Grandiose !

Elektra - Paris (Philharmonie)

Par Christian Peter | ven 15 Décembre 2017 | Imprimer

C’est par une ovation triomphale que le public de la Philharmonie, qui avait retenu son souffle pendant près de deux heures, a salué cette Elektra dès que les dernières mesures de l’ouvrage ont retenti. Il faut dire que tout était réuni pour faire de ce concert une réussite exemplaire, en particulier un trio féminin d’exception, qui aligne trois cantatrices parmi les meilleures titulaires actuelles des personnages principaux, à commencer par l’exceptionnelle Elektra de Nina Stemme qui a fait sien ce rôle meurtrier depuis qu’elle l’a mis à son répertoire à Vienne au printemps 2015. Dès son « Allein ! Weh, ganz allein » halluciné, un frisson parcourt la salle qui reste suspendue aux lèvres de la chanteuse durant tout son monologue déclamé comme dans un état second. La soprano suédoise incarne une héroïne apparemment volontaire et distante qui ne laisse paraître son émotion que lorsqu’elle reconnait son frère et lance à pleine voix un « Orest ! » bouleversant d’exaltation. La voix, large, riche en coloris, triomphe de toutes les embûches qui parsèment la partition, l’aigu puissant et dardé contribue à faire de son affrontement avec sa mère l’un des moments les plus saisissants de la soirée, d’autant que face à elle, Waltraud Meier n’est pas en reste. Si avec les années le registre grave est devenu confidentiel, la soprano allemande dispose encore d’une quinte aiguë impressionnante qui fait mouche. Sa Clytemnestre inquiète et tourmentée, n’oublie pas cependant qu’elle est une reine qui sait rester digne face aux imprécations de sa fille.

Entre ces deux bêtes de scène, Gun-Brit Barmin parvient à tirer son épingle du jeu. La soprano possède une voix large, à l’aigu bien projeté qui lui permet d’assumer pleinement la tessiture de Chrysotémis, de plus son timbre clair évoque avec bonheur la jeunesse de ce personnage que n’ont pas atteint les tourments qui agitent les autres femmes de sa famille.

Mathias Goerne est un Oreste déterminé dont le calme et le sang-froid tranche avec l’exaltation de sa sœur. Cependant son timbre mat fait que son personnage a paru légèrement en retrait. Tel n’est pas le cas de Norbert Ernst dans la courte scène d’Égisthe. Malgré une voix presque trop belle pour le rôle, il parvient, en bon acteur, à incarner un personnage veule et déplaisant tout à fait crédible.

Bonne intervention du précepteur de Ugo Rabec. Les cinq servantes sont impeccables, en particulier Valentine Lemercier dont les interventions ne passent pas inaperçues.

A la tête d’un orchestre Philharmonique de Radio France en grande forme dont il tire des sonorités luxuriantes, Mikko Franck propose une direction précise et théâtrale privilégiant les tutti avec une avalanche de décibels qui culmine dans une scène finale hallucinante.  

 

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