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	<title>Mel BONIS - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Mel BONIS - Compositeur - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>Julie Roset : M&#8217;a dit Amour</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/julie-roset-ma-dit-amour/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 19 Jan 2026 01:06:15 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Au centre de cet album, une friandise à garder pour les jours de tristesse (ou de chagrin d&#8217;amour) : le Je t&#8217;aime d’Isabelle Aboulker, un festival de notes piquées, de coloratures, de trilles, de glissandos, d’humour, de drôlerie, envoyé avec une allure et une virtuosité débridées par Julie Roset. D&#8217;une gaieté juvénile.L&#8217;inventivité du programme qu’elle &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Au centre de cet album, une friandise à garder pour les jours de tristesse (ou de chagrin d&rsquo;amour) : le <em>Je t&rsquo;aime</em> d’Isabelle Aboulker, un festival de notes piquées, de coloratures, de trilles, de glissandos, d’humour, de drôlerie, envoyé avec une allure et une virtuosité débridées par <strong>Julie Roset</strong>. D&rsquo;une gaieté juvénile.<br />L&rsquo;inventivité du programme qu’elle a élaboré pour son premier récital (en parfaite complicité avec <strong>Susan Manoff</strong>) est l’un des plaisirs que distille ce catalogue d’œuvres connues (elles ne sont pas nombreuses) ou méconnues (la plupart).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="743" height="486" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-01-11-a-09.48.56.png" alt="" class="wp-image-206527"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julie Roset et Susan Manoff © Julie Cherki</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>La jeunesse d&rsquo;Achille-Claude</strong></h4>
<p>Ainsi ces cinq mélodies de jeunesse de Debussy composées pour Marie-Blanche Vasnier, chez qui il fréquentait (il appelait les Vasnier sa « seconde famille ») et qui possédait une voix de soprano lyrique léger. D’où une version princeps d’<em>En sourdine</em> bien différente de celle qu’Achille-Claude inscrira ensuite parmi ses <em>Fêtes galantes</em>. La mélodie se promène sur les sommets de la voix, avant de plonger vers un <em>ré</em> sur « arbousiers » et de remonter dans les hauteurs : certes la prosodie y est malmenée avec insolence, mais la dame pouvait y éblouir (?) ses amies de ses suraiguës et flatter le jeune prodige de vingt ans (1882). <br />Qui l’année précédente lui avait brodé au petit point une <em>Fille aux cheveux de lin</em> « sur la luzerne assise » dont les vocalises sonnent Art nouveau avant l’heure : « Tout ce qui a quelque valeur en moi se trouve ici », écrivait-il. </p>
<p>Debussy ne s’était pas encore trouvé, mais il troussait allègrement la mélodie de salon virtuose. Julie Roset musarde sur ces sentes escarpées, toutes en courbes et contre-courbes, avec une joyeuse aisance. De même qu’elle s’amuse de <em>Fête galante</em> (au singulier, ne pas confondre avec <em>les Fêtes galantes</em>), une manière de pastiche (« musique Louis XIV avec formules 1882 » dit Debussy lui-même !), sur un texte de Banville aimablement toc avec ses Sylvandre et Philis s’esbaudissant « dans le grand parc où tout s’idéalise ».</p>
<p>Ou de <em>Silence ineffable</em>, qui semble faire de l’équilibrisme entre mélancolie dépouillée et harmonies fondantes, ou encore de la <em>Romance d’Ariel</em>, gracile et serpentine, s’irisant de vocalises aériennes et penchant en tout volupté vers Massenet.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="635" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-01-11-a-18.24.36-1024x635.png" alt="" class="wp-image-206529"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julie Roset au studio Teldex (capture d&rsquo;écran)</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Amours tendres</strong></h4>
<p>Est-ce à dire que c&rsquo;est un programme uniquement badin (il n’y aurait aucun mal à cela, d’ailleurs) ? Non !</p>
<p>S’ouvrant sur le quasi médiéval <em>M’a dit Amour</em> de Kœchlin (et prsque <em>a cappella</em>, le piano se limitant à quelques notes sur la pointe des doigts), il s’arrête un instant sur le délicat <em>Elle était descendue au bas de la prairie</em>, évocation préraphaélite par Lili Boulanger sur un poème de Francis Jammes : ah ! « cette grâce dégingandée qu’ont les jeunes filles trop grandes… », ah ! ces notes égrenées au piano, comme des gouttes d’eau sur un verre de cristal… Lui fait écho <em>Naïs</em>, le sensuel, subtilement érotique, poème de Sully-Prudhomme mis en ondes (musicales) par Reynaldo Hahn. La voix (virginale) de Julie, non moins troublante, et le piano de Susanne glissent au fil de cette eaux complice.</p>
