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	<title>Belshazzar - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Belshazzar - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>HAENDEL, Belshazzar — Göttingen</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/belshazzar-gottingen-babylone-qui-rit-babylone-qui-pleure/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Bernard Schreuders]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 May 2022 13:45:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après avoir intronisé George Petrou (héros du concert d’ouverture et maître d’œuvre de Giulio Cesare), l’Internationale Händel-Festspiele Göttingen s’offrait le luxe de confier Belshazzar à Vaclav Luks. Nous aurions préféré qu’il soit invité avec les forces vives de son Collegium 1704, qui viennent de nous offrir une éblouissante lecture d’Alcina à Versailles et à Caen. Néanmoins, force est de reconnaître que &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Après avoir intronisé George Petrou (héros du <a href="/aminta-e-fillide-gottingen-magistral-coup-denvoi-de-lere-petrou-a-gottingen">concert d’ouverture</a> et maître d’œuvre de <a href="https://www.forumopera.com/giulio-cesare-in-egitto-gottingen-deux-fois-miracule-et-souvent-miraculeux"><em>Giulio Cesare</em></a>), l’Internationale Händel-Festspiele Göttingen s’offrait le luxe de confier <em>Belshazzar </em>à <strong>Vaclav Luks. </strong>Nous aurions préféré qu’il soit invité avec les forces vives de son Collegium 1704, qui viennent de nous offrir une éblouissante lecture d’<a href="https://www.forumopera.com/alcina-caen-karina-gauvin-dans-le-role-de-sa-vie"><em>Alcina</em> </a>à Versailles et à Caen. Néanmoins, force est de reconnaître que le musicien a réalisé un travail remarquable tant à la tête du <strong>Concerto Köln</strong> que du <strong>NDR Vokalensemble. </strong></p>
<p>L’orchestre se montre à la hauteur de sa réputation, n’était un flottement passager en seconde partie, suppléant même, sous la conduite visionnaire de Luks, le déficit de caractérisation de l’un ou l’autre soliste. Le chef brosse large et peint à fresque, sans toutefois rien sacrifier à la précision du détail et de l’articulation, exaltant le dramatisme de cet opéra qui n’ose pas dire son nom. Et le théâtre de s’inviter à l’église, dans cette même St. Johannis-Kirche où <em>Belshazzar </em>fut joué en 1959. Certains festivaliers se seront peut-être souvenus, avec nostalgie, du spectacle monté pour le bicentenaire de la mort de Haendel. Les indications scéniques contenues dans le livret, mais aussi les fastueux décors du <em>Giulio Cesare </em>créé la veille, avaient de quoi exciter l’imagination de spectateurs frustrés par une version de concert. Si le Blasphemy Act de 1605 n’avait interdit sur le sol britannique toute représentation scénique du texte biblique, il y a fort à parier que <em>Belshazzar </em>aurait été mis en scène et n&rsquo;aurait pas fait un four – sinon lors de la création, compromise par des aléas artistiques, du moins lors de reprises. L’oratorio  fit, dès 1927, à Breslau, l’objet de productions parfois très réussies et il faudrait faire preuve de mauvaise foi pour nier le potentiel que recèlent le banquet pour la fête de Sesach ou le siège de Babylone. Même le point de basculement du drame, ce tableau saisissant où une main spectrale trace les mots de l’oracle sous le regard affolé de Belshazzar a de quoi stimuler la créativité des scénographes modernes.</p>
<p>Ni spectateur, ni commentateur, le chœur agit comme un véritable moteur de l&rsquo;action en campant tour à tour les peuples babylonien, juif et perse, dans la diversité de leurs affects et de leurs ambitions. Sans avoir développé la rhétorique affûtée de formations spécialisées, le NDR Vokalensemble affronte avec brio une partie assez lourde et techniquement ardue. De l&rsquo;arrogance des assiégés à la foi conquérante des Perses, aucun enjeu ne lui échappe et sa performance culmine dans l&rsquo;entrée <i>a cappella</i> des Juifs qui mettent en garde le tyran (« Recall, oh King ! that rash command »), véritable climax dont l&rsquo;intensité nous donne la chair de poule. Nous nous prenons d&rsquo;ailleurs à rêver du souffle salutaire que des chœurs auraient apporté à certains opéras moins inspirés du Saxon, prisonnier des contraintes du seria et des habitudes du public.</p>
