Le centenaire se fait attendre

Saint-Saëns - Un esprit libre

Par Yvan Beuvard | dim 07 Mars 2021 | Imprimer

Le centenaire de la naissance de Camille Saint-Saëns, en 1935, avait été fêté avec éclat. Le monument qui orne le foyer du Palais Garnier en témoigne. L’exposition marquante du centenaire de sa disparition, promise pour novembre dernier, puis mars, enfin – on l’espère – juin prochain, devra attendre que les règles sanitaires s’assouplissent.

La Bibliothèque nationale de France et l’Opéra national de Paris en ont confié la responsabilité à Marie-Gabrielle Soret, que nos lecteurs ont eu le bonheur de rencontrer en décembre dernier (Saint-Saëns, le retour en grâce).

Son titre – « Saint-Saëns, un esprit libre » – résume parfaitement le personnage, que l’on connaît davantage depuis que le fonds dieppois (14 000 lettres, 600 partitions, 600 livres) est numérisé pour en faciliter l’accès. Le beau livre-catalogue vient d’être publié, qui nous rend impatient de découvrir l’exposition. Comme attendu, riche d’une iconographie exceptionnelle, reproduite et commentée, il est introduit par la Commissaire de l’exposition, intime du compositeur et de son œuvre. Parmi les contributions, l’amateur de théâtre lyrique retiendra particulièrement celle de Mathias Auclair, directeur du Département de la musique de la BnF. Intitulée « Saint-Saëns à l’opéra », qui nous rappelle qu’à côté de Samson et Dalila, ce furent 12 ouvrages lyriques qu’acheva le compositeur. On sourit à la lecture d’une citation : « Les opéras ! Quand on ne les joue pas, c’est terrible ! Quand on les joue, c’est encore pis… »  Partitions, correspondances, décors, costumes, l’exposition rassemble des trésors, le plus souvent enfouis dans les fonds de la Ville de Dieppe et dans ceux de la BnF.

Autour de l’exposition, un concert-conférence est programmé à l’auditorium Colbert de la BnF-Richelieu (le 11 mai), un colloque (« Saint-Saëns d’un siècle à l’autre : héritage, réception, interprétation ») se déroulera le 8 octobre à la BnF-François Mitterrand, suivi naturellement d’un concert. Lien : https://www.bnf.fr/fr/agenda/saint-saens-un-esprit-libre.

Ce beau livre-catalogue, comme celui évoqué ci-dessous, a vocation à faire partie des incontournables références, par la qualité des informations, de l’iconographie comme par les contributions dues aux chercheurs les plus sûrs.

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Camille Saint-Saëns, écrits sur la musique et les musiciens, 1870-1921

L’ouvrage, apprécié dès sa parution par le cercle restreint des spécialistes, mérite une large diffusion, d’autant plus que sa clarté, sa lecture, aisée, le mettent à la portée de tout mélomane curieux. On imagine difficilement l’abondance et la richesse des écrits de Saint-Saëns, publiés de son vivant. Certes on en connaissait les six petits volumes où il avait rassemblé, organisé et remanié des textes épars, mais la masse de documents qu’il nous a légués éclaire singulièrement la connaissance de la vie musicale des cinquante ans qui chevauchent le tournant du XXe S. Cette somme, monument d’érudition, a été réalisée avec une exigence que n’aurait pas reniée le compositeur.

La riche introduction de Marie-Gabrielle Soret lui permet d’expliciter sa démarche comme ses choix (435 textes retenus pour leur pertinence). On devient ainsi témoin d’une vie et d’une carrière exceptionnelles par la personnalité du compositeur au caractère bien trempé, farouchement indépendant, comme par sa longévité. En sept périodes couvrant les années de 1870 à sa disparition, en 1921, on suit ainsi l’évolution de sa pensée, complexe. Saint-Saëns est évidemment au cœur de l’ouvrage, avec toute la galerie de ses contemporains, que les notes de bas de page renseignent, comme les œuvres citées. La bibliographie, proche des quarante pages, détaille les sources, très nombreuses. La correspondance, pléthorique, principalement conservée au Château-Musée de Dieppe, est mise à profit. Tout autant que ses publications, dans une centaine de périodiques, qui nous rappellent la vitalité de la presse, stimulée par sa libéralisation.

On y croise compositeurs, interprètes, directeurs de salles, critiques, mais aussi célébrités en tous genres, amis intimes… toute l’activité foisonnante de ce temps retrouve vie à nos yeux. Tout ce qui s’écrit et se joue est passé au crible, et le lyricomane y trouvera un miel abondant et savoureux. Ses textes, trop souvent ignorés, constituent un trésor, qui éclairent toutes les productions de son temps sous leur jour le plus cru. De Rossini à Verdi, en passant par Liszt, Wagner, Gounod, Bizet et tant d’autres, on y fréquente les grands comme les humbles (l’index des noms et des œuvres comporte plus de 30 pages). On mesure avec le recul combien étaient justes l’oreille du musicien et le regard critique du musicologue, la production musicale de six siècles étant passée au crible. Il me faut l’avouer : lorsque je me plonge dans la lecture de telle lettre, de tel article, j’ai grand-peine à ne pas poursuivre, tant le bonheur m’envahit. C’est tout ce que je vous souhaite.

 

 

 

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