<p>S’amusant à orientaliser, la <em>Rêverie</em> « pour calmer ma détresse » de Manuel Rosenthal (qui fut, on s’en souvient, le dernier élève de Ravel) appartient à la même veine liquide (pour le piano) et immatérielle (pour la voix). La limpidité du timbre et l’insinuante pureté de la ligne sont de la même insaisissable magie. De Rosenthal aussi, écouter les arpèges modulant sans cesse derrière <em>Pêcheur de lune.</em></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="577" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-01-11-a-18.22.26-1024x577.png" alt="" class="wp-image-206528"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julie Roset (capture d&rsquo;écran)</sub></figcaption></figure>


<h4><strong>Le toucher de Susan Manoff</strong></h4>
<p>Des <em>Chansons pour les oiseaux</em> de Louis Beydts, Julie Roset donne la plus belle version féminine possible (comme pour faire pendant à <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/louis-beydts-melodies-par-cyrille-dubois-et-tristan-raes/">celle, il n’y a pas si longtemps, de Cyrille Dubois</a>, qui elle aussi rend justice à ce cycle magnifique, sur d’exquis poèmes de Paul Fort) : le pathétique de la <em>Colombe poignardée</em>, la candeur du <em>Petit pigeon bleu</em>, les miroitements de l’<em>Oiseau bleu</em>, hymne à la féminité (et à l’amour sur un contre-ré bémol), la fantaisie joyeuse (et acrobatique) du <em>Petit serin en cage</em>. </p>
<p>Comble de l’art, Julie Roset donne l’impression que tout cela est facile, ou naturel, de même que Susan Manoff l’accompagnant au piano. Louis Beydts, élève d’André Messager et Reynaldo Hahn, pratique le <em>less is more</em> : quelques accords, quelques arpèges, mais écoutez les infinies nuances de toucher dans la <em>Colombe</em> ou les harmonies changeantes de l’<em>Oiseau bleu</em> (la prise de son est magnifique, profondeur et proximité du piano, juste distance de la voix dont les envols respirent).</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="735" height="742" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Capture-decran-2026-01-11-a-09.47.44.png" alt="" class="wp-image-206525"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Julie Roset  © Julie Cherki</sub></figcaption></figure>


<p>La drôlerie de l’<em>Inconstante</em> de Charles Cros (« Sidonie a plus d’un amant »…) fut chantée autrefois d’une voix gentiment perverse par Brigitte Bardot, sur une musique moins subtile que celle d’Isabelle Aboulker qui est d’une espièglerie, d’un mutin, d’un piquant, d’un coq-à-l’âne adorables. Julie Roset chante cela avec l’œil qui brille (on l’entend), de même que <em>La princesse au petit pois</em>, son archaïsme au second degré, ses mélismes comiques, ses velléités de valse. Où l’on voit à quel point elle sait raconter une mini-histoire, donner vie et liberté à la musique.</p>
<h4><strong>À chaque pièce son esprit</strong></h4>
<p>Ces trois Aboulker sont parmi les merveilles de ce disque, elles ont l’élégance de contraster avec les pièces plus mélancoliques qu’on a évoquées, mais aussi avec la <em>Reine de cœur</em> de Poulenc, aux harmonies immédiatement reconnaissables (quelques tentations de valse là aussi), avec le tendre <em>Languir me fais</em> d’Enesco, aux couleurs modales, ou le symbolisme tardif de <em>Vers le pur amour</em> de Mel Bonis, une belle montée vers la lumière avec laquelle prend fin l’album.</p>
<p>Qui est une belle réussite d’accomplissement vocal, de musicalité, de beauté de timbre, de mise en valeur de l’esprit de chaque pièce (et « chacune des mélodies est un monde en soi », dit très justement Susan Manoff). <br />Réussite à deux : Susan Manoff est magnifique de toucher, de couleur, de respiration, à l’instar des deux plages purement instrumentales qu’elle s’autorise, le <em>Fille aux cheveux de lin</em>, le prélude de Debussy, et le <em>Banc songeur,</em> de Reynaldo Hahn, sensibles et discrètes.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/julie-roset-ma-dit-amour/">Julie Roset : M&rsquo;a dit Amour</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Héloïse Luzzati, une artiste au service des compositrices oubliées</title>
		<link>https://www.forumopera.com/heloise-luzzati-une-artiste-au-service-des-compositrices-oubliees/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 27 Dec 2023 14:03:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« Citez-moi cinq noms de compositrices », a coutume de demander Heloïse Luzzati et nous avons bien du mal à les trouver, ces cinq noms. La violoncelliste n’oublie jamais alors d’ajouter qu’en un peu plus de trente ans d’étude de son instrument, on ne lui a pas fait jouer d’œuvres écrites par des femmes. D’ailleurs &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« Citez-moi cinq noms de compositrices », a coutume de demander Heloïse Luzzati et nous avons bien du mal à les trouver, ces cinq noms.<br />
