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	<title>Arcana - label - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Arcana - label - Forum Opéra</title>
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		<title>A. SCARLATTI, Christmas at the Bethlehem of the West</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/a-scarlatti-christmas-at-the-bethlehem-of-the-west/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 11 Dec 2025 06:57:18 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Cette année, où l’on célèbre le tricentenaire d’Alessandro Scarlatti, aura été généreuse en découvertes propres à modifier les hiérarchies musicales, mais surtout à rendre sa place – essentielle – au compositeur sicilien. L’occasion était trop belle… Alessandro Scarlatti fut maître de chapelle à Sainte-Marie Majeure (Rome), dont le culte marial était et demeure la marque &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Cette année, où l’on célèbre le tricentenaire d’Alessandro Scarlatti, aura été généreuse en découvertes propres à modifier les hiérarchies musicales, mais surtout à rendre sa place – essentielle – au compositeur sicilien. L’occasion était trop belle… Alessandro Scarlatti fut maître de chapelle à Sainte-Marie Majeure (Rome), dont le culte marial était et demeure la marque (1). Il écrivit notamment sa <em>Messa per il Santissimo Natale</em> à cette occasion. Vous l’associez à deux de ses motets contemporains et à une cantate, ajoutez l’authentique découverte d’une messe postérieure, de même destination, de Giovanni Giorgi et vous avez là un riche programme, incontestablement original et cohérent, lié à Noël. Cet enregistrement bienvenu s’inscrit dans le projet <em>Scarlatti Legacy</em>, porté par la <em>GhislieriMusic</em>a (2) et <strong>Giulio Prandi</strong>, à qui on doit ce nouvel enregistrement.</p>
<p>Synthèse du style antique et du style concertant, faisant appel à des moyens réduits (8 voix, en double chœur, cordes et basse continue), la messe <em>per il Santo Natale</em> constitue un sommet de sensibilité, de clarté et de vie. L’unité est renforcée par le retour du motif orchestral introductif au début du <em>Credo</em> et du <em>Sanctus</em>. Le choix interprétatif confie chaque partie vocale à un soliste. Tous, familiers du travail collectif guidé par Giulio Prandi, confèrent à l’ensemble une unité, une vigueur, une ductilité exemplaires, où chacun écoute l’autre. La polyphonie y est toujours lisible, servie par une vocalité difficile à égaler. On ne sait qu’admirer le plus, de l’œuvre magistralement écrite et des interprètes également engagés. La belle et brève introduction instrumentale de la messe, malgré des effectifs limités, donne une plénitude qui ne se démentira jamais. La souplesse de la déclamation, la conduite des lignes, tout ravit. La pureté d’émission, les équilibres du <em>Christe </em>forcent l’admiration, comme l’animation du dernier <em>Kyrie</em>. Après son intonation grégorienne, l’ample <em>Gloria</em>, particulièrement développé, fait la part belle aux combinaisons vocales renouvelées, en alternance avec les passages instrumentaux. Les contrastes qu’appelle le texte, la tendresse et l’énergie sont traduits avec un art consommé, et la juxtaposition des séquences musicales est l’occasion pour le compositeur de déployer toute sa science contrapuntique. La beauté est constante, et la sensibilité émouvante, bien que contenue. La dynamique, quels que soient les tempi adoptés, participe à l’attention soutenue de l’auditeur. L’affirmation du <em>Credo</em> n’est pas moins admirable. Le douloureux <em>Crucifixus</em>, auquel répond l’exultation du <em>Et resurrexit</em> en constituent le sommet. Le <em>Sanctu</em>s, étonnamment bref, se réduit à l’énoncé du texte liturgique, dans un tempo soutenu. Le recueillement de l’<em>Agnus Dei</em> n’en prend que plus de valeur : l’émotion est bien là, pour une œuvre magistrale, qui mérite d’être connue.</p>
<p>Les six musiciens se signalent par leur homogénéité, leur écoute. Les modelés et articulations sont exemplaires. Chacun appelle des éloges : les quatre cordes, le théorbe et l’orgue, toujours en symbiose avec les voix.</p>
<p>Le motet <em>Beata Mater</em> qui lui succède s’inscrit dans le même climat. L’orgue seul participe à la supplique fervente des voix. L’écriture horizontale, alla Palestrina, est servie idéalement, à ceci près que la prise de son, qui fait la part belle à l’orgue, relègue un peu les chanteurs au second plan.</p>
<p>La cantate <em>Non son qual più m’ingombra</em> adopte le plan traditionnel, où deux récitatifs introduisent autant d’arias. <strong>Carlotta Colombo</strong>, familière de l’œuvre d’Alessandro Scarlatti, chante aussi les deux messes au programme. La voix, au medium charnu, au souffle long, conduit ses phrases avec art, et son dernier air, berceur, où elle intercède auprès de la Vierge, mérite d’être connu, servi par une belle pâte instrumentale. Auparavant, dans son premier air, seule concession à la virtuosité, les traits sur « piacer » puis sur « goder » permettaient à notre soprano de faire montre de sa ductilité et de sa longueur de voix.</p>
<p>Le second motet, <em>O magnum mysterium</em>, combine les deux chœurs plus qu’il ne les oppose, comme le faisait le <em>Beata Mater</em> écouté auparavant. La plénitude de l’écriture dense aux voix enchevêtrées, soutenues par l’orgue, fait place à l’animation, puis à l’admiration émerveillée (<em>O beata</em>…). Encore un moment de bonheur.</p>
<p>Giovanni Giorgi, Vénitien d’origine, fut maître de chapelle à Saint-Jean de Latran, avant de partir à la Cour de Lisbonne. Nous sont parvenues, entre autres, 33 messes (éditées par Feininger entre 1960 et 1963). Celle-ci, dont c’est le premier enregistrement mondial, limite son effectif choral à quatre parties, loin de l’influence de Benevoli, qui marquera sa production.  Son originalité réside dans le recours à un violon concertant. Messe romaine, dépourvue de la polychoralité qui lui était familière, elle est déjà plus proche du style galant. L’expression individuelle des solistes y est privilégiée, fut-ce au détriment du traitement explicite du texte liturgique. Même si son association au programme précédent est bienvenue, on nous permettra de préférer – ô combien – l’écriture d’Alessandro Scarlatti, le maître.</p>
<p>La plaquette d’accompagnement, trilingue, que signe le chef, est remarquablement documentée, et donne les clés de ces musiques.</p>
<pre>(1) son bref séjour, en 1707, suffit à marquer son empreinte. Quant à la basilique, elle conserve les prétendues reliques du berceau et des langes de Jésus, mais – surtout – la célèbre crèche en marbre d’Arnolfo di Cambio (1291), l’architecte de Santa Maria del Fiore à Florence.

