Pas vraiment le Mariinsky

Susannah

Par Laurent Bury | mer 26 Juillet 2017 | Imprimer

Evidemment, quand on lit « Chœur et Orchestre de l’Opéra de Saint-Pétersbourg », on pourrait s’attendre à beaucoup de choses. Sauf qu’il s’agit de l’Opéra de Saint-Petersburg, en Floride, dont les forces musicales n’ont pas tout à fait la même réputation que celui de l’ex-Théâtre Kirov. Mais puisqu’il s’agit d’interpréter Susannah, de Carlisle Floyd, ce n’est peut-être pas plus mal. Apparemment, cet opéra, l’un des plus célèbres du compositeur américain, connaît grâce à Naxos sa première mondiale en DVD, même si cela n’est indiqué nulle part. Un premier doute s’insinue néanmoins à la vue du boîtier qui, au lieu de reproduire une photographie du spectacle, comme c’est la coutume, préfère un dessin évoquant la fin de l'opéra. N'y avait-il donc aucune photo assez alléchante pour qu'on la mette en avant ? Peut-être cela tient-il au fait que le Palladium Theater ne possède pas de fosse, ce qui impose la présence de l’orchestre sur scène, et donc une mise en scène qui ne dispose que d’un espace très réduit pour faire se déplacer les chanteurs. Malgré tout, cela se traduit aussi par une sobriété d’autant plus appréciable qu’elle est rare outre-Atlantique : une charpente de maison et un rocking-chair, voilà tout ce qui tient lieu de décor.

Enfin, il n’en reste pas moins qu’il s’agit là d’une captation réalisée dans un lieu qui n’est en aucun cas un des temples de l’art lyrique, et qu’ils risquent de tomber de très haut, ceux qui ont jadis découvert l’œuvre de Carlisle Floyd grâce à l’enregistrement réalisé en 1994 par Kent Nagano, avec des stars comme Cheryl Studer, Samuel Ramey et Jerry Hadley. Pour les mélomanes américains, Susannah est peut-être l’opéra national par excellence, de préférence à Porgy and Bess ou à n’importe quel titre qui pourrait venir à nos esprits occidentaux. Raison de plus pour l’immortaliser à l’image dans une version autrement mémorable, au lieu de filmer ce qui, en dépit de la sincérité et de l’engagement de ses interprètes, n’aurait peut-être jamais dû connaître une diffusion plus large.

Qui a entendu ou vu Samuel Ramey dans le rôle sait combien la fameuse « Revival Scene » peut être impressionnante : rien de tel, hélas, à Saint-Petersburg. Malgré ses qualités, Todd Donovan n’a tout simplement pas l’ampleur vocale nécessaire pour conférer à Olin Blitch sa dimension quasi surhumaine. De Susannah, Susan Hellman Spatafora possède la silhouette juvénile et la sensualité qui vaudra sa perte à l’héroïne ; dommage que ses aigus se révèlent souvent un peu acides et que la voix soit nettement moins puissante dans le grave. Le ténor Anthony Wright Webb est peut-être celui qui s’en tire le mieux dans le rôle, certes beaucoup moins exigeant théâtralement, de Sam, le frère de Susannah. Question jeu d’acteur, on frôle l’amateurisme avec les personnages secondaires, et les artistes ne semblent pas avoir toujours été aidés autant qu’ils auraient dû l’être par le metteur en scène, Michael Unger, d’où un certain nombre de balourdises dans la gestuelle, notamment chez Little Bat, alias Scott Wichael.

Musicalement, on se dit aussi qu’une phalange plus aguerrie ferait autrement sonner cette musique, même s’il ne faut pas attendre de la partition autre chose qu’un néo-puccinisme efficace. Le chef Mark Sforzini fait ce qu’il peut avec la formation qu’il dirige. Autrement dit, tout cela est bien sympathique, mais Susannah attend encore le DVD qui puisse convaincre le public international de la valeur de cette œuvre. On retiendra malgré tout l’interview de Carlisle Floyd ajoutée en bonus : dix-huit minutes pendant lesquelles, questionné par Michael Unger, le compositeur resitue son opéra dans son contexte historique (le maccarthysme) et en relate la genèse. Cela dit, si vous ne maîtrisez pas l’anglais, il faudra vous trouver un interprète, car le DVD ne fournit aucune traduction. Pour l’opéra, il y a bien des sous-titres, mais en anglais seulement.

 

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