La violoncelliste n’oublie jamais alors d’ajouter qu’en un peu plus de trente ans d’étude de son instrument, on ne lui a pas fait jouer d’œuvres écrites par des femmes. D’ailleurs aucune salle de classe au CNSMD de Paris ou Lyon, il y a dix ans, n’avait pour nom sur sa porte celui d’une compositrice (de compositeurs par contre…). Il y eut même, s&rsquo;est-on laissé dire, encore récemment des professeurs de composition refusant les filles dans leurs cours, un fait avéré aussi invraisemblable que cela puisse paraître.</p>
<p>Saisie par cette injustice d’une histoire de la musique sexiste, par cette certitude décourageante que tout un pan du répertoire a tout simplement fini aux oubliettes, Heloïse Luzzati a imaginé en quelques années la parade en inventant ex nihilo plusieurs actions désormais incontournables grâce à la création de l’association Elles Women Composers, un centre de recherche, de production, de médiation et de diffusion. Le problème qui se posait à Heloïse Luzzati était de trouver les moyens efficaces pour faire connaître et entendre par le plus grand nombre la très bonne musique écrite par des femmes, jouée de leur vivant et disparue depuis. Un problème désormais en voie de résolution, veut-elle espérer.</p>
<p>Raisonnablement optimiste, la violoncelliste (fin visage encadré de cheveux châtains et yeux brillants extraordinairement vifs) a su fédérer les énergies pour faire éclater une vérité que chacun a oubliée (spécialistes ou amateurs) : les grandes salles de concerts et les programmes à la fin du XIXe et au début du XXe siècle ne manquaient pas de propositions féminines. En effet plus de mille compositrices se partageaient l’affiche, étaient parfois récipiendaires du Prix de Rome, mais leurs noms aujourd’hui ne nous disent plus rien ; alors que leurs manuscrits, papiers et partitions publiées dorment dans les fonds de bibliothèques &#8211; pour celles qui ont eu la chance d’avoir un(e) descendant(e) conscient(e) de sa mission, sauvant leur héritage artistique comme le font leurs collègues masculins.<br />
D’ailleurs ne nous leurrons pas, ne se prive jamais d&rsquo;ajouter l’artiste, nous ne connaissons toujours pas les compositrices de notre temps, à peine 10% sont programmées. Rien n’a changé donc, une étude devrait paraître début 2024 aux résultats accablants.</p>
<p>Alors faut-il rendre justice à ces femmes et faire connaître leurs œuvres ? Évidemment. Éprise de recherches (en bibliothèque ou dans les familles) et de déchiffrage de documents et de partitions, Heloïse Luzzati avec la complicité principalement de sa collaboratrice Clara Leonardi, de la pianiste Célia Oneto Bensaïd, de l’altiste Léa Hennino, exhume de superbes œuvres, les numérise, les fait jouer par une équipe d’artistes fidèles et les diffuse via divers canaux.<br />
D’abord a été créé le festival « Un Temps pour Elles » dans le Val d’Oise et désormais plusieurs concerts par an dédiés aux compositrices sont programmés à la Philharmonie de Paris et à la BNF Richelieu. Puis la chaîne vidéo « La Boîte à pépites » est devenue incontournable &#8211; une chaîne devenue aussi un label de CD monographiques mettant en lumière jusqu’à présent Charlotte Sohy, « Compositrice de la Belle Époque », Rita Strohl « Une compositrice de la démesure » et bientôt en janvier 2024, Jeanne Leleu « Une consécration éclatante ».</p>
<p>Cette Jeanne Leleu, par exemple, un vrai cas d’école : elle crée à onze ans « Ma mère l’Oye » de M. Ravel, est jouée à l’Opéra Garnier. Auparavant elle a été Prix de Rome en 1923, créatrice d’un grand nombre de chefs-d’œuvre (musiques de ballet, de chambre, mélodies…), a été professeure de conservatoire. Elle disparaît en 1979 et ce nom résonne pour la première fois depuis quarante ans grâce à Elles Women Composers. Sur ce CD à paraître la soprano Marie-Laure Garnier interprète avec talent ses beaux « Six Sonnets de Michel-Ange », Alexandre Pascal (violon) a rejoint en outre le trio des musiciennes déjà mentionnées pour interpréter son Quatuor de 1922 tout à fait fascinant.</p>
<p>Mais reprenons, outre un festival digital « Passions » qui en est à sa quatrième édition (diffusion en streaming de février à juillet 2024), l’équipe réunie par Heloïse Luzzati a mis au point un Calendrier de l’Avent, projet emblématique de la chaîne vidéo en tant que festival d&rsquo;hiver numérique (du 1er au 25 décembre), pour promouvoir déjà la 100e des très nombreuses compositrices oubliées. N&rsquo;oublions pas aussi la série des « Compositrices dessinées » &#8211; et arrivera bientôt l’édition de partitions en 2024. Ce qui anime Heloïse Luzzati dans cette quête toujours plus impérieuse ? La curiosité, l’amitié et donc la passion de la découverte afin d&rsquo;être la première à enregistrer telle une archéologue justicière les chefs-d’œuvre disparus. Depuis le début de son aventure huit cent minutes de cette musique ont été enregistrées donc sauvées. Totalement au service de cette formidable entreprise, le travail d&rsquo;Héloïse Luzzati et de son équipe force décidément le respect. Il n&rsquo;est que temps d&rsquo;accorder une grande attention à nos compositrices.</p>