<p>	<img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/_dor6204f.jpg?itok=HnS66TZJ" width="468" /><br />
	© Dorothea Heise</p>
<p>« <a href="https://www.forumopera.com/breve/jeanine-de-bique-toujours-plus-haendelienne"><strong>Jeanine De Bique</strong> toujours plus haendélienne</a> », titrions-nous après avoir applaudi sa Bellezza à Essen. « Encore plus de Jeanine, s’il vous plaît » pourrions-nous implorer aujourd’hui et si ce cri du cœur exalté prête à sourire, nous assumons sa candeur. Chaque nouvelle apparition de la diva caribéenne confirme de précieuses affinités avec la musique du Saxon et un talent rare. Admirable de concentration, elle nous captive dès son <em>accompagnato </em>liminaire, ciselant au fil de ses interventions une composition à la fois sensible et très fouillée. Si Nitocris bénéficiait de l’agilité perlée d’Élisabeth Duparc (la Francesina), celle-ci avait, si on en croit les témoignages, une voix d’essence légère. L&rsquo;étoffe, les riches couleurs du timbre de<a href="https://www.forumopera.com/actu/jeanine-de-bique-quand-jai-entendu-mon-premier-opera-je-suis-restee-sans-voix"> Jeanine de Bique</a> siéent mieux à la noblesse de la reine de Babylone, dont elle souligne aussi bien la gravité que le désarroi maternel. Le modelé de la ligne, la délicatesse des nuances et ce que, faute de pouvoir nommer l’indicible, nous appellerons la grâce transforment « Regard, O son, my flowing tears » en un de ces moments suspendus qui s’inscrivent à jamais dans notre mémoire et nous arrachent aux contingences de ce bas monde.</p>
<p><strong>Juan Sancho</strong> incarne d’entrée de jeu la superbe d’un Belshazzar plus vrai que nature (« Let festal joy triumphant reign ! »), crâneur et jouisseur que tout, absolument tout oppose au hiératisme de sa mère. Pas besoin de mise en scène ni même de mise en espace pour croire à la vérité du personnage. Cette partie relativement centrale flatte le métal du ténor, sonore et brillant. Rencontre idéale de deux tempéraments, de deux énergies, le duo de Nitocris et Belshazzar au I se déroule sous haute tension et cristallise un conflit insoluble.</p>
<p>	Quelques raucités semblent trahir une légère indisposition, mais <a href="https://www.forumopera.com/actu/questionnaire-de-proust-raffaele-pe"><strong>Raffaele Pe</strong></a> gère admirablement un instrument que nous découvrons pour la première fois en <em>live </em>et dont la dynamique ne laisse pas d’impressionner. De la puissance, mais aussi et surtout une grande finesse dans l’expression, avec une imparable justesse de ton, de l’autorité sereine (« O sacred oracles of truth ») à l’ironie enjouée (« Can the black Ethiop change his skin »). Le contre-ténor au grain satiné s’autorise des mélopées rappelant le chant des rabbins sur les fameuses paroles de la prophétie « MENE, TEKEL, PERES » qu’il élucide pour Nitocris.  Un cran en-dessous, avec tout le respect que nous devons à cette artiste stylée et au parcours estimable, le Cyrus de <strong>Mary-Ellen Nesi</strong> peine à animer des récitatifs qui nous inclineraient presque à penser que Haendel n&rsquo;a pas assez coupé dans la matière profuse de Jennens. Les éclats martiaux mettent en valeur son mezzo svelte et incisif, mais elle ne nous convainc pas dans le registre de la compassion. Les constats s’inversent pour le Cobrias de <strong>Stephan MacLeod</strong>. Les accents du père affligé désarment par leur tendresse, mais faute de mordant et de noirceur, sa colère n’a pas le relief attendu (« Behold the monstrous human beast »).</p>
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		<item>
