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	<title>Der Kaiser von Atlantis - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
	<lastBuildDate>Thu, 24 Apr 2025 19:08:01 +0000</lastBuildDate>
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	<title>Der Kaiser von Atlantis - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>KaiserRequiem à la Philharmonie de Paris : Ullmann et Mozart face à l’abîme</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/kaiserrequiem-a-la-philharmonie-de-paris/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Maxime Pierre]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Apr 2025 16:16:42 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À la Philharmonie de Paris, les 7 et 8 mai 2025, l&#8217;Orchestre de Paris, sous la direction d&#8217;Omer Meir Wellber, propose un programme audacieux intitulé&#160;KaiserRequiem . Ce concert met en dialogue deux œuvres majeures : l&#8217;opéra de Viktor Ullmann,&#160;Der Kaiser von Atlantis, oder die Tod-Verweigerung (L&#8217;Empereur d&#8217;Atlantis ou le Refus de la mort), et le célèbre&#160;Requiem&#160;de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div>
<p><span data-olk-copy-source="MessageBody">À la Philharmonie de Paris, les 7 et 8 mai 2025, l&rsquo;Orchestre de Paris, sous la direction d&rsquo;Omer Meir Wellber, propose un programme audacieux intitulé&nbsp;<u><a id="OWA6eeca2ea-c51b-f4bb-4eb8-192bf9e0edd0" title="https://mibc-fr-11.mailinblack.com/securelink/?url=https://philharmoniedeparis.fr&amp;key=eyJsYW5nIjoiRlIiLCJ1cmwiOiJodHRwczovL3BoaWxoYXJtb25pZWRlcGFyaXMuZnIvZnIvYWN0aXZpdGUvY29uY2VydC1zeW1waG9uaXF1ZS8yNzE5My1vcmNoZXN0cmUtZGUtcGFyaXMtb21lci1tZWlyLXdlbGxiZXIiLCJ0b2tlbiI6ImdBQUFBQUJvQjk4a0g5QUdUZFhzQWZNTV9qRkh1MUZfaUhQVTRJb3ktLUNEcjJEWkl2Mjh3NTNiQXM4OUtqTW01endGaGxja3FyaWhBSFJNMjRQQzRqZ3NCRUc2Njk3TnM1R3gzVFA1TTRRNDlOUW11SlJoc0w2UHVQMlBQTU9Gei1HUWNkd0xtLS1wNUtpMDdDcFF0ZUlGdW56X3ZLLVN6ME9BYjV2NUloLXA0eTVSZUhTazZGS3ZCc3NPLWxqcF9nMU5Qb2gxLVNVREE1a1pUR3RfVVFSSmM3VXZtaFJkV1lIWjFkSWNnVlUxcEJwdE5kYXF4TGV6WlVVUGFUQVBrRUQxUmZLemVEZ3drMXZOUEJqZzJ4T2RqSml3dHNBZ2NfYjlEcm93Y05DZzVkV1R2Zjk5Zms2RmNXNXduRVE1M08yZVBxd2lfbDUyIn0=" href="https://philharmoniedeparis.fr/fr/activite/concert-symphonique/27193-orchestre-de-paris-omer-meir-wellber" target="_blank" rel="noopener noreferrer" data-auth="NotApplicable" data-linkindex="0">KaiserRequiem</a></u> . Ce concert met en dialogue deux œuvres majeures : l&rsquo;opéra de Viktor Ullmann,&nbsp;<i>Der Kaiser von Atlantis, oder die Tod-Verweigerung (L&rsquo;Empereur d&rsquo;Atlantis ou le Refus de la mort)</i>, et le célèbre&nbsp;<i>Requiem</i>&nbsp;de Mozart.</span></p>
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<p>Composé en 1943 dans le camp de Theresienstadt,&nbsp;<i>Der Kaiser von Atlantis</i>&nbsp;est une œuvre singulière et bouleversante. Sur un livret du poète Peter Kien, également interné, cette œuvre allégorique dénonce l’absurdité des régimes totalitaires. L’empereur Überall — transparent avatar d’Hitler — pousse le monde à une guerre totale si absurde que la Mort elle-même refuse d’y collaborer. L’opéra, aux accents tantôt sarcastiques, tantôt lyriques, n’a jamais pu être représenté du vivant de ses auteurs, tous deux déportés à Auschwitz peu après sa composition.</p>
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<p>À cette méditation grinçante sur le pouvoir et l’humanité fait écho le&nbsp;<i>Requiem</i>&nbsp;de Mozart, ultime chef-d’œuvre inachevé du compositeur, dont la part de mystère continue de nourrir les interprétations les plus diverses. <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="https://www.forumopera.com/breve/streamings-et-radios-ullmann-et-mozart-ensemble-tresses/"><i>KaiserRequiem</i></a>&nbsp;offre une méditation profonde sur la finitude humaine.</p>
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<p>Autour d’Omer Meir Wellber, le plateau réunit la soprano Rebecca Nelsen (soprano), Christel Loetzsch (mezzo-soprano), JunHo You (ténor), Evan Hughes (basse), et le Chœur de l’Orchestre de Paris dirigé par Richard Wilberforce.</p>
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<p><b>Informations pratiques&nbsp;</b>:</p>
<p><span style="font-size: revert; font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif; font-weight: inherit;">Les 7 et 8 mai 2025</span></p>
<p><span style="font-family: -apple-system, BlinkMacSystemFont, 'Segoe UI', Roboto, Oxygen-Sans, Ubuntu, Cantarell, 'Helvetica Neue', sans-serif; font-size: revert; font-weight: inherit;">Grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris.</span></p>
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<p>Durée : 1h45 avec entracte</p>
