em> (la nostalgie d’une femme de marin aux accents de chanson populaire), incroyablement retenue, tendre, pudique, fragile dans le célèbre <em>Dein blaues Augen</em>, désemparée dans <em>Die Trauernde</em> (un texte touchant en langue souabe : «&nbsp;Ma mère ne m&rsquo;aime pas, / Et je n&rsquo;ai pas d’amoureux, / Oh pourquoi ne pas mourir&nbsp;»), aux portes du silence dans le schumannien <em>Schwermut</em> (Mélancolie) qui ne s’autorise un <em>forte</em> que sur <em>weinen</em> (pleurer), enfin d’une ferveur presque religieuse dans deux <em>Volkslieder</em>, la voix s’efface souvent pour laisser le premier plan à Malcolm Martineau qui fait des prodiges, dans le brio (<em>Blinde Kuh</em>) comme dans le feutré (<em>Die Trauernde</em>).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="576" height="384" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/BoeschSilvia_Pujalte.jpg" alt="" class="wp-image-193931"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>© Silvia Pujatte</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Impalpable, ineffable</strong></h4>
<p>Ce qui touche c’est peut-être de voir ce solide gaillard qu’est Florian Boesch, qui à la scène se prépare à incarner le Barbe-Bleue de Bartók, oser se montrer si dépourvu, livré, abandonné.</p>
<p>Ce qu’il sera aussi dans une séquence Wolf d’une singulière douceur, toute proche de l’esprit de Brahms (remarque qui aurait énervé Wolf) : le sage <em>Wanderers Nachtlied</em> aux modulations imprévisibles, le bouleversant <em>Das Verlassene Mägdlein</em>, <em>Die Nacht</em> (impalpable, ineffable, peut-être le sommet de ce disque), ou le caustique et morbide <em>Denk es, o Seele</em> (assez Schumann, celui-ci).</p>
<p>Florian Boesch les aborde en diseur, comme si la mélodie venait par surcroît pour colorer tel ou tel mot (et les harmonies de Wolf n’en sont que plus étonnantes). À côté de ces pièces secrètes, les trois lieder sur des sonnets de Michel-Ange semblent viser au chef-d’œuvre, et d’ailleurs y parviennent.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="750" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/non-so-se-se-la.jpg" alt="" class="wp-image-194148"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Le manuscrit du sonnet LXXVI de Michel-Ange</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L&rsquo;ultime message terrestre de Hugo Wolf</strong></h4>
<p>Dans le premier, <em>Wohl denk’ ich</em>, Michel-Ange se souvient de sa solitude d’autrefois, de son invisibilité, de sa vie sans amour ; puis sont arrivées la notoriété et les amours, et la solitude est toujours là, mais de misérable elle est devenue orgueilleuse. C’est tout cela que Wolf (qui sans doute s’y retrouve) exprime en moins de deux minutes, de la plainte en confidence du début à l’exaltation finale, proférée d’une voix aussi grandiose que le piano <em>fortissimo</em>.</p>
<p>Dans le deuxième, c’est la voix d’un mort qui monte de sous la terre pour dire que « Alles endet, was entstehet – Meurt tout ce qui est ». Ici, plus aucun effet, la voix claire, presque distante, ne se permet que deux accents pathétiques (sur « Menschen waren wir ja auch – Nous étions aussi des êtres humains » et sur « Sind nur Erde –&nbsp;Nous ne sommes plus que terre ») puis avance vers l’acceptation dans une nudité sans espoir, et le postlude du piano conclura ce qu’elle aura laissé en suspens.</p>
<p>Le troisième des<em> Michelangelo Lieder</em> (<em>Non so se s&rsquo;è la desïata luce</em>, le soixante-seizième de Buonarotti), devenu ici « Fühlt meine Seele », sera, caprice du destin, l’ultime message terrestre de Hugo Wolf. Le traverse le rayon d’une autre beauté (« der Strahl von andrer Schönheit »), venu peut-être de son Créateur, ou suscité par la vision de Tommaso dei Cavalieri (devenu pour le chaste traducteur une <em>Herrin</em>, une maîtresse). Peu importe, il y a là un élan (et même des effluves de valse), le désir d’autre chose. Pour Michel-Ange, la passion mène à Dieu.</p>
<p>Courbes et contre-courbes, emballements et ralentis, on ne sait qui mène le mouvement, du piano ou de la voix (rayonnante), en tout cas tous deux à la fin se rejoignent dans une manière d’acquiescement.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="640" height="427" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/boesch__malcolm_martineau_1-barbara_aumueller_09m.jpg" alt="" class="wp-image-193929"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Malcolm Martineau et Florian Boesch © Barbara Aumueller</sub></figcaption></figure>


<p>Ce consentement au monde qu’on entend dans <em>Anakreons Grab</em>, avant-dernière plage, apaisée, sereine, et par laquelle on aurait pu terminer, et ç’aurait été parfait.</p>
<p>Florian Boesch a préféré que ce soit avec <em>Prometheus</em>, pièce de bravoure, défi aux dieux. Il y est monumental, farouche, altier. On ne peut qu’admirer la performance.</p>
