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	<title>Hector BERLIOZ - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Hector BERLIOZ - Compositeur - Forum Opéra</title>
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		<title>Discothèque idéale : Berlioz &#8211; Les Troyens (Nelson, Warner &#8211; 2017)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/discotheque-ideale-berlioz-les-troyens-nelson-warner-2017/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Louise Momal]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2026 07:50:49 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Chacun y trouvera quelques perles, les préférences de l’autrice vont à la dignité tragique des Cassandre et Didon de Régine Crespin dans la compilation d’extraits enregistrés sous la baguette de Georges Prêtre en 1965, à l’élégance de l’Énée de Nicolai Gedda, avec le même chef en 1969. Mais la palme revient de droit à l’intégrale &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Chacun y trouvera quelques perles, les préférences de l’autrice vont à la dignité tragique des Cassandre et Didon de Régine Crespin dans la compilation d’extraits enregistrés sous la baguette de Georges Prêtre en 1965, à l’élégance de l’Énée de Nicolai Gedda, avec le même chef en 1969.</p>
<p>Mais la palme revient de droit à l’intégrale enregistrée par <strong>John Nelson</strong> à Strasbourg en 2017. Le chef américain y impose une vision totale de l’œuvre, balayée d’un souffle épique digne de Virgile, sans pour autant sacrifier la sobriété tragique des pages les plus intimes. Sous sa baguette, les cordes s’embrasent des incendies grecs dans Troie prise d’assaut, l’orchestre scintille des reflets de la lune sur la mer que contemplent Didon et Énée. En parfaite symbiose avec la partition, Nelson fait de l’orchestre l’aède qui convoque plages jonchées des débris de dix ans de guerre, cités fastueuses et bûchers funéraires en trois notes inspirées.</p>
<p>La magie de cette intégrale tient aussi à une distribution impeccable, rassemblant alors vétérans et jeunes promesses. En tête d’affiche, <strong>Marie-Nicole Lemieux</strong> brille par l’incarnation du mot en Cassandre, <strong>Joyce DiDonato</strong> par la souplesse d’une ligne de chant royale en Didon. Impossible aussi de résister à l’Énée bouillant de <strong>Michael Spyres</strong>, tout en fougue et aigus téméraires, ou au Chorèbe impeccable de noblesse de <strong>Stéphane Degout</strong>. Les rôles de second, voire de troisième plan, sont d’un luxe qui vire à la démesure : <strong>Nicolas Courjal</strong> prête à Narbal morgue et autorité, <strong>Marianne Crebassa</strong> luminosité et espièglerie à Ascagne, <strong>Cyrille Dubois</strong> une diction châtiée et un legato sans fin à Iopas, <strong>Stanislas de Barbeyrac</strong> un charme indéniable à Hylas….</p>
<p><em>Joyce DiDonato (Didon), Marie-Nicole Lemieux (Cassandre), Michael Spyres (Énée), Stéphane Degout (Chorèbe), Nicolas Courjal (Narbal), Marianne Crebassa (Ascagne), Hanna Hipp (Anna), Cyrille Dubois (Iopas)…<br /></em><em>Orchestre philharmonique de Strasbourg, Chœur de l’ONR, Badischer Staatsopernchor, Chœur philharmonique de Strasbourg, sous la direction de John Nelson<br /></em><em>Enregistré les 11 et 18 avril 2017, salle Érasme (Strasbourg).</em></p>


<figure class="wp-block-image alignwide size-large"><a href="https://www.forumopera.com/dossier/la-discotheque-ideale-de-lart-lyrique/"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="355" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/vers-la-discotheque-ideale-2-1024x355.png" alt="" class="wp-image-207785"/></a></figure>
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		<title>Soirée anniversaire de Viorica Cortez &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/soiree-anniversaire-de-viorica-cortez-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Feb 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Viorica Cortez a 17 ans quand elle débute avec la XIe symphonie de Beethoven. Repérée par l’Académie de musique de Bucarest, elle y étudie 5 ans pour être finalement révélée en 1964 avec le premier prix au Concours international de chant de Toulouse. Après avoir pris la difficile décision de quitter la Roumanie où elle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Viorica Cortez a 17 ans quand elle débute avec la XIe symphonie de Beethoven. Repérée par l’Académie de musique de Bucarest, elle y étudie 5 ans pour être finalement révélée en 1964 avec le premier prix au Concours international de chant de Toulouse. <a href="https://www.forumopera.com/viorica-et-mioara-cortez-deux-soeurs-deux-destins/">Après avoir pris la difficile décision de quitter la Roumanie</a> où elle élevait sa fille, Viorica Cortez triomphera sur les plus grandes scènes du monde tout en restant boudée incompréhensiblement par les <i>majors</i> du disque (on peut néanmoins la retrouver <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/viorica-cortez-une-vie-dopera-a-deguster-sans-moderation/">dans un récital récemment réédité</a>). Elle sera ainsi surnommée « la Carmen du siècle », un rôle qui convenait idéalement à son tempérament volcanique. Dans le prolongement de son 90e anniversaire le 26 décembre dernier, et sous le triple patronage de l&rsquo;Institut Culturel Roumain de Paris, de l&rsquo;Ambassade de Roumanie et Noesis Enesco, ses proches et ses admirateurs lui rendaient hommage au cours d&rsquo;un concert auquel participaient quelques uns de ses amis ou élèves.</p>
<p>Après les hommages de rigueur des institutions, le récital s&rsquo;ouvre avec une magnifique <em>Valse de Juliette</em>, interprétée par la jeune <strong>Max</strong> <strong>Roblain</strong>, lauréate du <em>Concours international de chant Georges Enesco Paris</em> en 2025, ainsi que du prix spécial Catalina Cortez. Élève de Leontina Vaduva, elle-même une des plus belles Juliette autour des années 90, Max Roblain a déjà une belle technique (avec des trilles correctement battus), un ambitus significatif (jusqu&rsquo;au contre-ré), et on peut parier sur une future grande interprète du rôle. Le ténor <strong>Antonio Pereira</strong> interprète avec chaleur la version française de l&rsquo;air du <em>Pays du sourire</em>. <strong>Sandrine Peris</strong> s&rsquo;attaque avec honneur aux difficiles vocalises du « Cruda sorte » de <em>L&rsquo;italiana in Algeri</em>. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bourgault-ducoudray-la-conjuration-des-fleurs-paris-temple-du-luxembourg/">Familier des lieux</a>, <strong>Jacques Loiseleur des Longchamps</strong> distille avec finesse et musicalité le magnifique <em>Spectre de la rose</em> berliozien, avant d&rsquo;être rejoint par Antonio Pereira pour le duo de<em> Don Carlo</em>, bizarrement en italien. Aux côtés de Sandrine Peris, <strong>Catherine Manandaza</strong> met son timbre cuivré au service d&rsquo;un <em>Duo des fleurs</em> aérien, avant de changer totalement de registre avec « In questa reggia » extrait de <em>Turandot</em> aux aigus spectaculaires. Avec la mélodie de Martini, « Plaisir d&rsquo;amour », et surtout dans l&rsquo;air de <em>Partenope</em>, le contre-ténor <strong>Alexis</strong> <strong>Vassiliev</strong> offre une voix bien projetée, un timbre chaud et une vocalisation impeccable. <strong>Paul Gaugler</strong> semble infatigable dans son <em>Retour de Rome</em>, extrait de <em>Tannhäuser. </em>La voix est homogène sur toute a tessiture, avec une belle couleur argentée. La tâche un brin ingrate d&rsquo;accompagnateur revient à <strong>Ciprian Oloi</strong> qui s&rsquo;en acquitte avec métier, quelques pages en soliste lui permettant de mieux faire apprécier son talent.</p>