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		<title>Der Kaiser von Atlantis</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/der-kaiser-von-atlantis-o-mort-ou-est-ton-aiguillon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 25 Jul 2022 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La pandémie nationaliste et belliciste, la résurgence de l’antisémitisme, le négationnisme, la guerre à nos frontières, donnent à cet opéra un relief singulier, et justifient déjà sa reprise, plus fréquente depuis quelques années. Der Kaiser von Atlantis nous concerne plus que jamais par le message et les interrogations qu’il véhicule. Ouvrage concis, d’une incroyable force, &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>La pandémie nationaliste et belliciste, la résurgence de l’antisémitisme, le négationnisme, la guerre à nos frontières, donnent à cet opéra un relief singulier, et justifient déjà sa reprise, plus fréquente depuis quelques années. <em>Der Kaiser von Atlantis </em>nous concerne plus que jamais par le message et les interrogations qu’il véhicule. Ouvrage concis, d’une incroyable force, ses quatre tableaux sont encadrés d’un prologue et d’un épilogue. Les numéros sont brefs, incisifs, variés, avec quelques parenthèses orchestrales. La <em>Totentanz</em>, intermezzo sur un tempo di minuetto, qui ouvre le 2e tableau, renvoie à Mahler, avec une splendide introduction des cordes seules. De l’expressionnisme proche du <em>Pierrot lumaire</em>, du cabaret berlinois, un blues (<em>aria des Todes</em>), font bon ménage avec des récitatifs, des airs, des ensembles et même une passacaille (<em>aria des Trommlers</em>) et une berceuse (<em>Schlaflied</em> d’Harlekin).</p>
<p>Viktor Ullmann l’écrivit durant sa captivité à Terezin (*), dont les nazis prétendaient faire une vitrine, idyllique, visant à leurrer la Croix-Rouge en présentant le camp juif comme une station thermale, où l’activité artistique et intellectuelle était florissante, ce qui était le cas. Un nombre impressionnant d’écrivains, d’artistes et de musiciens y déployèrent toutes leurs facultés pour résister à la machine de mort. Peter Kien, le librettiste, aussi dessinateur, sera assassiné en octobre 1944, comme Viktor Ullmann.</p>
<p>Nous sommes immergés dans un monde lugubre, dévasté où l’Empereur « Overall l’unique » réalise sa guerre, absolue, générale. Six autres personnages, à mi-chemin entre la <em>commedia dell’ arte</em> et le cabaret : son porte-parole, sorte de directeur de cabinet, appelé Haut-parleur, la Mort, harassée par l’hécatombe, qui se met en grève. La haine se mue en amour pour le Soldat et Bubikopf, la jeune fille, coiffée « à la garçonne », qui l’affronte. La vie est bouleversée, les agonies interminables. Arlequin-Pierrot revit son enfance avec l’Empereur, frappé de folie. Aussi la Mort est-elle disposée à délivrer le peuple de la terrible malédiction, si le tyran consent à mourir le premier. Ce dernier, avant son trépas, fait ses adieux au Tambour, son vieux compagnon. Tous chantent alors le retour heureux de la Mort-délivrance parmi les hommes, comme Bach l’illustrait en son temps. Le finale, son choral lumineux, « Komm Tod, du unser werter Gast » [Viens, ô mort, toi notre cher invité] sur le timbre d’ « Ein’ feste Burg ist unser Gott », nous renvoient à la spiritualité luthérienne.</p>
<p>Formidable message de foi en l’homme, la parabole, riche d’un symbolisme et d’un humour grinçant, est entée de citations musicales, comme de références subtiles à la dictature et à la folie destructrice. L’effectif fut conditionné par les conditions de la création dans le camp. Celle-ci n’eut pas lieu, censurée. Les quinze musiciens (quintette à cordes, vents, dont un saxo alto, un harmonium, un piano, un clavecin, un banjo, une guitare et la percussion) autorisent une large palette colorée et expressive. L’écriture vocale, aux larges ambitus, impose de constants changements de registre, de la voix parlée, au <em>sprechgesang</em> et au chant lyrique (ainsi, le largo de l’air de la Mort, confié à la voix et au seul piano).</p>
<p>Le premier enregistrement fit date : le Gewandhausorchester de Leipzig dirigé par Zagrosek, avec une distribution superlative (Berry, Mazura, Vermillion…), en 1994. Deux autres lui succédèrent, dont celui d’Amaury du Closel en 2015 (<a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="/cd/der-kaiser-von-atlantis-degenere-regenere">Dégénéré ? Régénéré !</a>).  Le présent CD est donc le quatrième à voir le jour. Loin de faire doublon avec ses prédécesseurs, il marque sa différence par sa maîtrise, son homogénéité et le souci constant de la vie dramatique.</p>
<p>L’orchestre se montre virtuose comme chambriste (Orchestre de la Radio Bavaroise) sous la baguette de <strong>Patrick Hahn</strong>. Les timbres s’y marient, acides comme séduisants. Trois basses ou barytons-basses : <strong>Adrian Eröd</strong>, dont le jeu comme la voix sont exemplaires pour camper l’Empereur Overall , <strong>Lars Woldt</strong>, le haut-parleur, trouve les sonorités pour faire ses annonces (« Hallo, Hallo ! »), quant à la Mort, confiée à <strong>Tareq Nazmi</strong>, ses airs et duos sont aussi justes et forts. <strong>Johannes Schulm</strong>, tout à tour Harlekin et le Soldat, est un ténor vaillant. Le Tambour est confié à la mezzo <strong>Christel Loetzsch</strong>, au très large ambitus, qui se joue des difficultés de la partition, particulièrement dans la passacaille. <strong>Juliana Zara</strong> est Bubikopf, la jeune fille qui combat le Soldat. Tous sont parfaits. Qui plus est, l’articulation de l’allemand est telle que l’auditeur de culture française perçoit clairement le texte. Une belle réalisation, nouvelle référence d’un ouvrage qui maintenant s’affiche au programme d’un nombre croissant de maisons d’opéra.</p>