<p>Mais il y a auparavant vingt-trois plages dont les richesses semblent inépuisables et font de cet album de lieder, par deux interprètes inspirés, une réussite exceptionnelle.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-wolf-lieder-florian-boesch-et-malcolm-martineau/">Brahms &#038; Wolf Lieder &#8211; Florian Boesch et Malcolm Martineau</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Notre disque du mois : Brahms Lieder</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/notre-disque-du-mois-brahms-lieder/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean-Jacques Groleau]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Jul 2025 08:51:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quelque 25 ans après leur premier disque commun, Christian Gerhaher et Gerold Huber nous proposent un superbe panorama du lied brahmsien. Avec un si long et fructueux compagnonnage (passé par Arte Nova, RCA et, aujourd&#8217;hui, Sony), on ne s&#8217;étonne pas que le duo ait trouvé un degré de « fusion et (de) compréhension mutuelle assez rare &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Quelque 25 ans après leur premier disque commun, <strong>Christian Gerhaher</strong> et <strong>Gerold Huber</strong> nous proposent un superbe panorama du <em>lied</em> brahmsien. Avec un si long et fructueux compagnonnage (passé par Arte Nova, RCA et, aujourd&rsquo;hui, Sony), on ne s&rsquo;étonne pas que le duo ait trouvé un degré de « <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-lieder/">fusion et (de) compréhension mutuelle assez rare</a> » pour reprendre les mots de Pierre Venissac. Rien d&rsquo;inutilement appuyé ici, tout se joue dans une volonté de clarté et d&rsquo;allègement qui donne à ces pages un éclairage étonnant de vérité&#8230; Ces 67 minutes d&rsquo;un art consommé du dire en musique se sont tout naturellement imposées comme notre disque du mois.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>BRAHMS, Lieder &#8211; Gerharer/Huber</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-lieder/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Pierre Venissac]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Jun 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis un premier album en 1999, Christian Gerhaher et Gerold Huber continuent de mener une carrière discographique commune assez impressionnante par son volume et son ambition. Plus d’une dizaine d’enregistrements plus tard, dont une intégrale Schumann et les trois grands cycles de Schubert, le duo aborde ainsi de nouveau la musique de Brahms, après une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-size: revert;">Depuis un premier album en 1999, <strong>Christian Gerhaher</strong> et <strong>Gerold Huber</strong> continuent de mener une carrière discographique commune assez impressionnante par son volume et son ambition. Plus d’une dizaine d’enregistrements plus tard, dont une intégrale Schumann et les trois grands cycles de Schubert, le duo aborde ainsi de nouveau la musique de Brahms, après une <em>Schöne Magelone</em> en 2017. À raison, tant ce récital synthétise à nos oreilles aussi bien le meilleur de Brahms que le meilleur du lied. Nous n’allons pas être long sur ce qui nous paraît une franche réussite.</span></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" class="size-full wp-image-191636 aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/IMG_9535.jpeg" alt="" width="711" height="712"><br />
Au bout de 25 ans de collaboration, le duo est à un niveau de fusion et de compréhension mutuelle assez rare. Pas une respiration de Gerhaher, pas un déplacement de Huber ne paraissent brusqués, et les couleurs du piano et de la voix se complètent en permanence. Encore moins que pour d’autres, il n’y aurait aucun sens à commenter individuellement leur performance, tant il est évident que chaque choix est pensé ou du moins senti à deux. On leur sait gré de prioriser une esthétique assez claire, loin du poids sonore uniforme qu’on cherche parfois à donner à Brahms. Cela ne veut pas dire que la gravité inhérente à certains lieder se trouve amoindrie : bien au contraire, le <em>Wie rafft‘ich mich auf in der Nacht</em> qui ouvre l’op.32 est saisissant de noirceur, grâce notamment à la définition du rythme pointé qui instaure d’emblée la tension. Simplement, la rhétorique prévaut toujours sur l’esthétique. Les choix musicaux ne sont ainsi jamais faits par pur effet, ni pour respecter une certaine idée du style brahmsien, mais pour correspondre avec le support poétique, particulièrement à l’honneur ici. Ainsi, <em>Auf dem Kirchhofe</em>, de l’op. 105, trouve-t-il sa force non pas dans des arpèges de piano pathétiques, comme dans un bon nombre de versions, mais dans un fatalisme digne et triste qui donne un nouvel éclairage à l’œuvre. La langue allemande est à l’honneur, pas seulement au chant mais aussi au piano qui en connaît le tempo particulier : c’est ce qui rend particulièrement probant le début de l’album consacré à des lieder d’inspiration populaire, sur des textes pour la plupart anonymes. De ce corpus, on retiendra notamment le très beau <em>Der Gang zum Liebchen</em>, op.48 nº1, pour la simplicité et la mélancolie de la ritournelle. Citons aussi la toute première plage du disque, <em>Sehnsucht</em> op.14 nº8, qui résume la noblesse et l’humilité de l’entreprise : 45 secondes de chant populaire, interprétées avec une évidence désarmante. Le duo convainc aussi dans un langage plus tardif, notamment avec un sublime <em>O kühler Wald</em>, op.72 nº3. La conduite harmonique du début, la qualité des moments de dénuement, en font une interprétation particulièrement poignante. On pourrait encore citer plusieurs extraits qui ont su nous émouvoir, mais on préfère inviter nos lecteurs à découvrir le reste par eux mêmes, armés de l’accessoire indispensable : les traductions des textes (à défaut d’être germanophone). Car un tel artisanat vaut avant tout par la correspondance qu’il opère entre poésie et musique, et ne se préoccuper que de l’un ne ferait pas sens ici. Avis donc aux lecteurs davantage familiers du répertoire d’opéra : la voix de Christian Gerhaher n’est ni la plus belle ni la plus impressionnante du monde, ce n’est pas sa plastique qui la rend intéressante.</p>