(2) On doit les transcriptions modernes d’Alessando Scarlatti et de Giovanni Giorgi au musicologue Luca Della Libera (www.areditions.com).</pre>
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		<title>HAENDEL, Alexander’s Feast</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/haendel-alexanders-feast/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Olivier Rouvière]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Sep 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>De nos jours, Le Festin d’Alexandre (1736) n’est pas le plus fréquenté des oratorios de Haendel. Sans doute parce que ce n’en est pas un ou, du moins, parce que l’ouvrage ne répond pas vraiment à l’idée que nous nous faisons d’un oratorio : il ne campe aucune « action » véritable ni ne met en en scène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">De nos jours, <em>Le Festin d’Alexandre</em> (1736) n’est pas le plus fréquenté des oratorios de Haendel. Sans doute parce que ce n’en est pas un ou, du moins, parce que l’ouvrage ne répond pas vraiment à l’idée que nous nous faisons d’un oratorio : il ne campe aucune « action » véritable ni ne met en en scène de personnages, même si, comme dans le futur <em>Messiah</em> (1742), des figures mythiques y prennent la parole.</p>
<p align="justify">Sous-titré « Le Pouvoir de la musique », <em>Alexander’s Feast</em> tient plutôt de l’ode – à la musique, justement. Un genre qu’avait beaucoup fréquenté le prédécesseur de Haendel, Henry Purcell. Et c’est d’ailleurs à l’un des librettistes occasionnels de Purcell, John Dryden, qu’Haendel emprunte l’essentiel du texte. À ce stade de sa carrière, le compositeur se sent menacé : ses opéras italiens attirent moins les foules et sa troupe doit faire face à une compagnie rivale mieux dotée, l’Opéra de la noblesse. Comme toujours dans les moments critiques, le Saxon innove, proposant pour le début du Carême (période peu propice aux divertissements) cette œuvre en anglais, faisant sonner les vers d’un poète national et offrant aux forces chorales une place de choix.</p>
<p align="justify">Non destiné au théâtre, le texte de Dryden a été adapté par un jeune dramaturge irlandais, Newburgh Hamilton, qui se fera une spécialité de redorer les monuments littéraires (il récidivera en 1743 avec <em>Samson</em>, inspiré de Milton) : son « livret » ouvre la voie à une grande variété de formes musicales, qui ne cessent de se faire écho et de s’interpénétrer (récits, accompagnatos, ariosos, chœurs). La diversité de ces formes reflète celle des affects éveillés par la musique – affects que détaille le chantre Timothée devant Alexandre le Grand, fêtant, aux côtés de la courtisane Thaïs, sa victoire sur Darius.</p>
<p align="justify">Ce caractère presque abstrait, qui fait d<em>’Alexander’s Feast</em> une sorte de poème symphonico-vocal à la gloire de l’art des sons, explique que l’œuvre, qui connut un triomphe immédiat, ait longtemps survécu à son auteur, surtout en Allemagne : Mozart en proposa une adaptation comme il le fit pour <em>Messiah</em> et <em>Acis &amp; Galatea</em>. Elle séduit moins notre époque friande d’opéras, d’autant qu’elle s’avère trop courte pour remplir une soirée entière : à la création, Haendel la flanqua de trois concertos et d’une cantate italienne. Plus tard, en 1739, il la coupla logiquement à son… Ode à Sainte-Cécile (la sainte surgissant d’ailleurs, telle une apparition prophétique, à la fin du texte de Dryden).</p>
<p align="justify">En l’enregistrant, plusieurs chefs – dont Harnoncourt (Teldec, 1978) et Neumann (Carus, 2008) – ont respecté ce couplage. Quant à la version de Gardiner, globalement la plus aboutie (Philips, 1987), elle fait appel à une rédaction tardive de la partition, qui introduit deux altos (dont, à l’origine, un castrat), omet un da capo et ajoute un duo.</p>
<p align="justify">Bernardini revient à la première mouture et, les progrès techniques aidant, case aujourd’hui l’ouvrage (donné sans complément) sur un seul CD. Ses tempi ne sont pas pour autant précipités même si sa lecture insiste sur la dimension théâtrale de l’oratorio, notamment dans des récitatifs très picturaux. On notera aussi l’importance qu’il accorde à l’ornementation, rendant à ce <em>Festin</em> un caractère profane un peu oublié par Gardiner et Neumann. Ses effectifs probants, ni trop lourds, ni trop réduits (une grosse trentaine de choristes ; autant de musiciens) lui permettent de concilier le mouvement dramatique avec des nuances orchestrales expressives : écoutez l’impressionnant crescendo sous-tendant « He chose a mournful Muse » ou, à l’inverse, le diminuendo sur lequel s’achève « The list’ning crowd ». Bizarrement, Harnoncourt, pour son enregistrement, n’avait pas fait appel à son fréquent complice, l’Arnold Schoenberg Chor, qu’on retrouve ici avec plaisir (les membres en sont bien sûr différents de ceux qu’ils étaient dans les années 1970-80), dans une prestation équilibrée, où s’impose un riche pupitre d’altos – mais dont on regrette qu’il prenne si peu de risques, sans doute à cause de l’enregistrement « sur le vif » : on aurait ainsi pu imaginer un hymne à Bacchus plus sauvage…</p>
<p align="justify">Là où le bât blesse, c’est du côté des solistes – surtout de la basse, ni précise, ni charismatique dans le plus long air de l’œuvre (« Revenge, Timotheus cries » : encore une anticipation de <em>Messiah</em>). Le timbre assez sec et nasal du ténor ne plaira pas non plus à tous, mais il faut avouer que sa diction tranchante et son implication dramatique offrent une alternative intéressante au suave lyrisme d’Anthony Rolfe Johnson (version Gardiner). C’est en somme la soprano, malgré sa voix mince aux ressources dynamiques limitées dans les airs de bravoure (fin de la Première partie), qui nous convainc le mieux, par sa grâce, la flexibilité et la douce poésie de son chant &#8211; sans doute guère éloigné de celui d’Anna Strada del Po, qui venait de créer le rôle-titre d’Alcina et à laquelle Haendel confia les plus envoûtantes mélodies de cette <em>Alexander’s Feast</em>…</p>
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		<title>The Ghosts of Hamlet (R. Mameli, F.-E. Comte)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/the-ghosts-of-hamlet-roberta-mameli-le-concert-de-lhostel-dieu-franck-emmanuel-comte/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 28 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Hamlet, le célèbre drame de Shakespeare est resté inconnu du public italien jusqu’à la seconde moitié du XVIIIe siècle. Ambleto n’est pas Hamlet, même si le premier l’est devenu sous sa plume. En effet, sa principale source (une chronique danoise du début du XIIe siècle) a été traduite par Apostolo Zeno (1) pour réaliser avec &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Hamlet, le célèbre drame de Shakespeare est resté inconnu du public italien jusqu’à la seconde moitié du XVIIIe siècle. <em>Ambleto</em> n’est pas <em>Hamlet</em>, même si le premier l’est devenu sous sa plume. En effet, sa principale source (une chronique danoise du début du XIIe siècle) a été traduite par Apostolo Zeno (1) pour réaliser avec Pietro Pariati un livret, illustré dans cet enregistrement. L’histoire d&rsquo;Hamlet est connue, vengeant la mort de son père et tuant son oncle, l’usurpateur, avant de se faire élire roi du Danemark. Si la trame de l’action est presqu’identique chez Zeno, les caractères sont bien différents de ceux des acteurs de Shakespeare, la mère et la fiancée d’Ambleto occupant un rôle central. Celui-ci, débarrassé de sa mélancolie, retrouve son énergie et son agressivité d’origine ; Veremonda, convoitée par son beau-père, est forte et indépendante, à la différence d’Ophélie, fragile et soumise. La mère d’Ambleto, Gerilda (Gertrude), rivale de sa fille, est tout aussi dissemblable de sa déclinaison anglaise&#8230;</p>