<p>Seul – petit – regret : le minutage (52&rsquo;53) autorisait un complément. Il y a tant à découvrir de l’œuvre de Viktor Ullmann.</p>
<p> </p>
<p>(*) 139 654 juifs furent déportés à Theresienstadt (Terezin). La forteresse, prévue pour 7000 personnes, entassa quelque 60 000 déportés. 33 419 y moururent, 88 196 furent transférés dans d’autres camps, dont 86934 à Ausschwitz, dont fort peu sortirent vivants. 276 furent livrés à la Gestapo, 1623 parvinrent en pays neutre, 764 s’enfuirent. Le 9 mai 1945, 16 832 avaient survécu à Terezin.</p>
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		<item>
		<title>ULLMANN, Der Kaiser von Atlantis — Nantes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-kaiser-von-atlantis-nantes-terezin-le-refus-de-la-mort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Tania Bracq]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Nov 2015 11:32:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quand Viktor Ullmann met en musique le livret de Petr Kien, nous sommes en 1943 et les deux artistes écrivent à Terezin. Ils y passent deux années avant d&#8217;être déportés à Auschwitz d&#8217;où ils ne reviendront pas. Le camp réunit nombres d&#8217;artistes et d&#8217;intellectuels et se veut la vitrine d&#8217;une certaine « exemplarité concentrationnaire » pour le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand Viktor Ullmann met en musique le livret de Petr Kien, nous sommes en 1943 et les deux artistes écrivent à Terezin. Ils y passent deux années avant d&rsquo;être déportés à Auschwitz d&rsquo;où ils ne reviendront pas. Le camp réunit nombres d&rsquo;artistes et d&rsquo;intellectuels et se veut la vitrine d&rsquo;une certaine « exemplarité concentrationnaire » pour le IIIe Reich. La vie culturelle y est intense en dépit de conditions de vie éminemment difficiles. La censure toutefois règne et la satire de l&rsquo;Allemagne contemporaine est suffisamment transparente à l&rsquo;époque pour que le <em>Kaiser von Atlantis</em> ne passe jamais le stade de la répétition générale. La première représentation n&rsquo;aura lieu qu&rsquo;en 1975 à Amsterdam.</p>
<p>L&rsquo;Arcal reprend cet automne à Nantes sa création du théâtre de l&rsquo;Athénée et de l&rsquo;Opéra de Reims. La fable est grinçante : l&rsquo;Empereur Overall &#8211; über alles &#8211; déclare une guerre totale « de tous contre tous » et impose à la Mort un rythme effréné que cette dernière refuse : désormais, on exécute, mais la mort ne survient plus. « Les soldats blessés à mort luttent contre la vie afin de pouvoir, enfin, mourir » et ainsi l&rsquo;amour peut enfin éclore entre deux ennemis d&rsquo;hier. Impuissant, le dictateur appelle la mort de ses vœux pour enfin reposer ; et celle-ci, pour lui, reprend enfin du service. La mort-délivrance, une idée déchirante quand l&rsquo;on songe à la situation d&rsquo;Ullmann et de Kien écrivant l&rsquo;opéra.</p>
<p><em>Der Kaiser von Atlantis</em> est donc une fable cathartique, permettant à ses créateurs de tenir la terreur à distance ; or elle semble moins aigre ou révoltée que douce-amère. La belle mise en scène de <strong>Louise Moaty</strong>, toute de sobriété et de poésie, accentue la profonde humanité du propos plutôt que d&rsquo;en marteler lourdement la noirceur. Les tableaux se succèdent en grisailles subtiles dans les belles lumières de <strong>Christophe Naillet</strong>. Encadrant un échafaudage-mirador, la scénographe <strong>Adeline Caron</strong> joue de trois parachutes qui gonflent leurs voiles ou s&rsquo;effondrent au sol au fil du spectacle. Le spectateur les associe spontanément à l&rsquo;espoir, mais la jeune fille le détrompe : ils sont nuages et occultent la vue, nous empêchant de voir par-delà les apparences. De même, la mort n&rsquo;est pas mauvaise, elle est « mort-jardinière&#8230; celle qui moissonne les souffrances ».</p>
<p>Banjo, saxophone&#8230; L&rsquo;oeuvre fut composée pour les musiciens présents dans le camp ce qui offre une sonorité forcement inhabituelle à l&rsquo;auditeur d&rsquo;autant plus que la partition joue des univers musicaux comme un hommage ou un écho d&rsquo;un temps révolu, celui de la liberté. Viktor Ullmann déambule du bel canto au jazz en passant par des citations de Weill, Berg et même Bach dont l&rsquo;évocation de la cantate <em>Ein feste Burg ist unser Gott </em>(alors en faveur chez les nazis) clôt la représentation. Les musiciens d&rsquo;Ars Nova sous la baguette précise de <strong>Philippe Nahon</strong> servent le propos avec justesse et une belle maitrise, adoptant des tempi enlevés et s&rsquo;interdisant tout pathos excessif.</p>
<p>La distribution vocale quant à elle n&rsquo;a pas de grands airs pour briller mais <strong>Pierre-Yves Pruvot</strong> et <strong>Wassyl Slipak </strong>dessinent deux personnages particulièrement prenant scéniquement et vocalement. A leurs côtés, <strong>Sébastien Obrecht </strong>et <strong>Natalie Perez s</strong>ont justes et touchants bien que le ténor semble peu à l&rsquo;aise dans les aigus de sa tessiture. Le vibrato rapide d&rsquo;<strong>Anna Wall </strong>empêche la rondeur du son et on souhaiterait plus de puissance dans la projection mais elle ne démérite pas pour autant. Ces petites réserves d&rsquo;ailleurs ne nuisent pas à l&rsquo;essentiel. Le spectacle est poignant, onirique et évite avec finesse le travers de la démonstration. Le monde tourne de travers quand la vie ne sait plus rire, ni la mort pleurer&#8230; Mais la vie gagne toujours quand l&rsquo;art entre en résistance.</p>