<p>Ce dernier point nous importe peu, et ne nous retient pas d’affirmer notre coup de cœur pour un album d’artistes majeurs, hautement inspiré et inspirant. Notre seul grief serait plutôt adressé à la maison de disques, même s’il aurait pu s’adresser à la quasi-totalité des enregistrements équivalents. Dans un répertoire aussi chambriste, qui ne peut se construire que par un travail approfondi et égalitaire entre chant et piano, il est incompréhensible de continuer à voir des images de pochette mettre en avant une seule tête d’affiche. C’est d’autant plus ridicule dans un cas comme celui-ci, avec un duo régulier et ancien. Un jour, la revanche des pianistes du monde lyrique face aux équipes de communication viendra, mais il reste encore bien du travail à faire…</p>
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		<title>Dietrich Fischer-Dieskau, Complete Lieder &#038; Songs on Warner Classics</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/dietrich-fischer-dieskau-complete-lieder-songs-on-warner-classics/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 28 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Somptueux hommage à un géant En ces temps où la commercialisation des disques est de plus en plus difficile, face à la concurrence accrue de la diffusion on line, payante ou clandestine, une nouvelle mode est apparue il y a quelques années déjà, celle des coffrets pléthoriques, des intégrales exhaustives et des rééditions mémorielles. Cette &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<h4><strong>Somptueux hommage à un géant</strong></h4>
<p>En ces temps où la commercialisation des disques est de plus en plus difficile, face à la concurrence accrue de la diffusion on line, payante ou clandestine, une nouvelle mode est apparue il y a quelques années déjà, celle des coffrets pléthoriques, des intégrales exhaustives et des rééditions mémorielles. Cette tendance est soutenue par la baisse des coûts de production et la volonté de rentabiliser les énormes catalogues dont disposent les quelques labels survivants, accumulés au fil des fusions et acquisitions qui ont conduit à la concentration du secteur que nous connaissons aujourd’hui.</p>
<p>La très forte personnalité de DFD, son rayonnement immense et son impact déterminant dans le monde restreint du Lied, justifient évidemment, à l’heure du centenaire de sa naissance, un hommage que la firme américaine, détentrice du très riche catalogue d’EMI, a voulu somptueux et définitif. Ce sont donc tous les enregistrements dont elle disposait qui se trouvent ici rassemblés. La firme concurrente, Deutsche Gramophone, pour laquelle Fischer-Dieskau a aussi beaucoup enregistré – principalement dans les années ‘70, avait déjà publié un coffret de grande ampleur en octobre 2022 à l’occasion du dixième anniversaire de la mort du chanteur (107 CD incluant aussi les enregistrements réalisés pour Philipps, Polydor ou Decca) dont celui-ci est le parfait complément pour qui voudrait avoir les œuvres complètes (ou presque) du maître dans le domaine du Lied.</p>
<p>EMI avant son absorption par Warner avait aussi édité plusieurs coffrets commémoratifs, tous inclus dans la présente édition, et notamment les introuvables de DFD (6 CD publiés en 1995) et The Great EMI Recordings (11 CD publiés en 2010). Un artiste de cette envergure est aussi, visiblement, un excellent produit commercial Le Lied allemand occupe sans conteste une place majeure dans le répertoire de DFD, il s’y consacra depuis ses premières jusqu’à ses dernières années d’activité, il l’enseigna à de nombreux disciples et accumula dans ce genre une connaissance immense couvrant quasi tout le répertoire existant. C’est ce dont témoigne notre coffret qui reprend tout ce qu’il a enregistré dans ce domaine pour les labels aujourd’hui regroupés autour de Warner, principalement His Master Voice devenu ensuite EMI.</p>
<p>Il est difficile de faire une synthèse de ce qu’il contient tant le contenu est riche. Si la plupart de ces enregistrements étaient devenus indisponibles, aucun n’est totalement inédit, tous ont fait l’objet de parutions sous une forme ou sous une autre au fil du temps. On y trouve des enregistrements de concerts et des réalisations de studio, des prises de son de qualité diverses (dont une part non négligeable en mono), des compositeurs très variés mais avec une prédominance de Schubert, Brahms et Wolf, des œuvres incontournables et des découvertes étonnantes, des pianistes eux aussi divers mais relativement peu nombreux si on considère la variété du répertoire, et parmi lesquels Gerald Moore, compagnon au long cours et partenaire des plus magistrales réussites, domine largement.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/5021732475459-Fischer-Dieskau-Complete-Lieder-79CD-3D-2_preview.jpg-1024x1024.webp" alt="" class="wp-image-189915"/></figure>


<h4><strong>Les compositeurs par ordre chronologique</strong></h4>
