Captivant mais inabouti

Macbeth - Paris (TCE)

Par Christian Peter | mar 24 Octobre 2017 | Imprimer

Au mois de juin dernier, le Teatro Reggio de Turin proposait une nouvelle production de Macbeth sous la direction de son directeur musical Gianandrea Noseda. Après un détour par le Festival d'Edimbourg en août, voici que le Théâtre des Champs-Elysées accueille, pour une version de concert, les principaux interprètes de ce spectacle, une équipe homogène et solide qui a fait ses preuves et dont les performances ont reçu un accueil largement favorable.

Anna Pirozzi retrouve avec bonheur l'un de ses rôles fétiches dont elle livre une interprétation saisissante sans être totalement aboutie. Des son entrée, on est subjugué par l'ampleur de ses moyens et l'autorité avec laquelle elle se lance dans un « Vieni t'affretta » pleinement convaincant. La voix est large ; les aigus puissants et un rien métalliques ont cette âpreté que Verdi souhaitait pour sa Lady. Les notes graves de la partition sont pleinement assumées. La cabalette « Or tutti sorgete » est doublée, les vocalises sont négociées avec habileté, mais le second couplet n'est hélas pas ornementé. Au deuxième acte, le tempo précipité de son brindisi lui laisse à peine le temps d'esquisser les trilles mais elle livre une « luce langue » tout à fait impressionnante. Cependant sa scène du somnambulisme nous laisse sur notre faim, Chantée à pleine voix avec un contre-ré bémol final au bord de l'accident, elle ne parvient que partiellement à traduire l'effroi du personnage qui sombre dans la folie.

Dans le rôle-titre, Dalibor Jenis que l'on a entendu à plusieurs reprises dans Le Barbier de Séville à l'Opéra, aborde ici avec bonheur un rôle dramatique qu'il interprète avec justesse et conviction. Son Macbeth est à la fois veule et soumis à son épouse. En dépit d'un timbre clair et d'un registre grave un rien confidentiel, le baryton slovaque parvient à traduire toutes les ambiguïtés de son héros tourmenté grâce notamment à une dynamique vocale qui lui permet d'alterner aigus forte et impalpables piani. Son air « Mal per me che m'affidai » qui conclut ici l'ouvrage est particulièrement poignant.

Piero Pretti tire sans difficulté son épingle du jeu dans le rôle épisodique de Macduff. Chanté avec une voix saine et claironnante, « Ah, la paterna mano » emporte pleinement l'adhésion comme en témoigne l'accueil chaleureux du public.

Dans le rôle de Banquo, le jeune Marko Mimica a été la révélation de la soirée. Dès le premier acte, sa voix d'airain large et sonore a conquis la salle qui lui a réservé une belle ovation. Âgé d'à peine trente ans, ce baryton-basse croate au physique avenant a livré un « Come dal ciel precipita » somptueux. Nul doute qu'avec les années il parviendra a nuancer davantage sa superbe ligne de chant. A la mi-novembre on le retrouvera sur la scène de l'Opéra Garnier où il incarnera Publius dans La Clémence de Titus.

Alexandra Zabala est parfaite dans ses diverses interventions tout comme les choristes qui assument avec bonheur les petits rôles. Mention spéciale au Malcom bien chantant d'​Alejandro Escobar. Saluons enfin la belle performance des chœurs. D'une grande homogénéité tout au long du concert, leur interprétation poignante de « Patria oppressa » constitue l'un des temps forts de la soirée.

A la tête d'un orchestre du Reggio de Turin de toute beauté (les cordes !), Gianandrea Noseda propose une direction précise et extrêmement dramatique dont l'efficacité est altérée par des tempi trop souvent précipités qui mettent en difficulté les chanteurs et ne sont guère propices à créer par exemple une atmosphère nocturne inquiétante au premier acte. A noter qu'il opte ici pour le final de la version de 1847 au cours duquel Macbeth exprime son repentir dans un air, avant de mourir.

 

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