Ils furent très malheureux et n'eurent aucun enfant

Königskinder - Erl

Par Jean-Marcel Humbert | mer 21 Juillet 2021 | Imprimer

Les contes de fées de notre enfance avaient pour principe une histoire gentille et sirupeuse et une fin généralement heureuse, concrétisée par la promesse d’une nombreuse progéniture. Mais ici, le conte de fées tourne au drame. La sorcière, plus possessive que méchante, est brûlée vive par les villageois. Ceux-ci, hormis le ménestrel, sont violents, fourbes et n’acceptent aucune différence. Quant aux héros, jeunes adultes sans nom (« le fils d’un roi » et « la gardeuse d’oies »), ils tombent amoureux à la suite d’une brève rencontre fortuite, et sous la menée du ménestrel idéaliste, prétendent régner. Confrontés à des problèmes d’adultes, de reconnaissance et de légitimité, face au peuple qui n’admet pas un roi porcher et une reine gardeuse d’oies, ils sont chassés, avant de mourir d’épuisement, de faim et de froid – et du pain empoisonné par la sorcière – dans la montagne glacée. Comme les contes de fées ont toujours une morale, celui-ci ne manque pas à la règle, en montrant que les princes et princesses n’ont pas toujours la vie facile lorsqu’on les sort du cocon hyper-protecteur où ils sont habituellement élevés, et qu’une fois confrontés à un milieu hostile fait de gens bêtes et intolérants, ils n’ont pas les armes pour lutter.