<p>Le coffret est plus ou moins structuré par compositeurs, et par ordre chronologique du répertoire abordé, de sorte qu’on commence par un disque consacré à Joseph Haydn et un autre à Mozart, puis 5 CD consacrés à Beethoven. Parmi ceux-ci on trouve de très anciens enregistrements avec <strong>Hertha Klust</strong> au piano, une étonnante figure du monde musical allemand de l’immédiat après-guerre, d’abord formée comme mezzo-soprano, mais qui en raison de problèmes d’audition se tourna vers le rôle de répétitrice à l’opéra à Berlin, et d’accompagnatrice pour toute une génération de chanteurs. On pourra ainsi comparer deux versions de <em>An die ferne Geliebte</em>, l’une avec <strong>Gerald Moore</strong> en mono en 1951, et l’autre avec <strong>Harmut Höll</strong> en 1982.</p>
<p>Viennent ensuite les balades de Loewe, puis 12 CD consacrés à Schubert, avec pas mal de doublons&nbsp;: Deux <em>Schöne Müllerin</em> avec Gerald Moore (1951 et 61), deux <em>Winterreisse</em> avec le même (1955 et 62), six récitals en mono, principalement avec Gerald Moore, échelonnés entre 1951 et 1965, et un superbe récital tardif (CD 21-1992) en live avec Hartmut Höll, sorte de quintessence de l’art du chanteur, un disque absolument superbe, réalisé en toute fin de carrière. Si la voix accuse un peu son âge, la tendresse du musicien pour son répertoire de prédilection, sa connaissance profonde des textes, la liberté de qui n’a définitivement plus rien à prouver et une parfaite entente avec son partenaire pianiste suscitent l’émotion de chaque instant. <em>Schöne welt, who bist du </em>dans <em>Die Götter Griechenlands </em>sonne comme l’appel déchirant d’un homme conscient du chemin parcouru. Quelle simplicité dans l’expression, quelle intensité poétique, quelle délicatesse dans le choix des couleurs, en un mot, quelle maîtrise&nbsp;!</p>
<p>Après Schubert, c’est le tour de Mendelssohn, avec <strong>Wolfgang Sawallisch</strong> au piano puis Schumann, auquel sont consacrés trois CD, dont le plus ancien avec Hertha Klust (CD 24 – 1951, 54 &amp;56) est confondant de sincérité, dès qu’on s’habitue à la prise de son très datée. Ces enregistrements les plus anciens sont aussi les plus émouvants : on y retrouve toute l’ardeur de la jeunesse, un engagement total et une étonnante maturité pour un jeune homme de pas même trente ans. Un disque entier est consacré à Peter Cornelius (1824-74), compositeur aujourd’hui bien oublié, et tout un récital aux contemporains de Schumann, dont Grjeg, la plupart à découvrir. Vient enfin Brahms, auquel pas moins de 9 CD sont consacrés. On y trouve notamment une <em>Schöne Maguelone</em> avec <strong>Sviatoslav Richter</strong> d’une rare intensité, un magnifique récital avec Gerald Moore (CD 29 &#8211; 1964), d’une chaleur, d’une précision, d’une évidence rares. La voix est ici d’une plénitude parfaite, avec des graves profonds à souhait, un enthousiasme, un lyrisme, un engagement, une ardeur qui suscitent l’admiration. Viennent ensuite quatre CD parcourant le répertoire brahmsien enregistrés en 1972 et 1973, en compagnie de Wolfgang Sawallisch ou Daniel Barenboim, (CD 30 à 33) absolument somptueux, et deux disques de <em>Volkslieder</em> avec <strong>Elisabeth Schwarzkopf</strong>, gentiment datés.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="300" height="168" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DFD-Richter.jpg" alt="" class="wp-image-190197"/></figure>


<h4><strong>Mahler, Wolf et Strauss</strong></h4>
<p>On passe ensuite à Mahler et aux Lieder avec orchestre, <em>Das Lied von den Eerde</em>, et les <em>Lieder eines Fahrenden Gesellen</em> avec l’orchestre Philharmonia dirigé par <strong>Wilhelm Furtwängler</strong>, d’une intensité et d’une clarté lumineuse, puis les <em>Knabes Wunderhorn</em> avec le concours de Schwarzkopf dirigés par <strong>George Szell</strong>.&nbsp; Assez curieusement positionnée, figure ici en complément de programme la <em>Bonne Chanson</em> de Gabriel Fauré avec Gerald Moore, extrêmement poétique, l’occasion de goûter l’admirable dicton française de notre héros.</p>
<p>Autre compositeur très largement représenté, Hugo Wolf (9 CD) fut sans doute avec Schubert et Brahms un des préférés de Fischer-Dieskau. Ses interprétations des Goethe Lieder (1960) ou des Mörike Lieder (1957) chaque fois avec Gerald Moore sont de toute beauté, dans une veine assez noire, pleine d’une nostalgie cruelle aux limites de l’expressionnisme et restent sans doute un exemple pour tous les chanteurs de Lieder aujourd’hui encore. Avec le même partenaire, on trouve ensuite 6 CD consacrés à Richard Strauss, 5 enregistrements de studio réalisés en 1968-69 avec Gerald Moore – concurrençant ceux qu’il enregistrera plus tard avec Sawallisch pour la firme concurrente –&nbsp;, et un récital de 1955. Là aussi, comme pour Wolf, l’approche stylistique est parfaitement convaincante, avec une grande liberté dans la veine humoristique, une parfaite réalisation des pages les plus lyriques, et pour seul regret l’absence d’enregistrement de ces Lieder avec orchestre.</p>
<h4><strong>Le Lied encore bien vivant au XXè siècle</strong></h4>
<p>La dernière partie du coffret est moins homogène&nbsp;: elle comprend des œuvres de la première moitié du XXè siècle (Arnold Schoenberg et Alban Berg – 1 CD chacun, avec une grande délicatesse de sentiment, Hans Pfitzner – 2 CD dont un avec orchestre &#8211; ou Othmar Schoeck par exemple) ou de la deuxième moitié, montrant aussi l’intérêt de Fischer-Dieskau pour les compositeurs de son temps (Hanns Eisler, Aribert Reimann, qui fut également son accompagnateur pour la musique contemporaine, Hermann Reutter, etc… ). On y trouve aussi des récitals présentant plusieurs compositeurs, dont une série de récitals enregistrés sur le vif au Festival de Salzbourg dans les années soixante avec Gerald Moore, l’occasion d’une autre <em>Schöne Maguelone</em>, mais aussi de voir comment Fischer-Dieskau construisait le programme de ses récitals, commençant par des œuvres fortes, ménageant des moments de tension et de détente en alternance, finissant ses premières parties par des pages plus virtuoses, plaçant les pages les plus intimes en milieu de deuxième partie par exemple.</p>
