Une référence par défaut

Donizetti

Par Christophe Rizoud | ven 13 Novembre 2009 | Imprimer
Monographie et non biographie. Apprécions la nuance car elle sert de manifeste à la collection horizons : « présenter des monographies de musiciens peu ou mal connus mais aussi des thématiques jamais abordées » avec, en guise de démonstration, un quatorzième numéro autour de Gaetano Donizetti. Choix qui réjouira les amateurs francophones de bel canto romantique d’autant que, mis à part l’Avant Scène Opéra, ils ne disposaient dans leur langue jusqu’à présent que d’une seule référence sur le sujet : Donizetti par Philippe Thanh, publié chez Actes Sud en 2005.
 
Monographie oblige, ce nouvel ouvrage ne consacre qu’un bref chapitre à la vie du compositeur italien (1797-1848), né et décédé à Bergame des conséquences d’une syphilis cérébro-spinale qui lui sera fatale à plus d’un titre (elle serait aussi la raison de la mort prématurée de sa femme et de ses trois enfants). L’auteur, Gilles de Van, l’un des meilleurs spécialistes français de l’opéra romantique1, observant une démarche chronologique, découpe la carrière du musicien en 4 périodes : la formation (1816-1830, de Una follia à Imelda de’Lambertazzi) ; la maturité (1830-1835, d’Anna Bolena à Marina Falliero) ; la célébrité (1835-1838, de Lucia di Lammermoor à Maria di Rudenz) et l’européen (1838-1848, de Poliuto à Dom Sebastien). Concentré autour de l’opéra (quand Donizetti écrivit aussi force cantates, mélodies, musique orchestrale, de chambre et pianistique), ce petit volume propose une brève analyse des œuvres lyriques les plus significatives, précédée d’un résumé du synopsis. Une trentaine d’ouvrages sur les soixante-dix que composa Donizetti sont ainsi présentés en une approche succincte qui, compte tenu du nombre, relève plus de l’inventaire que de l’étude à proprement parler. Très vite, on trouve d’ailleurs plus d’intérêt aux lignes qui servent de transition entre chacun des ouvrages analysés qu’à l’analyse elle-même.
 
Elles révèlent le visage d’un musicien prolixe, non dénué d’humour malgré les drames qui émaillèrent sa vie et son œuvre, dont la réputation vaut bien mieux que celle d’un simple faiseur de mélodies. Librettiste à ses heures, épistolier talentueux qui dans ses lettres cède volontiers à la plaisanterie, homme généreux, bienveillant et fidèle à sa famille, à ses amis, à son maître Johann Simon Mayr (compositeur lui-aussi d’environ 70 opéras dont le plus fameux est Medea in Corinto) et à sa patrie. Il refusa net quand Paris lui demanda de renoncer à sa nationalité italienne pour être reçu à l’Institut. D’une œuvre à l’autre, on comprend aussi mieux ce qui fait la particularité du style donizettien : le sentimental entrelacé au burlesque dans des opéras bouffes dépourvus de la cruauté du comique rossinien, et, dans les drames lyriques, la violence de passions aristocrates sans considération morale, à la différence de la dramaturgie verdienne à la fois populaire et bourgeoise, centrée sur les valeurs familiales2. On découvre aussi les mœurs lyriques de l’époque : la condition aléatoire du métier de compositeur dont le succès des opéras tenait plus aux chanteurs qu’à la partition. Le tout illustré et complété de tableau synoptique, catalogue des œuvres, bibliographie et discographie qui font de ce livre l’ouvrage auquel se référer pour toutes questions donizettiennes. Faute de mieux aujourd’hui.
 
Christophe Rizoud
 
1 A lire absolument son Verdi, un théâtre en musique, publié chez Fayard en 1992
2 Dixit le critique littéraire Luigi Baldacci dans son étude Libretti d’opera e altri saggi
 
 
 

 

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