		<title>HAENDEL, Belshazzar — Paris (Pleyel)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/une-orgie-non-mais-un-festin-pompeux/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 18 Dec 2012 15:22:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  De tous les oratorios de Haendel, Belshazzar est sans doute l’un de ceux qui s’éloignent le plus de l’opéra, non pas tant parce qu’y sont évoqués des événements « irreprésentables », comme l’apparition de la main de Dieu qui vient écrire les mots fatidiques sur le mur de la salle où festoient les Babyloniens, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			De tous les oratorios de Haendel, <em>Belshazzar </em>est sans doute l’un de ceux qui s’éloignent le plus de l’opéra, non pas tant parce qu’y sont évoqués des événements « irreprésentables », comme l’apparition de la main de Dieu qui vient écrire les mots fatidiques sur le mur de la salle où festoient les Babyloniens, mais parce qu’en sont absents les affects propres au genre scénique, surtout à cette époque. Un jeune monarque orgueilleux, sa mère impuissante, un prophète hébreu, un conquérant perse : entre ces personnages, aucun tendre sentiment amoureux ne trouve à s’épanouir (même Nitocris face à son fils est plus reine affligée que mère aimante), et c’est là un obstacle au développement d’arias plus spécifiquement opératiques : l’affrontement final entre Cyrus et Balthazar ne donne pas lieu non plus à la grande scène qu’on attendrait, par exemple. On reste donc bien dans le domaine du drame religieux, là où même <em>Le Messie</em> ménage des moments d’intense sensibilité, là où <em>Theodora </em>permet une véritable représentation théâtrale des événements décrits par la musique.<br />
			<br /><strong>William Christie</strong> a donc logiquement opté pour une approche privilégiant la majesté de préférence à l’ardeur, la noblesse de préférence à la fougue. On se situe bien ici dans un univers radicalement opposé à celui qu’avait créé René Jacobs pour la série de représentations données à Berlin, à Aix-en-Provence et à Toulouse entre 2008 et 2011. Là où le chef gantois dirigeait un orchestre poussant l’expressivité jusqu’aux limites de la dissonance, le fondateur des <strong>Arts Florissants </strong>observe une retenue plus froide et donne à l’œuvre un côté Grand Siècle qui met en valeur les moments de pompe guerrière. Le chœur est toujours un protagoniste essentiel de l’action, il déclame son texte avec une grande netteté dans ses dialogues avec les solistes, et exécute avec maestria les nombreux passages vocalisants dans lesquels William Christie impose des tempos très allants. On remarque d’ailleurs que là où Jacobs détachait six membres du chœur pour leur confier régulièrement des interventions en solo, il n’en va pas de même ici, où seuls Arioch, le Messager et les trois Sages interrogés par Balthazar sont des membres du chœur chantant en soliste.</p>
<p>			 </p>
<p>			Parmi l’équipe de chanteurs auxquels sont confiés les rôles du drame, plusieurs étaient d’ailleurs présents lors des représentations du spectacle monté par Christof Nel pour le Staatsoper. <strong>Jonathan Lemalu</strong>, présent à Toulouse mais pas à Aix, offre en Gobrias une vraie voix de basse et compose un personnage plus véhément que ne l’était son confrère Neal Davies sur le DVD Hamonia Mundi (le programme de la salle Pleyel annonçait initialement Christopher Purves, qui vient d’enregistrer un disque d’airs haendéliens chez Hyperion). Parmi les « revenants », il y a bien sûr l’excellente <strong>Rosemary Joshua</strong>, pour qui la reine Nitocris n’a plus de secrets ; elle tenait déjà le rôle dans le concert dirigé à Paris en 2005 par Paul McCreesh. Après Semele, une de ses grandes incarnations, la soprano galloise continuer à marcher sur les traces de la Francesina, cette chanteuse qui créa aussi le rôle-titre de <em>Deidamia </em>ou Iole dans <em>Hercules</em>, entre autres, bien qu&rsquo;il soit permis de se demander ce que donnerait ici une voix tout aussi agile mais plus opulente. Là où René Jacobs confiait Daniel à une voix de mezzo et Cyrus à un contre-ténor, William Christie fait le choix inverse : au général perse, une voix capable de fougue et de mordant, au prophète, un timbre plus éthéré (c’est également le choix qu’avait fait Trevor Pinnock pour son