<p>Toujours élégante et toujours rayonnante, <strong>Viorica Cortez </strong>clôt le concert. Bien sûr, les années ont passées mais, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-viorica-et-mioara-cortez-paris-inoxydables/">comme à l&rsquo;occasion de son récital en compagnie de sa sœur Mioara en 2019</a>, la diva franco-roumaine sait encore colorer de manière unique le « Mon cœur s&rsquo;ouvre à ta voix » de <em>Samson et Dalila</em> ou émouvoir avec le délicat duo mère-fils d&rsquo;<em>Il trovatore. </em>La mélancolique mélodie de Marioara J. Fărcăşanu, « Seigneur, mon désir errant » sur un poème de Octavian Goga, vient ajouter une touche plus intime, la compositrice illustrant ici la souffrance du peuple roumain. Le concert se termine toutefois par une vision plus riante, solistes et public entonnant l&rsquo;Hymne européen aux paroles pleine d&rsquo;espoir. Bon anniversaire Viorica !</p>
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		<title>BERLIOZ, Benvenuto Cellini &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-benvenuto-cellini-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Incroyable mais vrai : le Benvenuto Cellini de Berlioz n&#8217;avait jamais été représenté à Bruxelles en version scénique. A bien y réfléchir, est-ce si surprenant ?  Après sa chute parisienne en 1838, l&#8217;opéra ne fut plus représenté qu&#8217;à Weimar en 1852, grâce aux efforts de Liszt, mais ce demi-succès resta largement sans lendemain. L&#8217;œuvre a &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Incroyable mais vrai : le <em>Benvenuto Cellini</em> de Berlioz n&rsquo;avait jamais été représenté à Bruxelles en version scénique. A bien y réfléchir, est-ce si surprenant ?  Après sa chute parisienne en 1838, l&rsquo;opéra ne fut plus représenté qu&rsquo;à Weimar en 1852, grâce aux efforts de Liszt, mais ce demi-succès resta largement sans lendemain. L&rsquo;œuvre a presque disparu des écrans jusqu&rsquo;à ce que Colin Davis la ressuscite au milieu des années 60. L&rsquo;enregistrement fit grand bruit, mais la pièce est toujours rare à la scène. Berlioz semble avoir acté lui-même son échec, puisqu&rsquo;il réutilisa les plus belles mélodies de l&rsquo;opéra, celles qu&rsquo;il ne voulait absolument pas perdre, dans son ouverture de concert <em>Le carnaval romain,</em> en 1844, à ne pas confondre avec l&rsquo;ouverture de l&rsquo;opéra lui-même. Et pourtant, malgré quelques défauts, l&rsquo;œuvre est d&rsquo;une force irrésistible, que ce soit par sa vivacité mélodique et rythmique, la joyeuseté de son livret ou la profondeur des thèmes abordés. A condition bien sûr de trouver des interprètes capables de se frotter à ses difficultés diaboliques, ce qui semble être le cas pour cette production bruxelloise.</p>
<p><strong>Thaddeus Strassberger</strong> a bien compris que le personnage principal n&rsquo;est ni Cellini, ni le Pape, ni Teresa mais bien la ville de Rome. Il n&rsquo;a pas froid aux yeux, et décide de nous en mettre plein la vue. Sa Rome de la Renaissance sera un mélange de péplum façon Cinecittà et de références felliniennes, dans une débauche d&rsquo;effets visuels, de costumes somptueux et d&rsquo;allusions à la culture queer. Cela fonctionne remarquablement, même si une telle profusion peut parfois perdre le spectateur, mais c&rsquo;est voulu, et cela fait écho à une partition où Berlioz empile les trouvailles les plus originales, et le chaudron qu&rsquo;est la fosse d&rsquo;orchestre trouve plus d&rsquo;une fois son reflet sur scène. On mentionnera en particulier le travail du costumier <strong>Giuseppe Palella</strong>, qui a pris un plaisir visible à revisiter tous les classiques de la ville éternelle : dieux du Panthéon, pape, gardes suisses, carabinieri, muses et joyeux fêtards du carnaval. C&rsquo;est à la fois poétique et drôle. On sera plus réservé sur l&rsquo;idée de réintroduire le langage parlé dans le finale du premier acte, avec une « battle » de drag queens. Non que l&rsquo;idée soit mauvaise en soi, mais le retour de la parole après une heure de musique produit un effet très incongru. Qu&rsquo;on ne se méprenne pas cependant : Strassberger n&rsquo;est pas seulement sensible aux aspects festifs de l&rsquo;opéra. Il rend justice à ses moments de poésie, et à la méditation très profonde qu&rsquo;il contient sur le rôle de l&rsquo;artiste. La façon dont il fait tourner le décor sans bruit pour passer du vacarme de l&rsquo;atelier à la solitude de Cellini et à son sublime « Sur les monts les plus sauvages » est magistrale.  Les apparitions du pape sont aussi des exemples d&rsquo;équilibre entre la satire et le sérieux.</p>
<p>La pièce ayant fait la preuve qu&rsquo;elle tient bien sur scène, est-elle jouable pour les musiciens ? La créativité de Berlioz est telle qu&rsquo;aucune interprétation sur le vif ne peut lui rendre pleine justice. Exemple : la première scène, où Teresa et Cellini se donnent rendez-vous, avec Fieramosca qui se cache à l&rsquo;arrière et cherche à déjouer leurs plans. Les chanteurs doivent faire de la dentelle en musique, alors que les acteurs doivent interpréter une scène de boulevard, avec portes qui claquent et jeu de cache-cache. La quadrature du cercle. En ce sens, <em>Benvenuto Cellini</em> est une œuvre platonicienne : elle existe sous une forme idéelle et parfaite dans le cerveau de Berlioz, et les diverses productions qu&rsquo;on en donne ne font que s&rsquo;approcher plus ou moins d&rsquo;un horizon inaccessible. Ceci étant posé, l&rsquo;équipe de La Monnaie a de solides atouts. La baguette d<strong>&lsquo;Alain Altinoglu</strong> ruisselle de couleurs. Visiblement heureux de diriger une partition dont il dit le plus grand bien dans le programme de salle, le chef tire le meilleur d&rsquo;un O<strong>rchestre symphonique de La Monnaie</strong> en grande forme. Les instrumentistes s&rsquo;ébrouent dans la partition avec joie, et font plus d&rsquo;une fois songer à de jeunes poulains lancés dans leur premier galop. Le brio individuel (tuba, cor anglais, timbales) n&#8217;empêche pas la cohésion de l&rsquo;ensemble, et l&rsquo;écoute vis-à-vis des chanteurs est exemplaire. Les <strong>chœurs de La Monnaie</strong> sont presque au même niveau, et nous régalent dans le <em>Chant des ciseleurs</em>. Mais ils ne peuvent s&#8217;empêcher de se prendre les pieds dans le tapis à plusieurs reprises dans le finale de premier acte. Il faut être indulgent tant l&rsquo;écriture de Berlioz « nargue les ressources des meilleurs ensembles du monde », pour reprendre les termes de Piotr Kaminski dans <em>1001 opéras</em>. Au-delà des aspects purement techniques, l&rsquo;esprit de <em>Benvenuto</em> est bien là, dans ce mélange étincelant de rire et de tendresse, ce côté incandescent, cette effervescence qui semble inextinguible.</p>
