Le baroque, ça swingue !

Monsieur de Pourceaugnac - Caen

Par Jean-Marcel Humbert | jeu 17 Décembre 2015 | Imprimer

William Christie aime à dire « le baroque, ça swingue ! », et de fait, dans cette représentation de Monsieur de Pourceaugnac à Caen, les instrumentistes qui jouent debout sur le coin gauche de la scène vivent de tout leur corps la musique de Lully. Mais ce n’est pas pour autant que l’accord se fait parfaitement avec la transposition de la pièce de Molière à Paris à la fin des années 1950, surtout au début. Où doit en effet commencer et se terminer une transposition d’époque, pour être parfaitement justifiée et convaincante ? Être respectueux et fidèle au texte, c’est bien, mais alors que viennent faire « la Cour » et « un carrosse » là où l’on attendrait par exemple l’hôtel de ville et un taxi ? Cela peut expliquer une certaine difficulté que l’on a à entrer dans le propos. Mais les choses s’arrangent rapidement, surtout dans la partie farce dont le côté commedia dell’arte s’accommode fort bien du changement d’époque. La mise en scène de Clément Hervieu-Léger, folle, vive et drôle, est joliment accompagnée par les décoratrices Aurélie Mæstre et Caroline de Vivaise, et une petite Fiat verte, hommage (involontaire ?) au cinéma de Jacques Tati.

Il faut dire que le plateau est éblouissant, dominé par Gilles Privat, un étonnant Pourceaugnac aux antipodes d’un Jacques Charon. Étranger traqué, lunaire et crédule jouet des éléments, il va d’une chausse-trappe à l’autre, à la fois ridicule et touchant, suscitant même la pitié là où d’autres ne soulèvent que le rire, sans que pour autant le côté sombre et cruel de la pièce prenne le pas. Une magnifique interprétation tout en finesse qui fera date. Autour de lui s’activent acteurs et chanteurs, unis à vouloir sa perte et surtout sa fuite. Les médecins, les hommes de loi, les jeunes gens amoureux face aux vieux barbons ridiculisés constituent une espèce de digest des thèmes principaux chers à Molière. Les rôles travestis y sont particulièrement savoureux, avec les deux mégères prétendant être les femmes de Léonard de Pourceaugnac et le poursuivant lors d’une homérique bataille de poireaux digne des Dames de la halle, et le pitoyable déguisement final du héros malgré lui, mélange des Vamp et de la Madeleine Proust.


© Brigitte Enguérand

L’autre intérêt de cette production est l’imbrication fort réussie de « théâtre musical » (scènes chantées par des chanteurs) dans l’action, qui reste prépondérante, jouée par des acteurs aux langages et jargons variés et fleuris, également musicaux. Et tous dansent autant que de besoin. Théâtre, musique et danse intimement mêlés, constituent cette « pièce agrémentée de musique et de danse », bien représentative du genre si particulier de la « comédie-ballet ». Certains « ballets » (devenus ici des sortes de danses villageoises), s’efforcent aussi de participer, avec plus ou moins de bonheur, à la folie ambiante. Mais d’autres moments réussissent parfaitement ce mélange acteurs-chanteurs, comme la scène des avocats, particulièrement bien intégrée à l’action. Et si Erwin Aros paraît parfois à la peine, Matthieu Lécroart, Cyril Costanzo et Claire Debono mêlent de grandes qualités vocales à des dons comiques bien en situation.

Après Caen, le spectacle part pour une tournée, qui commence à l'Opéra royal de Versailles du 7 au 10 janvier et se terminera du 14 juin au 9 juillet au Théâtre des Bouffes du Nord (producteur du spectacle).

Les étapes intermédiaires seront les suivantes : 13 et 14 janvier, Grand Théâtre / Aix-en- Provence ; 17 et 18 janvier, Teatro Arriaga / Bilbao ; 21 au 23 janvier, Teatro del Canal / Madrid ; 27 au 30 janvier, CNCDC / Châteauvallon ; 2 au 4 février, La Cigalière / Sérignan ; 12 février, Théâtre de Suresnes - Jean Vilar ; 23 et 24 février, Forum Meyrin / Genève ; 26 et 27 février, Théâtre Impérial / Compiègne ; 2 mars, Théâtre de l’Arsenal / Val-de-Reuil ; 8 mars, Théâtre Municipal / Chartres ; 10 mars, Théâtre Luxembourg / Meaux ; 12 mars, Opéra de Vichy ; 15 et 16 mars, La Comète / Châlons-en-Champagne ; 18 mars, Théâtre de Chelles ; 25 au 27 mars, Grand Théâtre de la Ville du Luxembourg ; 3 et 4 juin, Théâtre de St Quentin en Yvelines.

 

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