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	<title>Götterdämmerung - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Götterdämmerung - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung &#8211; Versailles (Opéra Royal)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-versailles-opera-royal/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 May 2026 07:19:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Le 13 août 1876, le festival de Bayreuth propose pour la première fois un Ring complet avec le Prologue les trois journées de l’Anneau du Nibelung. Wagner a achevé peu de temps auparavant les deux dernières journées, qui seront créées donc en 1876. À Versailles, depuis quatre ans (depuis 2022) en prévision des 150 ans &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le 13 août 1876, le festival de Bayreuth propose pour la première fois un<em> Ring</em> complet avec le Prologue les trois journées de l’<em>Anneau</em> <em>du Nibelung</em>. Wagner a achevé peu de temps auparavant les deux dernières journées, qui seront créées donc en 1876. À Versailles, depuis quatre ans (depuis 2022) en prévision des 150 ans du Ring, l&rsquo;Opéra du<strong> Théâtre national de la Sarre</strong> a été invité à créer ce Ring dans le château qu’adorait Louis II, mécène du compositeur et du festival de Franconie. L’orchestre est venu donc à quatre reprises avec musiciens et chanteurs l&rsquo;interpréter dans l’écrin merveilleux de l’Opéra Royal. Cette année précisément, en mai 2026, le public a pu assister au <em>Crépuscule des dieux</em>, cette magnifique et ultime page, sans doute la plus sombre de l’œuvre avec une distribution de grand talent et un orchestre qui a donné le meilleur de lui-même. Wagner, dans une note rédigée juste avant la création du Ring à Bayreuth, réclamait au chef d’orchestre de la clarté dans l’exécution. C&rsquo;est donc un véritable défi que d’illuminer cette partition crépusculaire, dont l’ultime moment est peut-être celui d&rsquo;une Aurore, mais précédée de tant de pages ténébreuses : l’amour condamné de Siegfried et Brünhilde à cause de l’anneau maudit par Alberich, la trahison de Siegfried manipulé par Hagen, le fils d’Alberich, le sacrifice final de Brünhilde, qui met fin à l’ère des dieux et inaugure peut-être celle des hommes. Une fin et une catastrophe qu’avait décidées depuis longtemps Wotan, que le récit saisissant de Waltraute à l’acte II présente sur son trône, dans son palais du Walhalla entouré des branches coupées du frêne du monde prêtes à s’enflammer.</p>
<p>Avec un chef français, <strong>Sébastien Rouland</strong>, directeur musical de l’orchestre du Théâtre national de la Sarre depuis quelques années, on pouvait espérer effectivement ce choix de la clarté française. Et on le retrouve souvent, ainsi que les très belles cadences des musiciens solistes. Et quelle expérience de proximité et de partage plus entière peut-on connaître que cette version de concert dans cette salle-là ? Cependant, parmi tant de belles page réussies, on remarque quelques approximations ici ou là (dans une œuvre de plus de quatre heures, c’est pardonnable) des musiciens solistes ou non, avec parfois un manque de fusion des timbres dans la texture sonore &#8211; les plans sonores ne se superposant pas toujours avec la finesse attendue &#8211; et une pâte sonore parfois un peu trop opaque (mais peut-on l’éviter dans <em>Götterdämmerung</em> ?). La mise en place des pupitres peut poser question sur cette scène de l’Opéra Royal. On a pu entendre parfois les interventions des cordes quelque peu écrasées par les autres pupitres dans les <em>tutti</em>. Leurs interventions auraient peut-être dû pousser le chef à ne pas adopter cette disposition des pupitres, contrainte peut-être par la scène. Pourquoi placer les bois, les vents dont les cuivres très sombres, les percussions en étages, très en hauteur par rapport aux cordes sur le plateau, bref, les surplombant franchement ? Cela a pu produire un certain déséquilibre. Mais ne boudons pas notre plaisir, qui fut grand durant le spectacle avec une distribution des plus aguerries et des musiciens très engagés. Les ruptures de tons et de climats d’une scène à l’autre (des ténèbres à la lumière et vice-versa) sont le plus souvent bien maîtrisées par un chef toujours sur la brèche, après un Prologue un peu amolli par un accord d’ouverture à trois reprises un peu filandreux.</p>
<p>Mais le climat d’angoisse idoine s’installe et la scène prophétique des trois Nornes sous le rocher de Brünhilde se révèle très réussie grâce à la Première Norne éblouissante de <strong>Clara-Sophie Bertram</strong>, et le timbre capiteux de la troisième, <strong>Jessica Muirhead</strong>. La scène suivante après l’interlude du Lever du jour met en présence le Siegfried fin de <strong>Tilmann Unger</strong> (dont le nom fait curieusement écho à celui de Georg Unger, Siegfried du premier Ring) et la soprano estonienne <strong>Aile Asszonyi</strong>, qui ne mesure pas ses décibels dès son entrée, faisant craindre une Brünhilde vociférante pendant tout l’opéra (heureusement il n’en sera rien). Ses aigus tranchants comme des lames décuplés par sa puissance vocale conviendraient parfaitement à une énorme salle mais pas à l’acoustique chambriste et chaleureuse de Versailles. Apres un Voyage sur le Rhin allègre, le formidable Hagen de la basse <strong>Markus Jaursch</strong> apparaît, ourdissant le piège qui détruira tous et toutes dont les Gibichungen, le roi Gunther et sa sœur Gutrune. D’une noirceur douloureuse impressionnante, la basse de la troupe de l’Opéra de Sarrebruck sera aussi enthousiasmant dans son court monologue (« Hier sitz’ ich zur Wacht ») que dans toutes ses interventions à venir. Projection, intelligence du récit, graves aux couleurs charbonneuses, riches harmoniques, rien ne manque à sa palette (il avait déjà été un Fasolt remarqué dans l’<em>Or du Rhin</em> en 2022). Markus Rausch saura même toucher aux larmes avec un personnage pourtant si disgracié, entre tristesse et haine de soi.</p>
