C'est Nourrit qu'on ressuscite

Poliuto

Par Laurent Bury | lun 02 Avril 2012 | Imprimer
 
Même si l’Opéra de Zurich doit en assurer en mai prochain la création en Suisse, et si une nouvelle production doit en voir le jour à Marseille à la fin de cette année, le Poliuto posthume de Donizetti, créé trente ans exactement avant le Polyeucte de Gounod, ne s’est pas vraiment imposé au répertoire, de sorte que le DVD aujourd’hui proposé par Bongiovanni se trouve être, sauf erreur, une première mondiale sur ce support. Et l’on ne parle même pas de la version « grand opéra à la française » créée avant l’original italien, Les Martyrs, encore plus sombré dans l’oubli. Ce sujet chrétien n’est pourtant pas si désuet, comme en témoigne le Polieukt de Zygmund Krause récemment donné à Toulouse.
 
De cet « opéra de ténor » finalement créé en français par Duprez en 1840, mais conçu à la demande et à l’intention de Nourrit, Gregory Kunde est ici la pierre angulaire : avant d’aborder Raoul des Huguenots à Strasbourg (voir recension),  il avait déjà fait sien cet autre rôle que le grand ténor français aurait dû créer en 1838 si la censure napolitaine ne s’était opposée à cette œuvre jugée sacrilège. Espérons seulement que Kunde ne connaîtra pas le même sort que son illustre prédécesseur (dans un accès de délire, Nourrit se jeta par la fenêtre de son hôtel en 1839). En tout cas, sa voix semble ici parfaitement se plier aux exigences du rôle, les aigus sont dardés avec vaillance et, scéniquement, le personnage sans âge précis du seigneur arménien lui convient bien mieux que celui du jeune comte de Nangis.
 
A ses côtés, Paoletta Marrocu lui donne une réplique parfaitement à la hauteur (elle fut notamment une superbe Lady Macbeth face à Thomas Hampson). La chanteuse est raffinée et expressive, même si les notes les plus graves gagneraient à être un peu plus sonores, et si elle pourrait avec profit s’affrachir de certains gestes mélodramatiques très dispensables. Simone Del Savio est un magnifique baryton-basse au timbre généreux, d’une solidité à toute épreuve. Andrea Papi est un grand-prêtre impressionnant de noirceur et d’animosité envers les chrétiens.
 
Sans rien de bien remarquable dans la direction d’acteur, la mise en scène élégante de Marco Spada a au moins le grand mérite de la sobriété élégante : elle nous évite un énième péplum avec toges plus ou moins bien drapées devant colonnes en toc plus ou moins bien imitées. La transposition discrète vers l’époque fasciste se justifie par le culte mussolinien de l’antiquité romaine : ici, quelques figurants en costume de centurions, puis de gladiateurs, renvoient explicitement au contexte historique initial de l’intrigue, mais tous les personnages portent des tenues « milieu du XXe siècle » simples et seyants (le laticlave est sans pitié pour qui abuse de la cervoise).
 
 

 

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