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		<title>Der Kaiser von Atlantis</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/der-kaiser-von-atlantis-degenere-regenere/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 16 Apr 2015 05:56:57 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Composée en 1943 au camp de Terezin, retrouvée en 1972 et créée en 1975, la partition de L’Empereur d’Atlantis connaît une nouvelle vie depuis le cinquantenaire de la mort tragique du compositeur Viktor Ullmann, gazé en 1944. Rien qu’en France, après la création au Centre Pompidou en 1995, l’œuvre a été donnée Salle Favart en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Composée en 1943 au camp de Terezin, retrouvée en 1972 et créée en 1975, la partition de <em>L’Empereur d’Atlantis </em>connaît une nouvelle vie depuis le cinquantenaire de la mort tragique du compositeur Viktor Ullmann, gazé en 1944. Rien qu’en France, après la création au Centre Pompidou en 1995, l’œuvre a été donnée Salle Favart en janvier 1998 (en français), en tournée dans la région Rhône-Alpes en 2006, à l’opéra de Lyon en 2013, et encore le mois dernier à Dijon. En 2014, l’Arcal la proposa en tournée, à Nanterre, Reims, Paris, Niort, Poitiers, Massy, Saint-Quentin : on retrouvait, dans la distribution, Pierre-Yves Pruvot et Wassyl Slipak, déjà présents en 2011-2012 lorsque le Forum des Voix Etouffées organisa les concerts dont le présent disque est l’écho.</p>
<p>Evidemment, en 1994, pour graver l’enregistrement qui révéla au monde <em>Der Kaiser von Atlantis</em>, Decca n’y était pas allé avec le dos de la cuiller, et avait carrément convoqué deux des gloires passées du chant allemand : Franz Mazura, le Gunther et le Dr Schöne de Chéreau, pour en Haut-Parleur, et rien moins que Walter Berry dans le rôle de la Mort. Le reste de la distribution incluait quelques très belles voix encore très loin de la fin de carrière : Christiane Oelze, Iris Vermillion, ou le ténor Herbert Lippert, dirigées par Lothar Zagrosek (pour mémoire, en mentionnera aussi le disque sorti peu après, chez Arabesque). Le présent disque, que le label Karusel Music fait paraître dans sa série « Suppressed Music » (qui n’est pas sans rappeler « Entartete Musik » chez Decca), ne peut proposer aucune tête d’affiche d’une notoriété comparable, mais fait appel à quelques noms familiers des mélomanes francophones.</p>
<p>Fondé en 2005 par le chef <strong>Amaury du Closel</strong>, l’Ensemble <strong>Voix Etouffées</strong> s’est donné pour but d’interpréter la musique des compositeurs réduits au silence par le régime nazi. La présente version de <em>L’Empereur d’Atlantis</em> bénéficie d’une réelle cohésion, assurée par le travail de préparation en amont. Pas de stars, peut-être, mais des chanteurs qui ont appris à se connaître, qui ont interprété l’œuvre en public, et qui lui confèrent une vie que le studio permet rarement.</p>
<p>Le seul point faible de la distribution vocale est la mezzo <strong>Sylvia Vadimova</strong>, dont on perçoit surtout le vibrato envahissant, avec un timbre sans grande consistance par ailleurs. Sans marquer durablement les esprits, <strong>Céline Laly</strong> accomplit plus dignement sa tâche, avec un rôle beaucoup plus bref. Les trois chanteurs qui se partagent les cinq rôles restants sont en revanche tout à fait convaincants, à commencer par le ténor américain <strong>John Bernard</strong>, aussi vibrant en Harlequin qu’en Soldat. Le baryton-basse ukrainien <strong>Wassyl Slipak</strong> possède une voix superbe de noirceur, avec toute l’autorité requise pour ses deux personnages (là où Walter Berry laissait inévitablement entendre l’usure naturelle de ses moyens). Au même niveau se situe <strong>Pierre-Yves Pruvot</strong>, les deux airs de l’Empereur étant ici plus que jamais les points culminants de l’œuvre, en particulier le monologue des adieux ; espérons que ce baryton français obtiendra bientôt dans son pays la reconnaissance qu’il mérite amplement.</p>
<p>En complément de programme, une œuvre qui justifie le sous-titre du disque, « La figure du tyran » : l’<em>Ode à Napoléon Bonaparte</em> de Schönberg, composée à la même époque que l’œuvre d’Ullmann, et à laquelle le baryton israélien <strong>Assaf Levitin</strong> prête une voix à 95% parlée, pleine de souplesse dans l’exercice de précision qu’exige la partition.</p>
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		<item>
		<title>ULLMANN, Der Kaiser von Atlantis — Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/der-kaiser-von-atlantis-oder-die-todverweigerung-dijon-lhumour-contre-limmonde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 11 Mar 2015 06:25:07 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/l-humour-contre-l-immonde/</guid>

