Pourquoi un dossier « Cancel Culture (?) »

Par Camille De Rijck | lun 18 Octobre 2021 | Imprimer

Parce que dans l’histoire, toute tentative de soustraire une œuvre d’art au regard du public a été – a posteriori – condamnée comme un acte de censure, la Cancel Culture interroge. Comme elle interroge dans la mesure où les arts, témoins de leurs temps – de leur avant-garde ou de leur conservatisme – sont porteurs des grandes injustices humaines. L’antisémitisme, le racisme, la misogynie furent longtemps normatifs. Il est donc logique qu’ils se retrouvent aux entournures des œuvres du passé, quand ils n’en sont pas le moteur. Comme il est normal que notre œil du vingt-et-unième siècle attende que celles-ci soient, sinon interdites, au moins remises en contexte ; qu’en somme on admette de ne plus les représenter sans se distancer à tout le moins de leurs ingrédients les plus problématiques. 

Récemment, plusieurs mouvements dont on ne se permettrait pas de contester le caractère indispensable – #MeToo, Black Lives Matter – sont venus rappeler à la société ses dérives vertigineuses. Mieux : plutôt que de les rappeler puis de céder le pas à d’autres faits d’actualité, ils ont refusé cette fois d’abdiquer au nom du grand zapping de l’information.

En découle une interrogation sociétale inédite. En découle, aussi, une vague de féminisme qui atteint toutes les strates de la société. On voit des hommes – et des femmes – qui pendant des décennies se sont moqués de parité ou d’inclusivité devenir tout à coup les plus grands zélateurs de ces mouvements. Il est remarquable que dans toutes les révolutions sociétales, les vents dominants fassent tourner les têtes et mobilisent des engagements soudains. Ces tartuffes-là, il faudra aussi les identifier, car ils ne sont jamais que des opportunistes.

Soyons clairs : ce qui est en cause n’est pas l’appareil juridique mais l’omerta qui prévaut dans certains milieux. Les leviers juridiques sont là mais ils sont étouffés par un consensus qui les rend inopérants. Et le monde lyrique semble atteint par cette omerta, malheureusement. C’est pour cela que nous avons fait le choix de parler de ce sujet ici. Qu’est-ce qui dans la Cancel Culture relève du cri, légitime et nécessaire et qu’est ce qui relève de l’opportunité des temps présents ?

Qu’on ne s’y méprenne pas : les hommes et les femmes de pouvoir savent caresser les foules quand leurs têtes sont en jeu. Ce n’est rien d’autre que du populisme. Mais à ce travers-là, il conviendra de ne pas amalgamer les combats les plus justes. Comment faudra- t-il comprendre la leçon sans tomber dans l’autodafé ? Ainsi, la Cancel Culture produit ses effets hors des chemins judiciaires parce que ces derniers sont désactivés par l’omerta, mais elle peut dès lors se montrer plus radicale, plus durable, plus punitive que la justice elle-même, et en tout état de cause plus rapide : comment comprendre cette nouvelle grammaire ?

Voici quelques-unes des questions que nous nous poserons dans ce dossier. Prévenons d’emblée les réserves que pourrait faire naître cette expression. Notre équipe est essentiellement masculine. Si elle est plutôt mixte en ce qui concerne les orientations sexuelles – et représente en ce sens au moins une minorité –, elle est exclusivement blanche. À ce constat, on nous permettra une remarque, qui a son importance : notre site repose sur le travail associatif. S’il n’y a pas d’enjeu financier, il n’y a pas non plus de procédures de recrutement, nos portes sont ouvertes et l’ont toujours été. L’absence de diversité n’est donc pas le fruit de discriminations à l’embauche mais de rencontres qui ne se sont pas (encore) faites. Forts de ce constat, nous nous fions encore à l’adage ancien selon lequel rien de ce qui est humain ne nous est étranger.

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