La symphonie concentrée

Mahler : 2e Symphonie (Paris) - Paris (Philharmonie)

Par Alexandre Jamar | ven 10 Novembre 2017 | Imprimer

Une symphonie « concentrée », voilà un adjectif a priori en opposition totale au monument mahlérien qu’est la Résurrection. Œuvre aux proportions phénoménales (une heure vingt de musique sans réelle interruption), les prétentions en sont aussi grandiloquentes (on ne parle pas moins que de mort, de désolation de l’humanité et de résurrection), autant d’attributs plutôt pompeux que Debussy rassemblera sous le qualificatif mesquin de « géant pneumatique ». Donnons raison à Monsieur Croche : mal jouée, cette œuvre-monde passe rapidement pour de la gonflette. Le succès de la soirée repose donc essentiellement sur les épaules d’un chef charismatique et sur la présence des deux solistes vocaux.

Nous savions déjà Ekaterina Gubanova fine mahlérienne. Ses prestations dans Des Knaben Wunderhorns nous avaient ravi par leur sens pointu de l’interprétation et de la diction. Sont-ce l’effectif monolithique de la symphonie ou la terreur de commencer à vide un des passages les plus attendus de la soirée qui altèrent la qualité la chanteuse ? Son « Urlicht » nous semble en effet un rien trop agité. Résolument mezzo, elle a probablement plus de mal à se faire à la tessiture d’alto requise par la partition, difficulté l’obligeant à surinterpréter les indications du compositeur, ne dépassant pas le piano « zart ». Moins en retrait pour le dernier mouvement, elle nous semble toujours en train de combattre sa tessiture alors qu’une véritable alto aurait été mieux à sa place. Malgré cela, la chanteuse nous gratifie d’un allemand irréprochable et d’un timbre ample et généreux à partir du haut médium.

Dorothea Röschmann lui offre une réplique lumineuse. Malgré le peu d’interventions véritablement solistes confiées par Mahler, elle parvient à séduire son auditoire, au moyen d’une projection puissante mais souple et d’une véritable incarnation de l’idée chantée.

Lors de son entrée pourtant très attendue, le Chœur de Radio France nous semble un peu vaporeux, voire même flou. Peut-être est-ce une interprétation du « misterioso » indiqué par Mahler ? Heureusement, les nuées se dissipent peu à peu, révélant les réelles capacités de la formation préparée par Alfonso Caïani.

Mais c’est à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France que se cristallise l’intérêt de la soirée, car Mikko Franck ne restera pas longtemps sur la chaise qui lui a été installée. Une fois le premier crescendo passé, le chef préfèrera descendre de son estrade pour mieux communiquer ses intentions à l’orchestre. Cependant, nous savons le savions trop fin pour céder à un enthousiasme débridé ou à une pompe cérémonielle qui seraient la cause inévitable d’un échec. Charismatique ne veut pas dire sirupeux, et c’est à une interprétation resserrée et concentrée du géant mahlérien que nous assistons. En témoignent les tempi plutôt allants choisis pour les premier et troisième mouvements. En témoigne également un scherzo véritablement « coulant », à l’humour pinçant. En témoigne enfin le « Urlicht » rayonnant mais retenu, dont la réussite est en grande partie l’œuvre du hautbois d’Olivier Doise.

C’est donc grâce avant tout à la direction concentrée mais exaltée de Mikko Franck que le projet ambitieux d’une résurrection mahlérienne a bien eu lieu.

 

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