					<description><![CDATA[<p>« On ne sort pas indemne d’une représentation de Der Kaiser von Atlantis » écrivait Christophe Rizoud au sortir d’une production récente à Paris, au Théâtre de l&#8217;Athénée. L’observation vaut toujours. Ecrit en 1943 et 1944 pour ses compagnons d’infortune par Viktor Ullmann sur un livret de Petr Kien, tous deux déportés au camp « modèle » de Theresienstadt &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>«<em> On ne sort pas indemne d’une représentation de Der Kaiser von Atlantis </em>» écrivait Christophe Rizoud au sortir d’une production récente à <a target="_blank" rel="noopener noreferrer" href="http://www.forumopera.com/spectacle/cest-la-mort-qui-console-helas">Paris, au Théâtre de l&rsquo;Athénée</a>. L’observation vaut toujours. Ecrit en 1943 et 1944 pour ses compagnons d’infortune par Viktor Ullmann sur un livret de Petr Kien, tous deux déportés au camp « modèle » de Theresienstadt (maintenant Terezin), l’ouvrage fut répété, puis interdit par la censure. Musicien et poète disparurent à Auschwitz où ils avaient été transférés. Le Haut-parleur, comme au Théâtre de la Foire, présente la fable, puis chacun des quatre tableaux. Arlequin, proche parent du <em>Pierrot lunaire</em>, déplore son misérable sort qu’il voudrait voir interrompu par la Mort. Celle-ci refuse : «<em> le rire qui se moque de lui-même est immortel</em> », d’autant qu’elle est lasse. Le Tambour annonce «<em> la guerre de tous contre tous </em>», décrétée par l’Empereur, ce qui va accroître le travail de la Mort. Elle brise son sabre et n’accomplira plus sa mission. Au deuxième tableau, le tyran apprend la nouvelle : les ravages de ses bombardements monstrueux sont sans effet. Ceux qu’il fait exécuter ne meurent plus. Pire ! la nouvelle de l’immortalité des hommes a transformé leur volonté de combattre en amour, plutôt que de se tuer l’un l’autre. Ainsi le Soldat s’éprend de la Jeune fille ennemie qu’il affronte les armes à la main. Le quatrième tableau peint le désordre né de cette singulière aventure. Les moribonds ne peuvent plus être libérés de leurs souffrances. Le délire est général, et l’Empereur lui-même est atteint. Les souvenirs d’enfance ressurgissent. La folie gagne. La Mort propose de reprendre son service si l’Empereur accepte d’en être la première victime. Marché conclu. Le finale sera chanté sur le « choral de Luther » dont le texte est évidemment modifié en un appel à «<em> honorer en nos frères les joies et les malheurs de la vie </em>».</p>
<p><strong>Benoît Lambert</strong>, dont les réussites dramatiques sont connues, aborde pour la première fois l’opéra, qu’il sert ici avec humilité et intelligence. Si nous sommes dans les ruines de béton d’un bunker, l’ouvrage prend une dimension universelle car il sait dépasser le contexte des conditions de son écriture, ce qui renforce les abondantes références et citations dont il est truffé. Les éclairages, les costumes, les maquillages nous transportent littéralement dans cet univers onirique, magnifié par une partition extraordinaire, concise, dense. Ullmann puise dans l’atonalité et les apports de l’école de Vienne lorsque le message est incisif, grinçant ou incertain. Mais sa palette sait se faire expressionniste ou lyrique en maints passages. La richesse harmonique, la trame contrapunctique n’écrasent jamais : le petit ensemble de 15 musiciens tchèques familiers de cette musique, remarquablement dirigés par <strong>Mihály Zeke</strong> nous ravit par ses couleurs et ses rythmes. Les timbres inaccoutumés à l’opéra du banjo, de l’harmonium, du saxophone alto créent cette ambiance proche de l’esprit du cabaret.</p>
<p><img fetchpriority="high" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/img_7477.jpg?itok=GS_VBDDH" title="Der Kaiser von Atlantis © Opéra de Dijon - Gilles Abegg" width="468" /><br />
	Der Kaiser von Atlantis © Opéra de Dijon &#8211; Gilles Abegg</p>
<p>L’écriture vocale requiert des moyens surprenants. Les ambiti sont larges, les émissions variées, du parlé au sprechgesang à la mélodie lyrique. La distribution n’accuse aucune faiblesse : les solistes de l’Académie de l’Opéra de Dijon, animés de l’esprit de troupe, s’y révèlent excellents. Le Haut-parleur, à la fois présentateur, commentateur du spectacle et secrétaire de l’Empereur, a le rôle le plus lourd. <strong>Jonathan Sells</strong>, remarquable basse-baryton, parvient à lui donner une réelle vie dramatique malgré sa fonction subalterne. La Mort est évidemment une basse. <strong>Conrad Schmitz</strong>, l’incarne avec justesse. A l’aise dans tous les registres, on attendait cependant des graves plus sépulcraux, même si le rôle ne pouvait être tenu par une basse profonde. L’Empereur, le dictateur fou de <strong>Christian Backhaus</strong>, s’humanise dans son délire et sait nous émouvoir. Le Soldat – on pense à <em>L’histoire du soldat</em> – est profondément humain. Le beau ténor de <strong>Benjamin Alunni</strong>, aux phrasés impeccables et au charme constant, nous ravit. Il en va de même d’ <strong>Antoine Chenuet</strong> qui campe un Arlequin superlatif : timbre séduisant, voix claire, jeu scénique  parfait. Le Tambour de <strong>Simone Schmitz</strong>, mezzo efficace, et la Jeune fille d’<strong>Yvonne Prentki</strong>, particulièrement à l’aise dans ses aigus, complètent harmonieusement la distribution.</p>