<p>Autre curiosité, deux disques d’hommage à Gerald Moore, réalisés à Londres avec le concours de <strong>Victoria de Los </strong><strong>Á</strong><strong>ngeles</strong> et d’Elisabeth Schwarzkopf, datant de 1967 ou un enregistrement live au Queen Elizabeth Hall de Londres avec <strong>Janet Baker</strong> et <strong>Daniel Barenboim</strong>, au style terriblement daté et qui permettent de mesurer à quel point Fischer-Dieskau résiste mieux que les autres à l’évolution de l’interprétation. D’autres incursions dans le répertoire français, Berlioz, Bizet, Chabrier, Chausson, Franck, Gounod, Saint-Saëns et même Hahn, d’Indy, Massenet, Milhaud, et Pierné, réunies en un CD intitulé mélodies de la belle époque, au charme désuet, sont placées tout à la fin du coffret.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/dietrich-fischer-dieskau-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-190203"/></figure>


<h4><strong>Long et très délectable tête à tête avec un maître absolu</strong></h4>
<p>Ce qui frappe à l’écoute des différents enregistrements de cette somme colossale, répartis sur plus de quarante années de carrière (1951-1992), c’est la constance des qualités du chanteur, remarquables dès ses débuts – il n’a que 26 ans – avec relativement peu d’évolution au cours des ans. Bien sûr, la voix s’est un peu étoffée avec l’âge, les interprétations ont mûri, mais les qualités essentielles, le naturel, la diction parfaitement claire, la transparence des aigus, la sincérité, le lyrisme, la souplesse de la voix et le sens du texte sont perceptibles dès l’entame de sa carrière.</p>
<p>L’impression de dominer parfaitement son sujet, l’aisance technique déconcertante, un sens inné de la phrase, les respirations naturelles toujours placées au bon endroit, la richesse de la palette de couleurs, très large mais sans outrance, jamais démonstrative, un legato sans faille, voilà les principales qualités d’interprétation dont témoignent les enregistrements repris ici. Mais on y retrouve aussi les qualités de l’homme, son insatiable curiosité et son appétit à découvrir de nouveaux répertoires, une grande fidélité à ses partenaires de prédilection, un absolu respect du texte, et une grande générosité dans le partage de ses émotions, avec pudeur, avec modération, certes, mais sans faux-fuyant et sans maniérisme.</p>
<p>On parlera aussi volontiers des qualités de communication du chanteur, cet art de donner l’impression à chacun qu’il s’adresse directement à lui, personnellement, avec intensité, quels que soient son âge, sa connaissance du répertoire, ou son niveau de culture. Cette simplicité, cette authenticité sont probablement la clé de ses interprétations, l’élément qui fait qu’elles n’ont pas vieilli, qu’elles échappent à toute mode et qu’elles constituent sans doute à jamais le socle du Lied enregistré.</p>
<p>L’énorme quantité des enregistrements disponibles montre aussi l’immense travailleur que DFD fut tout au long de sa vie, cumulant ses très nombreux récitals, ses prestations à l’opéra, son rôle d’enseignant et la préparation de ses disques auxquels il apportait un très grand soin.</p>
<p>On peut sans doute aussi ajouter à cette longue liste de qualités une énorme volonté de bien faire, doublée d’une certaine modestie apparente qui aura pour conséquence, à peu près dans tous les répertoires, que certaines pages sont absentes, que certains Lieder qu’il jugeait plus faibles ou avec lesquels il se sentait moins d’affinité manquent au catalogue, à une époque où on était plus friand de qualité que soucieux d’offrir au public des intégrales complètes.</p>
<p>Qui aura passé plus de trois semaines d’écoute intensive avec délectation et sans aucune lassitude peut tout de même légitimement se poser la question de savoir à quel public ce type de coffret est destiné. Somme de documentation sonore à l’attention des spécialistes, des fans absolus – dont je suis – des jeunes chanteurs (ou pianistes) avides de références du passé, mais sans doute moins le grand public qui risque ici d’être saturé et de n’écouter que quelques pages majeures, toujours les mêmes, en laissant de côté les partitions moins courues ou les enregistrements les plus anciens. Mais pouvais-t-on rendre plus bel hommage à cet immense artiste que de tout publier, tout ce qui est disponible dans cette maison de disques et celles dont elle se trouve être, au fil des fusions et des rachats, l’ultime héritière ? Dans cet immense corpus, l’auditeur fera son choix !</p>
<p><a href="https://www.forumopera.com/?post_type=breve&amp;p=189914"><strong>Remportez ce magnifique coffret Warner Classics de 79 CDs</strong></a></p>