<p>Le castrat Nicola Grimaldi créa le personnage d’Ambleto dans sa première version (Gasparini, Venise, S. Cassiano, 1705) et suscitera le pasticcio londonien de 1712. Domenico Scarlatti produira un <em>Ambleto</em> en 1715 (pour le Capranica de Rome). Enfin, Carcani offrira sa version en 1742 (Venise, S. Angelo). Aucun ouvrage ne nous est parvenu dans son intégralité, aussi la dizaine d’airs de cet enregistrement sont ils empruntés à ces quatre ouvrages. Avec l’ouverture de l’<em>Ambleto</em> de Gasparini, et deux sinfonias, dont une de Hasse (professeur et ami de Carcani), voilà le programme, éclectique. On ne présente plus celle qui s’est imposée comme une diva de la musique baroque, au travers d’une brillante carrière internationale, avec les plus grands chefs. Sa familiarité à son répertoire d’élection, les moyens et une technique exemplaires lui permettent de signer une réalisation qui ne l’est pas moins. <strong>Roberta Mameli</strong> chantera non seulement les trois principaux personnages, Ambleto (écrit pour un castrat) Veremonda (Ophélie) et Giralda (Gertrude), toutes deux sopranes, mais aussi Valdemaro, le général victorieux des Suédois. C’est du reste par son air héroïque (de Gasparini, 1705), évidemment avec trompette, que s’achève l’enregistrement. Francesco Gasparini, s’il n’est pas complétement oublié (2), mérite pleinement une redécouverte, avec plus de 60 opéras à son actif, celui qui dirigea la Pietà (dont Vivaldi fut l’employé), connut un incroyable succès dans toute l’Italie comme à Vienne.</p>
<p>Les airs (3) ont été organisés pour répondre à la logique dramatique et musicale du livret. On ne sait qui louer en premier, de Roberta Mameli et du Concert de l’Hostel Dieu, dirigé par <strong>Franck-Emmanuel Comte</strong>. Dès l’introduction du premier air, on est captivé par l’animation orchestrale, par sa vigueur, puis par la voix. La révolte, la résolution, la fougue d’Ambleto sont illustrés avec des moyens superlatifs. L’ornementation des reprises y est magistrale, les contrastes accusés. Justement, la plainte de Veremonda emprisonnée, qui suit, nous touche par sa vérité&nbsp;: la longueur de voix, les accents, l’égalité des registres, une suprême aisance, tout est là. C’est aussi l’occasion d’écouter un ensemble diaphane, coloré, dont l’accompagnement participe à notre bonheur. L’ air de vengeance, emprunté à l’<em>Agrippina</em> de Haendel (parodié dans la version londonienne de 1712), chanté ici par Giralda, la reine répudiée, nous permet d’affirmer que rien ne distingue l’écriture des maîtres, célèbres comme oubliés. L’orchestre s’y hisse au plus haut niveau, d’une clarté constante, toujours au service de la voix. La plainte mélancolique d’Ambleto (« Stelle, voi che de’ regnanti ») ne nous touche pas moins. Chaque air appellerait un commentaire. Nous nous en tiendrons à la comparaison du traitement du même texte, poignant (« Nella mia sfortunata prigionia »), illustré auparavant par Gasparini, cette fois par Domenico Scarlatti. Si le langage musical a gagné en expressivité, les deux pages sont admirables, et admirablement servies. Il faut mentionner l’aria finale (Valdemaro : « Tromba in campo »), évidemment avec trompette concertante, d’une rare vigueur, dont l’écriture n’a rien à envier aux meilleurs contemporains. Les traits jubilatoires propres à valoriser la voix y sont exemplaires. Les pages purement orchestrales (sinfonia de Hasse, puis de Domenico Scarlatti, l’ouverture de Gasparini) sont superbes de plénitude, de vigueur et d’abandon.</p>
<p>Le bonheur est constant, et l’on ne se lasse pas d’écouter cet enregistrement captivant, aux splendides couleurs, phrasés et articulations. Les qualités exceptionnelles des interprètes, la variété des affects, les pages instrumentales, tout nous ravit.</p>
<p>La notice d’accompagnement, signée Paolo V. Montanari, d’une rare richesse, comporte les textes chantés et leur traduction en français et en anglais.</p>
<pre>(1) Avec Métastase, qu’il précéda à Vienne, et Stampiglia, nous avons affaire aux pères fondateurs de l’opera-seria.&nbsp;
(2) Son <em>Bajazet</em> est le seul opéra qui ait fait l’objet d’un enregistrement intégral (label Glossa, 2015). Filippo Mineccia, qui en était, a gravé par ailleurs un air d’<em>Ambleto</em> (version 1712, Londres).&nbsp;
(3) Dont trois en première gravure mondiale.</pre>
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		<title>STRADELLA : Un angelo del Paradiso, The Orrigoni Songbook</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/stradella-un-angelo-del-paradiso-the-orrigoni-songbook/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 05 Nov 2024 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Ne serait-ce que pour la longue plainte de Susanna (de l’oratorio éponyme) « Da chi spero aita, o cieli ! » (1), il faut écouter cet extraordinaire enregistrement, propre à rendre ses lettres de noblesse à l&#8217; héritier de l’art de Monteverdi et de Cavalli, Stradella, qui n’a jamais à rougir de la comparaison avec ses contemporains &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Ne serait-ce que pour la longue plainte de Susanna (de l’oratorio éponyme) « <em>Da chi spero aita, o cieli !</em> » (1), il faut écouter cet extraordinaire enregistrement, propre à rendre ses lettres de noblesse à l&rsquo; héritier de l’art de Monteverdi et de Cavalli, Stradella, qui n’a jamais à rougir de la comparaison avec ses contemporains et successeurs les plus prestigieux.</p>
<div class="ast-oembed-container" style="height: 100%;"><iframe title="A. Stradella - Da chi spero aita - Ensemble Mare Nostrum Andrea De Carlo Silvia Frigato" width="1200" height="675" src="https://www.youtube.com/embed/u5aZG-SPls4?feature=oembed" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share" referrerpolicy="strict-origin-when-cross-origin" allowfullscreen></iframe></div>
<p>Le sens dramatique, la vocalité, la qualité exceptionnelle de l’écriture &#8211; au moins comparable à celle de Corelli, de dix ans son benjamin – emportent l’adhésion. Les 26 plages sont autant de bijoux, différents, aussi captivants, qu’il s’agisse d’un air (parfois avec récitatif inséré, le <em>recitar cantando</em>) ou d’une page orchestrale. Autant l’œuvre sacrée (oratorios, cantates, motets) et instrumentale de Stradella est fréquemment illustrée au disque, autant son œuvre lyrique, essentielle, qui fit son incroyable renommée, se trouve-t-elle négligée. Son principal et ardent défenseur, <strong>Andrea De Carlo</strong> signe là son cinquième album consacré au compositeur (2), avec l’ambition de couvrir la totalité de son œuvre.</p>