<p>Même si aucun auditeur ne peut ignorer les conditions dramatiques dans lesquelles l’opéra fut écrit, son humour, sa dérision et cette mise en scène efficace et drôle nous dispensent de l’accablement, de la morbidité. On en sort serein, grave et léger, comme nous y invite son finale.</p>
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		<title>La résistance s&#8217;organise à Dijon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/la-resistance-sorganise-a-dijon/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yvan Beuvard]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 20 Feb 2015 11:40:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Alors que des nuages lourds de menaces s’amoncellent sur le monde civilisé, l’Opéra de Dijon développe une thématique particulièrement courageuse et opportune : « Résistance par les arts ». En dehors de la mémoire de la Shoa, les ouvrages présentés n’apparaissent que rarement. Dépassant ce cadre et les replaçant dans leur contexte, un audacieux programme est offert à &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Alors que des nuages lourds de menaces s’amoncellent sur le monde civilisé, l’Opéra de Dijon développe une thématique particulièrement courageuse et opportune : « Résistance par les arts ». En dehors de la mémoire de la Shoa, les ouvrages présentés n’apparaissent que rarement. Dépassant ce cadre et les replaçant dans leur contexte, un audacieux programme est offert à tous les publics. Ainsi, l’opéra pour enfants <em>Brundibár</em>, de Hans Krása, qui rencontre actuellement un grand succès, en est-il le préambule. Confié à de jeunes interprètes de la Maîtrise, et à des instrumentistes tchèques, sous la direction d’<strong>Etienne Meyer</strong>, cet ouvrage très frais, réécrit à Terezin, bénéficie d’une mise en scène fort bien venue, de <strong>Christian Duchange</strong>. Le conte peut être lu comme la résistance des faibles et des opprimés. Ces derniers, après l’humiliation et les souffrances,  l’emporteront sur le tyran brutal. Un régal, pour petits et grands.</p>
<p><em>Der Kaiser von Atlantis</em>, de Viktor Ullmann, est aussi une fable : la Mort ne peut suivre le rythme imposé par l’Empereur et finit par abdiquer. Sujet bouleversant lorsque l’on sait que l’opéra fut composé à Terezin et que son créateur et ses interprètes seront déportés à Auschwitz d’où ils ne reviendront pas. Cet ouvrage en un acte sera dirigé par <strong>Mihaly Zeke</strong> avec les jeunes solistes de l’Académie de l’Opéra, dans la première mise en scène lyrique de <strong>Benoît Lambert</strong>. Les quatuors Pavel Hass et Bennewitz, héritiers des Talich et Prazak, s’inscriront dans la même démarche. Les salles traditionnelles, mais aussi des lieux variés les accueilleront (maison d’arrêt, centre commercial, écoles et collèges…). Un concert-lecture avec le quatuor Bennewitz, autour de textes écrits par ces anonymes qui tentèrent de faire droit à quelques instants de bonheur au milieu de l’horreur, sera suivi de <em>La guerre des salamandres</em>, chef d’œuvre de la littérature tchèque, à l’humour dévastateur.  Des moments rares en perspective.</p>
<p>Dijon, Opéra (Auditorium et Grand-Théâtre), du 11 au 21 mars 2015</p>
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		<title>ULLMANN, Der Kaiser von Atlantis — Paris (Athénée)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/cest-la-mort-qui-console-helas/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Jan 2014 18:13:47 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>  Est-il possible d&#8217;écouter Der Kaiser von Atlantis d&#8217;une oreille froide ? Les circonstances particulières de la composition de cet opéra en un prologue et quatre tableaux influent inévitablement sur l&#8217;impression qu’il laisse. C&#8217;est à Theresienstadt, camp de concentration modèle voulu par les Nazis pour masquer leurs exactions, que Petr Kien et Viktor Ullmann en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Est-il possible d&rsquo;écouter <em>Der Kaiser von Atlantis </em>d&rsquo;une oreille froide ? Les circonstances particulières de la composition de cet opéra en un prologue et quatre tableaux influent inévitablement sur l&rsquo;impression qu’il laisse. C&rsquo;est à Theresienstadt, camp de concentration modèle voulu par les Nazis pour masquer leurs exactions, que Petr Kien et Viktor Ullmann en conçurent livret et musique. Les artistes et intellectuels, nombreux à être parqués dans ce « paradis des juifs », favorisaient une vie culturelle intense, plus ou moins encouragée par leurs tortionnaires qui voyaient là un moyen de convaincre le monde extérieur de l&rsquo;innocence, voire de la vertu, de leur système mortifère. Déporté en 1942, Viktor Ullmann vécut à Theresienstadt deux ans avant d&rsquo;être envoyé dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau. Né en 1898, ce compositeur d’origine tchèque, avait fréquenté la classe d’Arnold Schönberg à Vienne avant de devenir l’élève d’Alexander von Zemlinsky. Il est l’auteur de pièces pour piano, de Lieder, de quatuors à corde et d’au moins un autre ouvrage lyrique : <em>Der Sturz des Antichrist </em>créé à Vienne en 1936. </p>
<p>