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		<title>BRAHMS, Ein deutsches Requiem</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-ein-deutsches-requiem/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 13 May 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nous abordions ce disque avec une certaine circonspection. La Missa Solemnis de Beethoven de Masaaki Suzuki ne nous avait pas convaincu lors de sa parution en 2018, pour cause de manque de souffle. En plus, le livret d&#8217;accompagnement donne la liste des participants, et on se dit à sa lecture que trois contrebasses et cinq &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous abordions ce disque avec une certaine circonspection. La <em>Missa Solemnis</em> de Beethoven de <strong>Masaaki Suzuki</strong> <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/beethoven-missa-solemnis-pump-up-the-volume/">ne nous avait pas convaincu lors de sa parution en 2018,</a> pour cause de manque de souffle. En plus, le livret d&rsquo;accompagnement donne la liste des participants, et on se dit à sa lecture que trois contrebasses et cinq violoncelles, pour le <em>Requiem</em> de Brahms, c&rsquo;est bien peu. Mais la musique et son interprétation sont des arts mystérieux, et dès les premières minutes d&rsquo;écoute, les préventions s&rsquo;envolent face à l&rsquo;évidente luminosité du propos.</p>
<p>Il faut d&rsquo;abord citer une prise de son de référence, qui allie étagement parfaitement clair des plans sonores et sentiment de présence, de chair, de vérité. La musique&nbsp;se déploie dans une luminosité idéale, et les détails instrumentaux sont présentés avec beaucoup de soin (la harpe !), sans qu&rsquo;on y perde jamais le sentiment global de l&rsquo;œuvre. Sur des tempis allants mais point pressés, Suzuki nous présente un Brahms où la sérénité le dispute à la douceur. Bien sûr, sa longue fréquentation de Bach se fait sentir : il y a une tendance nette à égaliser les voix et à traiter la musique comme une polyphonie constante. Cela fonctionne très bien parce que Brahms lui-même se sentait l&rsquo;héritier non seulement de Bach, mais aussi de Schütz et de Buxtehude, et que Suzuki sait malgré tout à quels moments il faut privilégier une voix par rapport à une autre, et se lancer dans une optique plus franchement romantique. Comme dans la peinture du jugement dernier, dans le sixième mouvement, à partir de « Denn es wird die Posaune schallen », qui n&rsquo;a rien à envier à Claudio Abbado (DG) ou Simon Rattle (Warner) en matière de théâtralité.</p>
<p>Le chœur du <strong>Bach Collegium Japan</strong> n&rsquo;appelle que des éloges, tant en termes de justesse que d&rsquo;homogénéité. Et que de réserves de puissance pour un effectif aussi restreint (40 chanteurs) ! La prononciation allemande n&rsquo;est jamais prise en défaut, l&rsquo;expression est toujours parfaitement en situation, et le texte semble vécu «de l&rsquo;intérieur». Les instruments anciens, qui avaient peu convaincu sous la baguette de John Eliot Gardiner ou de Philippe Herreweghe, apportent une lumière douce, comme tamisée, évoquant plus d&rsquo;une fois un rai de soleil au travers d&rsquo;un vitrail. Et ils se savent se mettre à l&rsquo;écoute des chœurs comme des solistes. La flûte qui ouvre le « Ihr habt nun Traurigkeit » est tellement cristalline qu&rsquo;il est impossible de dire exactement à quel moment la soprano fait son entrée. Les deux timbres se confondent. Obtenir cette fusion entre voix et accompagnement était un des rêves de &#8230; Herbert von Karajan ! Comme quoi, à partir d&rsquo;un certain niveau de musicalité, les étiquettes n&rsquo;ont plus court.</p>
<p>Non contente de marier sa voix aussi parfaitement avec l&rsquo;orchestre,<strong> Miku Yasukawa</strong> déploie un timbre d&rsquo;une pureté absolue et nous étreint d&rsquo;émotion. Rarement le souvenir de la mère de Brahms aura-t-il été aussi bien rendu, avec une voix qui nous enlace comme le feraient des bras aimants. <strong>Jochen Kupfer</strong> a l&rsquo;éloquence, la vaillance et la sagesse d&rsquo;un prophète de l&rsquo;Ancien Testament, et chacune de ses deux interventions est un miracle d&rsquo;équilibre. Foin des superlatifs. ce nouvel enregistrement du <em>Requiem allemand</em> est à placer au sommet de la discographie moderne, aux côtés de <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/brahms-ein-deutsches-requiem-mefiez-vous-des-outsiders/">la lecture étonnante d&rsquo;Hervé Niquet</a>. On est désormais très curieux d&rsquo;entendre Masaaki Suzuki dans d&rsquo;autres œuvres du romantisme allemand. Les <em>Scènes de Faust</em> de Schumann, par exemple ?</p>
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		<title>BRAHMS, Ein deutsches Requiem – Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-ein-deutsches-requiem-paris-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 07 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Faire ses débuts entourée par deux illustres musiciens n’est point chose aisée. Nous avons vu pendant les quatre premiers mouvements du Requiem allemand de Brahms Rosalia Cid rapetisser sur sa chaise de la scène du Théâtre des Champs Elysées. Trac légitime sans doute pour un jeune soprano cantonné jusqu’alors au rôle de soutien en coulisse &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Faire ses débuts entourée par deux illustres musiciens n’est point chose aisée. Nous avons vu pendant les quatre premiers mouvements du <em>Requiem allemand</em> de Brahms <strong>Rosalia Cid</strong> rapetisser sur sa chaise de la scène du Théâtre des Champs Elysées. Trac légitime sans doute pour un jeune soprano cantonné jusqu’alors au rôle de soutien en coulisse au Teatro alla Scala et qui fait ses débuts parisiens dans une intervention où résonnent encore les plus grandes.</p>
