Somptueux quatuor vocal

Les Pêcheurs de perles

Par Christian Peter | jeu 02 Février 2017 | Imprimer

La saison passée, le Metropolitan Opera avait mis à l’affiche Les Pêcheurs de perles, spectacle qui a été diffusé dans les cinémas voici un peu plus d’un an et qui paraît aujourd’hui en DVD sous le label Erato. La production signé Penny Woolcock avait été créée à l’English National Opera en 2010. La metteuse en scène transpose l’action de nos jours quelque part en Asie du sud-est. Au premier acte, le décor représente une sorte de bidonville sur pilotis, fait de bric et de broc éclairé la nuit par des lampions multicolores. Leila est amenée sur une pirogue. D’ailleurs la mer est omniprésente dans cette production : durant le prologue, des acrobates évoluent parmi des projections ondoyantes de lumière bleutée, donnant ainsi l’illusion de plongeurs sous-marins tandis que l’orage qui conclut l’acte deux est illustré par des images de vagues gigantesques qui évoquent un tsunami. Au troisième acte, la demeure de Zurga est une immense pièce délabrée dans laquelle s’entassent des meubles usés, une ancienne télévision cathodique, un ordinateur vétuste, avec au mur des étagères où s’empilent de vieux dossiers. Les personnages sont vêtus de costumes mi-traditionnels, mi-modernes où dominent les teintes chaudes, orange, jaune, ocre. Leila porte un magnifique sari rouge et or, Zurga, un gilet bleu par-dessus une chemise et un pantalon noir. La tenue de Nadir, chemise violette et bermuda à carreaux vert et noir, est moins heureuse. La direction d’acteurs a le mérite d’être précise et les mouvements de foule sont bien réglés.

La distribution, sans faille, réunit quatre chanteurs de haut niveau dont les moyens conviennent idéalement aux rôles qu’ils interprètent. Nicolas Testé, voix de bronze et diction parfaite, propose un Nourabad sévère et intraitable, aveuglé par ses convictions religieuses. Mariusz Kwiecien et Matthiew Polenzani qui appartiennent à la même génération, forment un couple d’amis crédible et bien assorti dont le français est à peu près intelligible. Le premier campe un Zurga qui laisse paraître sous sa carapace autoritaire une certaine fragilité, notamment face à Leila. Son air du troisième acte, « L’orage s’est calmé », bénéficie d’une ligne de chant d’une élégance exemplaire et d’un timbre homogène et suave, capable de séduire autant que d’émouvoir. Le second doté d’une voix claire et lumineuse, incarne un Nadir d’un raffinement inouï. Le ténor s’offre le luxe de chanter tout son air « Je crois entendre encore » en voix mixte, avec un legato impeccable et de l’achever par un contre-ut pianissimo, comme dans un rêve. Jeune homme amoureux, il parsème son duo avec Leila « Ton cœur n’a pas compris le mien » d’accents d’une tendresse infinie du plus bel effet. Enfin Diana Damrau trouve en Leila un rôle à la mesure de ses moyens actuels qui lui permet, sans forcer sa voix, d’exprimer les divers sentiments qu’éprouve l’héroïne. Tout au plus pourrait-on lui reprocher certaines minauderies – son péché mignon – au début de l’ouvrage. Au deuxième acte, sa cavatine « Me voilà seule dans la nuit », chantée avec simplicité et naturel, dispense une émotion contenue. Enfin, la soprano allemande traduit à merveille la détermination inébranlable du personnage lors de son affrontement avec Zurga au dernier acte.

La direction énergique et contrastée de Gianandrea Noseda participe à la réussite de l’ensemble. Signalons que c’est la partition originale de 1863 que l’on entend ici sans les ajouts postérieurs à la mort de Bizet. Ainsi, lors du dénouement, Zurga n’est pas châtié par Nourabad mais reste seul en scène tandis que derrière lui le village est la proie des flammes.

Cet enregistrement vient se hisser au sommet d’une vidéographie qui jusqu’ici ne proposait que deux versions, la première, filmée à La Fenice en 2004 avec Annick Massis en Leila et Marcello Viotti à la baguette (Dynamic), la seconde avec Patrizia Ciofi et Dmitri Korchak sous la direction de Gabriele Ferro au San Carlo de Naples en 2014 (Cmajor).

 

 

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