<p>La Waltraute de <strong>Judith Braun</strong>, également membre de la troupe, n’est pas moins intense, accompagnée d’un orchestre à l’ampleur tragique attendue. L’hypotypose centrale de son récit révélant un Wotan prostré (« So sitzt et, und sagt kein Wort ») est inoubliable. Aile Asszonyi nous touche, quant à elle, dans sa scène de lutte pour l’anneau (même si les aigus se révèlent toujours aussi coupants, la voix de poitrine est naturellement belle et la soprano une excellente comédienne). L’acte II met aux prises un Hagen prisonnier de son cauchemar, incarné par l’Alberich inquiétant à souhait de <strong>Werner Van Mechelen</strong> (déjà remarqué dans les précédentes représentations versaillaises). Au retour victorieux du noble Siegfried de Tilmann Unger, inconscient de sa propre traîtrise, la Gutrune de <strong>Susanne Serfling</strong> sait défendre un rôle apparemment léger, ornementé, très difficile. Effrayant Hagen et ses « Hoïho » appelant la foule (avec le talentueux chœur de l’Opéra de Sarrebruck), suivi de l’affrontement de Brünhilde (brillante Aile Asszonyi) avec Siegfried, qui ne la reconnaît pas sous l’emprise du philtre d’oubli de Hagen. Dans le trio final la soprano estonienne retombe hélas dans la vocifération, même si la difficulté de ce chant hyper tendu dans toute la scène de la colère laisse peu de place par son écriture à la subtilité, face à l’orchestre et au chœur déchaînés.</p>
<p>La catastrophe annoncée peut advenir avec l’acte III. La chasse de Siegfried s’annonce et les Trois Filles du Rhin ne pourront que constater leur impuissance à l’empêcher. Le récit de Siegfried, face à Hagen et Gunther, joliment accompagné de la clarinette et du hautbois rappelle les qualités du ténor allemand. Tilmann Unger appartient à ce type de chanteurs wagnériens subtils, italianisants, plus <em>liedersänger</em> qu’héroïques, ménageant un plaisir raffiné d’écoute. La fameuse Marche funèbre peut débuter alors qu’il s’écroule sous la lance de Hagen, une oraison funèbre pleine de grandeur pathétique aux crescendos et décrescendos absolument superbes sous la baguette de Sebastien Rouland, bien aidé par ses musiciens, dont ses timbaliers. Apres la scène d’inquiétude toute prophétique de Gutrune, que la soprano germano-hongroise rend touchante, et la dispute sur l&rsquo;héritage de l’anneau (avec un Gunther aux velléités constamment bien incarnées par<strong> Benedict Nelson</strong>), la scène finale grandiose peut commencer. Brünhilde donne ses ordres (« Starke schreite… »), comprend le dessein final de Wotan, s’élance au sacrifice et Aile Asszonyi est bouleversante alors que son chant s’est recentré sur les registres médians. L’aisance de projection de sa Brünhilde (jusqu’aux notes les plus hautes lors de sa chevauchée dans le brasier) face à un orchestre dont la fureur gagne tous les pupitres successivement jusqu’au fracas du tutti, est vraiment rare. Alors que l’anneau retourne aux Filles du Rhin, l’harmonie du renouveau peut enfin planer sanctifiant la catharsis vécue par un public enthousiaste et debout.</p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung – Dresde</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-dresde/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yves Jauneau]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 May 2026 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Après Das Rheingold, Die Walküre et Siegfried, voici le dernier épisode du premier Ring « historiquement informé », un vaste projet initié en 2016. Loin d&#8217;être une vaine tentative de reconstitution de ce que Wagner aurait voulu entendre, lui qui exigeait de toute façon que l’œuvre ne soit jouée qu’à Bayreuth avec orchestre invisible sous &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><span style="font-weight: 400;">Après </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/rheingold-amsterdam-coup-declat-pour-lor-du-rhin/" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">Das Rheingold</span></a><span style="font-weight: 400;">, </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-cologne/" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">Die Walküre</span></a><span style="font-weight: 400;"> et </span><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-paris-philharmonie/" target="_blank" rel="noopener"><span style="font-weight: 400;">Siegfried</span></a><span style="font-weight: 400;">, voici le dernier épisode du premier </span><i><span style="font-weight: 400;">Ring</span></i><span style="font-weight: 400;"> « historiquement informé », un vaste projet initié en 2016. Loin d&rsquo;être une vaine tentative de reconstitution de ce que Wagner aurait voulu entendre, lui qui exigeait de toute façon que l’œuvre ne soit jouée qu’à Bayreuth avec orchestre invisible sous fosse, l’entreprise entend surtout recourir aux instruments de l&rsquo;époque et essayer de renouveler certaines caractéristiques de l&rsquo;exécution musicale. Pour l&rsquo;orchestre, outre un </span><i><span style="font-weight: 400;">instrumentarium</span></i><span style="font-weight: 400;"> renouvelé, un soin particulier a ainsi été porté à l&rsquo;articulation (coups d&rsquo;archet des cordes, tenues des notes par les vents), ou au recours à certains effets (</span><i><span style="font-weight: 400;">portamento)</span></i><span style="font-weight: 400;">, bannis de la pratique orchestrale actuelle. Pour le chant, le vibrato, notamment pour les rôles les plus dramatiques comme Brünnhilde, n&rsquo;est utilisé qu’à titre ponctuel, comme ornement expressif. Enfin, une attention toute particulière est portée à la diction, avec un chant parfois proche du semi-parlando.