<p>Qualifié d’« Angelo del Paradisio », Marc’ Antonio Orrigoni, célèbre castrat « premier soprano » à la Cour de Modène, fut l’interprète privilégié et le créateur de nombre d’opéras de Stradella, produits à Rome comme à Gênes, alors florissante. Aussi Andrea De Carlo a-t-il rassemblé en un recueil factice, imaginaire, mais tout à fait vraisemblable (<em>The Orrigoni Songbook</em>), douze airs, écrits à son intention, et à peu près autant de pièces orchestrales – sinfonias, ballets variés – extraites des mêmes ouvrages. <strong>Silvia Frigato</strong>, complice du chef, qu’elle accompagne dans son aventure stradellienne, se voit confier ces airs créés par le célèbre castrat. Non seulement ceux-ci constituent la palette des affects de l’opéra du temps, de la déploration, du lamento à l’air de vengeance, en passant par les déclinaisons du sentiment amoureux et l’évocation de la bataille, mais encore chacun d’eux revêt-il une forme changeante, épousant idéalement les textes illustrés, avec de surprenants contrastes, accusés, où l’orchestre prend toute sa part. Même si son répertoire est beaucoup plus large, Silvia Frigato s’est imposée comme une des meilleures interprètes de la musique baroque italienne de la nouvelle génération. De l’air de fureur (<em>Si, che l’uccidero</em>) du début à celui de Daniele (<em>Cosi va, turbe insane</em>) qui ferme le récital vocal, le bonheur est au rendez-vous. La voix longue, aux beaux modelés, projetée avec efficacité, les couleurs, l’égalité des registres, et l’agilité servent ce répertoire, qui constitue le plus souvent une heureuse  découverte. Son sens dramatique constant, servi par une diction exemplaire, donne à chacune de ces pages la meilleure illustration. Le raffinement, l’animation des deux airs d’Antioco (<em>La forza dell’amor paterno</em>) sont admirablement servis, et nous captivent. Il faudrait citer chacun (le bref aria de Ciro, avec son passage récitatif, souriant), l’ample <em>Da chi spero</em> (de <em>Susanna</em>) dont la progression est construite avec subtilité. On ne se lasse jamais.</p>
<p>En une dizaine d’années, l’ensemble <em>Mare Nostrum</em> s’est affirmé comme la référence stradellienne. Les huit instrumentistes de la formation rendent pleinement justice à cette musique. Chaque musicien est acteur, du premier violon aux traits virtuoses à la basse impérieuse. L’ensemble est fascinant par l’extrême diversité des climats qu’il suscite. La vie rythmique, le raffinement, les associations de timbres, tout est là pour nous ravir. Fait rare, jamais les motifs obstinés (<em>Da chi spero</em>, <em>Cosi va</em>)&#8230; n’obsèdent. Le bonheur est constant et l’émotion réelle. Les sonneries de la sinfonia d’ouverture de « <em>Le garre dell’ amor eroico</em> », bien que confiées aux cordes, prennent les couleurs des trompettes, la clarté du propos, l’agilité, tout nous comble. Il en ira de même des autres sinfonias (la suivante, avec sa plainte confiée au violon solo), mais aussi des danses et ballets (dont celui des quatre nations : Espagne, France, Turquie, Italie, les deux sarabandes contrastées d’<em>Il novello Giasone</em>). Sans ajout de quelque percussion, la rythmique en est exemplaire et contagieuse. Les pages instrumentales justifient autant que les airs l’écoute de ce disque.</p>
<p>Une incroyable fraîcheur, la souplesse et les articulations requises, une énergie sans pareille, une fermeté rythmique bienvenue, cet enregistrement est à marquer d’une pierre blanche, incontestable réussite, dont on attend impatiemment la suite, tant nous avons été mis en appétit.</p>
<ul>
<li>
<pre>(1) Qui figurait déjà dans le récital Stradella (<em>Lagrime e sospiri</em>) que lui consacrait Chantal Santon-Jeffery en 2017 (CD Alpha). Il est pris plus retenu par Andrea De Carlo, particulièrement dans le CD (3 mn de plus), la captation équilibre aussi davantage la voix et les instruments..
(2) Tous publiés chez Arcana, la plupart ont fait l’objet de comptes rendus dans Forumopera. Il suffit de taper « Stradella » dans l’onglet recherche, pour les retrouver. Andrea De Carlo est l’initiateur et artisan du <em>Stradella Project</em>, qui se décline non seulement au travers d’enregistrements et d’éditions, mais aussi par un festival annuel dédié, à Viterbe.</pre>
</li>
</ul>
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		<title>Le Stagioni, Un secolo cantante &#8211; Arcana</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/le-stagioni-un-secolo-cantante-arcana/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clement Demeure]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Nov 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Un secolo cantante&#160;: un siècle chanteur, alors que le programme est tout entier concentré autour de 1640&#160;? Période fascinante en vérité, point nodal où convergent les tendances des premières décennies du siècle, marquées par l’avènement du chant soliste et les fastes de l’opéra de cour, et dont l’éclat se réfractera partout en Italie – et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>Un secolo cantante</em>&nbsp;: un siècle chanteur, alors que le programme est tout entier concentré autour de 1640&nbsp;? Période fascinante en vérité, point nodal où convergent les tendances des premières décennies du siècle, marquées par l’avènement du chant soliste et les fastes de l’opéra de cour, et dont l’éclat se réfractera partout en Italie – et bien au-delà. Le cœur battant d’un siècle chanteur, certainement.</p>
<p>Plus que l’opéra lui-même, c’est l’idée de théâtre lyrique public qui naît en 1637. Les eaux de la Sérénissime baptisent le genre, et la république de Venise en déclin y trouve rapidement matière à un formidable rayonnement artistique. Sous le patronage des familles patriciennes, des artistes pluriels (chanteurs-instrumentistes-dramaturges-compositeurs-chorégraphes) joignent leurs forces aux meilleurs talents des chapelles italiennes, à commencer par celle de Saint-Marc, pour produire eux-mêmes des opéras. Chacun peut acheter un billet&nbsp;; tous ressortent éblouis. La famille Tron produit d’abord <em>Andromeda</em> et <em>La maga fulminata</em> en 1637-1638 au théâtre San Cassiano ; les Grimani lancent le théâtre Santi Giovanni e Paolo en 1639, suivis par les Giustinian avec le théâtre San Moisè en 1640, avant qu’un consortium de nobles n’ouvre le somptueux Teatro novissimo en 1641, avec <em>La finta pazza</em> de Sacrati. Le révéré Monteverdi apporte sa caution à ces initiatives, au côté d’une nouvelle garde où se distingue le premier faiseur de succès de l’industrie lyrique, Francesco Cavalli.</p>
<p>Quel crève-cœur que tant de partitions de cette première époque ait disparu, notamment les opéras de Manelli&nbsp;! Pour restituer ce bouillonnement créatif, <strong>Paolo Zanzu</strong> a choisi de piocher dans des collections de pièces vocales contemporaines tout à fait dans l’esprit du temps, chez Benedetto Ferrari et Barbara Strozzi. Monteverdi est représenté par ses chefs-d’œuvre vénitiens, mais aussi sa parodie du lamento d’<em>Arianna</em>, opéra redonné pour l’inauguration du San Moisè. Cavalli n’est illustré que par l’<em>Ormindo</em> (1644), et l’on découvre une page composée par la basse Michelangeo Brunerio, probable écho de la création de <em>La finta pazza</em> de Sacrati, premier «&nbsp;tube&nbsp;» du genre.</p>