			La partition de <em>Der Kaiser von Atlantis</em> se distingue par une orchestration originale. Les moyens dont disposait Ullmann à Theresienstadt imposèrent une formation réduite et l’usage d’instruments plus ou moins habituels, tels que le piano, le saxophone mais aussi la guitare et le banjo. Le sujet de l&rsquo;opéra fut lui aussi influencé par le lieu de sa composition. Comment ne pas faire le lien entre le IIIe Reich et cette histoire de Mort abdiquant face à un dictateur sanguinaire. La censure ne fut d’ailleurs pas dupe. Après une répétition générale au sein même du camp, elle décida d&rsquo;interdire l’opéra qui attendit plus de trente années pour être représenté (à Amsterdam en 1975). Depuis, sa valeur mémorielle l’a inscrit au répertoire, même si sa qualité musicale, avec ses multiples références de Weill jusqu’à Berg, suffirait à justifier cette forme de reconnaissance.</p>
<p>			Il est évidemment difficile de faire abstraction du contexte lorsqu’il s’agit de mettre en scène un tel ouvrage. Dans cette nouvelle production, à l’affiche du Théâtre de l’Athénée jusqu’au 30 janvier, <strong>Louise Moaty</strong> n’a pas voulu se démarquer. Avec en guise de décor unique, un mirador et des toiles de parachute chargées de délimiter l’espace, sa représentation est on ne peut plus explicite. Elle a néanmoins le mérite de ne pas charger le propos en abusant d’éléments réalistes. Aucune mise en abyme, aucun symbole ou accessoire ne vient dramatiser une fable déjà lourde de sens. L’omniprésence du haut-parleur beuglant ses « hallo, hallo » suffit à rendre tangible l’insupportable réalité.<br />
			 <br />
			Quel que soit le parti-pris, on ne sort pas indemne d’une représentation de <em>Der Kaiser von Atlantis</em>. Et il est fort à parier que, même en version de concert, le malaise subsisterait tant cette musique, grinçante et suffocante, véhicule d’angoisse. Les musiciens d’Ars Nova dirigés par <strong>Philippe Nahon</strong>, l’interprètent sans complaisance, telle qu’elle se présente : ironique, sèche, cassante, voire grotesque, avec parfois un lyrisme retenu dont le caractère furtif est volontairement esquissé pour éviter toute complaisance.<br />
			<br />
			Les voix sombres baignent ici dans leur élément : <strong>Wassyl Slipak</strong>, aussi imposant dans le rôle de la mort que dans celui du haut-parleur, et plus encore <strong>Pierre-Yves Pruvot </strong>dont l’Empereur terrifiant réussit dans son dernier monologue à devenir émouvant par la seule maîtrise d’un chant exemplaire. Le duettino avec Bubikopf présente le soldat de <strong>Sébastien Obrecht</strong> sous un jour moins éloquent que son Arlequin deux tableaux auparavant. La partition offre au Tambour d’<strong>Anna Wall</strong> peu à exprimer, au contraire de <strong>Natalie Perez</strong>, vivifiante Garçonne, dont le choral final seul met l’aigu en danger. Même si la musique s’adoucit alors un tant soit peu, cet ultime hymne à la gloire de la mort referme cruellement un ouvrage indissociable de son histoire. Sur les 144.000 personnes déportées à Theresienstadt, on dénombrait à la fin de la guerre moins de 20.000 survivants.</p>
<p>			 </p>
<p>
			 </p>
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		<title>ULLMANN, Der Kaiser von Atlantis — Lyon</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/fugue-de-la-mort/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Fabrice Malkani]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 13 Feb 2013 18:53:59 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/spectacle/fugue-de-la-mort/</guid>

					<description><![CDATA[<p>  Témoignage saisissant de la capacité de résistance humaine et artistique aux formes les plus extrêmes de totalitarisme et d’anéantissement, L’Empereur d’Atlantide est un opéra composé au camp de concentration de Terezin en 1943. L’audace visionnaire du librettiste, Peter Kien, et du musicien, Viktor Ullmann, tous deux morts assassinés à Auschwitz après leur transfert en &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			Témoignage saisissant de la capacité de résistance humaine et artistique aux formes les plus extrêmes de totalitarisme et d’anéantissement, <em>L’Empereur d’Atlantide</em> est un opéra composé au camp de concentration de Terezin en 1943. L’audace visionnaire du librettiste, Peter Kien, et du musicien, Viktor Ullmann, tous deux morts assassinés à Auschwitz après leur transfert en 1944, ont valu à l’œuvre d’être censurée par les nazis après la répétition générale. Avant de quitter Terezin, le compositeur a pu confier son œuvre à un ami qui a permis d’éviter qu’elle ne soit perdue. Créée à Amsterdam en 1975, elle n’a été représentée en France pour la première fois qu’en 1998, à l’Opéra-Comique de Paris. Le choix d’une thématique chère au régime hitlérien – faisant de la mythique Atlantide le berceau de ce qui était nommé « race aryenne » – permet à l’œuvre d’être à la fois un immense pied de nez aux élucubrations mortifères du « troisième Reich » et la mise en scène d’une utopie qui en détourne les codes et en dénonce les mécanismes. Dans ce spectacle, créé à l’automne dernier à la Comédie de Valence,<strong> Richard Brunel</strong> propose à cet égard un travail exemplaire dans son respect de l’œuvre – il a ainsi renoncé à l’idée première d’un avertissement qui aurait énoncé, avant le Prologue, les conditions d’élaboration – et dans sa recherche d’une scénographie au service d’un texte polysémique.</p>