<p>Prochain concert « Jeanne Leleu » le 22 janvier 2024 à la Bibliothèque Nationale de France, site Richelieu (18h30)</p>
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			</item>
		<item>
		<title>Portraits de compositrices : Hedwige Chrétien – Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/portraits-de-compositrices-hedwige-chretien-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 01 Nov 2023 06:18:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pouvez-vous citer cinq noms de compositeurs ? Facile. Et cinq noms de compositrices ? La question posée en début de concert par Héloïse Luzzati interpelle. Elles Women Composers, l’association que la violoncelliste a fondée en 2020, veut rendre la réponse plus évidente. Comment ? En aidant à l’identification de ces femmes versées au même titre que &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Pouvez-vous citer cinq noms de compositeurs ? Facile. Et cinq noms de compositrices ? La question posée en début de concert par <strong>Héloïse Luzzati</strong> interpelle. Elles Women Composers, l’association que la violoncelliste a fondée en 2020, veut rendre la réponse plus évidente. Comment ? En aidant à l’identification de ces femmes versées au même titre que les hommes dans l’art de la composition musicale, ainsi qu’à la diffusion de leurs œuvres. Mission de longue haleine, mais non impossible, à laquelle participe cette saison un partenariat avec la BnF et Radio France.</p>
<p>Un concert en donnait le coup d’envoi ce lundi dans la Salle Ovale, rue de Richelieu. Compositrice à l’honneur : Hedwige Chrétien. Nul ne pourra désormais ignorer cette musicienne, née à Compiègne en 1859, morte à Neuilly-sur-Seine en 1944, élève du Conservatoire de Paris qu’elle intègre en 1874 avant d’en devenir professeure, à l’issue de quinze années d’études jalonnées de distinctions dont un premier prix d’harmonie en 1881, puis de contrepoint et fugue en 1887 – elle fut la première femme à recevoir une telle récompense. Des quelques deux cent partitions qu’elle a composées dans tous les genres – musique de chambre, ballet, opéra-comique… –, la postérité n’en a retenu aucune. Injustement comme en apportent pour preuve la poignée de mélodies au programme et surtout le lyrisme inspiré du <em>Trio</em> en ut mineur, pour violon, violoncelle et piano qui sommeillait dans les collections de la Bnf et dont l’ensemble formé par <strong>Renaud Capuçon</strong>, <strong>Xavier Phillips</strong> et <strong>Guillaume Bellon</strong> exaltent climats et climax.</p>
<pre><img decoding="async" class="alignnone" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/2023_10_30_Concert-ouverture-saison-BNF-3-1294x600.jpg?v=1698769083" alt="image-2" />© Fabrice Gaboriau / BNF</pre>
<p>« Madame Chrétien n&rsquo;est pas « nouvelle école » et nous l&rsquo;en félicitons », écrivait à son sujet le fondateur de la librairie La Procure, l’abbé Henri Delépine, « Sagement moderne dans ses idées et dans ses harmonies, elle reste disciple fidèle de nos grands maîtres classiques. Distinction de style, clarté d&rsquo;écriture, pureté et richesse d&rsquo;harmonie, charme mélodique joint à une expression religieuse très noble, tels sont à notre avis les titres qui méritent à ses pièces une place d&rsquo;honneur parmi les œuvres de ce genre publiées au cours de ces vingt dernières années. ». A l’écoute de <em>Pour ceux qui aiment</em> ou encore <em>La Prière</em>, deux des mélodies confiées à la voix d’<strong>Adèle Charvet</strong>, on ne saurait mieux dire. Tout juste peut-on compléter l’appréciation en relevant l’intelligence de l’écriture vocale et en opposant à la constatation d’un certain académisme, la prudence imposée hier – et aujourd’hui ? – par la difficulté pour une compositrice de s’imposer dans un univers à prédominance masculine – la remarque s’applique à bon nombre de ses consœurs ; « Elle a tant voulu conquérir son temps qu’elle ne l’a pas dépassé. », constate Hélène Cao à propos d’Augusta Holmes*.</p>
<p>La mise en regard des compositions d’Hedwige Chrétien avec celles de Claude Debussy et de Mel Bonis ne joue pas en la défaveur de cette dernière. Le mezzo-soprano d’Adèle Charvet nous semble avoir gagné en rondeur et en égalité sur une longueur appréciable. Un effort de diction servirait mieux encore ces quelques pages également désavantagées par l’acoustique diffuse de la salle. Mais l’osmose entre les quatre interprètes selon les différentes configurations requises participe à ce qui, à l’épreuve du concert, s’apparente à une révélation. A quand un enregistrement ?</p>
<p>Prochain « Portraits de compositrices » : Elisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729) et Antonia Bembo (1643-1715), le mardi 21 novembre au Pavillon de l’Arsenal (<a href="https://elleswomencomposers.com/concerts/">plus d’informations</a>).</p>
<pre>* <a href="https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/augusta-holmes-la-nouvelle-orphee/">Hélène Cao, <em>Augusta Holmes, La nouvelle Orphée</em></a> (Actes Sud/Palazzetto Bru Zane, 2023)</pre>