<p><strong>Daniele Gatti</strong>, de retour à la tête de «&nbsp;son&nbsp;» orchestre parisien l’aura bien senti&nbsp;: un long échange de regard, un sourire rassérénant que l’on devine sans mal et il lance «&nbsp;Ihr habt nun Traurigkeit&nbsp;» tout en douceur, penché vers sa soliste qu’il accompagne pour chaque départ et inflexion de nuance. Libérée sitôt la première phrase expirée, Rosalia Cid déploie une voix lumineuse sur une ample tessiture. Elle peut compter sur une technique déjà solide où le contrôle du souffle règne en maître. Des lors, pianis et nuances lui sont aisément accessibles. Elle en parsème son oraison pleine d’espérance, au diapason des indications du chef. Le timbre, plus corsé que son aisance a l’aigu aurait pu laisser penser, présage des rôles germaniques qu’elle pourra aborder prochainement.</p>
<p>Maestro aujourd’hui incontournable parmi ses pairs, Daniele Gatti clôt avec maestria un cycle de trois concerts inspirés par la Vienne romantique et postromantique. Économie de gestes, précision, c’est à peine si l’on perçoit les inflexions que distille le chef. L’oreille s’en régale pourtant et l’on sent orchestre, chœur et solistes dans un confort extrême. Le <strong>National de France</strong> acquière toute la transparence nécessaire, celle qui permet de faire ressortir le contrepoint sans l’assener ; le <strong>Chœur de Radio France</strong> navigue des pianissimi solennels qu’exige l’œuvre au tutti les plus volumineux dans des crescendos maîtrisés. A peine leur reprochera-t-on quelques chaos dans les fugues.</p>
<p>Premier soliste, <strong>Michael Volle</strong> épate tant par ses talents de diseur que par la qualité de son chant auquel rien ne semble pouvoir résister. Les deux interventions du baryton exigent une tessiture ample certes, mais surtout une capacité à colorer pour habiter ces prières angoissées. Michael Volle les donne à entendre au-delà de toutes attentes et remporte un triomphe mérité à la fin du concert.</p>
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		<title>Ernste Gesänge, Récital Stéphane Degout et Alain Planès &#8211; Bruxelles (La Monnaie)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/ernste-gesange-recital-stephane-degout-et-alain-planes-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Dec 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est un magnifique programme centré sur les thèmes de la nostalgie et de la mort que Stéphane Degout et Alain Planès avaient réuni pour leur récital à la Monnaie mercredi soir, bien en phase avec les journées courtes, grises et pluvieuses, avec les ciels bas et la morosité générale de cette fin d’automne. Puisant chez &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est un magnifique programme centré sur les thèmes de la nostalgie et de la mort que <strong>Stéphane Degout </strong>et <strong>Alain Planès</strong> avaient réuni pour leur récital à la Monnaie mercredi soir, bien en phase avec les journées courtes, grises et pluvieuses, avec les ciels bas et la morosité générale de cette fin d’automne. Puisant chez Fauré et Duparc pour les français, chez Schumann et Brahms pour les allemands, ils réussissent la gageure de présenter un programme quasi uniformément sombre sans lasser, créant une atmosphère très propice à la délectation morose.</p>
<p>La voix est somptueusement belle, mieux timbrée que jamais, en particulier dans le grave et le medium, avec une homogénéité idéale, des couleurs d’or et de bronze, mais aussi des allègements lumineux, tout cela parfaitement maitrisé&nbsp;et utilisé à bon escient en fonction des inflexions du texte et de la partition. La diction est elle aussi parfaite, dans les deux langues.</p>
<p>Mais en s’exposant après quatre jours d’intense session de <em>master classes</em> à la Chapelle musicale Reine Elisabeth, Stéphane Degout n’a pas voulu prendre de risque. Il décide donc de chanter l’ensemble du récital avec partitions, ce qui, disons-le tout net, change considérablement le rapport qu’un chanteur entretient avec la salle. Si musicalement, la différence n’est pas bien grande, la façon de dire le texte, de le communiquer au public et de le charger en émotions, la communion entre l’artiste et ceux qui l’écoutent s’en trouvent altérées. Le spectateur perçoit une certaine insécurité chez l’artiste et c’est tout son confort d’écoute qui est remis en cause. Le programme, pourtant, comprend bien des œuvres qui sont familières au chanteur, qu’il chante magnifiquement et depuis longtemps, en particulier toute la partie française de la soirée. Parallèlement à cela, le travail avec Alain Planès semble lui aussi inabouti. Bien sûr, rompu à la discipline et familier du répertoire depuis des lustres, ce pianiste habile ne se laisse pas vraiment prendre en défaut. Mais l’élaboration d’une interprétation commune, la précision des détails propre à toute interprétation de musique de chambre semble avoir été faite trop rapidement, semble insuffisamment muri pour s’imposer au public.</p>
<p>Le récital commence par quelques mélodies de jeunesse de Fauré, dont on célèbre le centenaire de la mort. Le ton sombre et intense de la soirée est donné dès l’entame. Suivent les neuf <em>Lieder</em> de l’opus 24 de Schumann, son premier recueil, composé dans sa période la plus féconde autour de l’année 1840, d’une magnifique spontanéité d’inspiration, et pourtant bien complexe à mettre en place. Pris dans un tempo plus lent qu’à l’habitude, abordé avec circonspection, mais surtout chantés le nez dans la partition, ces pages somptueuses recèlent bien des pièges. A plusieurs reprises, pianiste et chanteur peinent à se rejoindre, en particulier dans <em>Mit Myrthen und Rosen</em> où la partie de piano, à contretemps de la mélodie, nécessite un long travail de mise en place.</p>
