Ce que Mendelssohn doit à Bach

Noël avec Mendelssohn - Bruxelles (Bozar)

Par Claude Jottrand | lun 05 Décembre 2016 | Imprimer

Dans le Leipzig du deuxième quart du XIXe siècle, la tradition du choral luthérien est manifestement encore bien vivace. C’est par l’intermédiaire de son professeur Zelter que Mendelssohn se familiarisa dès l’enfance avec la musique de Jean-Sébastien Bach et celle de ses prédécesseurs, et c’est dans le vaste corpus de sa musique chorale sacrée que Thomas Hengelbrock et ses ensembles (chœur et orchestre) sont allés puiser le répertoire d’un concert intitulé « Noël avec Mendelssohn », concert bref – deux fois quarante minutes – traversé d’une ligne dramaturgique très cohérente.

La soirée débute par l’œuvre d’un Mendelssohn préadolescent, le Magnificat de 1822, débordant d’enthousiasme et d’idées mais encore bien maladroit par moments, et relativement difficile à défendre malgré le professionnalisme des troupes engagées dans la bataille. La grande fugue finale (Sicut erat) est cependant magistralement maîtrisée et révèle une science du contrepoint étonnante sous une si jeune plume.

La très émouvante cantate de choral Verleih uns Frieden gnädiglich (1831) est enchaînée au psaume Singet dem Herrn ein neues lied (1843) dont les deux première parties a capella mettent magnifiquement en valeur les qualités exceptionnelles du Baltasar Neumann Chor : homogénéité des pupitres, justesse et diction parfaites, sens aigu de la concentration et du recueillement, une capacité à chanter pianissimo sans perdre la couleur du timbre, une réelle prouesse, et un bel enthousiasme communicatif dans les tutti parfois un peu emphatiques de Mendelssohn.

Une deuxième cantate chorale Von Himmel hoch, da komm ich Herr précédée d’un Ave Maria constituait le cœur de la seconde partie du concert. Les interventions des solistes, tous issus du chœur, ne sont pas toujours à la hauteur de l’ensemble de la prestation, et c’est bien dommage : quelques voix plus aguerries auraient certainement pu apporter une contribution utile, mais ces passages confiés à des solistes sont peu nombreux, et ne justifient sans doute pas l’embauche de coûteux chanteurs…

Les dernières pages du programme sont extraites d’un ambitieux oratorio inachevé, Christus, que Mendelssohn composa en 1847 sur le modèle de son Paulus. Ces pages en forme de chorals magnifiquement harmonisés, toutes relatives à la nativité, sont d’une grande beauté formelle et font bien regretter le reste de la partition.

Trois bis, Nun danket alle Gott, Der Mond ist aufgegangen curieusement entrecoupés de The Snow d’Edouard Elgar, viennent clore cette très belle soirée de chant choral.

 

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