<p>Le programme est conçu comme un opéra miniature, avec prologue, monologues, duos et scènes d’ensemble, alternant comme il se doit tons tragique et comique. Prenant leur distance avec les opulentes restitutions façon Alarcon – entre autres –, <strong>Le Stagioni</strong> et Zanzu restent fidèles à l’économie des premiers théâtres, où une poignée de musiciens se tassaient dans la fosse. On sait depuis longtemps que ces réalisations peuvent toutes fonctionner, tant que les instrumentistes et les vocalistes fusionnent dans un art du <em>recitar cantando</em> mouvant et expressif&nbsp;: c’est le cas ici, avec efficacité et sans excès.</p>
<p>La limite du projet tient à la difficulté intrinsèque de faire vivre des scènes élaborées comme celle des prétendants du <em>Ritorno d’Ulisse in patria</em> ou la folie de <em>La finta pazza</em> hors de leur contexte et sans le support de la scène. Impeccables, les interprètes restent plutôt contrôlés, là où il aurait parfois fallu mordre un peu plus le texte. C’est ce que fait <strong>Zachary Wilder</strong>&nbsp;: comme un poisson dans l’eau dans ce répertoire, il se montre le plus volontiers <em>showman</em> avec une excellente lecture de «&nbsp;Cielo sia con tua pace&nbsp;», et une Arnalta piquante et sans outrance. Seul Italien de la bande, <strong>Salvo Vitale</strong> récite lui aussi avec gourmandise et enlève prestement la spirituelle scène de Brunerio, page inédite qui balaie sans relâche un large ambitus. <strong>Emmanuel de Negri</strong> a pour elle un médium riche et un chant naturellement digne et émouvant. Ses interprétations viennent opportunément répondre à celles de Sandrine Piau en Harmonie (prologue d’<em>Ormindo</em>) et de Mariana Flores en Deidamia : un répertoire doit vivre dans la diversité des versions. On retrouve avec plaisir <strong>Blandine Staskiewicz</strong>. Le marbre de son mezzo touche justement par sa capacité à s’animer, même si l’on peut préférer Pénélope moins étudiée. Elle offre un beau dialogue avec Negri chez Strozzi, et campe un Eunuco de luxe chez Sacrati. Les contributions de <strong>Paul Bénos-Djian</strong> sont plus discrètes, et n’appellent que des éloges. Deux couples de chanteurs bouclent le disque avec la dernière scène de l’<strong>Ormindo</strong>. Le livret de Giovanni Faustini est typique de la seconde manière fantasque de l’opéra vénitien, si bien que cette conclusion marque plutôt un commencement. Ou une simple étape de ce siècle chantant… qui dure encore aujourd’hui.</p>
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		<title>Mozart in Milan, Sacred music around the Exsultate, jubilate</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/mozart-in-milan-sacred-music-around-the-exsultate-jubilate-lombre-milanaise-du-padre-martini/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Mar 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Milan est propriété des Habsbourg, et comme telle, compte tenu de la proximité avec Vienne, participe des mêmes évolutions musicales. Le titre pourrait induire en erreur : certes, Mozart est bien représenté par deux de ses œuvres, dont le célèbre Exsultate jubilate milanais, mais l’essentiel de l’enregistrement est consacré à des compositeurs qu’il a rencontrés et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Milan est propriété des Habsbourg, et comme telle, compte tenu de la proximité avec Vienne, participe des mêmes évolutions musicales. Le titre pourrait induire en erreur : certes, Mozart est bien représenté par deux de ses œuvres, dont le célèbre <em>Exsultate jubilate</em> milanais, mais l’essentiel de l’enregistrement est consacré à des compositeurs qu’il a rencontrés et écoutés dans la capitale lombarde. Pour le titre, le nom du Padre Martini, moins accrocheur, aurait été tout aussi justifié, puisque le maître de Bologne, bien que non représenté, influença durablement la formation comme la carrière de chacun des musiciens représentés.</p>
<p>Johann Christian Bach, le dernier des fils de Bach, ouvre et clôt magnifiquement l’enregistrement. Si sa musique instrumentale est maintenant bien connue, souvent illustrée, son œuvre vocale sacrée demeure dans la pénombre, malgré sa richesse singulière (1). C’est le premier mérite de ce disque de nous révéler un <em>Dixit Dominus</em>, dont c’est la première mondiale (2). Le <em>Magnificat</em> final, bien connu, couronne l’entreprise. <em>L’Exsultate jubilate</em>, bien que génial de la part d’un gamin de seize ans, s’inscrit dans la pratique milanaise du temps. Il est ici précédé du plus rare <em>Misericordias Domini</em>, K 222. Giovanni Fiorini et Melchiorre Chiesa font partie de ces petits maîtres qui ont modelé la musique de leur temps, à l’égal de ceux passés à la postérité. Leopold Mozart écrivit au second pour la création de <em>Mitridate</em> par son fils, à Milan. Le motet <em>O sacrum convivium</em>, de Fiorini, confié au chœur a cappella, témoigne de l’influence du Padre Martini par son écriture rigoureuse et exigeante, héritière de la tradition palestrinienne. Celui de Chiesa est de toute autre nature, où l’alto se voit confier deux arias</p>
<p>Dès l’introduction du <em>Dixit Dominus</em>, tonique à souhait, nous présumons un programme réjouissant. Le chœur n’est pas moins énergique, nuancé, toujours clair et intelligible. Le premier air, <em>Tecum principium</em>, serein, confié au ténor, <strong>Raffaele Giordani</strong>, d’une belle conduite, avec une égalité des registres, s’achève par une splendide cadence. Après un bref chœur, celui d’alto, décidé, nous permet de retrouver <strong>Carlo Vistoli</strong>, dont on apprécie toujours l’étendue des capacités. La basse ne sera pas en reste, <strong>Alessandro Ravasio</strong> donne à sa partie toute sa vigueur, avec une agilité remarquable, à <em>De torrente</em>. Enfin, la soprane <strong>Robin Johannsen </strong>chante un lumineux et confiant <em>Gloria Patri</em>, où elle dialogue avec les flûtes. Evidemment, l’œuvre s’achève par une monumentale fugue sur <em>Amen</em>, animée, claire, empreinte de joie. Cette découverte autoriserait une attribution hâtive à Mozart, tant l’écriture en est magistrale.</p>
<p>De 15 ans postérieur à cette grande œuvre, le <em>Misericordias Domini</em> porte l’empreinte du Padre Martini et surprend par sa maîtrise, qui laisse deviner déjà telle ou telle page de la <em>Messe en ut mineur</em>, écrite sept ans plus tard. L’<em>Exsultate, jubilate </em>figure parmi les œuvres les plus jouées de Mozart. Nul besoin, donc, de présenter cette pièce qui épouse le plan de la <em>sinfonia</em> alors en vogue : deux arias virtuoses articulées autour du récitatif central. Le défi est magistralement relevé par Robin Johannsen qui lui confère de riches couleurs, assorties d’une agilité rare.</p>
<p>Dans <em>O sacrum convivium</em>, de Giovanni Andrea Fioroni, le recueillement préside pour un chœur homophone a cappella, introduit puis doublé par l’orgue, comme c’était la règle. Ainsi que déjà signalé, est représenté ici l’héritage palestrinien, encore vivace, notamment à travers l’enseignement du Padre Martini. Contrastant, le <em>Caelo tonanti</em> de Melchiore Chiesa. L’incipit le laissait augurer, l’orchestre est expressif, tourmenté, avant que <strong>Maximiliano Baños</strong>, contre-ténor argentin, chante ses deux airs, où tous les affects sont illustrés avec maestria, de véritables arias d’opéra, n’était le texte.</p>