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">Dès les premières mesures de l’œuvre – irrésistibles accords portés par les flûtes en bois – jusqu’à son terme, avec le legato des cordes en boyaux conférant une saveur singulière à l&rsquo;apogée finale, c’est bien l’orchestre qui s’impose comme la véritable star de la soirée. Les musiciens réunis du </span><b>Dresdner Festspielorchester</b><span style="font-weight: 400;"> et du </span><b>Concerto Köln</b><span style="font-weight: 400;"> jouent avec un engagement total : on voit ces violoncelles sans pique, emmenés avec une discipline exemplaire par </span><b>Moritz Kolb</b><span style="font-weight: 400;">, ou ces violons à la cohésion remarquable derrière l’archet de </span><b>Alexander Janiczek</b><span style="font-weight: 400;">. On entend ces cuivres, tantôt tonitruants dans le spectaculaire deuxième acte, tantôt plus sombres et contenus, ou encore ce cor anglais de </span><b>Lorenz Eglhuber</b><span style="font-weight: 400;">, à la sonorité si chaleureuse et boisée. Qui aurait imaginé il y a quelques années une exécution sur instruments d’époque d’une telle solidité technique et si inspirée ? Geste précis, intervention mesurée, </span><b>Kent Nagano</b><span style="font-weight: 400;"> maintient la tension, en privilégiant une lecture structurée et en modulant avec finesse les climats. Le chef sera chaleureusement applaudi, par le public et par ses musiciens.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">La version de concert présentée ce soir permet à chaque spectateur d&rsquo;observer ces détails orchestraux, tout en bénéficiant d’une écoute clarifiée, quelques gestes simples suffisant parfaitement à suivre l&rsquo;action. La représentation prend par ailleurs une dimension presque spatialisée : certains protagonistes émergent du parterre pour déclamer leur texte, tandis que les chœurs se déploient en arrière-scène, avec également quelques solistes dispersés dans la salle. Les cors naturels résonnent en coulisse, tandis que trois joueurs de Stierhorn sont disposés dans différents balcons du Kulturpalast de Dresde, contribuant à un dispositif sonore particulièrement immersif.</span></p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/musikfestspielefestpielorchestergoetterdaemmerung386.jpg" />
© Oliver Killig</pre>
<p><b>Åsa Jäger</b><span style="font-weight: 400;"> incarne une Brünnhilde d’une pureté inhabituelle, portée par une voix d’une insolente santé, au grave naturel et homogène, sans excès de poitrinage, et avec un aigu qui affronte sans peine les éclats du rôle. La soprano suédoise restitue en outre les exigences de la partition, des trilles aux </span><i><span style="font-weight: 400;">gruppetti</span></i><span style="font-weight: 400;"> caractéristiques de son personnage et si chers à Wagner. Face à elle, </span><b>Young Woo Kim</b><span style="font-weight: 400;"> campe un Siegfried fougueux, à la projection éclatante, qui confère au personnage une allure presque belcantiste. Le ténor coréen s’impose également comme un narrateur hors pair dans la grande scène de récit du troisième acte, dans laquelle Siegfried retrace ses aventures. En Hagen, </span><b>Patrick Zielke</b><span style="font-weight: 400;"> fait preuve d’une grande finesse d’interprétation, privilégiant l’introspection et une présence presque intérieure du personnage, loin de toute brutalité démonstrative. La basse allemande, aux graves superbes et parfaitement projetés, aborde le rôle avec une retenue presque murmurée et presque inquiétante.</span></p>
<p><b>Johannes Kammler</b><span style="font-weight: 400;"> prête à Gunther un baryton au legato souple, en interaction toujours juste et sensible avec les autres personnages. </span><b>Daniel Schmutzhard</b><span style="font-weight: 400;"> s’affirme en Alberich comme un excellent diseur, à la présence toujours mordante. </span><b>Sophia Brommer</b><span style="font-weight: 400;"> donne à Gutrune une énergie franche et immédiate, portée par une voix à la fois claire et charnue. Moins ouvertement dramatique qu’à l’accoutumée, la Waltraute d&rsquo;</span><b>Olivia Vermeulen</b><span style="font-weight: 400;"> est d&rsquo;une belle musicalité, avec un récit tout dans l&rsquo;introspection. Les trois Nornes de</span><b> Jasmin Etminan</b><span style="font-weight: 400;">, </span><b>Marie-Luise Dreßen</b><span style="font-weight: 400;"> et </span><b>Valentina Farcas</b><span style="font-weight: 400;"> sont solidement incarnées, même si une projection un peu retenue en atténue un peu la dimension incantatoire. On retrouve enfin le vaillant trio des Filles du Rhin du premier épisode de ce Ring (</span><b>Ania Vegry</b><span style="font-weight: 400;">, </span><b>Ida Aldrian</b><span style="font-weight: 400;"> et </span><b>Eva Vogel</b><span style="font-weight: 400;">), toujours d’un équilibre idéal et d’une présence scénique particulièrement vivante.</span></p>
<p><span style="font-weight: 400;">L’aventure de ce Ring historiquement informé n’est heureusement pas encore terminée. Viendront prochainement un enregistrement, réalisé au fil des dernières années, et puis une reprise complète du cycle en 2027, toujours en version de concert, au Konzerthaus de Vienne. Les spectateurs parisiens auront pour leur part la chance de découvrir ce magique </span><i><span style="font-weight: 400;">Crépuscule des dieux</span></i><span style="font-weight: 400;"> pour l’ouverture de la saison 2026/2027 du Théâtre des Champs-Élysées.</span></p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung – Milan</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-milan/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Feb 2026 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Avant de donner deux séries de Ring complets à partir de mars, le Teatro alla Scala propose la création du dernier volet de sa nouvelle Tétralogie, et achève ainsi en beauté un cycle commencé en novembre 2024. Avec la Brünnhilde du Götterdammerung, Camilla Nylund trouve son meilleur emploi. Alors que sa voix naturellement claire semblait &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Avant de donner deux séries de <em>Ring</em> complets à partir de mars, le Teatro alla Scala propose la création du dernier volet de sa nouvelle <em>Tétralogie, </em>et achève ainsi en beauté un cycle commencé en novembre 2024. Avec la Brünnhilde du <em>Götterdammerung, </em><strong>Camilla Nylund</strong> trouve son meilleur emploi. Alors que sa voix naturellement claire semblait a priori plus adaptée à celles de <em>Die Walküre</em> ou de <em>Siegfried</em>, nous n’avons pas ressenti ici le relatif manque de largeur des journées précédentes. La chanteuse est au contraire parfaitement à l’aise sur l’ensemble de la tessiture. Le bas médium et le grave, très sollicités, sont bien sonores. L’investissement dramatique du soprano finlandais est d’une incroyable intensité tout au long