<p>La distribution est de premier ordre, soudée dans un esprit commun et totalement investie au service de l&rsquo;opéra et de la vision du metteur en scène. Commençons par la seule déception : le Balducci de <strong>Tijl Faveyts</strong> : la voix est engorgée, ne se projette pas vraiment bien, et la diction est confuse. Dans une ville majoritairement francophone, c&rsquo;est gênant, surtout que c&rsquo;est le trésorier du pape qui ouvre l&rsquo;opéra, et que cela plombe un peu la suite. Le contraste est d&rsquo;autant plus frappant que le reste de l&rsquo;équipe offre un français de premier ordre. Par exemple la Teresa de <strong>Ruth Iniesta,</strong> qui compose un personnage désopilant, mélange subtil entre la muse et l&rsquo;allumeuse. La voix est d&rsquo;une fraîcheur remarquable, et son parcours de belcantiste lui permet d&rsquo;affronter sans trembler la cabalette de son air « Quand j&rsquo;aurai votre âge », et de montrer comment Berlioz, tout en rejetant l&rsquo;opéra italien de son temps, n&rsquo;entendait pas renoncer à la virtuosité et à ses possibilités expressives. Et ce timbre a des pointes « sucrées » qui le rendent terriblement séduisant. Excellent acteur, le Fieramosca de <strong>Jean-Sébastien Bou</strong> sacrifie parfois le soin de la ligne à un jeu très énergique. C&rsquo;est souvent drôle, mais on aimerait mieux entendre son bel instrument de baryton. L&rsquo;Ascanio de <strong>Florence Losseau</strong> touche au sublime : ligne souveraine, vocalisation au cordeau, timbre pulpeux, français impeccable et bien projeté. Et les nuances qu&rsquo;elle met sur « moi je chante, moi je ris » dans son deuxième air montrent qu&rsquo;elle a beaucoup réfléchi sur son rôle, lequel gagne à dépasser le cliché de l&rsquo;élève espiègle.</p>
<p>Chanter un pape sur scène ne doit pas être facile, surtout que Berlioz semble hésiter constamment entre respect et irréverence. <strong>Ante Jerkunica</strong> réussit une synthèse admirable : sa stature colossale lui permet de surjouer le prélat compassé. Voilà pour la truculence de Berlioz contre l&rsquo;Eglise. Mais le bouillant Hector voulait aussi écrire un rôle de basse qui mette en valeur l&rsquo;onction et la majesté d&rsquo;un pontife. Jerkunica joue alors de son timbre d&rsquo;airain, de son volume immense, de sa musicalité tranquille et du magnétisme musical que suscite chacune de ses apparitions. Nous n&rsquo;avons pas l&rsquo;habitude d&rsquo;entendre une voix d&rsquo;une telle noirceur dans l&rsquo;opéra français, où l&rsquo;on privilégie souvent des timbres plus clairs, mais ces accents dignes d&rsquo;un Hunding ou d&rsquo;un Fasolt fonctionnement parfaitement.</p>
<p>Reste à parler du miracle <strong>John Osborn</strong>. Miracle, le mot n&rsquo;est pas trop fort tant nous assistons ici à une osmose entre un rôle et un chanteur. Osborn <em>est</em> Cellini , comme Birgit Nilsson <em>était</em> Brünnhilde ou Maria Callas <em>était</em> Violetta. La partie semble écrite pour lui : il en a toutes les notes, tous les murmures, tous les élans. Rien ne parait difficile : les larges cantabile de ses deux airs, les aigus crucifiants du duo avec Teresa, les apartés du carnaval, les trépignements de la scène finale. Partout, le ton adéquat, la voix allégée ou donnée à plein, le français aisé à comprendre et vécu de l&rsquo;intérieur. Aucun signe de fatigue à l&rsquo;issue de cette performance, l&rsquo;artiste sortant de cette fournaise l&rsquo;oeil sec et le cheveux en ordre. Il est intéressant de noter que le rôle produit souvent ce type d&rsquo;identification complète. Au disque, Nicolaï Gedda et Gregory Kunde donnaient la même impression. Faut-il croire que Berlioz a admirablement réussi son projet de mettre en scène un artiste auquel tous les autres puissent s&rsquo;identifier ?</p>
<p>Reste à espérer que, armée de tant d&rsquo;atout, cette production bruxelloise soit vue par le plus grand nombre, et qu&rsquo;elle soit un jalon sur le chemin qui permettra à <em>Benvenuto Cellini</em> d&rsquo;entrer dans le répertoire de toutes les maisons d&rsquo;opéra.</p>
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		<title>Récital Michael Spyres &#8211; Lausanne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/michael-spyres-en-recital-lausanne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 10 Jan 2026 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un de ces récitals où il se passe quelque chose…. En l’occurrence, une voix en « convalescence » d’une grippe, pour reprendre le mot de l’annonce de Claude Cortese, le directeur de l’Opéra de Lausanne. Souvent ce genre de précaution liminaire se révèle superfétatoire et le concert se déroule sans qu’on remarque rien.Là, le public comprit d’emblée &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Un de ces récitals où il se passe quelque chose….</p>
<p>En l’occurrence, une voix en « convalescence » d’une grippe, pour reprendre le mot de l’annonce de Claude Cortese, le directeur de l’Opéra de Lausanne. Souvent ce genre de précaution liminaire se révèle superfétatoire et le concert se déroule sans qu’on remarque rien.<br />Là, le public comprit d’emblée que <strong>Michael Spyres</strong> se battait contre des cordes vocales récalcitrantes. Et l’accompagna en toute amitié au long de <em>Nuits d’été</em> (hivernales, plutôt) conquises de haute lutte – les autres pièces d’un programme d’ailleurs subtilement composé allaient être plus aisées.<br />À la fin du concert Michael Spyres et son partenaire pianiste, l’excellent et très attentif <strong>Mathieu Pordoy</strong>, allaient remercier la salle de son « soutien », visiblement touchés de la ferveur qui les avait portés.</p>
<p>Et des applaudissements entre les différentes pièces du cycle de Berlioz, en principe incongrus, qui avaient pris l’allure de pauses bienfaisantes, pendant lesquelles le ténor américain avait pu nébuliser son arrière-gorge avec on ne sait quel produit miracle.</p>

<p>C’était d’ailleurs du panache que de prendre ces mélodies à un tempo aussi lent, et ne facilitant sans doute guère les choses… Déjà dans la <em>Villanelle</em> initiale, mais tout au long d’un cycle qui semble fait pour la voix de baryténor de Spyres, tant il s’étire sur une tessiture démesurée.</p>
<h4><strong>L&rsquo;essentiel</strong></h4>
<p>À vrai dire, on retrouva tout ce qui fait le charme du bel enregistrement qu’il a donné de ces <em>Nuits</em> avec John Nelson et le Philharmonique de Strasbourg. Et le public, embarqué avec lui dans cette aventure, allait être attentif à chaque note, certaines faciles, d’autres conquises, ainsi le <em>la</em> dièse grave du <em>Spectre de la rose</em> ou le <em>fa</em> aigu de <em>Sur les lagunes</em> (« Ah ! sans amour s’en aller sur la mer… »). <br />Bien sûr, certaines de ces notes étaient un peu instables, mais l’essentiel était là : la clarté du registre supérieur dans la <em>Villanelle</em> – même si on sentait bien que le chanteur était là aux aguets de sa voix encore froide –, les longues lignes impeccablement phrasées, l’appui sur le texte, la diction (chaque syllabe détachée sur « Mais ne crains rien, je ne réclame ni Vêpres ni De profundis… »), cet on-ne-sait-quoi de fier et d’altier sur « L’ange qui l’emmena ne voulut pas me prendre ».</p>
<h4><strong>Délicatesses délectables</strong></h4>
<p>Mais surtout cette richesse de timbre, cette couleur de ténor héroïque, celle de Faust ou d’Enée, et toutes sortes de délicatesses : la voix mixte (sur « l’albâtre ») ou l’éclat solaire (sur « J’arrive du paradis »), et, après une nébulisation magique, la transparence retrouvée sur « Reviens, reviens ma bien-aimée ».</p>