intégrale de 1991). Curieusement, nous en sommes arrivés au point où l’on distribue désormais à des contre-ténors des rôles initialement créés par des femmes – le rôle de Daniel fut écrit pour la contralto Susannah Maria Cibber –, alors que ce fut longtemps l’inverse : <strong>Iestyn Davies</strong> a une voix très sonore, mais qui pourrait être plus expressive, alors que l’Australienne <strong>Caitlin Hulcup</strong> souffre du problème inverse, son engagement dramatique ne compensant qu’en partie le déficit de décibels qui l’empêche parfois de se faire vraiment entendre par-dessus l’orchestre (qu’aurait donné Sarah Connolly, d’abord annoncée dans le rôle ?). Reste <strong>Allan Clayton</strong>, qu’on a surtout entendu en France dans le répertoire du XIXe siècle (<em>Béatrice et</em> <em>Bénédict</em>), du XXe (<em>Albert Herring</em>), voire du XXIe (<em>Written on Skin</em>), mais qui n’en fait pas moins en pays anglophones une fort belle carrière de ténor baroque : il fut récemment à Londres un magnifique Castor dans <em>Castor et Pollux</em> à l’ENO, et il campe ici un superbe roi, même si son ivresse de l’acte II, pas seulement chantée mais aussi jouée, rappelle un peu l’Albert de Britten après qu’il a bu de la limonade mêlée de whisky. Dommage que la partition ne lui laisse pas plus d’occasions de déployer son talent, mais espérons qu’il reviendra bientôt en France en montrer d’autres facettes.</p>
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		<item>
		<title>Belshazzar</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/belshazzar-compte-pese-et-divise/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 21 Jun 2011 07:56:58 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« Mané, Thécel, Pharès », écrivit la main de Dieu sur le mur lors du festin du roi de Babylone Balthazar, profanateur des vases sacrés du temple de Jérusalem, et le prophète Daniel interpréta ainsi ces trois mots : « Tes jours sont comptés, tu ne pèses guère dans la balance, et ton royaume sera divisé ». Pour mettre en &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>          « Mané, Thécel, Pharès », écrivit la main de Dieu sur le mur lors du festin du roi de Babylone Balthazar, profanateur des vases sacrés du temple de Jérusalem, et le prophète Daniel interpréta ainsi ces trois mots : « Tes jours sont comptés, tu ne pèses guère dans la balance, et ton royaume sera divisé ». Pour mettre en scène la dernière collaboration de Haendel avec celui que d’aucuns considèrent comme son Da Ponte ou son Hofmannsthal – Charles Jennens avait déjà collaboré avec le compositeur pour <em>Saul</em>, pour <em>Israel in Egypt</em> (probablement), pour <em>L’Allegro, il Penseroso ed il Moderato </em>et pour <em>Le</em> <em>Messie</em> –, <strong>Christoph Nel </strong>semble lui aussi avoir tout « compté, pesé et divisé ». Il sait animer les récitatifs et les da capo, notamment en maintenant presque toute la distribution constamment en scène, on ne s’ennuie jamais, mais un certain minimalisme esthétique est ici de règle. De fait, comment représenter de manière adéquate ces événements (scènes de guerres, manifestations surnaturelles) que la formule de l’oratorio permettait précisément d’évoquer sans jamais devoir les montrer ? Notre époque, friande d’opéra haendelien, impose la visualisation de partitions qui n’ont pas été conçues pour cela ; dès lors, il faut bien négocier avec les données de ce qui ne devait faire théâtre que dans l’esprit des auditeurs. A moins d’oser la transposition radicale, et de pouvoir réussir ce coup de bluff comme l’a fait Claus Guth dans son extraordinaire <em>Messie</em> de Vienne.</p>