de la soirée. En particulier, la confrontation de la scène quatre de l’acte II, où Brünnhilde accuse Siegfried de trahison, est absolument saisissante, le soprano finlandais semblant véritablement possédé par la haine. Alors qu’elle donne tout au fil des actes, Nylund réussit à conserver l’essentiel de ses ressources pour la terrible scène finale, proprement époustouflante. Au-delà de cette incroyable endurance, on ne peut que saluer une performance artistique exceptionnelle qui soulève au final un torrent d’émotion. <strong>Klaus Florian Vogt</strong> semble (presque) se balader dans le rôle de Siegfried (à l’exception du contre-ut esquivé au dernier acte, mais il est vrai que <a href="https://www.youtube.com/watch?v=QeU8Pm9iyCs">peu s’y risquent avec succès</a>), plus à l’aise que lors de la journée précédente, avec un legato tout à fait satisfaisant et une belle projection. Le timbre nous est même apparu encore plus juvénile. Sa mort est chantée avec une belle poésie.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/PAGE-GN1A7881-Groissbock-Vogt-e-Nylund-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207640"/><figcaption class="wp-element-caption"><sub>Photo : Brescia &amp; Amisano © Teatro alla Scala</sub></figcaption></figure>


<p>En Hagen, <strong>Günther Groissböck</strong> offre un impact scénique plutôt atypique, se démarquant des interprètes « monstrueux » par une interprétation assez fine. Vocalement, la voix manque un peu d’impact, avec des aigus un peu durs et blancs au premier acte. Toutefois, la puissance du chanteur va crescendo et le dernier acte est tout à fait satisfaisant. Le Gunther de <strong>Russell Braun</strong> manque un peu de puissance mais son interprétation, tant vocale que scénique, est plus intéressante que celles de maints chanteurs dans ce rôle souvent un peu sacrifié. Autre personnage souvent confié à des interprètes un peu falots, Gutrune est ici admirablement défendue par <strong>Olga Bezsmertna</strong>, à la voix à la fois lumineuse et charnue, formidablement engagée dramatiquement, au désespoir final intense. <strong>Johannes Martin Kränzle</strong> est un Alberich impeccable. <strong>Nina Stemme</strong> créée la surprise avec une Waltraute puissante et passionnée. Nulle trace de déclin dans cette voix, en dépit de ce que pouvait faire craindre ce changement de tessiture : le pari est relevé haut la main et le public saura lui faire une ovation méritée. L’ensemble des seconds rôles sont excellement tenus, avec certains familiers de Bayreuth (<strong>Christa</strong> <strong>Mayer</strong>, <strong>Lea-ann Dunbar</strong>). Pour l’anecdote, on précisera que <strong>Svetlina Stoyanova</strong> (Wellgunde) n’est apparentée ni au soprano Krassimira Stoyanova, ni au baryton Vladimir Stoyanov : la Bulgarie est décidément une prolifique terre de chanteurs !</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="636" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/A-GN1A8054-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x636.jpg" alt="" class="wp-image-207630"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Photo : Brescia &amp; Amisano © Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p style="font-weight: 400;">Déjà excellente lors des précédentes journées, la direction d’<strong>Alexander Soddy</strong> touche cette fois à l’exceptionnel. À la tête d’un Orchestre de la Scala en apesanteur, aux couleurs somptueuses, le chef britannique impose une direction intensément dramatique mais jamais lourde, contrastée tout en restant dans la moyenne au niveau du minutage, culminant avec un troisième acte formidable. Certains passages donnent la chair de poule, comme la <em>Marche funèbre</em>, avec des timbales surexposées, obsédantes (mais, après tout, si Wagner a écrit pour elles ce passage, c&rsquo;est quand même bien parce qu&rsquo;il voulait qu&rsquo;on les entende !). La scène finale, appuyée par la mise en scène, arrache les larmes. Une direction d&rsquo;une incroyable maturité de la part de ce jeune chef qu&rsquo;on aimerait entendre plus souvent sur les grandes scènes.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/PAGE-GN1A8095-ph-Brescia-e-Amisano-©-Teatro-alla-Scala-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-207642"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>Photo : Brescia &amp; Amisano © Teatro alla Scala</sup></figcaption></figure>


<p>Pour ce dernier opus, la mise en scène de <strong>David McVicar</strong> reste toujours aussi lisible et visuellement spectaculaire, avec une direction théâtrale très fine et un traitement ces chœurs et des figurants extrêmement efficace. Par rapport aux autres journées, la mise en scène contraste par la force des émotions qu&rsquo;elle dégage : on n&rsquo;oubliera pas de sitôt la mort de Siegfried qui voit Wotan s&rsquo;effondrer sur le corps du jeune homme, l&rsquo;immolation de Brünnhilde où la jeune femme est rejointe dans les flammes par son destrier, Wotan resté seul et désolé sur un Walhalla déserté, ou encore l&rsquo;or du Rhin figuré par un danseur qui entraine Alberich dans les flots&#8230; Toute une série de scènes fortes, et jamais gratuites, qui font de cette dernière journée un sublime moment de théâtre.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-milan/">WAGNER, Götterdämmerung – Milan</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<item>
		<title>WAGNER, Götterdämmerung &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christine Ducq]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 22 Aug 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Dernière journée, voici venu le crépuscule des dieux et de la soif de puissance. Le public retrouve l’appartement qu’on croyait destiné à Siegmund et Sieglinde (avec les rideaux bleu blanc rouge) mais finalement dévolu à Brünnhilde et Siegfried. Dans la proposition de Valentin Schwarz, les désaccords opposent les amants : il y a de l’eau &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Dernière journée, voici venu le crépuscule des dieux et de la soif de puissance.<br />