<p>Ou encore la légèreté miraculeuse de tel passage d’<em>Au cimetière</em> (la strophe « Un air maladivement tendre » entre voix mixte et demi-teintes), avant l’envol de « Sur les ailes de la musique ». Une technique formidable au service d’une musicalité merveilleusement sensible et de l’esprit d’un texte. Moment suspendu.</p>
<p>Charmant, avant <em>L’île inconnue</em>, ce petit geste signifiant « Allez, on se lance, on verra bien… » et précédant ce morceau de bravoure, d’une belle et conquérante plénitude.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="2145" height="2144" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/PORDOY-Mathieu-3-@Tatyana-Vlasova-edited.jpg" alt="" class="wp-image-206330"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Mathieu Pordoy @Tatyana Vlasova</sub></figcaption></figure>


<p>Composé en 1933, juste avant que Korngold ne parte pour les USA, le cycle<em> Unvergänglichkeit</em> (Éternité) semblera donner moins de fil à retordre au chanteur. Privilégiant le bas medium, ne se permettant que quelques escapades vers des aigus que Michael Spyres donnera le plus souvent en voix mixte, les cinq lieder de ce mini-cycle (dont le dernier est la répétition intégrale du premier) sont une méditation sur le temps qui passe, l’amour plus fort que la mort, la fatale disparition de toutes choses.</p>
<h4><strong>Korngold, juste avant Hollywood</strong></h4>
<p>Après <em>Das eilende Bächlein</em> (Le ruisseau fuyant), accompagné par un piano aux arpèges évidemment liquides, un ruisseau qui sait que chaque année humaine n’est qu’une goutte insignifiante dans un flot infini, la plus belle pièce en est peut-être <em>Das schlafende Kind</em> (L’enfant endormi), une lente méditation, dépouillée, nourrie de silence, que Spyres aborde en fin diseur qu’il est et dans un <em>mezza voce</em> intimiste, le piano s’effaçant presque. <br />Pièce beaucoup plus majestueuse, <em>Stärker als der Tod</em> (Plus fort que la mort) balaie toute la tessiture et rassure tout à fait sur sa voix, qui donne l’impression d’avoir recouvré sa force de frappe et ses graves de bronze, avant le charmant <em>Unvergänglichkeit II</em>, qui semble pencher suavement du côté de Lehár, y compris les dernières notes en voix mixte à la Danilo.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="728" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/SPYRES-Michael_Photo-2025-@-Marco-Borrelli-2-728x1024.jpg" alt="" class="wp-image-206317"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Michael Spyres @ Marco Borrelli</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Distiller les mots</strong></h4>
<p>Ces accents fin-de-siècle attardés introduiront judicieusement quatre lieder de Richard Strauss, magnifiques et magnifiquement interprétés.</p>
<p>D’abord la belle gravité de <em>Ruhe, meine Seele</em>, avant sa violence : le timbre de bronze, très sombre, l’ampleur du tempo, très lent, et cette belle prononciation allemande, cette manière de distiller un texte qui veut être serein, mais dont Spyres accentue les arrière-plans tragiques, tout cela est noble et grand.</p>
<p>Puis <em>Cäcilie</em>, emporté et amoureux, qui, derrière ses élans, ne parle que de solitude et de frustration : la voix se fait éclatante et lyrique, monte très haut vers des sommets en voix de poitrine, hélas un peu trop escarpés ce soir, mais qu’importe ! L’ardeur, la puissance, la vigueur des accents font négliger ces scories sans importance.</p>
<h4><strong>Les couleurs de la voix</strong></h4>
<p>On a alors retrouvé tout ce qui fait la beauté du timbre de Michael Spyres, sa richesse boisée, mordorée, chaude et charnelle. Tout ce qui rayonnera dans un superbe <em>Heimliche Aufforderung</em>, héroïque, incendiaire et exaltant (et Mathieu Pordoy ne l’est pas moins). Subtile troisième strophe, un instant en demi-teinte, avant la flamboyance finale.</p>
<p>Enfin, intériorisé, en confidence, l’illustre <em>Morgen</em>, sur les beaux arpèges du piano : legato magnifique, maîtrise du pianissimo, intimité, sérénité, effacement crépusculaire, avant un postlude ineffable par Mathieu Pordoy.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="683" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/SPYRES-Michael_Photo-@Andie-Bottrell-2-683x1024.jpg" alt="" class="wp-image-206315"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Michael Spyres @ Andie Bottrell</sub></figcaption></figure>


<p>Bientôt, Michael Spyres abordera son premier Tristan au Metropolitan. C’est peut-être en y pensant qu’il achèvera son récital lausannois avec les <em>Wesendonck Lieder</em>.</p>
<h4><strong>Tristanesque</strong></h4>
<p>Ses couleurs barytonantes font merveille dans <em>Der Engel</em>, et ce sont d’ailleurs elles qui sont le mieux mises en valeur dans les lignes serpentines de <em>Stehe still</em>, mais l’apogée ce sera selon nous <em>Im Treibhaus</em>, aux moiteurs torpides, passant de graves formidablement charpentés à de diaphanes passages en voix mixte, avec de brefs évènements quasi parlés (« Ein Geschicke teilen wir »), tout cela formant une séquence très étonnante : on a l’impression d’un de ces longs récits qu’aime tant Wagner, et que Spyres transforme en un théâtre intérieur, sous des éclairages changeant sans cesse.</p>
<p>L’opulence de <em>Schmerzen</em>, d’une fière plénitude vocale, amènera à un très tristanesque <em>Traüme</em>, tracé dans un seul souffle, dirait-on, aux couleurs automnales, comme le postlude au piano, d’un toucher magnifique.</p>
<p>Le très long silence avant les applaudissements dira à lui seul combien le public aura vécu avec intensité ce moment entre ciel et terre.</p>
<p>Et tout ce récital où il aura ressenti et partagé les moindres difficultés et les plus belles réussites des deux artistes. Dont les remerciements seront non moins touchants.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/michael-spyres-en-recital-lausanne/">Récital Michael Spyres &#8211; Lausanne</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>La Damnation de Faust au TCE : Petr Nekoranec remplace Benjamin Bernheim</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/la-damnation-de-faust-au-tce-petr-nekoranec-remplace-benjamin-bernheim/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 12 Nov 2025 11:44:07 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Changement de distribution pour les deux dernières représentations de La Damnation de Faust au Théâtre des Champs-Elysées les 12 et 15 novembre prochains :  Benjamin Bernheim, décidément souffrant, sera remplacé par Petr Nekoranec. Annoncé comme l&#8217;un des talents les plus remarquables de sa génération en République tchèque, ce jeune ténor s&#8217;est fait connaître en France &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Changement de distribution pour les deux dernières représentations de <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-la-damnation-de-faust-paris-tce-2/"><em>La Damnation de Faust</em> au Théâtre des Champs-Elysées</a> les 12 et 15 novembre prochains :  <strong>Benjamin Bernheim</strong>, <a href="https://www.forumopera.com/breve/benjamin-bernheim-chantera-t-il-dans-la-damnation-de-faust-au-tce/">décidément souffrant</a>, sera remplacé par <strong>Petr Nekoranec.</strong></p>
