Jeunes et enthousiastes

L'elisir d'amore - Paris (Bastille)

Par Christian Peter | jeu 25 Octobre 2018 | Imprimer

Créée en 2006, la production de L’Elixir d’amour signée Laurent Pelly n’a pas pris une ride, sans doute parce qu’elle s’inscrit dans la nostalgie d’une époque révolue, l’Italie des années 50 en plein miracle économique, incarnée par une jeunesse insouciante, éprise de plaisirs simples, telle que nous la montrent les comédies de l’époque et telle que nous la restitue le metteur en scène français grâce aux décors signés Chantal Thomas qui place l’action au cœur de l’été à la campagne, avec ici des meules de foin, là une trattoria au bord d’une petite route fréquentée par de joyeux jeunes gens à pied ou en deux roues, et, au dernier tableau, des planches sur des tréteaux pour un accueillir un banquet campagnard bon enfant. Il n’est pas jusqu’au rideau de scène – orné d’affiches publicitaires qui ne rappelle ceux des cinémas d’autrefois.

Pour cette reprise la distribution a été entièrement renouvelée et confiée à une nouvelle génération de chanteurs aussi doués qu’enthousiastes, un véritable régal pour l’oreille et pour les yeux.

Ainsi, le personnage épisodique de Giannetta confié à Adriana Gonzalez, issue de l’Atelier Lyrique de l’Opéra national de Paris, ne passe pas inaperçu grâce au timbre frais et lumineux de la jeune soprano.

Gabriele Viviani incarne un Docteur Dulcamara haut en couleur, malicieux et roublard juste ce qu’il faut pour être crédible sans tomber dans la caricature ou les excès auxquels se livrent quelquefois les chanteurs en fin de carrière à qui l’on confie habituellement ce rôle dont ils esquivent parfois les difficultés. Une fois n’est pas coutume, le personnage est interprété par un baryton jeune, doté d’une voix sonore et bien timbrée, qui chante avec goût et un style soigné toutes les notes de sa partie.


© Guergana Damianova / ONP

C’est dans le même esprit qu’Étienne Dupuis aborde Belcore, dont il minimise le côté prétentieux et fat pour en faire un séducteur invétéré, sûr de lui et de son ascendant sur les femmes, incapable d’en croiser une sans tenter de la séduire, un « tombeur » qui jouit de l’instant présent et se remet bien vite du revirement d’Adina, bref un personnage qui préfigure le Don Giovanni qu’il interprètera in loco en juin 2019. Le timbre du baryton canadien n’est pas dépourvu de charme, sa ligne de chant élégante et nuancée est un réel plaisir.

En véritable bête de scène, Vittorio Grigolo, qui évolue sur le plateau avec une aisance confondante, se glisse sans difficulté dans la peau de Nemorino dont il exprime avec sens aigu du théâtre tous les états d’âme, non sans excès parfois, mais après tout on est dans une comédie. Son timbre ensoleillé, sa large palette de nuances, son insolence vocale enfin culminent dans une « Furtiva lagrima » troublante, saluée par une longue ovation de la part du public. Ses duos avec Adina sont de véritables moments de grâce tant la voix de la soprano s’accorde idéalement avec la sienne. Lisette Oropesa accomplit là un véritable exploit : hier encore elle incarnait une éblouissante Marguerite de Valois dans Les Huguenots et ce soir elle campe une Adina piquante et mutine à souhait sans aucune trace de fatigue dans la voix si ce n’est peut-être un aigu légèrement tendu en fin de soirée, peccadille au regard d’une incarnation en tout point captivante servie par un timbre radieux et une remarquable agilité vocale.

Les Chœurs, très convaincants en villageois festifs, et l’orchestre de l’Opéra en grande forme sont placés sous la direction alerte et subtile de Giacomo Sagripanti

 

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