Le public retrouve l’appartement qu’on croyait destiné à Siegmund et Sieglinde (avec les rideaux bleu blanc rouge) mais finalement dévolu à Brünnhilde et Siegfried. Dans la proposition de <strong>Valentin Schwarz,</strong> les désaccords opposent les amants : il y a de l’eau dans le gaz. Siegfried veut partir vers d’autres aventures, qu’on sait non héroïques, car il porte un costume banal. Il abandonne donc femme et enfant – cette petite blonde issue de leur union, une des incarnations de l’or du Rhin, qu’on se dispute depuis le début de la tétralogie. La proposition de V. Schwarz poursuit ici son œuvre de rapetissement du chef-d’œuvre, sans davantage parvenir dans cette dernière journée à apporter du sang neuf à l’exégèse wagnérienne (si on excepte une belle conclusion).<br />
Auparavant, au prologue, trois Nornes déguisées en boule stroboscopique disco ne nous ont guère intéressés. Leurs voix magnifiques ne sont pas en cause, ni l’importance de leurs récits révélant passé, présent et avenir (le crime de Wotan avant <em>Rheingold,</em> les traités, les exploits de Siegfried, le Walhalla prêt à brûler, et même déjà en feu, « Zu End’ ewiges Wissen », (L’éternelle Science touche à sa fin). La direction de <strong>Simone Young</strong> aux tempi toujours étirés dans certaines scènes, aux motifs épelés, donne l’impression que le Prologue se prolonge au-delà du nécessaire (l&rsquo;acte I dépasse largement les deux heures). L’orchestre peine en effet à nous envoûter, avec une texture souvent trouée. Des arrière plans parfois poétiques surgissent ; mais le discours musical déploie quelquefois des plans sonores peu architecturés (depuis <em>Rheingold)</em> qui laisse penser que la cheffe australienne soigne certes les détails mais ne propose peut-être pas une vision. Wagner voulait certes faire disparaître l’orchestre, le vouer à une fonction illustratrice, mais on est en droit de ne pas le prendre trop au sérieux, puisque l’écriture musicale déploie uniment ses sombres prestiges. Alors que retentit la page symphonique du « Voyage de Siegfried sur le Rhin » (beau travail des cordes, des bois puis des cuivres avec la « Fanfare de l’or »), le décor du château des Gibichungen glisse du fond du plateau jusqu’au milieu de scène pendant que l’appartement bourgeois disparaît dans les cintres. C’est le début de l’acte premier. Gunther <strong>(Michael Kupfer-Radecky,</strong> parfait en faible, pantin cocaïné et peroxydé) et son demi-frère Hagen <strong>(Mika Kares</strong> dans le costume du jumeau de Siegfried de la précédente journée), duo des plus divertissants, traînent leur ennui dans une villa où domine une immense photo d’Alberich avec eux enfants, posant devant le cadavre d’un zèbre (qu’ils ont abattu à la chasse) – et dont la peau désormais orne le sol. A la fascination de la mort des fils Nibelungen répond la vulgarité de Gutrune (décolleté proéminent, ensemble vert anis très voyant, perruque de peep show, pauvre <strong>Gabriela Scherer,</strong> rôle caractérisé dans la fosse par les bois aigus) signale sans doute l’impossibilité de l’aimer sans breuvage magique (qui va se trouver être le sang de l’un d’entre eux). Ce sont des gosses de riches, oisifs et tarés, complètement manipulés par Hagen, leur proposant des fiançailles. Après le toast éclatant de <strong>Klaus Florian Vogt</strong> à Brünnhilde, ce dernier se lie par pacte avec un Gunther inconséquent et comique. Lors de sa veille, le soliloque sinistre de Hagen <strong>(Mika Kares</strong> monstrueusement talentueux) trouvera des accents d’une force rare dans son « Wachtgesang », aussi inquiétant que pathétique (« Hier sitz‘ ich zur Wacht »). Il dynamite le théâtre de boulevard de V. Schwarz.<br />
Dans la dernière scène, après le face à face avec Waltraute (valeureuse <strong>Christa Mayer),</strong> la Brünnhilde de <strong>Catherine Foster</strong> (une des toutes premières Brünnhilde de notre époque) montre quelques signes de fatigue avec un vibrato peu agréable, une rondeur de timbre parfois gâchée par un registre aigu un peu acide, mais qui ne cède rien ni en projection ni en puissance expressive, alors que Siegfried la trahit et que Gunther la viole. La mise en scène a viré à nouveau au reality show. On enlèvera la pauvre Walkyrie avec sa fille, trésor du Rhin.<br />
Avec ses chœurs, l’acte deux mis en scène sur un plateau unique, nu, encadré de panneaux lumineux, offre ses scènes de foule bienvenues. Mais auparavant, Hagen, un personnage noble, torturé de jalousie et amoureux de Brünnhilde, jumeau malheureux de Siegfried dans cette production, s’entraîne sur un punching-ball quand Alberich survient et le rappelle à ses noirs desseins (puissant <strong>Olafur Sigurdarson).</strong> Après l’appel magnifique du cor dans la fosse, Siegfried s’explique auprès de la Gutrune de <strong>Gabriela Scherer,</strong> au chant bien orné dénotant la superficialité du personnage.<br />
Le chœur des vassaux répondra à l’appel extraordinaire du Hagen (avec ses « Hoïho » d’une tonalité très sombre, d’une puissance délectables). Le tableau est sobre, la pénombre servant le dramatisme de la scène. Deuxième et belle intervention du chœur des vassaux pour sommer Siegfried de jurer sur son honneur que Hagen a menti. Les imprécations de Brünnhilde, qui suivront, coupent le souffle. Elle a pris lentement conscience de l’oubli et de la trahison de son héros. Après des accents d’une impressionnante véhémence, la Walkyrie devenue femme révèle le défaut d’invincibilité de Siegfried et embrasse Hagen, dont le plan de vengeance et de mort est en train de réussir. Là sera la grandeur du misérable, alors que la noce de Gutrune et Siegfried offre des scènes de fête déjantée (vues cent fois ailleurs).<br />
De vieilles ondines aguicheuses au début de l’acte trois s’élancent après la sonnerie des cors de toute beauté. Mais les appels des Filles du Rhin restent lettre morte alors que Siegfried est en pleine partie de pêche. Le piège de Hagen (avec son breuvage rendant la mémoire) donnera l’occasion à <strong>Klaus Florian Vogt,</strong> un des plus merveilleux interprètes du rôle décidément, de nous offrir un récit fabuleux du passé de Siegfried, plein d’une allégresse puis d’un lyrisme qui suspendent le temps.<br />