<p>Une brève antienne de chant ambrosien – nous sommes à Milan – introduit le <em>Magnificat</em> de Johann Christian Bach. Etonnamment, l’osmose avec le style opératique, dans lequel il excellera bientôt, apparaît moindre que chez ses confrères, particulièrement Chiesa et Mozart. L’œuvre fait la part belle aux chœurs, au sein desquels interviennent les solistes, en particulier le remarquable sopraniste <strong>Federico Fiorio</strong> au premier numéro.</p>
<p>A la tête de ses musiciens et chanteurs de la Fondation Ghislieri, <strong>Giulio Prandi</strong> se montre exemplaire dans ce répertoire, dont il est familier et qu’il illustre avec maestria. L’orchestre d’instruments anciens, aux timbres clairs et colorés, au jeu virtuose et stylé nous vaut un constant plaisir. Les solistes et le chœur se hissent au meilleur niveau, pleinement engagés au service d’œuvres qu’ils défendent de façon exemplaire (3).</p>
<p>Un enregistrement riche en découvertes ou re-découvertes, généreux, servi par de remarquables interprètes.</p>
<p>La brochure, trilingue, avec une pertinente introduction de Raffaele Mellace à la vie musicale milanaise du temps, reproduit les textes chantés assortis de leur traduction dans chacune des langues (anglais, français, italien).</p>
<p> </p>
<p>(1) 34 œuvres liturgiques ou sacrées, le plus souvent composées à Milan, figurent à son catalogue, sans compter son oratorio, <em>Gioas, rè di Giuda</em>.<br />
(2) Bien qu’ayant connu depuis quelques décennies une édition moderne.<br />
(3) la notice est particulièrement peu explicite sur les interventions de chacune et chacun des solistes.</p>
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		<title>Alessandro Stradella &#8211; Amare e fingere</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/alessandro-stradella-amare-e-fingere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 16 Feb 2022 05:02:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La vie de Stradella, aventureuse, romanesque à souhait, le mêla à des affaires de jeu, d’escroquerie, à des enlèvements. Il aurait été tué par des spadassins à la solde d’un noble vénitien dont il aurait enlevé la maîtresse (*). Son existence inspira trois opéras au XIXe siècle (Niedermeyer, Flotow et Moscuzza). L’existence de six opéras de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La vie de Stradella, aventureuse, romanesque à souhait, le mêla à des affaires de jeu, d’escroquerie, à des enlèvements. Il aurait été tué par des spadassins à la solde d’un noble vénitien dont il aurait enlevé la maîtresse (*). Son existence inspira trois opéras au XIXe siècle (Niedermeyer, Flotow et Moscuzza). L’existence de six opéras de Stradella était connue, jusqu’à ce qu’on en découvre trois, écrits à Rome au début de sa carrière, dont cet <em>Amare e fingere</em>. Cet enregistrement est donc une première mondiale. Sa production s’inscrit dans le <em>Stradella Project</em>, dont c’est le septième volume.</p>
<p>Imaginez un opéra à six personnages, quatre nobles et deux de condition plus modeste, avec des changements d’identité, des travestissements, qui autorisent tout, ou presque. Vous pensez à <em>Cosi fan tutte</em>, naturellement. Antérieur de plus d’un siècle, l’ouvrage de Stradella n’en partage que la distribution, la vivacité et les imbroglios. Dans une Arabie de fantaisie, Cloris et Rosbaldo s’aiment, mais conviennent de feindre l’indifférence pour ne pas éveiller la jalousie d’Oronta, reine d’Arabie, amoureuse de ce dernier. Artaban, l’ami de Rosbaldo, s’éprend de Cloris, alors qu’il est à la recherche de sa sœur, enlevée par des bandits. Jalousie, rivalités, conflits risquent d’aboutir à la violence, lorsque cette sœur se révèle être Cloris. Les deux couples convoleront au terme de l’ouvrage. Les personnages du précepteur et de la vieille animent les scènes comiques.</p>
<p>L’ouvrage s’inscrit dans la production de son temps : les très longs récitatifs, ici particulièrement soignés, <em>secco</em> comme <em>accompagnato</em>, ou encore arioso, animés, vigoureux comme interrogatifs ou plaintifs, sont entrecoupés d’arias, parfois très brèves, et de duos. Entre 7 et 9 arias, deux duos pour chaque acte, un « coro a 4 » pour les deux derniers. La fluidité du discours, la variété des expressions permettent d’éviter la lassitude. La distribution, équilibrée, ne comporte aucune faiblesse.</p>
<p>Fileno/Artabano est confié à <strong>Mauro Borgioni</strong>, beau baryton, voix ample, égale dans tous les registres, avec des graves bien timbrés. Son dernier air du II (« Qual fiera tenzone ») traduit idéalement ses sentiments contradictoires. Les quelques traits sont fort bien conduits. Le ténor <strong>Luca Cervoni</strong> incarne Coraspe/Rosalbo. L’émission claire trouve les accents héroïques attendus dans les récitatifs, mais excelle également dans les arias, y compris les plus brèves (« Che chi non più dormire » au II). Son rôle est le plus riche en airs et duos, à l’égal de celui de Clori/Despina que chante <strong>Paola Valentina Molinari</strong>, soprano au timbre séduisant. La joie dansante de l’amour inspire le « F’a pur quanto vuoi ».  Sa peine (« Misera, e che mi resta …/ Prendi quest’ ultime tenera lacrime ») est émouvante. Oronta / Celia est confiée à <strong>José Maria Lo Monaco</strong>. De ses nombreuses interventions, retenons le « Stella rea, stella infierita », décidé, vigoureux et douloureux. <strong>Chiara Brunello</strong>, alto, prête sa voix à Silvano, rôle secondaire, qui ne démérite jamais. C’est <strong>Silvia Frigato</strong>, soprano, qui chante Erinda. Si la voix paraît pincée dans les aigus des récitatifs, ses trois arias du dernier acte sont autant de réussites, à l’émission pleinement épanouie.</p>
<p>Outre les cinq instruments à archet, un théorbe, un archiluth, une harpe, un clavecin et un positif animent l’ensemble <em>Mare Nostrum</em>, dirigés par <strong>Andrea De Carlo</strong>, avec un réel sens dramatique et une attention portée à chacun. Le continuo, renouvelé en fonction des scènes, est un modèle de vie et de couleurs, auquel l’orgue apporte beaucoup.</p>
<p>La prise de son, proche, généreuse, met chaque voix, chaque instrument ou pupitre, en valeur, mais diffère considérablement de la perception d’un auditeur en salle. Confortant la stature de Stradella, sans en renouveler la perception, cette découverte, servie avec engagement, réjouira tous les amateurs de lyrique baroque.</p>
<p>La riche notice, trilingue (italien, anglais et français), outre la présentation de l’ ouvrage, comporte l’intégralité du livret et sa traduction.</p>
<p>______________</p>
<p>(*) La relation détaillée de Bourdelot, reproduite par Fétis (vol.8, p. 149) mérite d’être lue.</p>
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		<title>Petite Messe solennelle</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/petite-messe-solennelle-petite-messe-solennelle/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Sylvain Fort]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 23 Oct 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Voilà une Petite messe solennelle qu’on ne mettra pas entre toutes les mains, ni sans doute dans toutes les oreilles. Le chef Giulio Prandi en propose une lecture délibérément émaciée. Se fondant sur la nouvelle édition critique de la Fondation Rossini, il en attribue la part orchestrale à deux pianos (un Erard et un Pleyel) &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Voilà une <em>Petite messe solennelle</em> qu’on ne mettra pas entre toutes les mains, ni sans doute dans toutes les oreilles. Le chef <strong>Giulio Prandi</strong> en propose une lecture délibérément émaciée. Se fondant sur la nouvelle édition critique de la Fondation Rossini, il en attribue la part orchestrale à deux pianos (un Erard et un Pleyel) et un harmonium (Debain), fidèle en cela aux intentions premières de Rossini qui, initialement, n’avait point envisagé de solliciter pour cette œuvre les grands ensembles qui désormais lui sont systématiquement affectés.</p>