<p><strong>Roland Aeschlimann</strong> a souvent collaboré avec Christoph Nel. De ce scénographe réputé et, depuis peu, metteur en scène (<em>La Damnation de Faust </em>à Bruxelles, <em>Parsifal</em> à Genève), on connaît le goût pour les formes géométriques et les grandes plages de couleur vive. On retrouve ici le « bleu Aeschlimann », qui n’a d’ordinaire rien à envier au bleu Klein en termes de luminosité (voir l’<em>Orfeo</em> monté par Trisha Brown ou le <em>Tristan </em>de Glyndebourne), mais les éclairages presque uniformément crépusculaires d’<strong>Olaf Freese</strong> lui retirent une grande partie de son impact : seul l’usage des « poursuites » arrache les protagonistes à cette pénombre systématique. Jolie pénombre, du reste, avec ses (sous-)éclairages tantôt rasants, tantôt zénithaux, tantôt frontaux. Quant aux costumes ternes de <strong>Bettina Walter</strong>, ils sont d’un dépouillement extrême ; la seule excentricité concerne Belshazzar, affublé d’un pantalon dont l’ampleur fait craindre pour sa vie chaque fois qu’il prend appui sur de minuscules pitons pour escalader ou descendre le décor en degrés, et dont la couronne démesurément haute rappelle les accessoires du <em>regietheater </em>à la Willy Decker (sans oublier la hache de bûcheron – dorée, certes – qu’il brandit tout au long des trois actes). Par une coïncidence amusante, l’Indien Bejun Mehta porte, sous une veste rouge vaguement militaire, une longue tunique à la Nehru.</p>
<p> </p>
<p>On connaît mieux la haendelienne <strong>Rosemary Joshua</strong> dans le registre de la gaieté et de la séduction (elle fut une superbe Sémélé et une splendide Poppea dans <em>Agrippina</em>). Sa réincarnation en reine éplorée et mère éprouvée n’en est pas moins convaincante et musicalement admirable, même si elle ressemble plutôt à la grande sœur qu’à la mère de Belshazzar, malgré sa perruque grise. L’exploit n’est pas mince que d’avoir su transformer en bête de scène un <strong>Kenneth Tarver</strong> dont on a pu apprécier la gaucherie souriante dans <em>Fra Diavolo</em> à l’Opéra-Comique. Face au jeu réaliste des autres protagonistes, Belshazzar s’inscrit dans une autre dimension. Le roi que ses ennemis appellent « the monstrous human beast » apparaît comme un être étrange, irréel : poses figées de danseur, yeux exorbités comme un acteur de cinéma muet, attitudes démonstratives, déhanchements suggestifs et mimiques inquiétantes. Bien avant d’avoir un seul mot à chanter, il arpente la scène et vient embrasser à pleine bouche les choristes hommes et femmes pour indiquer le vice qu’il incarne. Le personnage fascine incontestablement, mais existe beaucoup moins dès que l’on ferme les yeux : ce n’est pas par son expressivité que brille cette voix jeune et agile.</p>
<p>Alors que notre confrère Maurice Salles la jugeait « tout ensemble présente et absente » lors de la reprise récente du spectacle à Toulouse, <strong>Kristina Hammarström</strong> en 2008 semble surtout transparente, et peine à incarner un Daniel convaincant, susceptible de faire le poids face aux tempéraments qui l’entourent ; c’est moins la chanteuse qui est en cause que l’actrice, qu’à aucun moment on ne sent habitée par son rôle de prophète, comme pouvait l’être l’inoubliable Lorraine Hunt dans le même répertoire.</p>
<p>Partagé entre l’affliction et le désir de vengeance, Gobryas est un peu l’homologue mâle de la Cornelia de <em>Giulio Cesare</em>, et <strong>Neal Davies</strong> en est l’interprète émouvant. Cyrus est en revanche un personnage bien plus mûr que Sesto, d’une tout autre carrure, et <strong>Bejun Mehta</strong> lui rend pleinement justice. Jamais à court de virtuosité, il sait aussi déclamer son texte, et il est avec Rosemary Joshua le seul à véritablement donner un sens aux mots qu’il prononce.</p>
<p> </p>
<p>En scène d’un bout à l’autre du spectacle, les choristes du <strong>RIAS Kammerchor</strong> – et les six excellents solistes anglophones qui les accompagnent – ont la lourde tâche d’incarner tantôt les compagnons de débauche de Balthazar, tantôt les Hébreux entourant Daniel, tantôt l’armée de Cyrus. Le passage des uns aux autres n’étant matérialisé que par un changement de costume minimal (quelques-uns troquent leur couronne de pampres contre un bandeau rouge ou un calot gris), c’est à leurs attitudes qu’il revient d’exprimer l’appartenance à un groupe : Babyloniens paillards et avachis, ils deviennent en un instant des Juifs accablés et fervents, ou des Perses vifs et belliqueux. </p>
<p> </p>