<p>Placé en fin de première partie, l’<em>Horizon Chimérique </em>de Fauré, est un des cycles préférés de Degout qui met si bien en avant les poèmes de Jean de la Ville de Mirmont. Ce jeune poète, décédé bien trop tôt à la guerre de 14, inspire à Gabriel Fauré déjà fort âgé une musique très élaborée, particulièrement soignée, délicat et émouvant hommage de la sagesse du grand âge à la fougue impétueuse de la jeunesse. Magnifiquement dominé par le chanteur, le cycle ne reçoit pas de la part du pianiste le soin et l’attention qu’il mériterait, de sorte que le sentiment d’intimité, si précieux dans cette musique-là, fait un peu défaut.</p>
<p>Après la pause, cinq mélodies d’Henri Duparc, pas nécessairement les plus souvent données, sont elles aussi parfaitement maîtrisées par le chanteur, culminant avec la magnifique <em>Chanson triste</em>, mais plusieurs petits accidents dans la partie de piano, il est vrai très fournie, viennent à nouveau perturber un peu la sérénité de l’auditeur. Gardant le plus sombre pour la fin, les deux musiciens termineront leur programme dans une ambiance de cathédrale avec les <em>Vier ernste Gesänge</em> de Brahms, où domine le sentiment religieux teinté d’intériorité.</p>
<p>Trois bis de Claude Debussy viendront clore la soirée, toujours dans la même veine sombre.</p>
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		<title>BRAHMS, Ein deutsches Requiem &#8211; Saint Malo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/brahms-ein-deutsches-requiem-saint-malo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Aug 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Bretagne est fertile terre de festivals. Si les musiques actuelles en sont la floraison la plus connue, la région abrite également un large maillage de festivals de musiques classiques de qualité, qui sont d&#8217;ailleurs les premiers à s&#8217;être structurés en fédération au sein de la FFMCB. Le festival de Musique Sacrée de Saint Malo &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La Bretagne est fertile terre de festivals. Si les musiques actuelles en sont la floraison la plus connue, la région abrite également un large maillage de festivals de musiques classiques de qualité, qui sont d&rsquo;ailleurs les premiers à s&rsquo;être structurés en fédération au sein de la<a href="https://www.classiquebretagne.com"> FFMCB</a>.<a href="https://www.festivaldemusiquesacree-stmalo.com"> Le festival de Musique Sacrée de Saint Malo </a>en fait partie depuis l&rsquo;origine et propose au cœur de l&rsquo;été un mois de concerts de qualité dont ce <em>Deutsches Requiem</em> vibrant sous la voûte de la cathédrale malouine.</p>
<p>La proposition accueillie est celle du <strong>Chœur de chambre Melisme(s)</strong>, institution régionale incontournable en résidence à l&rsquo;Opéra de Rennes, qui accueillera d&rsquo;ailleurs ce programme début <a href="https://opera-rennes.fr/fr/evenement/un-requiem-allemand-choeur-de-chambre-melismes">octobre</a> – avec d&rsquo;autres solistes. Là, c&rsquo;est la version pour deux pianos qui se donnera à entendre, tandis que dans la cité corsaire, l&rsquo;organiste <strong>Guillaume Le Dréau</strong> en propose une adaptation pour orgue de chœur.<br />
Un choix compréhensible mais pas toujours heureux car, si l&rsquo;interprétation toute en finesse n&rsquo;est pas en cause, par exemple dans le second numéro, en revanche certaines harmonies, certains choix de jeux parasitent régulièrement l&rsquo;écoute et desservent le propos.</p>
<p>Les deux solistes, pour leur part, assument fort bien leurs quelques interventions. <strong>Nicholas Crawley</strong>, en dépit de vocalises manquant de netteté apporte à sa partie son beau timbre rayonnant et bien projeté tandis qu&rsquo;<strong>Elsa Benoit</strong> n&rsquo;a qu&rsquo;un air pour nous faire profiter de l&rsquo;articulation au laser de son soprano épicé. La voix est bien conduite, le focus excellent.</p>
<p>C&rsquo;est naturellement l&rsquo;Ensemble qui assume l&rsquo;essentiel de la partition. Il connaît bien le compositeur allemand dont il vient de presser au disque un programme <em>Brahms le Tzigane</em> de belle facture. Il régale l&rsquo;oreille d&rsquo;un magnifique travail des nuances, des lignes mélodiques, comme dans le très beau «&nbsp; Denn alles fleisch, es ist wie Gras ». Si la diction se perd dans la nef, les entrées sont moelleuses, les finales impeccablement précises. Intentions, émotions sont, pour leur part, bien présentes sous la direction de <strong>Gildas</strong> <strong>Pungier</strong>, tour à tour dansante ou à peine esquissée, toujours expressive et parfaitement suivie par un chœur constitué de longue date, très à l&rsquo;écoute:<br />
Recueillement dès le « Selig sind, die da Leid tragen », tendresse indicible dans « Wie lieblich sind deine Wohnungen ». « Denn wir haben hie keine bleibende Statt » pourrait se teinter de plus de désespoir au départ et demande encore quelques réglages tant l&rsquo;exubérance sonore risque de brouiller le son mais apporte bien le puissant déferlement attendu dans cette page sublime. Avec « Selig sind die Toten » le travail des timbres enrobe d&rsquo;une grande douceur cet ultime morceau, appellant paix et lumière dans les cœurs affligés par la perte.</p>
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