La <em>Trauermarsch</em> est d’une très belle pâte, dont on savoure les coups fatals aux cordes graves et aux timbales, la solennité des trompettes et des cors. Quels pupitres ! Quel crescendo ! Nous voilà emportés sur les cimes de l’épopée. Un morceau de bravoure que réussit la cheffe australienne. La tragédie peut toucher à sa fin. Le Finale grandiose de l’immolation de Brünnhilde (« Starke Schreite ») témoignera encore des moyens colossaux de <strong>Catherine Foster</strong> (jusqu’aux hautes notes de sa tessiture) mais ne communiquera que peu d’émotions. Mise en scène dans un cul de basse fosse censé abriter le Rhin (un lieu ici réservé aux marginaux et aux maudits pourchassés depuis le début de l’acte), surmonté de barrières de chantier, Brünnhilde s’aspergera d’essence. Un geste qui ne signale guère l’humanité du personnage.<br />
Un mur parsemé de néons (le Walhalla) monte aux cintres en fond de plateau (Wotan s’est pendu) alors que la fosse flambe en un tutti éblouissant.<br />
L’enfant de Brünnhilde et Siegfried prend le chapeau texan de sa mère devant leurs cadavres. Incarne-t- elle l’espoir d’une victoire de l’amour sur le désir de puissance (sexuelle et matérialiste chez <strong>V. Schwarz</strong>) ? Pas vraiment, car elle ne sort pas de la fosse. Alors que la musique chante la paix retrouvée, la vidéo finale rime par antithèse avec celle du Prologue de <em>Rheingold.</em> Au terme de plus de quinze heures de musique les bébés s’enlacent tendrement dans l’utérus maternel. Grâce au sacrifice de Brünnhilde, les descendants d’Alberich et Wotan, de Hagen et Siegfried ne seront plus frères ennemis. Ce finale ouvre alors une échappée lumineuse : l’amour se conjugue au futur.</p>
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		<title>WAGNER, Le Crépuscule des dieux &#8211; Bruxelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-le-crepuscule-des-dieux-bruxelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 07 Feb 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La Tétralogie proposée par La Monnaie de Bruxelles a beaucoup fait parler d&#8217;elle. Par ses choix très audacieux certes, mais surtout par l&#8217;abandon en rase campagne du metteur en scène, Romeo Castellucci, qui a jeté l&#8217;éponge après La Walkyrie. Les raisons invoquées sont passablement obscures, et continueront sans doute d&#8217;alimenter les conversations lors des dîners &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La <em>Tétralogie</em> proposée par La Monnaie de Bruxelles a beaucoup fait parler d&rsquo;elle. Par ses choix très audacieux certes, mais surtout par l&rsquo;abandon en rase campagne du metteur en scène, Romeo Castellucci, qui a jeté l&rsquo;éponge <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkyre-bruxelles/">après<em> La Walkyrie</em></a>. Les raisons invoquées sont passablement obscures, et continueront sans doute d&rsquo;alimenter les conversations lors des dîners en ville les cinq prochaines années. Et il a fallu trouver en catastrophe un nouveau metteur en scène. C&rsquo;est finalement <strong>Pierre Audi</strong> qui a été choisi, sachant qu&rsquo;il ferait le choix d&rsquo;ignorer le travail de Castellucci sur les précédents volets. Après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-siegfried-bruxelles/">un <em>Siegfried</em> très réussi</a>, surtout compte tenu des délais impartis, l&rsquo;impatience était palpable dans la grande salle de La Monnaie ce mardi soir. Comment Pierre Audi allait-il donner vie à cette ultime journée, où l&rsquo;action est si enchevêtrée ? Une fois de plus, l&rsquo;homme de théâtre libanais s&rsquo;en sort avec les honneurs, grâce à deux lignes directrices : stylisation et fidélité. Fidélité à une histoire que Pierre Audi décide de raconter dans sa littéralité. Il ne manque vraiment que le fil des Nornes et le cheval. Pour le reste, tout est conté avec une application stricte des didascalies de Wagner : Siegfried est un héros sans peur, Brünnhilde une Walkyrie déchue, les Gibichungen sont des ambitieux (incestueux, mais cela est devenu un classique), Hagen un monstre de haine et les Filles du Rhin des aguicheuses qui voient loin dans l&rsquo;avenir. Comme la direction d&rsquo;acteurs est en plus admirable de précision, et que les chanteurs jouent leur rôle avec conviction, on se glisse avec facilité dans l&rsquo;histoire. Surtout que Pierre Audi est bien trop fin pour tomber dans le piège d&rsquo;un premier degré simpliste, type peau de bête et décors en carton-pâte.</p>
<p>La stylisation est le deuxième axe de son travail. Des figures géométriques, quelques accessoires, des costumes intemporels, des éclairages sublimes, et voilà un théâtre qui évoque irrésistiblement le peu que nous connaissons des mises en scène de Wieland Wagner. Audi, en conférence de presse, revendique d&rsquo;être un homme de la narration. Mais certaines images de son spectacle se gravent pour longtemps dans la mémoire : les trois nornes en vers à soie couleur cuivre, le dialogue cauchemardesque entre Hagen et Alberich, entre veille et sommeil,&nbsp; les robes des filles du Rhin comme couvertes par les vagues, le récit de jeunesse de Siegfried, symphonie de noir et de blanc &#8230; Légère déception pour les dernières minutes du finale, où les talents visuels de Pierre Audi auraient pu aller plus franchement dans le spectaculaire, avec un incendie du Walhalla qui reste un peu sage. Mais on apprécie le retour des Filles du Rhin, sacrifié dans tant d&rsquo;autres mises en scène. Certaines belles âmes ont déploré lors des entractes l&rsquo;absence de « déconstruction », de « distance critique ». Ces concepts ont leur place dans l&rsquo;opéra contemporain, mais voir de temps à autre un <em>Crépuscule des Dieux</em> aussi naïvement beau que celui-ci est une jouvence.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Gotterdammerung_AinAnger_IngelaBrimberg_AndrewFoster-Williams%C2%A9MonikaRittershaus-1294x600.jpg" alt="">© Monika Rittershaus</pre>
