Une mine d'or

Eric Wolfgang Korngold

Par Christophe Rizoud | sam 29 Novembre 2008 | Imprimer
« More corn than gold »(1) raillèrent les critiques américains en 1947 lors de la création à New York de son concerto pour violon. La musique d’Eric Wolfgang Korngold vaut évidemment mieux qu’un mauvais jeu de mots. Nicolas Derny, musicologue, musicographe et journaliste musical(2) s’emploie à nous le rappeler dans ce qui semble être la première biographie en français du compositeur.
Né en 1897 dans la Vienne de l’âge d’or, mort en 1957 à Hollywood, enfant prodige à l’égal de Mozart, élève d’Alexander von Zemlinsky, ami de Gustav Mahler et de Richard Strauss, musicien cramponné au système tonal malgré ses liens avec Arnold Schoenberg(3), auteur d’une petite cinquantaine de partitions dont cinq opéras, exilé au Etats-Unis pour des raisons artistiques puis politiques, inventeur là-bas d’une nouvelle esthétique de la musique cinématographique, la vie d’Eric Wolfgang Korngold est une mine d’or pour le biographe. Nicolas Derny ne se contente pas d’exploiter le filon. Il s’attarde aussi sur les partitions majeures du compositeur et étudie pourquoi, malgré un talent exceptionnel, Korngold ne fut et n’est toujours pas considéré comme une figure incontournable de l’histoire de la musique. Il intègre aussi à son analyse de nouveaux points de vue, notamment sur la crise que traverse l’art lyrique dans les années 30. Jusqu’alors l’avis, un peu sommaire, de Brendan G. Carroll(4) prévalait pour expliquer le relatif échec de Das Wunder der Heliane (1927), « l’œuvre la plus ambitieuse et la plus complexe de Korngold » (sic). Parmi ses autres opéras, outre le fameux Die tote Stadt (1920), dont à l’époque les théâtres se disputèrent la création et qui finalement eut droit avec le succès que l’on sait à une première mondiale simultanée à Hambourg et Cologne (5), Nicolas Derny choisit de surligner Violanta (1916) « d’une incroyable richesse tant musicale que psychologique ou esthétique » qui « n’a certainement pas livré tous ses secrets et mériterait qu’on lui consacre un ouvrage entier » (sic).
Une mine d’or donc auxquelles les 160 pages de la Collection Mélophiles ne suffisent pas. La forme n’est pas en cause, intelligente avec son catalogue des œuvres, ses biographie et discographie sélectives, ses repères chronologiques, son index des noms, ses notes dans la marge (tellement plus confortable qu’en fin de volume) et ses photos intégrées au texte. Mais la richesse du sujet appellerait des développements que le format limité de l’édition ne permet pas. La relation entre Korngold et son père, Julius, critique musical omniprésent, demanderait par exemple à être disséquée à la lumière d’un autre viennois célèbre : Sigmund Freud.
Christophe Rizoud
(1) « Plus de maïs que d’or » : jeu de mots sur Korn/corn (maïs) et gold (or).
(2) Nicolas Derny collabore d’ailleurs régulièrement à Forum Opéra.
(3) Trudly Kolisch, la seconde femme d’Arnold Schoenberg, était une amie d’enfance de Luzi, l’épouse de Korngold. Voisines à Los Angeles, les familles des deux compositeurs étaient donc très proches dans tous les sens du terme.
(4) Auteur de The last prodigy : a Biography of Erich Wolfgang Korngold (Amadeus Press, Portland, Oregon, 1997)

 

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