<p>Maître d’œuvre, <strong>René Jacobs</strong> dirige une musique qui n’a plus de secrets pour lui. Depuis son <em>Flavio</em> sorti en 1990, on connaît la vigueur de ses choix interprétatifs, notamment l’âpreté des cordes, dont les traits accompagnant l’apparition des mots fatidiques sont ici autant de morsures stridentes qui font quasiment de Haendel un précurseur du Bernard Hermann de <em>Psychose</em> ! Bref, l’oreille est plutôt à la fête, l’œil un peu moins, mais ce <em>Belshazzar</em> reste une version éminemment recommandable de l’œuvre, et la seule en DVD.</p>
<p> </p>
<p><strong>Laurent Bury</strong></p>
<p><strong> </strong></p>
<p> </p>
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		<item>
		<title>HAENDEL, Belshazzar — Toulouse</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/une-exaltante-symbiose/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maurice Salles]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 May 2011 08:14:56 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Depuis quelques années le Capitole de Toulouse s’ouvre au répertoire baroque, comme l’atteste en ce moment une nouvelle production de Belshazzar. Cet oratorio, créé en 1745, est le sixième que Haendel compose depuis 1735 ; il aime la liberté formelle que ce genre lui permet, en regard des contraintes de l’opera seria. Le livret, comme celui &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>          Depuis quelques années le Capitole de Toulouse s’ouvre au répertoire baroque, comme l’atteste en ce moment une nouvelle production de <em>Belshazzar</em>. Cet oratorio, créé en 1745, est le sixième que Haendel compose depuis 1735 ; il aime la liberté formelle que ce genre lui permet, en regard des contraintes de l’<em>opera seria</em>. Le livret, comme celui de <em>Saul</em> créé en 1739 est signé Charles Jennens. Cet érudit en guerre contre le déisme voit dans la prise de Babylone par les Perses la preuve historique &#8211; donc irréfutable &#8211; de la vérité des prophéties et par suite la confirmation que le Christ est le Messie et que son Eglise montre la voie du Salut.</p>
<p>L’habileté de Jennens, grand admirateur de Shakespeare (dont il avait entrepris la publication du théâtre complet), tient à la fois à l’insertion dans son texte de citations des Prophètes, pour valider sa thèse, et au traitement des personnages, auxquels il donne une présence et une épaisseur psychologique qui les rend vivants comme des personnages de théâtre, qu’il s’agisse des individus ou des peuples. Haendel y trouve matière à composer des pages riches de couleurs consacrées à des climats affectifs ou à des évocations imagées, sans renoncer à exploiter les ressources de la virtuosité vocale de ses interprètes, ce qui lui sera du reste reproché.</p>
<p>Il en résulte cette œuvre à première vue déséquilibrée, avec une première partie presque aussi longue que les deux autres. En fait, comme dans le théâtre tragique grec, une longue exposition précède le crime dont le châtiment sera la conclusion. Mais le sentiment final n’est ni la tristesse ni la pitié : c’est la sérénité, voire l’allégresse de ceux qui ont fait le bon choix en obéissant au vrai Dieu. Nitocris, Cyrus, Gobryas sont plus que des personnages : la méditation de la reine, qui associe la mort programmée des empires à la déconfiture de son fils, la révolte de Gobryas, vassal trahi et père blessé à mort, la noblesse de Cyrus, stratège habile et vainqueur magnanime, sont celles d’êtres  véritablement humains, tout comme Daniel et Belshazzar, le premier pour ses aspirations mystiques et le second dans son tempérament de jouisseur et sa crainte du surnaturel. </p>