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		<title>Récital de Marie-Laure Garnier et Tristan Raës &#8211; Paris</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-de-marie-laure-garnier-et-tristan-raes-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Mar 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dans le cycle « Femmes compositrices, une plume pour seule arme »&#160;présenté en cette 29e Saison Musicale des Invalides, étaient invités la soprano Marie-Laure Garnier et le pianiste Tristan Raës. Tous deux évidemment réunis pour une belle action, celle de mettre à l&#8217;honneur lesdites femmes compositrices dont l&#8217;Histoire a trop souvent oublié les noms –&#160;ou &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dans le cycle « Femmes compositrices, une plume pour seule arme »&nbsp;présenté en cette 29e Saison Musicale des Invalides, étaient invités la soprano <strong>Marie-Laure Garnier</strong> et le pianiste <strong>Tristan Raës</strong>. Tous deux évidemment réunis pour une belle action, celle de mettre à l&rsquo;honneur lesdites femmes compositrices dont l&rsquo;Histoire a trop souvent oublié les noms –&nbsp;ou les prénoms pour certaines d&rsquo;entre elles. Sans vouloir trancher l&rsquo;épineuse question de savoir si les compositeurs avaient quant à eux d&rsquo;autres armes que la « plume », ou même de se demander si Robert Schumann ou Gustav Mahler étaient de vrais goujats, il est à noter que le programme est des plus intéressants, quoique classique.</p>
<p>Le public attendait la généreuse soprano guyanaise, Révélation Lyrique aux Victoires 2021, dans ce programme intimiste où elle n&rsquo;est pas accompagnée par sa collaboratrice habituelle (Célia Oneto Bensaid) mais par le talentueux Tristan Raës, accompagnateur fidèle du ténor Cyrille Dubois. Ainsi, tous deux montrent une belle complicité dans une soirée où seront proposées des mélodies du XIXe au XXIe siècle –&nbsp;de Fanny Mendelssohn à Edith Canat de Chizy (ce&nbsp; dernier « compositeur »&nbsp;étant en résidence in loco).</p>
<p>Dans les trois mélodies de Fanny Mendelssohn (Vorwurf, Abendbild, Im Herbste), la voix large de la chanteuse séduit par sa riche texture. Mais le chant déçoit un peu en terme de prononciation de l&rsquo;allemand (les dentales) et dans certains passages de registres (avec des aigus un peu durs et, plus tard dans la soirée, d&rsquo;acier trempé). La jeune chanteuse sert avec talent les intentions de la compositrice même si la <em>S</em><em>ehnsucht</em> de ces images du soir et de l&rsquo;automne (sur des poèmes de Nicholaus Lenau) n&rsquo;est pas ici assez sensible. Les quatre chansons (dont <em>Pourriez-vous pas me dire</em>, <em>Chanson d&rsquo;Amour</em>, <em>Immortelle tendresse</em>) de Mel Bonis mettent décidément en évidence la sensualité de cette voix bien ronde et au phrasé soigné. Dans <em>la Chanson de printemps</em>, Marie-Laure Garnier impressionne par l&rsquo;énergie qu&rsquo;elle livre sans effort. Elle étincelle même grâce à son sens du récit et à une parfaite articulation. La joie de vivre débordante irrigue comme attendu le lied d&rsquo;Alma Mahler « In meines Vaters Garten »&nbsp;et le pittoresque « Madrid »&nbsp;de Pauline Viardot (à la fin du concert). Elle insuffle enfin au poème de Federico Garcia Lorca dans la pièce d&rsquo;Edith Canat de Chizy un beau souffle que relaie le piano de Tristan Raës.</p>
<p>Les quatre mélodies de Nadia et Lili Boulanger (<em>Versailles</em>, <em>Soir d&rsquo;hiver</em>, <em>Prière</em>, <em>Attente</em>) sont interprétées avec sensibilité mais la performance de la chanteuse (ici plutôt cantatrice) rappelle qu&rsquo;on devrait actuellement moins « wagnériser »&nbsp;et davantage doser les effets du chant pour d&rsquo;aussi subtiles harmonies. Le sens du théâtre de la soprano excelle par contre dans les dernières pièces du programme avec une magnifique partie consacrée aux « Liebst du um Schönheit »et «&nbsp;Die stille Lotusblume » de Clara Schumann, extraits des « Drei Lieder »&nbsp;(1841) et « Sechs Lieder »&nbsp;(1844), ainsi que dans la Scène d&rsquo;Hermione de Pauline Viardot. Bien servie par le pianiste, Marie-Laure Garnier, enfin bouleversante, forge l&rsquo;intensité de la tirade de Racine transcendée par l&rsquo;art de Viardot, et se révèle une superbe tragédienne (Hermione).</p>