<p>Annoncé comme l&rsquo;un des talents les plus remarquables de sa génération en République tchèque, ce jeune ténor s&rsquo;est fait connaître en France dans le répertoire baroque : <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/charpentier-david-et-jonathas-lille/"><em>David et Jonathas</em> de Charpentier à Lille</a> l&rsquo;an dernier, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/scarlatti-il-primo-omicidio-beaune/"><em>I primo omicidio</em> à Beaune</a> cet été. « Petr Nekoranec impressionne en Adam par sa technique solide, un timbre frémissant soutenu par une projection éclatante […] Nul doute que l’artiste soit promis à une grande carrière. » prophétisait alors notre confère Clément Mariage.</p>
<p>Le répertoire romantique en général, français en particulier, ne lui est cependant pas étranger. Petr Nekoranec a récemment chanté Roméo dans <i>Roméo et Juliette</i> de Gounod a la Staatsoper de Berlin aux côtés d’Elsa Dreisig, et Rodolfo dans <i>La Bohème</i> au Théâtre national de Prague. En 2020, il a enregistré pour le label Supraphon un récital d&rsquo;airs d&rsquo;opéra français, où figure le Faust de Gounod mais non celui de Berlioz.</p>
<p>En lui confiant au pied levé cette prise de rôle, le Théâtre des Champs-Elysées se montre fidèle à sa tradition de révéler de nouveaux talents. Nous lui souhaitons un juste succès, et dans le même temps, un prompt rétablissement à Benjamin Bernheim. </p>


<figure class="wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-4-3 wp-has-aspect-ratio"><div class="wp-block-embed__wrapper">
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="Salut! Demeure chaste et pure (Faust)" width="1200" height="900" src="https://www.youtube.com/embed/A5ECwdZgi7Q?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
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		<title>BERLIOZ, La Damnation de Faust &#8211; Paris (TCE)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-la-damnation-de-faust-paris-tce-2/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 04 Nov 2025 05:36:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fidèle à l’esprit de Berlioz, transformer La Damnation de Faust en un événement musical total, loin du carcan de l’opéra traditionnel, assumer la fragmentation du récit, débarrasser Faust de ses oripeaux de savant romantique, le transmuter en adolescent attardé, avatar d’une jeunesse en perte de repères, réfugié dans un cocon d’enfance envahi de peluches inertes, pour in fine &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Fidèle à l’esprit de Berlioz, transformer <em>La Damnation de Faust</em> en un événement musical total, loin du carcan de l’opéra traditionnel, assumer la fragmentation du récit, débarrasser Faust de ses oripeaux de savant romantique, le transmuter en adolescent attardé, avatar d’une jeunesse en perte de repères, réfugié dans un cocon d’enfance envahi de peluches inertes, pour <em>in fine </em>proposer une lecture du drame aussi sensorielle que mentale, où la musique, plus que Dieu ou le diable, rend le verdict final. Tel est en résumé le projet de cette nouvelle production du chef d’œuvre de Berlioz au Théâtre des Champs-Elysées, exposé dans le programme par <strong>Silvia Costa</strong> – considérée comme l’une des metteuses en scène qui contribuent à « réinventer l’opéra » aujourd’hui » (sic). De la théorie à la pratique, il y a hélas un abîme plus vertigineux encore que celui dans lequel Faust est précipité au terme de sa course.</p>
<p>La pauvreté du décor, l’indigence des lumières, la laideur des costumes, l’inertie scénique à laquelle sont condamnés les artistes du chœur comme les solistes, l’incapacité à évoquer les lieux de l’action, à engendrer les images suggérées par la partition n’ont d’égal que l’absence d’idées – jusqu’à l’orchestre placé sur le plateau en deuxième partie comme pour conforter le cliché tenace selon lequel <em>La Damnation de Faust</em> n’est pas un opéra. Verdict au moment des saluts : un accueil réservé à l’équipe scénique d’une magnitude de sept sur l’échelle des huées, qui en compte neuf.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/DF2-1294x600.jpg" />
© Vincent Pontet</pre>
<p>Si encore, fermant les yeux, il nous était donné de nous immerger dans une des musiques les plus imaginatives qui soit mais Les Siècles semblent vouloir démentir la réputation d’orchestrateur de Berlioz. Limite d’une interprétation sur instruments historiques ? Ni couleurs – oriflamme en berne dans la Marche hongroise –, ni transparence – danse des esprits dépouillée de mystère et de magie –, ni souplesse, ni précision pour alterner murmure pastoral, scènes intimes et éclats démoniaques, mais acidité et chétivité qui font le pandæmonium, si impressionnant d’ordinaire, tempête dans un verre d’eau.</p>
<p>Même le chœur et la maîtrise de Radio France, certes malmenés par le dispositif scénique – cantonné dans la coulisse où contraint à des mouvements stériles – perdent pied. Peuple, soldats, étudiants, anges, démons chantent à l’identique, sans souci d’intention et de nuance, noyés dans une masse souvent confuse.</p>
<p>Donner à ressentir les changements d’espace et d’action, maîtriser les transitions, enchaîner les scènes de manière presque cinématographique telles que Berlioz les a conçues, surmonter l’enchevêtrement des rythmes, des métriques changeantes et des effets sont autant d’écueils que ne parvient pas encore à surmonter <strong>Jakob Lehmann</strong>, aux prises avec une partition aux enjeux trop complexes pour sa jeunesse, si prometteuse soit-elle.</p>
<p>Nul ne sort indemne du naufrage. Ni <strong>Thomas Dolié</strong>, interprète pourtant reconnu de la mélodie française, inintelligible dans la chanson de Brander. Ni <strong>Christian Van Horn</strong>, grande basse à la toison trop épaisse pour Méphistophélès, égaré dans un rôle dont lui échappent le texte, les intentions et les subtilités – le rire grinçant de la chanson de la puce, la poésie de « Voici des roses », l’ironie grivoise de la sérénade. Ni <strong>Victoria Karkacheva</strong>, Marguerite dotée d’une belle ligne de chant et d’une homogénéité irréprochable des registres, jeune mezzo-soprano déjà invitée sur les plus grandes scènes – Charlotte à Milan, Carmen à Vienne et Paris – mais desservie par l’entourage musical et scénique. Ni même <strong>Benjamin Bernheim</strong>, si attendu dans ce Faust Berliozien, modèle de diction française une fois encore, mais comme privé de l’éloquence, de la demi-teinte et de la musicalité qui dans ce répertoire le rendent unique. Les aigus meurtriers du duo d’amour surmontés avec élégance et l’éblouissante montée d’intensité dans l’Invocation à la nature ne suffisent pas à empêcher le ténor d’être lui aussi entraîné dans la chute.</p>
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		<title>Benjamin Bernheim chantera-t-il dans La Damnation de Faust au TCE ?</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/benjamin-bernheim-chantera-t-il-dans-la-damnation-de-faust-au-tce/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 Nov 2025 06:10:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les quatre représentations prévues au Théâtre des Champs-Elysées, du lundi 3 novembre au samedi 15 novembre, marquent une prise de rôle d&#8217;autant plus attendue qu&#8217;elle fut reportée. Benjamin Bernheim aurait dû ajouter le Faust berliozien à son répertoire en juin 2021 au Concertgebouw d&#8217;Amsterdam. Le concert fut annulé en raison du Covid. Nous lui souhaitons &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les quatre représentations prévues au Théâtre des Champs-Elysées, du lundi 3 novembre au samedi 15 novembre, marquent une prise de rôle d&rsquo;autant plus attendue qu&rsquo;elle fut reportée<strong>. Benjamin Bernheim</strong> aurait dû ajouter le Faust berliozien à son répertoire en juin 2021 au Concertgebouw d&rsquo;Amsterdam. Le concert fut annulé en raison du Covid.<br />