<p>			Car<em> Der Kaiser von Atlantis</em>, en dépit de l’engagement politique dont il témoigne, est avant tout une œuvre d’art, une « sorte d’opéra », comme l’annonce le personnage du Haut-parleur dans le Prologue, et revêt une dimension universelle. Dans un monde désenchanté, symbolisé par les figures d’Arlequin et de la Mort, l’Empereur (ou plus exactement le Kaiser, car ce mot a une résonance particulière dans l’imaginaire de la langue germanique, tributaire du mythe du Saint Empire et de la succession des Reiche) décrète la guerre de tous contre tous. La Mort proteste et refuse de poursuivre son travail. D’abord désemparé, le Kaiser fait savoir qu’il accorde à tous la vie éternelle et qu’ainsi la guerre peut se poursuivre indéfiniment. On assiste à un combat entre un Soldat et une Fille coiffée à la garçonne, qui se transforme en étreintes amoureuses. Insurrections et rébellions se multiplient, le Kaiser désemparé finit par arracher le voile qui depuis des années recouvre un miroir et y voit la Mort, qui n’envisage de reprendre son rôle que si l’Empereur meurt en premier. En acceptant, il souligne l’utopie de cette fin (« Oh, si mon entreprise avait réussi ! ») et laisse place à un choral (référence luthérienne soulignée par la réminiscence musicale de « Ein feste Burg ist unser Gott ») concluant sur les mots « Tu ne conjureras pas en vain / Le grand nom de la Mort ».</p>
<p>			Sans être tout à fait un inconnu, Viktor Ullmann (né en 1898) est l’une de ces grandes voix étouffées par le régime nazi. Élève de Schoenberg, admirateur de Berg, assistant de Zemlinsky à Prague, directeur de l’opéra d’Aussig, petite ville de province, chef d’orchestre à Zurich, il reste à Prague après son retour en 1933 au lieu de s’exiler, avant d’être arrêté et déporté en 1942. Parmi ses compositions, on compte entre autres opéras une remarquable transposition de la comédie de Kleist <em>La cruche cassée</em> (<em>Der zerbrochene Krug</em>) – créé en 1996 seulement – mais aussi bien d’autres pièces vocales et orchestrales et de musique de chambre.<br />
			 <br />
			Dans <em>L’Empereur d’Atlantide</em>, les réminiscences et allusions musicales sont nombreuses à ces compositeurs dont l’œuvre avait été qualifiée de « dégénérée » par le régime nazi, envolées lyriques qui contrastent par exemple avec la reprise parodique de l’hymne « Deutschland über alles » sur un texte évoquant l’empereur Overall (équivalent anglais de « über alles », faut-il le souligner) présenté comme « Gloire de la patrie, / Bénédiction de l’humanité ». La mezzo-soprano <strong>Lucy Schaufer</strong>, dès cette longue tirade du Tambour, révèle une puissance vocale et une diction impeccables. <strong>Jean-Michaël Lavoie</strong> dirige avec subtilité l’<strong>Orchestre de l’Opéra de Lyon</strong> dans ces tableaux qui font se succéder des styles très divers, alternant l’écriture fuguée avec le rythme des<em> songs </em>à la Kurt Weill et les épanchements lyriques rappelant Mahler ou Zemlinsky. Le Soldat est interprété avec justesse par<strong> Rui Dos Santos</strong>, ténor prometteur au timbre chaleureux, un peu crispé dans les aigus en Arlequin dans la première partie mais qui déploie ensuite une grande palette vocale. Dans le rôle de la Fille coiffée à la garçonne, la soprano<strong> Ivi Karnezi </strong>révèle une voix souple et homogène, bien calibrée. Comme <strong>Jean-Baptiste Mouret</strong> en Haut-parleur talentueux, ces deux chanteurs font partie du Studio de l’Opéra de Lyon. Le registre choisi pour la Mort, souvent en <em>Sprechgesang</em>, évoque par moments le Wozzeck de Berg. C’est le baryton-basse<strong> Stephen Owen </strong>qui chante avec vaillance cette partie exigeante, parfaitement convaincant malgré un léger accent qui altère parfois la diction du texte allemand. Excellent baryton, <strong>Christian Miedl</strong> compose un Empereur d’opérette rappelant, dans la mise en scène qui le place sur une table de conférence parmi une multitude de téléphones, encadrée par deux écrans où sont projetées en noir et blanc des images de la guerre, le Dictateur de Charlie Chaplin.</p>
<p>			Le spectacle est d’une densité telle que l’on s’étonne de constater qu’il ne dure qu’une heure. L’émotion que suscitent cette musique sensible et critique à la fois, ce texte qui se situe quelque part entre Goethe, Celan et Brecht, ce chant qui exalte la valeur de la vie prenant son sens par rapport à la mort, est magnifiée par le talent des interprètes et par la richesse des intentions scéniques. Lumières, couleurs, costumes, accessoires, dans un rythme qui connaît des accélérations et des ralentissements, contribuent à dire la lutte de l’art contre la tyrannie. Comme lors de ce moment saisissant où l’une des trompettistes, étranglée, tombe à terre, tandis que tout l’orchestre se lève et se déplace pour quitter en silence le plateau et rejoindre, pour le deuxième tableau, une plate-forme surplombant le spectacle désolant de l’Histoire. S’impose alors le souvenir des vers de Paul Celan dans sa <em>Todesfuge</em> (« Fugue de la mort ») : « Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d’Allemagne / il crie plus sombres les archets et votre fumée montera vers le ciel ».</p>
<p>			 </p>
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