<p>Cette forme de «tradition revivifiée» trouve un écho dans la direction <strong>d&rsquo;Alain Altinoglu</strong>. Sous la baguette du directeur musical de la maison, <strong>l&rsquo;Orchestre symphonique de La Monnaie</strong> sonne avec une densité, un soyeux, un fondu qui rappellent le meilleur de la tradition bayreuthienne. Que de fils entrelacés, quelle texture riche, quelle fusion dans les timbres ! Il faudrait des pages entières pour détailler ce que les instrumentistes de La Monnaie offrent à leur chef et aux auditeurs, en termes de précision et de chaleur. On se contentera de mentionner la clarinette basse, promue par son talent et sa netteté au rang de protagoniste du drame. Mais le maestro ne se laisse jamais enivrer par les splendeurs sonores de son orchestre. Il est constamment à l&rsquo;écoute de ce qui se passe sur scène. Le début du prologue en est un excellent exemple, à mettre en regard avec la première scène de l&rsquo;acte III. Confronté à des Nornes qui se révèlent excellentes diseuses mais un peu avares en puissance (<strong>Marvic Monreal, Iris Van Wijnen, Katie Lowe)</strong>, Altinoglu retient ses chevaux et contient son formidable volcan orchestral dans des limites qui permettent au texte de « passer », créant une atmosphère de poésie lunaire. Face à des Filles du Rhin qui elles sont dans un festival de jouissance vocale (<strong>Tamara Banjesevic, Jelena Kordic, Christel Loetzsch</strong>), il déchaîne toutes les ressources de sa phalange. La beauté du Rhin ruisselle via les cors, les clarinettes, les harpes, les contrebasses. Un sentiment de panthéisme, de communion avec la nature envahit alors le spectateur. Cette interaction permanente entre les capacités de la fosse et celles de la scène est la signature des grands chefs d&rsquo;opéra.</p>
<p>Une même osmose entre la baguette et le chant entoure les prestations de Siegfried et Brünnhilde. <strong>Bryan Register</strong> a foison d&rsquo;idées nouvelles sur la façon de chanter son rôle. Grâce à son timbre d&rsquo;une souplesse couleuvrine, il accentue le côté lyrique du personnage, et le récit de sa jeunesse au III est un enchantement : cette voix a quelque chose d&rsquo;attendri et de séduisant, et son mimétisme avec l&rsquo;oiseau qu&rsquo;il cite est bluffant. Mais ce ne sera pas faire injure à ce magnifique artiste de dire qu&rsquo;il n&rsquo;a pas l&rsquo;ampleur d&rsquo;un Wolfgang Windgassen ou d&rsquo;un Max Lorenz, et que, partout où volume et métal sont nécessaires, cela sonne un peu court. Heureusement, le maestro veille comme une bonne fée, et il entoure ce timbre d&rsquo;un halo de douceur, de rêve et de beauté. Tout « passe »&nbsp;alors sans problème. Le problème est différent avec<strong> Ingela Brimberg</strong>. Sans être l&rsquo;égal d&rsquo;une Birgit Nilsson ou d&rsquo;une Nina Stemme, la soprano déploie un volume appréciable et parvient à projeter sa voix avec une belle adresse, ce qui permet notamment de faire comprendre le texte. Et, comme pour Siegfried, elle met remarquablement en valeur le côté élégiaque de sa partie, notamment dans les passages où elle évoque son amour. Mais cette prise de rôle (pour la Brünnhilde du <em>Crépuscule</em>) reste périlleuse, surtout qu&rsquo;elle chante aussi dans le <em>Tristan und Isolde</em> mis en scène à Liège en ce moment. Le corps humain ayant ses limites, elle arrive épuisée à son immolation. Qu&rsquo;à cela ne tienne, l&rsquo;artiste va déployer toute une série d&rsquo;artifices pour camoufler ses difficultés, aidée par un chef qui sait exactement doser ses effets pour venir en aide à sa chanteuse.</p>
<p>En Hagen, <strong>Ain Anger</strong> propose une conception plus classique du chant wagnérien : un timbre noir, charbonneux, une puissance presque jamais prise en défaut, sauf dans son «Hojotoho» du II, mais rétablie avec quelle maestria après un très court passage à vide. Comme le chanteur a en plus la silouhette parfaite pour le méchant manipulateur, l&rsquo;incarnation atteint à une sorte de perfection. Il faut le voir arpenter la scène, presque en permanence, pétrifier les autres d&rsquo;un simple regard, s&#8217;emparer de sa lance pour les usages les plus divers, pour réaliser que, plus que jamais, Hagen est le personnage le plus important du <em>Crépuscule</em>. Les Gibichungen sont eux aussi de la meilleure eau. Difficile d&rsquo;imaginer plus veule et lâche que le fantôche incarné par <strong>Andrew Foster-Williams.</strong> Son look clinquant entre en résonance avec un style de chant volontairement sophistiqué, qui contraste parfaitement avec les sorties abruptes de Hagen. Et il parvient à exister lors du trio qui clôt l&rsquo;acte II, ce qui est toujours une gageure. La Gutrune <strong>d&rsquo;Anett Fritsch</strong> est un enchantement : son timbre est comme un jaillisement d&rsquo;eau pure, à l&rsquo;image de son leitmotiv. Sa diction et sa façon de chanter pour toute la salle, jusqu&rsquo;au dernier rang du quatrième balcon, annoncent une interprète wagnérienne dont il faudra retenir le nom. La Waltraute de <strong>Nora Gubisch</strong> révèle, comme toujours, un tempérament passionné et un engagement sans réserve.&nbsp; Si son récit glace le sang dans les moments de désolation et dans les graves, il faut reconnaître que les moyens font défaut dès que on passe au-delà du mezzo forte. L&rsquo;Alberich de <strong>Scott Hendricks</strong> a semblé un peu boudé par le public au moment des saluts. A cause d&rsquo;une petite faute de texte au début de sa scène ? C&rsquo;est bien injuste, parce que le baryton a bien des choses à dire dans ce rôle, à commencer par un pouvoir d&rsquo;insinuation et un timbre « visqueux » qui l&rsquo;assimile à une vipère. La note du programme prétend mettre en valeur son côté humain, mais voilà bien un personnage que l&rsquo;on adore détester. Les <strong>chœurs de La Monnaie</strong> prennent beaucoup de plaisir à occuper la scène, même si les mouvements de chorégraphie ne sont pas encore tout à fait au point, et que la polyphonie les amène parfois à se prendre les pieds dans le tapis. La présence et l&rsquo;ardeur sont cependant là, et toute la seconde partie de l&rsquo;acte II est électrisée par leur contribution.</p>
