Un vide comblé

Rossini

Par Maurice Salles | mar 12 Juin 2012 | Imprimer
 
Dans l’élégante collection Classica, aux éditions Actes Sud, Jean Thiellay et son fils Jean-Philippe (ndlr : collaborateur de Forumopera.com) cosignent un Rossini adressé en priorité aux Français désireux de mieux connaitre le compositeur et destiné à combler l’absence d’une biographie en français digne de ce nom.
 
Leur livre s’organise en deux parties. La première, intitulée Une vie de Rossini, déroule en une cinquantaine de pages et en dix étapes de la naissance à la mort l’essentiel des événements relatifs à l’existence du compositeur. De l’obscurité de Pesaro au prestige mondain des soirées de Passy, les auteurs ont choisi d’évoquer dans l’ordre chronologique les débuts vénitiens, l’entrée à La Scala, l’arrivée à Naples, la création du Barbier, l’effervescence créatrice entre Naples, Rome et Milan, le mariage avec la Colbran et le départ pour Vienne, le transfert à Paris, Guillaume Tell et le silence, jusqu’au dernier séjour parisien et à la sépulture au Père-Lachaise.
La deuxième partie, la plus personnelle, déroule sous le titre Variations rossiniennes une série de réflexions et de commentaires relatifs à la mésestime dont Rossini et son œuvre souffrent encore en France. Les auteurs imputent cette situation à la persistance de préjugés anciens qu’ils entreprennent de battre en brèche. Le chapitre sous-titré De l’homme pressé à l’homme du passé tend à brosser un portrait physique et psychologique d’un homme soumis au stress d’un emploi du temps dévorant mais éminemment sympathique par son caractère et son coté bon vivant. On trouve ensuite un développement consacré aux positions politiques de Rossini, souvent traité avec mépris de réactionnaire et ici réhabilité ou du moins compris, suivi d’une évocation de son extraordinaire popularité, attestée entre autres manifestations par l’amitié (Balzac) ou l’hostilité (Berlioz) de tous ses grands contemporains. Le chapitre suivant, à nos yeux le plus intéressant, rappelle le rôle charnière de Rossini entre classicisme post-baroque et romantisme, la référence qu’il constitue pour la notion de bel canto, précisée en passant, et son apport dans l’évolution de la structure musicale de l’opéra, buffa ou seria. Les auteurs font ainsi litière de la réputation de facilité de Rossini, aussi bien pour son orchestration que pour son écriture vocale, devenues avec le temps toujours plus ardues à exécuter correctement et pour cela mutilées ou délaissées.. Enfin le dernier chapitre évoque le sort de l’œuvre de Rossini après sa mort, de l’oubli à la renaissance, des précurseurs à l’actualité la plus récente, y compris le festival de Bad Wildbad, où Rossini prit les eaux en 1856. Le beau rôle est fait au festival de Pesaro (signalons une erreur : la Fondation Rossini n’est pas née en 1980 avec le ROF mais en 1940, et c’est d’elle qu’il a tiré sa légitimité) et aux chanteurs émérites qui ont assuré son succès, de la Horne à Samuel Ramey en passant évidemment par Rockwell Blake jusqu’à Juan Diego Florez. Certains lecteurs regretteront peut-être la discrétion des auteurs quant à la situation actuelle du festival de Pesaro. Les initiés – mais ce livre ne s’adresse pas forcément à eux !– auront remarqué qu’un nom brille par son absence, celui du surintendant inamovible, à l’origine du départ de l’éminent musicologue Philip Gossett, auquel les auteurs rendent un juste hommage. Cette omission volontaire aura ses raisons, mais le lecteur est en droit de savoir que ce responsable d’un festival né de la philologie estime que désormais elle est révolue.
 
Notre podcast "Via" consacré à Rossini avec J-Ph. Thiellay
 
Le livre propose ensuite des annexes nombreuses. Une chronologie détaillée de la vie de Rossini est suivie d’une chronologie des étapes de la renaissance rossinienne. Viennent ensuite une discographie et une vidéographie subjectives, donc sélectives, puis une proposition de « centone » c'est-à-dire une œuvre composée, comme cela se pratiquait du vivant de Rossini, de morceaux choisis mis bout à bout. Enfin une bibliographie dite sommaire mais riche néanmoins de dix-neuf titres précède deux index, celui des noms cités et celui des œuvres citées. eux-mêmes suivis de la table des matières.
 
Sous une forme condensée, ce livre donne donc accès à l’essentiel nécessaire aux lecteurs français qui voudraient mieux connaitre Rossini. Tous les amoureux du compositeur s’en réjouissent !
 

 

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