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		<title>Compositrices : une anthologie en 8 CD par le Palazzetto Bru Zane</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/compositrices-une-anthologie-en-8-cd-par-le-palazzetto-bru-zane/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Charles Sigel]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Mar 2023 16:26:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>En écoutant ces musiques, on repensait à la récente exposition Rosa Bonheur du Musée d’Orsay : de même qu’on oubliait très vite que ces tableaux puissants et ces dessins étaient de la main d’un femme pour n’y voir que des œuvres représentatives de la sensibilité (non genrée !) de leur temps, très vite à l’écoute &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>En écoutant ces musiques, on repensait à la récente exposition Rosa Bonheur du Musée d’Orsay : de même qu’on oubliait très vite que ces tableaux puissants et ces dessins étaient de la main d’un femme pour n’y voir que des œuvres représentatives de la sensibilité (<em>non genrée</em> !) de leur temps, très vite à l’écoute de cette anthologie la question du sexe des artistes passe au second plan. C’est un panorama du romantisme et du post-romantisme français qu’on entend là. Il se trouve que ces musiques ont été écrites par des femmes. Et, n’était le libretto, ce qu&rsquo;on entend pourrait être de Gounod, Saint-Saëns, Massenet, Fauré ou Reynaldo Hahn.<br />
Certaines, les Louise Farrenc, Mel Bonis, Augusta Holmès, Cécile Chaminade furent célèbres, jouées, reconnues, avant d’être un peu oubliées, mais il en fut de même, somme toute, pour nombre de leurs collègues mâles.</p>
<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="760" class="wp-image-126377 aligncenter" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/augusta_holmes-1.jpg" alt="" />Augusta Holmès © D.R.</figure>
<h3 style="text-align: left"><strong>Certaines hardies, certaines cachées</strong></h3>
<p>Ce n’est pas que le statut de « femme compositeur » (le mot <em>compositrice</em> mit du temps à être accepté) fût facile. Issues pour la plupart de milieux bourgeois, on attendait d’elles qu’elles fussent d’abord épouses et mères de famille, et on aurait considéré comme peu convenable qu’elles fissent profession d’écrire de la musique. Même si à partir des années 1840, elles eurent accès aux classes théoriques du Conservatoire, harmonie, contrepoint, fugue ou composition, il fallut attendre 1903 pour qu’elles pussent briguer le Prix de Rome de composition musicale (et Lili Boulanger en fut la première lauréate en 1913).</p>
<p>Dans ces conditions, il est évident que leurs domaines de prédilection furent le piano ou la mélodie, et que l’opéra ou la musique symphonique furent réservées aux plus hardies ou aux plus libres.<br />
Dans l’anthologie de 8 disques (soit plus de dix heures de musique) que propose le Palazzetto Bru Zane, si on entendra beaucoup de mélodies, admirablement servies par Aude Extremo et Cyrille Dubois, la musique de chambre et la musique symphonique sont bien présentes.</p>
<h3 style="text-align: left"><strong>Celles qui osent l’orchestre</strong></h3>
<p>L’orchestre de <strong>Mel Bonis</strong>, élève de Guiraud et Franck, penche volontiers vers l’exotisme ou l’orientalisme (<em>Salomé</em>), mais la richesse voluptueuse de sa palette hérite de celle de Charles Koechlin, qui lui enseigna la composition orchestrale. Datés aussi de 1909, son <em>Rêve de Cléopâtre</em> ou son <em>Ophélie</em> sont superbes d’ampleur et de couleur dans l&rsquo;inerprètation de l&rsquo;<strong>Orchestre national du Capitole de Toulouse</strong> dirigé par <strong>Leo Hussain</strong>.<br />
La suite de ballet <em>Callirhoé</em> (1887) de <strong>Cécile Chaminade</strong> est d’une finesse d’écriture dans la tradition de Delibes et son <em>Concertino</em> pour flûte et orchestre op. 107 (1902), son œuvre la plus fameuse peut-être, rayonne d’une lumière printanière dans l’interprétation de <strong>Claire Le Boulanger</strong>, avec l&rsquo;<strong>Orchestre national de Metz</strong> dirigé par <strong>David Reiland</strong>.<br />
Il y a une sombre grandeur qui évoque César Franck dans la Symphonie en<em> ut</em> dièse mineur de <strong>Charlotte Sohy</strong> (qui signait Ch. Sohy, pour cacher sa féminité) et les quelques passages plus vifs n’en atténuent guère le caractère dramatique (elle fut composée en 1917). L’<strong>Orchestre National de France</strong> dirigé par <strong>Débora Waldman</strong> restitue toute sa puissance à cette œuvre que la compositrice n’entendit jamais de son vivant.</p>
<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" class="wp-image-126468" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/Mel_Bonis_6-1024x768.jpeg" alt="" />Mel Bonis © D.R.</figure>
<figure></figure>
<figure class="wp-block-image size-large">Quant à <strong>Augusta Holmès</strong>, son interlude <em>Ludis pro patria</em> a un charme à la Massenet et son poème symphonique <em>Andromède</em> (1899) pourrait être de Saint-Saëns, ou du premier Wagner.</figure>
<p>De <strong>Louise Farrenc</strong>, la Symphonie n° 3 en <em>sol</em> mineur datée de 1847 a déjà été enregistrée à plusieurs reprises. Belle lecture de l’Orchestre national de Metz et  David Reiland de cette œuvre elle aussi parfaitement de son époque, dont le romantisme fraternise avec celui de Schumann et Mendelssohn : la forme est savante, l’inspiration haute, le caractère noble, le discours orchestral puissant et clair.<br />