Nous lui souhaitons (et espérons) un prompt rétablissement.</p>
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		<title>SCHUBERT, La jeune fille et la mort &#8211; La Côte Saint-André</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-la-jeune-fille-et-la-mort-la-cote-saint-andre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 30 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour mettre au goût du jour les œuvres anciennes, pour les adapter aux dimensions des salles de son temps, Mahler, après bien d’autres, orchestra ou réorchestra avec un succès inégal Bach, Beethoven, Schubert, Schumann pour n’évoquer que les plus célèbres. On connaît les amples effectifs que requiert son œuvre, comme ses talents d’orchestrateur.  Plusieurs quatuors &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour mettre au goût du jour les œuvres anciennes, pour les adapter aux dimensions des salles de son temps, Mahler, après bien d’autres, orchestra ou réorchestra avec un succès inégal Bach, Beethoven, Schubert, Schumann pour n’évoquer que les plus célèbres. On connaît les amples effectifs que requiert son œuvre, comme ses talents d’orchestrateur.  Plusieurs quatuors sont ainsi réécrits pour prendre une dimension symphonique, dont le célèbre « La jeune fille et la mort ». Cet impressionnant hommage à Schubert, sincère, paraîtra bien trivial dans son amplification à celles et ceux qui chérissent l’original. La dimension symphonique confère une puissance indéniable, assortie d’un expressionnisme fort, mais y gagne-t-on ? Schubert, y compris celui des symphonies, est loin, très loin. C’est du Mahler, et pas forcément le meilleur.</p>
<p>Heureusement, la direction que <strong>Claire Gibault</strong> imprime au Paris Mozart Orchestra estompe pour l’essentiel les boursouflures que lui donnent certains chefs. Son orchestre, avec lequel elle entretient une familiarité filiale, se montre ductile, précis, engagé. Les basses, nourries (3 contrebasses et 5 violoncelles), impérieuses et virtuoses, tirent un peu la couverture à elles, au détriment des autres parties. L’<em>allegro</em> initial, tour à tour lyrique, vigoureux voire fiévreux, mêle tendresse et rage. La dynamique en est exemplaire. L’<em>andante con moto</em>, dont la douloureuse émotion des variations est connue, trouve une grande et tragique beauté, là où, trop souvent, les orchestres et leur chef oublient l’essence du quatuor pour tomber dans le sanglot. Repris en bis, l’émotion est ici intacte, retenue, jamais larmoyante. Tout juste est-on surpris de l’alternance soli – tutti, imposée par Mahler, si bien gérée soit-elle. Le <em>scherzo</em> proprement symphonique, est tendu, haletant, accentué, vigoureux et plein. Etonnamment, le finale <em>presto</em> n’est pas enchaîné. Frémissant, animé et transparent, aux contrastes accusés, ce sera le seul mouvement propre à faire oublier la version originale. Si la démonstration des qualités de l’orchestre est renouvelée, cette version laisse partagé.</p>
<p>Au cœur du programme – c’en est la justification – quatre mélodies avec orchestre de Berlioz, confiées à <strong>Valérie Bunel</strong>, dont le beau mezzo est remarquable, lumineux et flexible. Elle vit son texte avec intensité, et la pureté d’émission sert chacune avec un art consommé. On avait écouté <em>Le belle voyageuse</em> quelques heures auparavant, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-les-melodies-3-4-la-cote-saint-andre/">dans sa version pour ténor et piano, avec Mathias Vidal</a> (1). Les bois par deux, les cors et les percussions se sont ajoutés pour la circonstance. La leçon d’orchestration est magistrale, illustrée par des musiciens au mieux de leur forme. C’est toujours transparent, toujours soucieux du chant, pour notre bonheur. <em>La mort d’Ophélie</em>, pathétique, servie par une voix de velours sombre comme par un très bel orchestre, aux cordes graves frémissantes, nous émeut. <em>La captive</em>, mélancolique, dont les séquences contrastées alternent, est savoureuse.  Le boléro<em> Zaïde</em>, avec ses spectaculaires castagnettes, couronne ce programme vocal. Même si tel fidèle habitué du Festival évoque Karine Deshayes dans le même répertoire, force est de reconnaître les couleurs et la clarté du timbre, une maîtrise technique sans faille, à défaut des graves capiteux de la référence citée. Le style est irréprochable et la santé vocale évidente. Les qualités de phrasé, la longueur de voix sont bien au rendez-vous. Ce sera le sommet de cette soirée.</p>
<p>Il ne manquait que deux trompettes à la formation pour aborder Beethoven. Discrètement, elles prennent place. Claire Gibault dirige mains nues, par cœur. L’<em>allegro</em> initial surprend par son côté incisif, au détriment de la jovialité. La pâte orchestrale est fort belle, cependant la légèreté, l’humour de l’<em>allegretto</em>, comme l’élégance du <em>minuetto</em> sont étouffés par les ponctuations véhémentes des bois, dont il faut souligner la qualité, comme celle des cors. L’ample <em>allegro vivace </em>oublie vite le vivace (1) pour une course effrénée, contrastée à souhait, qui mobilise chacun. Les instruments modernes, particulièrement les timbales, virtuoses et éclatantes, déséquilibrent les masses sonores. Une lecture marquée par l’élément rythmique, omniprésent, mais au détriment du caractère lyrique, souriant et enjoué. Pourquoi pas, même si cela dérange nos habitudes ?</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) Et on connaît l’obsession métronomique de Beethoven, l’<em>allegretto</em> nous le rappelle.</pre>
</li>
</ul>
<p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/schubert-la-jeune-fille-et-la-mort-la-cote-saint-andre/">SCHUBERT, La jeune fille et la mort &#8211; La Côte Saint-André</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>BERLIOZ, Les mélodies (3/4) &#8211; La Côte Saint-André</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-les-melodies-3-4-la-cote-saint-andre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 29 Aug 2025 04:05:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=198231</guid>

					<description><![CDATA[<p>Si les Nuits d’été restent les mélodies les plus connues de Berlioz, son catalogue compte en réalité une cinquantaine de pièces pour voix, avec accompagnement de piano ou orchestrées, composées tout au long de sa vie, et toutes d’une grande qualité d’invention. Ce qui conduit à s’interroger sur leur rareté dans les programmes de nos salles &#8230;</p>
<p class="read-more"> <a class="" href="https://www.forumopera.com/spectacle/berlioz-les-melodies-3-4-la-cote-saint-andre/"> <span class="screen-reader-text">BERLIOZ, Les mélodies (3/4) &#8211; La Côte Saint-André</span> Lire la suite »</a></p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Si les <em>Nuits d’été </em>restent les mélodies les plus connues de Berlioz, son catalogue compte en réalité une cinquantaine de pièces pour voix, avec accompagnement de piano ou orchestrées, composées tout au long de sa vie, et toutes d’une grande qualité d’invention. Ce qui conduit à s’interroger sur leur rareté dans les programmes de nos salles comme des enregistrements (*) qui nous sont offerts.</p>