<p>Ces profils différents, Haendel les habille sur mesure, et ces abstractions prennent corps devant nous au fil des récitatifs et des airs. Privilège des Toulousains, la production qui leur arrive a vu le jour en 2008, avec (hormis Neal Davis qui interprétait alors Gobryas) les mêmes artistes. C’est dire qu’elle a désormais le poli et le fluide des œuvres entièrement maîtrisées, et que la symbiose qui s’est créée donne à l’exécution un influx vital qui subjugue et emporte. N’est-ce pas toujours le cas avec <strong>René Jacobs </strong>? Ses choix d’interprétation peuvent faire parler, ils ne laissent jamais indifférent. Son <em>Belshazzar</em> n’a pas, çà et là,  les douceurs ou l’amertume de certaines versions, mais il a une vigueur parfaitement admissible dans le contexte guerrier et la volonté militante de Jennens. Cette énergie s’accompagne d’une précision et d’un fini admirables comme à l’accoutumée avec ce chef et <strong>l’Akademie für Alte Musik</strong> ; bassons, hautbois (Xenia Löffler) trompettes et continuo sont dans une course de fond hérissée d’obstacles qu’ils surmontent  brillamment, sur le champ soutenu des cordes, dont l’éloquence méduse dans ses enchaînements de nuances.</p>
<p>Les chanteurs ne sont pas en reste : <strong>Jonathan Lemalu</strong>, Gobryas à la fois émouvant et imposant, <strong>Kenneth Tarver</strong>, Belshazzar halluciné, provocant et névrosé, <strong>Kristina Hammerström</strong>, Daniel inspiré, tout ensemble présent et absent, <strong>Rosemary Joshua</strong>, reine intelligente et mère sensible, <strong>Bejun Mehta</strong>, Cyrus charismatique, réfléchi et généreux, tous ont les moyens vocaux de leurs rôles et ils en restituent toute la complexité en respectant rigoureusement les affects. On s’extasie bien sûr sur l’étendue vocale et l’homogénéité d’untel, on distingue bien la virtuosité plus grande d’un autre dans l’exécution rapide des vocalises, mais outre que l’écriture ne les sert pas tous de la même façon, au-delà des performances individuelles, c’est dans le sentiment d’une adéquation et d’une conjonction exceptionnelles que l’admiration satisfaite se prolonge jusqu’à l’euphorie. Evidemment le <strong>RIAS kammerchor</strong> n’est pas étranger à cette félicité : non seulement la cohésion, la justesse, la précision, l’expressivité sont telles que la réputation du chœur les faisait attendre mais ces qualités sont maintenues à leur plus haut niveau alors même que la participation des choristes au spectacle est très physique, compte tenu de l’engagement scénique qui leur est demandé.</p>
<p>Dans le décor unique et monumental de <strong>Roland Aeschlimann</strong>, composé d’énormes parallélépipèdes empilés et susceptibles de coulisser qui figurent les murailles de Babylone que Cyrus investira, derrière lesquelles les Babyloniens le défient en ricanant, où les Juifs retenus captifs rêvent de la délivrance autour de leur prophète, l’espace devient aussi bien le palais de Belsahzzar que la masure de Daniel ou un terre-plein pour l’armée des Perses. Les costumes de <strong>Bettina Walter</strong> sont assez neutres pour qu’un simple jeu d’ornements pour la coiffure permette aux choristes d’être successivement et sans coupures temporelles chacun des peuples concernés ; ils adoptent aussitôt le climat affectif correspondant. <strong>Mikael Tordjmann</strong> a dû mettre tous ses soins à réaliser les lumières conçues par <strong>Olaf Freese</strong>, avec des effets de clair obscur qui fascinent à la manière de Rembrandt. C’est sans doute aussi le cas de <strong>Christoph von Bernuth </strong>qui restitue la mise en scène de <strong>Christof Nel</strong>. Les masses y sont traitées avec une virtuosité rare, les déplacements et la disposition des choristes étant parfois très proches de chorégraphies toujours adaptées aux couleurs de la situation. Les attitudes respectives des personnages, leurs déplacements, leur position dans l’espace – tout particulièrement pour Belshazzar -, tout a été pensé pour créer des effets dramatiques au service du texte et des situations. Il en résulte une vie du plateau qui accompagne sans faille la succession des airs et des récitatifs, et résonne en phase avec la composition musicale. Ce travail splendide, un DVD dont la sortie est prévue la semaine prochaine devrait en donner une idée fidèle.</p>
<p>On ne s’étonnera donc pas que l’euphorie dont nous parlions, largement partagée, ait valu un triomphe interminable aux participants au premier rang desquels un René Jacobs visiblement satisfait.</p>
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