Farrenc enseigna le piano au Conservatoire de Paris où elle succéda à <strong>Hélène de Montgeroult</strong>, dont la Sonate en <em>fa</em>mineur datée de 1811 est la pièce la plus ancienne de cette anthologie. Se promenant entre classicisme et premier romantisme, elle n’est pas sans faire penser à Clementi. Là encore, une musique qui parle davantage de son époque que du genre de qui l’écrivit. Interprétation sensible et brillante quand il le faut par <strong>Mihály Berecz</strong>.</p>
<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" class="wp-image-126466" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/1200x680_marie_jaell_gallica_bnu_strasbourg_vers_1876_.jpg" alt="" />Marie Jaëll © D.R.</figure>
<h3 style="text-align: left"><strong>Une matinée chez Mme de Villeparisis</strong></h3>
<p>Encore un mot sur la musique de chambre avant d’en venir à la voix. Là encore, Mel Bonis impose sa personnalité. C’est à Fauré que fait penser sa Sonate pour violoncelle et piano (1904), toute en surprise et bifurcations inattendues, en chromatismes capricieux, où le violoncelle velouté de <strong>Victor Julien-Laferrière</strong> et le beau toucher de <strong>Théo Fouchenneret</strong> rivalisent d’intimité. Une sonate qui devrait être constamment au programme des violoncellistes s’il y avait une justice en musique.<br />
Les mêmes qualités d’élégance des deux interprètes illuminent les trois pièces pour violoncelle et piano (1914) de <strong>Nadia Boulanger</strong>, prestes et drolatiques.</p>
<p>De la même Nadia Boulanger, <em>La Sirène</em> (1908) est une vaste chose en trois scènes pour trois voix et un large orchestre, dont les évocations maritimes font penser à Guy-Ropartz ou à Magnard. Là encore, qui songerait à parler d’écriture féminine, à entendre ces houles orchestrales, ces cors profonds, ces harmonies sombres, cette écriture vocale très tendue et, avouons-le, cette touche de pompiérisme sur la fin, mais il est vrai que cette cantate fut écrite pour le Concours de Rome 1908…</p>
<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-126465" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/CS-1024x763.jpg" alt="" width="910" height="678" />Charlotte Sohy © D.R.</figure>
<h3 style="text-align: left"><strong>La mélodie, domaine d’élection</strong></h3>
<p>La mélodie est bien sûr le domaine privilégiés de toutes ces femmes. Évidemment que les salons leur ouvraient naturellement leurs portes (et d’ailleurs plusieurs d’entre elles organisaient des concerts ou des festivals), et cela semble un trait commun à elles toutes que de se plier à l’esprit des poèmes qu’elles choisissent de mettre en musique.</p>
<p><strong>ForumOpéra</strong> avait salué comme il le méritait<a href="https://forumopera.improba.eu/cd-dvd-livre/lili-et-nadia-boulanger-melodies-avec-un-grand-enthousiasme-interieur/"> le disque consacré il y a trois ans à <em>Nadia et Lili Boulanger</em></a> par <strong>Cyrille Dubois</strong> et <strong>Tristan Raës</strong>, merveilleuse réussite de clarté vocale, de diction limpide en complicité avec un piano poète suggérant d’impalpables atmosphères.<br />
On retrouve ces qualités, cruciales pour le répertoire de la mélodie française, dans leurs nombreuses contributions ici. Cyrille Dubois se montre à nouveau ici parfait diseur, mais jamais au détriment de la beauté de la ligne vocale. <em>Prima la musica</em> ou <em>prime le parole</em> ? Les deux ensemble sans aucun doute.</p>
<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" class="wp-image-126464" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/lili-et-nadia.jpg" alt="" />Nadia et Lili Boulanger © D.R.</figure>
<p>On avouera un coup de cœur pour les lignes flexibles des <em>Petits poèmes au bord de l’eau</em> (1910) d’<strong>Hedwige Chrétien</strong>, allusifs, subtils, élégants (avec un sens de la prosodie digne de Reynaldo Hahn) et Tristan Raës met en valeur toutes les subtilités de la partie de piano.<br />
Tout aussi personnelle, l’invention mélodique de <strong>Marie Jaëll</strong>, toujours inattendue. Cyrille Dubois distille les lignes serpentines de la <em>Rêverie</em> extraite des <em>Orientales</em> de Victor Hugo et l’<em>entre chien et loup</em> de <em>Quatre heures du matin</em>, extrait de <strong><em>La Mer</em></strong> de Jean Richepin.</p>
<h3 style="text-align: left"><strong>Une attention particulière à la prosodie</strong></h3>
<p>Et comment ne pas penser à Moussorgsky en entendant les <em>Mélodies russes</em> (1866) de <strong>Pauline Viardot</strong> (sur des textes de Pouchkine ou de Lermontov, que sans doute lui fit connaître son vieil amoureux Tourgueniev). Particulièrement belle et émouvante, portée par la voix enivrante d’<strong>Aude Extremo</strong>, dont le timbre est sans doute assez proche de celui de la créatrice de Dalila et de la <em>Rhapsodie pour alto</em> de Brahms, la pathétique <em>Berceuse cosaque</em>.</p>
