Trio gagnant (streaming)

Met Stars Live in Concert : Ailyn Pérez, Nadine Sierra, Isabel Leonard - Versailles - Versailles

Par Christian Peter | mar 25 Mai 2021 | Imprimer

Cette fois c’est en France, et plus précisément à l’Opéra Royal de Versailles, qu’a eu lieu le nouvel opus de la série Met Stars Live in Concert qui a toujours privilégié pour ses spectacles des lieux prestigieux comme le Palais Royal de Caserta près de Naples, la Stadthalle de Wuppertal ou le manège d’hiver de la Spanische Hofreitschule à Vienne. Pour la première fois les interprètes sont au nombre de trois, trois cantatrices, grandes habituées du Met, qui ont choisi un programme pour le moins varié d’airs, de duos et même de trios. La première partie qui nous offre du baroque (Vivaldi), du Mozart, de l’opéra français (Gounod, Offenbach), du bel canto (Bellini) ou encore des compositeurs véristes (Catalani, Leoncavallo) s’achève sur le trio du Rosenkavalier. Après quoi, Nadine Sierra évoque les origines latines qu’elle partage avec ses consœurs pour annoncer une seconde partie consacrée à des musiciens espagnols ou latino-américains, ainsi qu’à des compositeurs que l’Espagne a inspirés tels que Bizet et Rossini. De célèbres chansons comme l’incontournable « Besame mucho » mettront un point final à la soirée. Les cantatrices sont installées dos à la salle dont les loges sont éclairées de bleu, de jaune ou d’orange selon les morceaux. Devant elles, à son piano, Vlad Iftinca, l’un des coaches du Programme de Développement des Jeunes Artistes du Met, propose un accompagnement sobre et adapté à chaque compositeur, laissant la part belle aux chanteuses.

 

C’est Nadine Sierra, élégante dans sa robe bleu-ciel, qui ouvre le bal avec une valse de Juliette éblouissante, tant par sa virtuosité que par le raffinement de sa ligne de chant. Si la diction est encore perfectible, la fraîcheur et l’éclat du timbre évoquent bien la jeunesse et la joie de vivre du personnage. Ces qualités se retrouveront dans le duo de Norma (« Mira O Norma ») où la cantatrice incarne une Adalgisa fragile, une vraie « giovinetta » bien loin des mezzos dramatique qui ont sévi dans ce rôle. Avec Donna Anna, la soprano se confronte à une page plus ardue, et elle tire parfaitement son épingle du jeu : le récitatif est impliqué, la partie lente, délicatement phrasée, témoigne d’une belle longueur de souffle et les ornementations de la partie rapide sont exécutées avec soin, comme le seront les vocalises qui concluent l’air « Me llaman la primorosa » extrait de la zarzuela El Barbero de Sevilla de Gerónimo Gimenéz, et dans lequel Nadine Sierra se montre mutine à souhait.

Vêtue d’une robe bleu-nuit scintillante, Isabel Leonard a choisi pour son entrée l’air de Chérubin, un rôle qu’elle chante depuis 2008 et qu’elle maîtrise parfaitement, L’homogénéité de son timbre fruité, la délicatesse de ses nuances et son identification au personnage captent durablement l’attention. Elle se montrera tout autant à son affaire dans le duo de Così fan tutte « Prenderò quel brunettino » en compagnie d’Ailyn perez où sa Dorabella espiègle et sensuelle ne manque pas de séduction. En revanche, si Mozart sied idéalement aux moyens de la mezzo américaine, on ne peut en dire autant de Vivaldi. Certes son interprétation de « Agitata da due venti » n’appelle aucun reproche majeur, mais la lenteur du tempo, et la monotonie des vocalises lors des diverses reprises finissent par lasser. Fort heureusement la cantatrice, qui a d’autres atouts dans son jeu, livre en seconde partie une « Canzonetta spagnuola » de Rossini de haut niveau, cette fois les vocalises qui s’accélèrent à mesure que la musique progresse sont tout à fait éblouissantes. Enfin, son fringant Chevalier à la rose dans le trio du dernier acte possède les même qualités que son Chérubin..

Ailyn Pérez, toute de rose pâle vêtue, incarne une Wally particulièrement émouvante : l’air « Ebben ? ne andrò lontana » qu’elle parsème de somptueux piani convient idéalement à ses moyens. Dans l’air de Nedda elle évoque avec justesse les sentiments de cette jeune femme qui s’éveille à l’amour en dépit des dangers qui la menacent. Sa Fiordiligi avec Leonard et sa Maréchale, dans le trio du Rosenkavalier, valent également le détour. Enfin sa Norma passionnée face à Sierra est pleinement convaincante, notons que le duo est complet et que la cabalette est doublée. Pour finir, elle donne de la chanson « Estellita » une version tout à fait électrisante, autant de qualités qui laissent présager une belle Manon en février prochain à Bastille.

Pour les deux dernières pages les cantatrices font appel à l’excellent guitariste espagnol Pablo Sáinz-Villegas dont on admire l’accompagnement qu’il propose dans les deux chansons qu’elles chantent à trois voix, « Besame mucho » dont elles livrent une version qui séduit par son originalité et « Cielito lindo » qui s’achève par ces paroles, « canta y no llores porque cantando se alegran cielito lindo los corazones » (« Chante […] parce que chanter rend le cœur heureux »).

 

 

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