La Porte des Étoiles

Die Zauberflöte - Massy

Par Jean-Marcel Humbert | jeu 31 Mars 2016 | Imprimer

On a déjà vu mille et une manières de monter La Flûte enchantée, des décors façon Schinkel à ceux de La Fura dels Baus. Le décorateur de la compagnie Opéra 2001, Alfredo Troisi, a choisi un élément phare de Stargate, le cercle magique de la Porte des Étoiles, qui occupe le centre de la scène. Cet accessoire est astucieux, d’autant qu’il peut être très largement interprété ; les jeunes spectateurs peuvent y voir, outre le rappel du film, aussi bien un jeu vidéo qu’un flipper, alors que les adultes penseront plus à l’intérieur d’un temple maçonnique, du fait des colonnes à chapiteaux composites et des deux sphinx qui entourent le cercle magique. Des drops tombant des cintres permettent de passer rapidement d’un lieu à l’autre. L’ensemble est complété par des costumes créés par le même décorateur. Souvent très proches dans l’esprit de ceux de la création, les costumes des rôles principaux sont entourés d’autres abondamment dorés et complétés de némès (la coiffure exclusive du pharaon) généreusement distribués à tous les choristes. Mais l’on remarque également un Anubis et un Seth en gardes des portes fort bien venus dans la lutte entre le bien et le mal.

Le parti pris est donc de respecter, en restant au premier degré, une certaine tradition égyptienne et maçonnique de l’œuvre, même si les épreuves successives d’initiation sont assez peu lisibles. Le spectacle est néanmoins plutôt bien réussi, chatoyant et enlevé. Tout au plus regrettera-on dans la mise en scène de Roberta Mattelli sa propension à faire marcher en tous sens les chanteurs, même dans des moments où la technique vocale est très sollicitée comme dans le premier air de la Reine de la Nuit qui en fait les frais, et tout cela donne un peu une impression de tournis. On peut regretter aussi un serpent à peine esquissé au début. En revanche, si le choix de couper allègrement dans les dialogues parlés enlève à l’œuvre de sa profondeur, cela lui apporte une rapidité d’enchaînements qui la rend plus fluide et facile à suivre pour tout public. Enfin, donner une place prééminente à  Papageno, en confiant le rôle à un acteur à la fois très bon chanteur et comédien (l’excellent Thomas Weinhappel), modifie aussi la perception de l’ensemble, sans pour autant amoindrir l’impact des autres personnages. Les classes d’enfants présentes ce soir, restées attentives et silencieuses pendant toute la représentation, sont la preuve du bien fondé de tous ces partis pris pour ce type de tournée.


© Opéra de Massy/DK

La direction de Dominique Rouits à la tête de l’orchestre de l’Opéra de Massy, qui manque souvent de brio et d’allant, est paradoxalement à d’autres moments entraînée par le plateau, alors qu’à d’autres encore certains titulaires ont à souffrir du manque de respiration du chef. La représentation, outre le Papageno déjà cité, est dominée par la très bonne Pamina de Francesca Bruni, qui donne au rôle un côté humain ni chichiteux ni geignard, et qui se joue d’une voix très égale de tous les pièges de la partition. La Reine de la Nuit de Silja Schindler assure avec autorité ce rôle périlleux plus épisodique, et donne un second air proche de la perfection. Le Sarastro d’Ivaylo Dzhurov est tout à fait voisin des meilleurs, de même que la sémillante Papagena de Pauline Rouillard. Les trois enfants, fort bien chantés par de jeunes cantatrices, montrent une fois de plus que, sauf exception, il y a tout à gagner à privilégier cette solution. Le Tamino de Filippo Pina Castiglioni, parfois un peu en difficulté, le Monostatos de Dimiter Dimitrov et les trois Dames de la Nuit ne déméritent pas. Un bon ensemble assure sans faillir les parties chorales.

Le spectacle, joué quatre fois à Massy, continue de tourner à Versailles (5 avril), au Vésinet (6 avril) et Saint-Germain-en-Laye (8 avril).

 

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