Petite contribution à la loi de finances 2013

Par Sylvain Fort | lun 03 Juin 2013 | Imprimer
 
Personne ne le sait, mais les finances publiques, c’est mon dada. Je lis les PLF avec délectation depuis mon plus jeune âge. Les rectificatifs font ma joie. Je fais tout pour me procurer avant tout le monde les procès-verbaux de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale. J’ai même demandé un autographe à son président, monsieur Gilles Carrez. Il trône dans une vitrine aux côtés d’une photo de Didier Migaud.
Diantre, j’aurais adoré être un membre distingué de la Cour des Comptes. Mais pour cela, il fallait faire l’ENA, et je n’aurais jamais été reçu : la version grecque ne fait pas partie des épreuves d’entrée. Toujours est-il que j’ai un plan pour redresser les finances publiques de notre pays. C’est simple : il faut enfin s’attaquer sérieusement au circuit lyrique. Et d’abord, à Paris. Les Parisiens aiment la musique, c’est indéniable. Les salles sont pleines. C’est réjouissant. On décida donc jadis de créer une nouvelle salle en périphérie de Paris afin d’accueillir le trop-plein d’impétrants. En fait d’absorption des surplus, on finit par adopter la technique des vases communicants, fermant Pleyel au classique pour le déménager à la Villette. C’est déjà un franc recul doctrinal. Mais le vrai sujet, c’est que cette salle périphérique coûte de plus en plus cher. C’est, à tous les sens du terme, un gouffre. Or, on le sait, sa justification économique n’était déjà pas claire. On a répondu à une question en creusant un trou : d’abord dans le sol, puis dans les caisses. Personnellement, j’aime bien la Villette. Je trouve excellente l’idée d’implanter dans cette zone un peu patibulaire un phare de la culture parisienne. C’est ainsi qu’on civilise les franges. Et puis, pour moi, ce lieu correspond à un souvenir très précis. Lors de l’inauguration de la Cité de la Musique, il y eut un cocktail où je fus. Des fruits confits et autres mangeailles raffinées étaient plantées dans des murs épais. Il fallait les arracher pour les manger. Soudain, quelqu’un s’avisa que les murs étaient en sucre. Alors je vis le tout-Paris en goguette s’attaquer goulûment aux murs, les creuser, les croquer. Pour moi, la Villette est depuis assimilée au pays enchanté de Hänsel et Gretel.
Fermons cette parenthèse émue. Revenons à notre trou. A ce trou ne correspond aucun sommet. Les salles de la capitale sont sous perfusion financière de l’Etat. Leur taux de remplissage n’en fait pas des machines à cash, c’est le moins qu’on puisse dire. Et pendant ce temps-là, le trou engloutit la bonne monnaie. Alors si on faisait un petit jeu, histoire de reboucher le trou ? Par exemple, on dirait que l’Opéra-Bastille, une salle qui reste assez puissamment adverse à l’opéra, deviendrait la Philharmonie de Paris. On y aurait droit à un super-Pleyel. Avec des concerts, des récitals, mais aussi des opéras de temps en temps, sur un mode festivalier ou un peu exceptionnel. Et puis l’Opéra-Garnier redeviendrait le porte-étendard, le bateau-amiral, le monarque absolu de l’art lyrique parisien. Et pour compléter l’offre, on lui adjoindrait l’Opéra-Comique. Vous voyez la chose : au tandem bizarre Garnier-Bastille, on substitue le tandem Garnier-Comique. Bastille devient la Philharmonie et Pleyel tout en un, mais en encore mieux. On rebouche le trou de la Villette et on y fait des hôtels de luxe avec spa. Au passage, on économise des centaines de millions, qu’on réinjecte dans l’Opéra de Paris nouvelle formule et dans le reste du circuit, avec un solde pour rééquilibrer le régime des intermittents du spectacle.
Je sais : ce projet n’est pas réaliste. Il se heurtera à de puissantes résistances. Des baronnies entières s’insurgeront ; des lobbies crieront au loup ; des intérêts publics et privés bloqueront l’affaire ; des édiles et des intellectuels manifesteront contre. Mais j’aurai peut-être gagné un dîner en tête à tête avec Didier Migaud et un badge pour la cantine de la Cour des Comptes. Cela suffira à ma journée.
 

 

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