Comme un air de déjà vu...

Madama Butterfly - Paris (Bastille)

Par Claire-Marie Caussin | sam 14 Septembre 2019 | Imprimer

Que dire de cette mise en scène de Bob Wilson, reprise une énième fois depuis sa création en 1993 ? D’aucuns la vénèrent, tandis que d’autres la détestent. On s’émerveille ou l’on s’ennuie : on pourrait discuter sans fin à son sujet sans jamais mettre tout le monde d’accord. Mais s’il est bien un petit miracle – d’autant plus un soir de première –, c’est de voir les chanteurs s’approprier la gestuelle si statique et chorégraphiée du metteur en scène et lui permettre de révéler, soudain, toute sa poésie. Que chaque interprète, des premiers aux plus petits rôles, parvienne à insuffler de la vie dans cette immobilité contrainte était une gageure, et la distribution relève le défi haut la main : voilà la première bonne surprise de la soirée, et ce ne fut pas la moindre.

Bonne surprise également, le Pinkerton bonhomme et affable de Giorgio Berrugi, qui éblouit dès les premières mesures : le timbre est splendide, la voix pure, rayonnante, d’un naturel confondant jusque dans l’aigu. Le ténor ajoute à cela l’intelligence de ne jamais forcer ses moyens et, s’il en vient parfois à être couvert par l’orchestre, la beauté du chant est du moins préservée.


© E. Bauer

Face à lui, Ana Maria Martinez possède toutes les qualités requises pour être une Butterfly de premier plan : une voix corsée au vibrato affirmé mais sans excès, des piano remarquables, une grâce éminemment bienvenue dans cette mise en scène, ainsi qu’une grande sensibilité dramatique qui lui permet de faire évoluer l’héroïne de la naïveté du premier acte, à la maturité – et même à la violence – du dernier. Malheureusement, la voix manque souvent de projection et tend à la mettre en retrait par rapport aux autres personnages : très peu audible dès lors que la soprano n’est pas à l’avant-scène, elle se révèle également assez étouffée dans le bas-medium. Peut-être l’acoustique, très inégale selon le placement dans la salle, était-elle plus favorable pour d’autres spectateurs ?

Les rôles de Suzuki et du Consul bénéficient ce soir d’interprètes habitués à figurer en tête d’affiche : Marie-Nicole Lemieux, qui parvient à déployer toute la richesse de son timbre et offre un émouvant duo avec Butterfly à la fin de l’acte II, et Laurent Naouri, à l’autorité vocale sans faille en Sharpless non dénué de compassion. On n’aurait pu espérer meilleurs interprètes pour des rôles, somme toute, assez brefs. De son côté, le Goro de Rodolphe Briand se révèle fantasque à souhait, et le bonze de Robert Pomakov parfaitement redoutable.

L’orchestre de l’Opéra de Paris était confié ce soir aux mains de Giacomo Sagripanti qui, après des débuts un peu incertains (le tempo vif des premières mesures étant suivi avec peine par les musiciens), fait preuve d’une direction de plus en plus fluide au cours de la soirée. Le début du premier acte se distingue par une extrême clarté qui décevra sans doute les amateurs de grands débordements romantiques, mais qui dessine extrêmement bien le pittoresque de la scène. On regrette alors que le duo d’amour manque de liant dans les crescendo et parfois d’un peu de délicatesse…

C’est d’autant plus dommage que le chef et les instrumentistes se révèlent pleinement lors du chœur à bouche fermée – et même dès l’apparition de ce thème lors du duo entre Butterfly et Sharpless. L’orchestre trouve enfin cette souplesse que requiert la musique de Puccini, ses élans, son drame, et nous livre un très beau troisième acte.

Espérons que la magie opère dès l’ouverture du rideau lors des prochaines représentations, car cette première, à défaut d’être impeccable, était prometteuse.

 

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