Six finalistes, cinq prix et quatre primés

Finale du concours international de belcanto Vincenzo Bellini - Vendôme

Par Christian Peter | dim 14 Novembre 2021 | Imprimer

Des onze participants à la demi-finale du concours Bellini, six ont été retenus pour la finale, quatre sopranos, une mezzo-soprano et un baryton, tous européens, la crise sanitaire n’ayant pas permis la présence de candidats venus d’Asie ou d’outre-Atlantique.

Pour choisir les airs présentés, les concurrents ont, bien sûr, largement puisé dans le répertoire bellinien, ainsi la scène finale d’Amina aura été chantée deux fois et, lors de la demi-finale, nous aurons eu droit à trois « Qui la voce sua soave ». Pour l’air d’opéra français imposé, trois candidates ont misé sur la cavatine de Leïla. On ne peut que regretter le manque de curiosité des participants qui auraient pu chercher du côté d’Ambroise Thomas, Boieldieu ou Grétry, par exemple, et limiter ainsi les comparaisons avec d’illustres interprètes qui ont marqué les pages qu’ils ont sélectionnées.


© Claude Defresme / Musicarte

Le seul candidat masculin, Florian Bisbrouk, est un baryton à la voix claironnante et bien projetée tout à fait adaptée aux couplets d’Ourrias dans Mireille. Cet air martial qui dévoile le caractère viril et tout d’une pièce du personnage réclame une voix sonore et homogène comme celle du baryton français. En revanche dans l’air des Puritains, si le candidat fait des efforts louables pour soigner son legato, on peut regretter qu’il propose un chant constamment mezzo-forte, dans cette page qui réclame davantage de nuances et demi-teintes.

Katharina Semmelbeck, venue d’Allemagne, dispose d’une meilleure maîtrise de la grammaire belcantiste comme en témoigne son trille à la fin de l’air de Leïla ou ses notes piquées impeccables dans la cabalette du second air d’Amina. Dans ces deux pages la soprano livre une interprétation exquise, toute en retenue à laquelle il manque peut-être un soupçon d’émotion et d'implication dramatique.

La soprano greco-albanaise Lira Mila, qui a choisi les deux mêmes airs que sa collègue d’Outre-Rhin, possède une voix large et un tempérament affirmé. Elle nous avait impressionné lors de la demi-finale en se confrontant à la grande scène conclusive d’Anna Bolena qui mettait en valeur l’ampleur de ses moyens, non sans trahir de nombreuses imperfections sur le plan technique. Ce soir, sa cavatine de Leïla est bien peu expressive et dans l’extrait de La Somnambule, « Ah non credea mirarti » la voix est trop sonore pour évoquer un personnage qui est censé dormir. Si les vocalises de la cabalette sont exécutées avec soin, la soprano fait l’impasse sur les notes piquées du second couplet. Elle a néanmoins décroché le prix du public qui a sans doute été conquis par sa grande voix et la facilité de son suraigu.  

Seule mezzo-soprano de la compétition, la française Mathilde Ortscheidt possède un timbre ambré de toute beauté avec un registre grave opulent qui avait capté durablement l’attention lors de la demi-finale. Son air de Roméo pleinement convaincant tant au niveau de l’interprétation que du chant n’appelait aucun reproche, en revanche un ou deux suraigus détimbrés dans la cabalette de cet air et quelques approximations dans les vocalises de celle de La Favorite l’ont probablement desservie. Elle a obtenu le prix de la ville de Vendôme, récompense pleinement méritée.

Lors de la demi-finale la Fiordiligi de Marion Auchère avait fait forte impression, cela s’est confirmé dans les deux airs qu’elle a proposés ce soir, une exquise Leïla tout en délicatesse pour commencer, suivie après l’entracte d’une saisissante scène finale du Pirate dans laquelle la soprano a dévoilé un tempérament dramatique qu’on ne lui soupçonnait pas. Ce choix audacieux s’est révélé payant puisqu’il lui aura valu deux prix, le prix Musicarte pour la meilleure interprétation d'un air en français et le prix de la meilleure voix féminine.

Enfin le grand prix Bellini de cette édition a été attribué à Yulia Merkudinova. La soprano ukrainienne a effectué un parcours sans faute, tout d’abord avec la scène d’entrée d’Amina « Care compagne », où sa voix claire et nuancée et la longueur de son souffle ont fait merveille puis avec l’air périlleux de Juliette « Amour ranime mon courage » qu’elle affronte crânement avec conviction et des possibilités dans le grave inattendues.   

Tout au long de la soirée, Maguelone Parigot et Sébastien Joly ont proposé un accompagnement au piano efficace et attentif aux chanteurs.

      

 

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