Anita Rachvelishvili dans le feu de l'action

Il Trovatore - New York

Par Jean Michel Pennetier | ven 26 Janvier 2018 | Imprimer

Il a souvent été dit que Verdi avait envisagé de rebaptiser son opéra Il Trovatore La Gitana en raison de l'importance accordée à Azucena. Avec Anita Rachvelishvili dans le rôle, nul doute que la question se pose. Comme à Londres il y a quelques mois, le mezzo soprano georgien campe un personnage passionnant, un roc vocal d'une insolence incroyable, qui ne laisse percer que les fissures dramatiques indispensables à la caractérisation de son personnage. La voix est puissante et chaude, l'aigu généreux.

Fort opportunément, son Manrico vient rétablir l'équilibre de l'ouvrage. S'il n'a pas les moyens, ni le timbre, d'illustres ténors qui l'ont précédé, Yonghoon Lee a clairement beaucoup écouté Franco Corelli, au point d'en offrir à maints endroits des nuances équivalentes. Le chanteur coréen dispose à la fois d'un aigu généreux (la « Pira » est toutefois transposée), et d'une authentique musicalité, ainsi que d'une grande intelligence, panachant ainsi les qualités d'uns spinto et d'un lirico.  

En Leonora, la jeune soprano américaine Jennifer Rowley doit encore gagner en maturité. L'air d'entrée, un peu grave pour ses moyens naturels, manque de poids et la voix est affectée d'un léger vibratello. Tout change en seconde partie où l'aigu, davantage sollicité, permet d'apprécier un timbre cristallin et un superbe legato

Quinn Kelsey de son côté, renvoie plutôt à la tradition des Louis Quilico : la voix a du mordant, le chant est nuancé avec intelligence, mais les aigus sont un peu détimbrés pour un authentique baryton verdien. 

Štefan Kocán a une authentique voix de basse, sombre à souhait. Malheureusement, la technique ne suit pas : toutes la partie belcantiste passe à la trappe, avec des vocalises sommairement savonnées et des trilles aux abonnés absents. 

La mise en scène de David McVicar se réfère à Goya, avec une violence exacerbée entre hommes et femmes qui finit par devenir un tic gênant chez les metteurs en scène actuels.  Au positif, aucun temps mort, comme si McVicar craignait un éventuel ennui  créé par la musique seule.  

A la tête d'un choeur et d'un orchestre impeccable, Marco Armiliato offre une direction efficace, bien en phase avec le plateau. Mais pourquoi donc avoir pratiqué une fois de plus des coupures dans la partition ?

 

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