<p>D’autres personnalités semblent d’un tempérament plus convenu telle <strong>Clémence de Grandval,</strong> pourtant élève de Chopin pour le piano et de Saint-Saëns pour la composition : on ne risque guère de surprise avec les mélodies ici choisies ni avec son <em>Andante et intermezzo</em> pour trio.</p>
<p>En revanche il y a quelque chose d’ingénu et de sincère dans les mélodies de <strong>Marie-Foscarine Damaschino</strong>. Compositrice cachée, qui fit éditer quelques-unes de ses œuvres à compte d’auteur et sous pseudonyme masculin (Mario Foscarina…). Cyrille Dubois semble se jouer de la tessiture immense d’<em>A une femme</em> (poème de Victor Hugo) ou de « J’ai dans mon cœur ».</p>
<h3 style="text-align: left"><strong>Douceurs et confidences</strong></h3>
<p>On trouvera aussi dans cette anthologie des berlingots musicaux comme <em>Du cœur aux lèvres</em>, ou <em>L’amour s’éveille</em>, deux valses 1900 de <strong>Jeanne Danglas</strong>, très café-concert et divette, aussi charmeuses que le « Je te veux » de Satie ou <em>Les Chemins de l’Amour</em> de Poulenc, dont Cyrille Dubois distille avec humour le charme penché.</p>
<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="538" class="wp-image-126376" src="https://forumopera.improba.eu/wp-content/uploads/chaminade-1024x538.jpg" alt="" />Cécile Chaminade © D.R.</figure>
<p>Cyrille Dubois, très en verve décidément, restitue aussi bien la tendresse délicate des mélodies de Cécile Chaminade, <em>Rêve d’un soir</em> et <em>Veux-tu ?</em> que <em>L’Amour</em>, confidentiel puis farouche, d’<strong>Augusta Holmès</strong> ou, d’elle aussi, <em>Le Vin</em>, spectaculaire chanson à boire). Il se joue des lignes insinuantes, très Art nouveau, de la <em>Bilitis</em> de <strong>Rita Strohl</strong> (poème de Pierre Louÿs), non moins que des arabesques sensuelles de son <em>Sonnet</em> (Charles Sinnoir).</p>
<p>Et on imagine le plaisir des interprètes à faire découvrir des pièces aussi originales que les <em>Méditations</em> (1922) de Charlotte Sohy, dont, après avoir cherché à qui elles font penser (Fauré, Lili Boulanger ?), on finit par conclure qu’elles ne ressemblent qu’à Charlotte Sohy (autrice aussi des poèmes, d’ailleurs).</p>
<p>Quelle émotion enfin de retrouver la voix plus charnue, aux fragilités touchantes, de <em>Yann Beuron</em> dans sept mélodies de Mel Bonis, denses, secrètes, profondes.</p>
<p>Le dixième et dernier disque s’achève délicieusement par l’album <em>Pour les tout-petits</em> de Mel Bonis (1913), inventif, ludique, inattendu, léger et drôle, rappelant son intérêt pour la pédagogie musicale, et qui pourrait être posé sans rougir à côté de l’<em>Album für die Jugend</em> de Schumann et de l’<em>Album pour la jeunesse</em> de Tchaïkovski.</p>
<p>Une anthologie indispensable, dont on espère qu’elle donnera des idées aux programmateurs&#8230;</p>
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		<title>Connaissez-vous Mel Bonis ?</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/connaissez-vous-mel-bonis/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Sep 2020 14:30:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Combien parmi nous connaissent Mel Bonis (1858-1937) ? Cette compositrice, pianiste autodidacte, fait partie des rares femmes à avoir fréquenté au cours des années 1880 les classes d’écriture du Conservatoire, dont celle de César Franck. Née Mélanie Bonis, elle choisit d’associer le diminutif de son prénom et de son nom pour que sa condition féminine dans &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Combien parmi nous connaissent Mel Bonis (1858-1937) ? Cette compositrice, pianiste autodidacte, fait partie des rares femmes à avoir fréquenté au cours des années 1880 les classes d’écriture du Conservatoire, dont celle de César Franck. Née Mélanie Bonis, elle choisit d’associer le diminutif de son prénom et de son nom pour que sa condition féminine dans un monde alors peu préoccupé de mixité ne nuise pas à sa carrière. Son œuvre de style postromantique, composée pour l’essentiel entre 1892 et 1914, compte environ trois cents pièces, dont cent-cinquante pour piano et vingt-deux de musique de chambre. Un ouvrage* dirigé par Etienne Jardin chez Actes Sud/Palazzetto Bru Zane vient projeter divers éclairages sur cette musicienne de la Belle Epoque qui, à nos oreilles trop sectaires d’amateur d’opéra, n’a qu’un seul défaut (peut-être dû à la difficulté pour une femme à cette époque de s’imposer sur une scène) : ne jamais avoir composé pour le théâtre lyrique.</p>
<p>*<em>Mel Bonis (1858-1937), Parcours d&rsquo;une compositrice de la Belle Époque</em>. Ouvrage coordonné par Etienne Jardin, Actes Sud / Palazzetto Bru Zane, 2020. 480 pages. Prix indicatif : 48€<br />
 <br />
<img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/mel-bonis_parcours-d-une-compositrice-de-la-belle-epoque-703x1024.jpg?itok=ffOk8ai_" width="322" /></p>
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