<p>Composé tout au long de sa vie, le riche corpus des mélodies de Berlioz est disparate, puisqu’il va de la romance pour voix et piano (ou guitare, ou harpe) au grand chœur avec orchestre, plus proche de la cantate ou de la scène lyrique. Le Festival 2025 de La Côte Saint-André, en première mondiale, en propose l’intégralité en quatre concerts, à l’église. La réalisation en a été confiée à <strong>Thibaut Louppe</strong>, qui a succédé à Nicole Corti à la tête du chœur lyonnais <em>Spirito</em>. <strong>Mathias Vidal</strong>, familier de nos scènes lyriques, du baroque au contemporain, et le pianiste <strong>Guillaume Coppola </strong>en sont les autres artisans, essentiels. Nous n’aurons écouté que le troisième volet des quatre programmés, et le regrettons d’autant plus. La nef et les bas-côtés sont combles d’un public avide de découvertes, concentré et réceptif. <span style="font-size: 1rem; font-weight: inherit;">Le programme d’aujourd’hui nous offre cinq mélodies avant les neuf du premier recueil, intitulé « Irlande », ou « Mélodies irlandaises », inspiré par des poèmes de Thomas Moore, traduits en français. Il fera alterner les mélodies pour ténor seul et piano, avec des pièces renouvelant les dispositifs qu’impose le compositeur (chœur mixte, d’hommes, de 3 à 6 voix, avec ou sans ténor solo). </span>Si on oublie le caractère strophique dont use (et abuse ?) Berlioz, qui a pour mérite de rendre la mélodie familière à l’auditeur, nulle lassitude tant l’intérêt se renouvelle au fil des pièces, que l&rsquo;on n&rsquo;énumérera pas, si diverses, dans des tonalités éloignées, et des tempi changeants.</p>
<p>Avec bonheur, Mathias Vidal, s’empare à bras le corps de ce répertoire si loin de son tropisme baroque. Sa qualité de diction, exemplaire et son engagement expressif donnent la mesure d’un romantisme vrai, y compris dans ses excès dynamiques. Si chacune de ses interventions est un bonheur, nous retiendrons plus particulièrement <em>Hélène</em>, aux 6 couplets savoureux de la ballade archaïsante, <em>La belle voyageuse</em>, que Berlioz déclina sous de multiples versions, <em>Adieu Betty</em>, pour sa force expressive, et <em>Elégie</em>, enfiévrée, avec un piano superbe et complice.</p>
<p>Le chœur de chambre <em>Spirito</em> est idéal dans ce répertoire, fort de ses vingt chanteurs dont certains tiendront des parties de solistes (<em>Amitié, reprends ton empire</em>). Les hommes, souvent sollicités en formation orphéonique, s’y montrent vigoureux, puissants et d’une unité rare. Le <em>Chant guerrier</em> fait forte impression. La <em>Chanson à boire</em> – si loin de nos traditionnelles chansons bachiques – et le <em>Chant sacré</em>, auquel les six voix confèrent la plénitude, les deux ponctués par les récitatifs du soliste, sont exemplaires. Mais c’est encore <em>le Ballet des Ombres</em>, de 1829, entendu auparavant, qui impressionne le plus, par son caractère fantastique (« la sombre horreur de la nuit »), illustré par ses chromatismes et les inflexions du chœur (Hou !&#8230; Ha !&#8230;). Bien avant <em>la Nuit de Walpurgis</em> de Mendelssohn, Berlioz trouve l’essence même du romantisme le plus fort.</p>
<p>Aux applaudissements fournis d’un public conquis, répond, en bis, le populaire et  bienvenu « Plaisir d’amour », de Jean Paul Egide Martini, harmonisé par Berlioz en 1859.</p>
<pre>(*) Comment ne pas évoquer la découverte que constitua le premier enregistrement des chœurs que Bernard Têtu réalisa, à Lyon en 1989 ?</pre>
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		<title>Jean-François Borras, Souvenirs de Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jean-francois-borras-souvenirs-de-monte-carlo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 14 Jun 2025 05:38:21 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Chose impensable il y a quelques lustres : un ténor ayant chanté les rôles-piliers du répertoire, Werther, Des Grieux, le Duc de Mantoue, Lensky, Gérald (de Lakmé), Rodolfo (de La Bohème), Don José, Alfredo Germont, Roméo (de Gounod), Faust (de Berlioz et de Gounod, mais aussi de Boito), Hoffmann, Arturo (de Lucia), mais aussi Nicias &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Chose impensable il y a quelques lustres : un ténor ayant chanté les rôles-piliers du répertoire, Werther, Des Grieux, le Duc de Mantoue, Lensky, Gérald (de <em>Lakmé</em>), Rodolfo (de La Bohème), Don José, Alfredo Germont, Roméo (de Gounod), Faust (de Berlioz et de Gounod, mais aussi de Boito), Hoffmann, Arturo (de <em>Lucia</em>), mais aussi Nicias (de <em>Thaïs</em>), Raimbaut (de <em>Robert le Diable</em>) ou Benedict, sur les plus belles scènes, Covent Garden, Vienne, São Paulo, Munich, New York (pour un remplacement au pied levé de Jonas Kaufmann resté fameux), Paris bien sûr et à peu près toutes les salles françaises, et devant attendre l’âge de cinquante ans pour son premier récital solo !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="600" height="400" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/mefistofele_Jean-Francois-Borras-Faust-Beatrice-Uria-Monzon-Marguerite-©-Philippe-Gromelle-2018-18-c-philippe-gromelle.jpg" alt="" class="wp-image-192268"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Avec Béatrice Uria-Monzon dans Mefistofele en 2018 © Philippe Gromelle</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Raffinement et discrétion</strong></h4>
<p>L’avantage étant que les quelques airs rassemblés ici par <strong>Jean-François Borras</strong> sont un concentré de maturité, de maîtrise, de savoir, mais aussi de sensibilité, de délicatesse. Rien de démonstratif, au contraire une discrétion telle que c’est au fil de plusieurs écoutes qu’on découvrira à chaque fois de nouveaux raffinements de phrasé, de couleur vocale, se révélant peu à peu.</p>
<p>On en dira tout autant de la direction de <strong>Pierre Dumoussaud</strong> à la tête de l’<strong>Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo</strong> : là aussi on entendra des finesses d’orchestration, des contrechants, des éclairages nouveaux, mais surtout, grâce à une superbe prise de son, cette attention à la fusion des pupitres, à la création d’une sonorité d’orchestre d’ensemble, cet équilibre entre la plénitude, la rondeur du son et la clarté des détails, tout ce qu’on entend quand Dumoussaud est dans la fosse, et qu’on retrouve ici.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="827" height="754" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2025-06-11-a-08.01.39.png" alt="" class="wp-image-192275"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Pierre Dumoussaud © Édouard Brane</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le rocher comme prétexte</strong></h4>
<p>Le programme adopte le prétexte d’un hommage à Raoul Gunsbourg, qui fut de 1893 à 1951 le directeur de l’Opéra Garnier de Monte-Carlo, à laquelle il donna une personnalité à sa ressemblance.</p>
<p>Élément biographique plus personnel, Jean-François Borras commença son éducation musicale à la maîtrise de la cathédrale de Monte-Carlo, d’où son attachement au rocher. De surcroît il a chanté à maintes reprises dans des mises en scène de Jean-Louis Grinda, titulaire du fauteuil de Raoul Gunsbourg de 2007 à 2022, et aujourd’hui directeur des Chorégies d’Orange (où il dirigea Borras et Marie-Nicole Lemieux dans un mémorable <em>Carmen</em> en 2023).</p>