<p>Sensible au goût du Pesarais pour les ensembles réduits qu’attestent ses rares et tardives compositions, Prandi y voit en outre une dimension qui ne se réduit pas aux contraintes matérielles : cette pauvreté du matériau sonore dans la Petite messe solennelle est l’ascèse qui permet d’atteindre au nerf spirituel de l’œuvre. De sa fréquentation des pièces sacrées du XVIIIe siècle, le chef en effet a retenu la régression quelque peu fâcheuse du sens spirituel même de la musique, fût-elle censément sacrée.</p>
<p>Assurément, le résultat sonnera bien rêche aux oreilles accoutumées aux ruisselantes splendeurs du dispositif orchestral, non moins que le Coro Ghislieri, dont les interventions ne laissent jamais oublier qu’ils exercent le plus souvent dans un répertoire d’une plus grande austérité, avec une technique adaptée à des partitions plus contemplatives, et liturgiques.</p>
<p>Abandonne tout hédonisme, toi qui entres ici. Il faut bien ajuster son oreille aux intentions du chef puisque l’inverse assurément ne se produira pas. Encore faut-il retrancher de notre mémoire sonore les interprétations luxuriantes qu’on y a si souvent entendues pour ne pas rejeter les options prises ici comme une simple posture franciscaine. Ce qui se produit alors est assez intéressant, puisque ce n’est pas l’œuvre interprétée autrement qui se présente à nous, mais presque une autre œuvre. Radiographiée par cette lecture, elle fait certainement toucher du doigt ce qui, dans cette écriture, ressortit directement à l’invocation sacrée, que la nudité de la substance sonore surexpose aux dépens de la dimension « di bravura » qu’on y attend coupablement.</p>
<p>Ah, rien ici ne flattera notre concupiscence musicale ! On se demande cependant parfois ce que l’on a fait pour mériter ainsi que notre haire fût serrée avec notre discipline, car tout de même, le dépouillement confine plus souvent qu’à son tour à la purge de nos péchés. Lorsque s’élève dans cette morigéneuse ambiance la voix stellaire de <strong>Sandrine Piau</strong>, nous nous prenons à rêver violoncelles, chœurs pléthoriques, emportements fiévreux, fontaines de plaisir sonore. Voilà qui est fort mal et pour notre peine, nous réécouterons ce disque jusqu’à ce que le flonflon de l’harmonium nous semble le timbre le plus désirable du monde. Toi aussi, pécheur lyrique, essaie encore.</p>
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		<title>Josquin Desprez in Italia &#8211; Giosquino</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/josquin-desprez-in-italia-giosquino-actions-de-grace/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Cedric Manuel]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Oct 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>C’est au Josquin italien, dont le nom est d’ailleurs italianisé durant son séjour dans la péninsule, que ce disque de l’ensemble vocal Odhecaton, dirigé par le chef vénitien Paolo da Col et de quelques comparses de haute volée, rend hommage à l’occasion des 500 ans de la mort du génial compositeur de la Renaissance.  Josquin Desprez, dont la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>C’est au Josquin italien, dont le nom est d’ailleurs italianisé durant son séjour dans la péninsule, que ce disque de l’ensemble vocal <strong>Odhecaton</strong>, dirigé par le chef vénitien <strong>Paolo da Col</strong> et de quelques comparses de haute volée, rend hommage à l’occasion des 500 ans de la mort du génial compositeur de la Renaissance. </p>
<p>Josquin Desprez, dont la renommée était fort répandue, a en effet passé une dizaine d’année entre Milan et Rome (1484-1494) puis à Ferrare, auprès du duc Hercule d’Este (1503-1504). Sa <em>Missa Hercules dux Ferrariae</em> figure d’ailleurs comme il se doit en majesté dans cet album, dont il faut d’abord souligner la très grande qualité de la captation, à l’abbaye cistercienne de Santa Maria de Follina, près de Trévise. Mais si cette œuvre monumentale pour 4 voix, qui compte parmi les plus importantes réalisations de Josquin, est un morceau de choix de cette parution, il est loin d’être le seul. Pas moins de 5 motets, un<em> Salve Regina</em> s’y ajoutent, tous écrits pour 4, pour 5, pour 6 voire pour 12, en particulier lors du séjour à Ferrare où l&rsquo;on sait que la chapelle ducale comptait vingt voix. L’ensemble vocal <strong>The Gesualdo Six</strong> renforce ainsi les quinze chanteurs d&rsquo;Odhecaton dans 3 des motets et dans le <em>Salve Regina</em>. </p>
<p>Ils sont parfois rejoints par les deux chalemies et les deux trombones (un ténor et un basse) de l’ensemble <strong>La Pifarescha</strong>, notamment dans l’impressionnant motet <em>Inviolata, integra e casta</em> qui termine le disque, dans une version augmentée du même motet chanté à 5 voix un peu plus tôt. On compte également un petit interlude instrumental, rare chez Josquin, <em>Fortuna d’un gran tempo</em>, interprété par le luth, la ribeca et la harpe de l’ensemble <strong>Le Reverdie, </strong>et un autre, <em>La Bernardina</em>, interprété par La Pifarescha.</p>
<p>Tout au long de l’écoute de cet album magnifique, on est frappé par la clarté de la restitution, proprement saisissante, de l’écriture polyphonique de Josquin. D&rsquo;une complexité inédite pour l’époque, elle est ici d’une profondeur irrésistible. Les voix, qui vont des basses jusqu’aux contre-ténors, sont idéalement spatialisées pour dessiner sans qu’on en perde une miette les arcs de ce monument d’orfèvrerie vocale. Pas un défaut ne vient frapper l’oreille à leur écoute. On est au contraire happé par ce voyage d’un autre temps qui nous paraît soudain si proche dans chacune des partitions proposées. Paolo da Col poursuit ainsi son objectif de restituer ces œuvres dans les conditions supposées de leur exécution aux XVe et XVIe siècles, résultat de recherches musicologiques et historiques auxquelles il a voué une grande partie de sa vie.</p>
<p>À noter enfin l’excellent livret de présentation signé de la musicologue Camilla Cavicchi, qui décrit avec précision et érudition les caractéristiques des œuvres proposées en les resituant dans leur contexte. </p>
<p>Parmi les nombreuses parutions, souvent réussies, à l’occasion de ce quinquacentenaire, ce disque fera très probablement date et ne peut être que chaleureusement recommandé.</p>