<p>Pour l’essentiel, plutôt que des raretés créées sur l’initiative de Gunsbourg, tels <em>L’Ancêtre</em>, de Saint-Saëns (qui d’ailleurs paraîtra bientôt sous étiquette Palazzetto Bru Zane), <em>Naïs Micoulin</em> de Bruneau ou <em>Messaline</em> d’Isidore de Lara, ce sont des piliers de son répertoire que Jean-François Borras a choisis.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="2500" height="2501" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/marie-nicole-lemieux-et-jean-francois-borras-carmen-au-capitole-©-Mirco-Magliocca-edited.jpg" alt="" class="wp-image-192395"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Avec Marie-Nicole Lemieux dans Carmen au Capitole © Mirco Magliocca</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un merveilleux Werther</strong></h4>
<p>Et d’abord ce Werther qu’il a chanté partout et où il est merveilleux. Écoutez la façon déconcertante de naturel et de sincérité dont il dit/chante son « Toute mon âme est là ». L’air lui-même est un modèle de tenue vocale, avec des allégements en voix mixte, une émission à fleur de voix mais aussi des <em>forte</em> éclatants amenés par un souffle inépuisable, une évidence de la ligne qu’on retrouve dans l’<em>arioso,</em> « Ce qu’elle m’ordonne », qui est miraculeux de justesse (tandis que l’orchestre distille les raffinements de Massenet et fait respirer ses ponctuations). <br>Quant à « Lorsque l’enfant revient », au gré des écoutes on admire l’entremêlement de voix mixte et de voix de poitrine, la puissance vocale qui passe par-dessus un orchestre considérable en gardant sa douceur et l’intériorité du personnage, une alchimie qui fait regretter l’absence de « Je ne sais si je veille… Ô Nature…»</p>
<h4><strong>La ligne et les mots</strong></h4>
<p>On s’en console avec les extraits de <em>Manon</em>. Dans «&nbsp;Je suis seul… Ah ! Fuyez, douce image&nbsp;», on retrouve cette façon de passer de la douceur, presque de la confidence, à des éclats qui ne sont jamais durs, sans jamais perdre la ligne, de varier l’émission vocale, la dynamique et les couleurs en s’appuyant sur le texte (aucune syllabe ne se perd)… Le rêve de Des Grieux n’est pas moins magique, continûment sur le fil entre voix de poitrine et voix mixte et porté par des cordes lumineuses. En un mot, on ne sait pas trop comment c’est fait…</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="950" height="534" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Werther-a-Monte-Carlo.jpg" alt="" class="wp-image-192272"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Werther à Monte-Carlo avec Stéphanie d&rsquo;Oustrac © D.R.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L&rsquo;éclat, la beauté d&rsquo;un timbre très rond</strong></h4>
<p>Pour en rester à Massenet, Borras arrive à se dépêtrer de la prosodie un peu bancale de « Je vais la voir… Soir admirable » (extrait de <em>Roma</em>, créé à Monte-Carlo en 1912 sur un livret de Henri Cain) qui met en valeur la limpidité de son registre supérieur, et une homogénéité qui, dans la même veine héroïco-drapée, se laisse admirer aussi dans l’extrait d’<em>Hérodiade, </em>« Adieu donc, vains objets », où Borras, grand diseur, réussit à concilier la noblesse et l’intimité. Le Philharmonique de Monte-Carlo y fait des merveilles dans le prélude comme dans l’accompagnement de l’air, d’un Massenet orchestrateur très inspiré.</p>
<p>À peu près contemporain, l’air de <em>Polyeucte</em>, qui commence par une marche funèbre pour finir dans des effusions typiques de la veine sensuelo-religieuse de Gounod, oscille entre la prière et la romance. Borras y est irrésistiblement lyrique, porté par un orchestre aux «&nbsp;flatteuses voluptés&nbsp;».</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="768" height="512" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/wertheer-a-toulouse-en-2019-avec-KD.jpg" alt="" class="wp-image-192270"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Werther à Toulouse avec Karine Deshayes © D.R.</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>L&rsquo;instrumentation à la française</strong></h4>
<p>Un orchestre qui palpite d’angoisse au début de la scène du tombeau de <em>Roméo et Juliette</em> (et quel cors !), pour introduire un autre moment d’anthologie, où l’art du phrasé de Borras et la rondeur du timbre, avec ses demi-teintes et ses éclats dorés, sa diction impeccable, et toujours cette étonnante maîtrise de la ligne, rendent justice à la complexité d’écriture d’une page singulière et novatrice (1867). Non moins envoûtante, frémissante, la page orchestrale du sommeil de Juliette, avec ses bois chambristes, et l’ample respiration que Pierre Dumoussaud lui confère.</p>
<h4><strong>Le brio, aussi</strong></h4>
<p>Novateur, Berlioz ne l’était pas moins cinq ans auparavant : l’orchestration de <em>Béatrice et Benedict</em> semble extra-terrestre et Dumoussaud en restitue la nervosité et les scintillements. Non moins virtuose, Jean-François Borras se joue d’une mélodie à l’écriture capricante, comme pour montrer qu’il a dans la voix, non seulement le legato et le chant <em>spianato</em>, mais aussi la virtuosité.<br>Un brio qu’il déploie dans la légende de Kleinsach, ou dans l’air d’<em>Amica</em> (1905), commande de Gunsbourg à Mascagni, à laquelle il confère fluidité et légèreté (de même que Dumoussaud parvient à en aérer le copieux Intermezzo). Qui apparaît comme une concession (un peu longuette) au programme de cet album de même que l’air, assez peu convaincant selon nous, extrait de <em>Le vieil Aigle</em>, un des opéras de Raoul Gunsbourg, qui programma certains de ses propres opéras sur la scène de Monte-Carlo, plutôt discrètement d’ailleurs.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/jeanfrancois-borras-anita-rachvelishvili-carmen-a-lONP-©-Emilie-Brouchon-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-192265"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Avec Anita Rachvelishvili dans Carmen à l&rsquo;ONP © Emilie Brouchon</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Un Don José belcantiste</strong></h4>
<p>En revanche, ce qui convainc tout-à-fait c’est l’air de Don José, qui donne envie de parler de bel canto, même si c’est anachronique : ce cantabile impeccablement tenu, souple, ces moyens purement lyriques, cette retenue… et puis ce passage en <em>falsetto</em>, si délicat, sur le <em>si</em> bémol de «&nbsp;j’étais une chose à toi&nbsp;»…&nbsp;<em>Non</em> moins beaux les détails d’instrumentation en arrière-plan, le cor anglais, les cors, les vagues des cordes, les flûtes, un basson, les arpèges de harpe, toute cette conversation discrète, ces voix qu’on essaie de distinguer…</p>
<p>La leçon de chant français que donne Jean-François Borras au fil de ce très bel album a aussi l’attrait d’éclairer ce moment de la musique française, où, le symphonique se portant mal et la musique de chambre restant encore dans les limbes, c’est dans la fosse d’orchestre que tout se passait.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/jean-francois-borras-souvenirs-de-monte-carlo/">Jean-François Borras, Souvenirs de Monte-Carlo</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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