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		<title>Appena chiudo gli occhi</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/appena-chiudo-gli-occhi-quand-le-theatre-sinvite-au-boudoir/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Aug 2021 04:00:50 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après un premier album évoquant la rivalité entre Haendel et Porpora, place cette fois à la convergence, sinon à la concorde de deux géants prolifiques : Alessandro Scarlatti et Antonio Caldara partagent l’affiche du nouveau disque de Giuseppina Bridelli. Nous quittons les scènes londoniennes pour gagner les salons romains en compagnie du jeune mezzo et de l’excellent Quartetto Vanvitelli : Gian Andrea &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après un <a href="https://www.forumopera.com/cd/duel-porpora-and-handel-in-london-senesino-bridelli-yes">premier album</a> évoquant la rivalité entre Haendel et Porpora, place cette fois à la convergence, sinon à la concorde de deux géants prolifiques : Alessandro Scarlatti et Antonio Caldara partagent l’affiche du nouveau disque de <strong>Giuseppina Bridelli. </strong>Nous quittons les scènes londoniennes pour gagner les salons romains en compagnie du jeune mezzo et de l’excellent <strong>Quartetto Vanvitelli </strong>: Gian Andrea Guerra au violon, Nicola Brovelli au violoncelle, Mauro Pinciaroli à l’archiluth et Luigi Accardo au clavecin et à l’orgue. Scarlatti et Caldara ont porté à son acmé le genre, très prisé au Settecento, de la <em>cantata da camera</em> et nous ont laissé un héritage faramineux dont seules quelques pépites ont été exhumées. Nous aurions aimé en découvrir de nouvelles, a fortiori servies par de tels interprètes. Or, paradoxalement, le seul inédit qui nous est proposé s’écarte du sujet puisque c’est une manière de sonate pour violon et basse continue. L’<em>Allettamento da camera</em> opus 8 n°1 de Giuseppe Valentini n’en constitue pas moins une belle découverte, entre introspection lumineuse (<em>Andante affetuoso</em>) et virtuosité débridée (l’étourdissant <em>Presto </em>où Gian Andrea Guerra décoche des coups d’archet quasi expressionnistes). </p>
<p>Néanmoins, le programme aborde l’immense corpus de Scarlatti (un peu plus de huit cents cantates) et le legs considérable de Caldara (près de trois cents) sous un angle original : il se concentre exclusivement sur les cantates à voix seule, violon et basse continue, une configuration inhabituelle et un choix probablement motivé par la rencontre de la chanteuse et du quatuor. Signalons que dans la foulée de son premier récital, Giuseppina Bridelli avait également enregistré une autre rareté, publiée chez Glossa : <em>E perché non seguite, o pastorelle</em>, la seule cantate de Scarlatti dont l’accompagnement requiert deux violons et deux flûtes. Cette pièce relativement légère, où le « doux tourment » de l’amour inspire même à Chloris quelques phrases enjouées, correspond sans doute mieux à l’image que nous nous faisons de la cantate arcadienne et de ses bocages toujours ravissants bien que nimbés d’une mélancolie délicate.</p>
<p> <em>A contrario</em>, les arpèges nerveux qui ouvrent <em>Dove fuggo ? A che penso ? </em>nous préparent à l’agitation du premier récitatif auquel Giuseppina Bridelli imprime une tension inattendue en nous ramenant… au théâtre. Une tension inattendue, mais également une présence au texte où affleure le souvenir encore brûlant de ses incarnations chez Cavalli (Ippolita dans<a href="https://www.forumopera.com/elena-lille-le-retour-dhelene-et-les-garcons"> <em>Elena</em></a>, Dejanira dans <a href="https://www.forumopera.com/ercole-amante-streaming-paris-favart-cavalli-reenchante-cavalli-venge-streaming"><em>Ercole amante</em></a>) et Rossi (Aristeo dans <a href="https://www.forumopera.com/orfeo-versailles-lorfeo-ou-leuridice-de-rossi"><em>L’Orfeo</em></a>). Le rapprochement n’a, du reste, rien d’extravagant ni de fortuit. Le puissant et si malléable récitatif de Scarlatti, à des années lumières du <em>secco </em>de <em>l’opera seria,</em> s’enracine dans le Seicento et rivalise d’expressivité avec la monodie comme avec le <em>recitar cantando</em>. En outre, il ne s’agit pas de divertissements domestiques, destinés à des amateurs plus ou moins éclairés et doués. Des artistes de premier plan s’illustraient dans ce répertoire souvent joué chez les prélats et les aristocrates. Ce fut le cas, par exemple, de Margherita Durastanti (l’Agrippina de Haendel), invitée par le prince Ruspoli, possible commanditaire des œuvres de Scarlatti retenues pour cet enregistrement. Caldara, lui-même alto, a vraisemblablement composé plusieurs de ses cantates pour sa compagne, la contralto Caterina Petrolli<em>.  </em></p>
<p>Il faut davantage qu’un mezzo pulpeux, brillant et souple pour rendre justice à ce programme aussi exigeant qu’un florilège d’airs d’opéras. Le tempérament d’une Bridelli, son nuancier et sa science des éclairages sont absolument indispensables pour non seulement animer les <em>accompagnati</em>, mais restituer aussi la diversité des <em>affetti </em>que les airs habillent de musique : l’effroi, le dépit, la colère froide le disputent ici à la langueur et aux soupirs qui prévalent souvent en Arcadie. <em>Innocente cor mio </em>(Caldara) n’est pas une longue plainte, mais une mise en garde farouche contre les « charmes d’un bien trompeur » qui « s’insinue par une si tendre douceur et qui ne finit jamais qu’en amertume ». La prière de la bergère, qui implore le Sommeil de lui épargner l’image de son Fileno adoré mais inaccessible (<em>Appena chiudo gli occhi</em>, Scarlatti), se fait tour à tour caressante (« Dolce sonno »), puis impérieuse (« Amico sonno »). </p>
<p>Une même intelligence rhétorique caractérise les interventions du Quartetto Vanvitelli, qu’il s’agisse d’accompagner la chanteuse ou de magnifier le dramatisme d’une ouverture (<em>Appena chiudo gli occhi</em>). Certes, le violon est à l’honneur, imitant, chez Scarlatti, l’écho que la caverne donne au chant de l’infortunée pastourelle (l’envoûtante « Povera Clori ») ou, chez Caldara, le zéphyr amoureux « qui joue de façon charmante avec l’oiseau, avec la fleur et le ruisseau ». Cependant, le violoncelle lui vole plus d’une fois la vedette et pas seulement chez le Vénitien, qui en jouait (<em>Vicino a un rivoletto</em>), mais également chez le Napolitain (<em>Dove fuggo ? A che penso ?</em> ).</p>
<p>Est-ce la tessiture, plutôt grave et moins confortable, qui lui entrave les ailes ? Ou nos attentes qui sont excessives ? <em>Vicino a un rivoletto</em> a connu plusieurs gravures qui se sont soldées par autant de déceptions (René Jacobs, Axel Köhler, Jennifer Lane, Luciana Mancini), à l’exception notable de celle de Gérard Lesne. Elle couronnait un album Caldara (Virgin Classics) qui a fait date et nous révélait, par ailleurs, l’extraordinaire et si véhémente <em>Medea in Corinto</em>. Giuseppina Bridelli nous paraît d’abord moins libre et investie que dans les autres pièces, survolant le récitatif liminaire qui manque de relief. L’agilité n’est jamais prise en défaut, mais l&rsquo;interprète ne s&rsquo;approprie pas complètement l’esprit, la fantaisie ludique  de l’air « Zeffiretto amorosetto ».  Elle tente bien de s’envoler lors de la reprise, mais semble marcher sur des œufs et effleure l’aigu comme si elle craignait qu’un éclat trop vif n’alourdisse les fioritures. Fausse bonne idée, à notre estime, la substitution d’un orgue au clavecin dans le <em>lamento </em>« Ahimè, sento il mio core » assombrit d’abord l’atmosphère et brouille la lisibilité du discours soliste (violoncelle et voix). L’instrument se fait ensuite moins envahissant et l’oreille se laisse ravir au gré du <em>Da Capo </em>par l’élégance et le raffinement de l’ornementation.     </p>
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