<p>Aucune représentation du <em>Crépuscule</em> <em>des dieux</em> ne peut prétendre à la perfection. Le nombre de facteurs qui interviennent est trop élevé. Wagner lui-même ne confiait-il pas : « après avoir inventé l&rsquo;orchestre invisible, je voudrais inventer le théâtre invisible ». Mais compte tenu de toutes les limitations de l&rsquo;entreprise, la proposition de Pierre Audi à Bruxelles s&rsquo;impose comme un des plus beaux spectacles des dernières années, et clôt cette belle aventure de la plus éclatante manière qui soit. Une salle debout a salué l&rsquo;équipe artistique et marqué bruyamment sa satisfaction que tant d&rsquo;obstacles aient pu être surmontés.</p>
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		<title>Bayreuth annonce le programme de son édition 2025.</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/bayreuth-annonce-le-programme-de-son-edition-2025/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 02 Sep 2024 10:02:43 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La prochaine édition du festival ouvrira le 25 juillet avec un Die Meistersinger von Nürnberg dans une nouvelle production du peu connu Matthias Davids, qui devra assumer la lourde tâche de faire oublier l&#8217;exceptionnel spectacle de Barrie Kosky. Elle affichera Georg Zeppenfeld en Hans Sachs, Michael Spyres en Walther (pas sûr que Wagner y gagne &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La prochaine édition du festival ouvrira le 25 juillet avec un <em>Die</em> <em>Meistersinger von Nürnberg</em> dans une nouvelle production du peu connu <strong>Matthias Davids</strong>, qui devra assumer la lourde tâche de faire oublier <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/die-meistersinger-von-nurnberg-bayreuth-drole-et-profond/">l&rsquo;exceptionnel spectacle de Barrie Kosky</a>. Elle affichera <strong>Georg Zeppenfeld</strong> en Hans Sachs, <strong>Michael Spyres</strong> en Walther (pas sûr que Wagner y gagne ce que le belcanto et l&rsquo;opéra français y perdent&#8230;) et <strong>Christina Nilsson</strong> en Eva, sous la direction de <strong>Daniele Gatti. </strong>En pré-ouverture du festival, un concert en plein air sera donné le 24 (et repris le 28). La vision contestée du <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/das-rheingold-bayreuth-une-petite-comedie/"><em>Ring</em></a> de <strong>Valentin</strong> <strong>Schwarz</strong> sera reprise une dernière fois sous la baguette de <strong>Simone Young</strong> avec <strong>Tomasz Konieczny</strong> (Wotan), <strong>Catherine Foster</strong> (Brünnhilde), <strong>Michael Spyres</strong> (Siegmund), <strong>Christa</strong> <strong>Mayer</strong> (Fricka) et <strong>Klaus Florian Vogt</strong> (Siegfried). Reprise également pour le <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-parsifal-bayreuth-2/"><em>Parsifal</em></a> de Jay Scheib, avec à nouveau <strong>Andreas Schager</strong>. <strong>Elīna</strong> <strong>Garanča</strong> et <strong>Ekaterina Gubanova</strong> se partageront le rôle de Kundry, <strong>Georg Zeppenfeld</strong> et <strong>Jordan Shanahan</strong> seront à nouveau Gurnemanz et Klingsor, mais le vétéran <strong>Michael Volle</strong> sera cette fois Amfortas. <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lohengrin-bayreuth-et-la-musique-fut/"><em>Lohengrin</em></a> (reprise de la production de <strong>Yuval Sharon</strong>) verra le retour de <strong>Christian Thielemann</strong>.<strong> Piotr Beczała i</strong>nterprètera le rôle-titre aux côtés de <strong>Miina-Liisa Värelä</strong> (Ortrud) et <strong>Olafur Sigurdarson</strong> (Telramund). Le morne <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-tristan-und-isolde-bayreuth-2/"><em>Tristan und Isolde</em></a> de <strong>Thorleifur Örn Arnarsson</strong> sera également repris, toujours sous la baguette de <strong>Semyon Bychkov</strong>, avec à nouveau <strong>Andreas Schager</strong> et <strong>Camilla</strong> <strong>Nylund</strong>. Les distributions annoncées restent à prendre avec des pincettes, les changements de dernière minute étant courant au festival. Les interprètes de Sieglinde et d&rsquo;Elsa ne sont d&rsquo;ailleurs pas connues. <a href="https://www.bayreuther-festspiele.de/programm/auffuehrungen/">Plus d&rsquo;infos sur le site</a>.</p>
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		<title>Andreas Schager donne de ses nouvelles</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/andreas-schager-donne-de-ses-nouvelles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[La Rédaction]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 07 Aug 2024 13:20:44 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Nous l’annoncions ici il y a peu, Andreas Schager a dû être remplacé, mardi 6 août, au cours du troisième acte du Tristan und Isolde à Bayreuth. L’Autrichien n’a pas tardé à donner de ses nouvelles sur les réseaux sociaux. Dans un post Instagram, il explique souffrir d’une inflammation des voies respiratoires supérieures, diagnostiquée par &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Nous l’annoncions <a href="https://www.forumopera.com/breve/andreas-schager-remplace-en-pleine-representation-de-tristan/">ici il y a peu</a>, <strong>Andreas Schager</strong> a dû être remplacé, mardi 6 août, au cours du troisième acte du <em>Tristan und Isolde</em> à Bayreuth. L’Autrichien n’a pas tardé à donner de ses nouvelles sur les réseaux sociaux. Dans un post Instagram, il explique souffrir d’une inflammation des voies respiratoires supérieures, diagnostiquée par l’ORL du Festival. Il annule sa participation à la représentation de <em>Parsifal</em> prévue ce mercredi 7 août 2024&nbsp;et remercie <strong>Klaus-Florian Vogt</strong> (déjà à l’affiche dans le rôle-titre de <em>Tannhäuser</em> et en Siegfried de <em>Siegfried</em> et <em>Götterdämmerung</em>), qui le remplace au pied levé. Ses remerciements aussi en direction de <strong>Tilman Unger</strong>, qui a pu terminer depuis les coulisses le III de Tristan, et de <strong>Katharina</strong> <strong>Wagner</strong> «&nbsp;pour son aide élégante, rapide et efficace&nbsp;». Andreas Schager n’annule pour le moment aucune de ses autres participations de ce mois d’août. Rappelons qu’on l’attend encore dans sept représentations (<em>Tristan und Isolde</em> et <em>Parsifal</em>) avant la clôture, le 27 août, de l’édition 2024 des Bayreuther Festspiele.</p>
<p><a href="https://www.instagram.com/p/C-XSb4dsFpl/">https://www.instagram.com/p/C-XSb4dsFpl/</a></p>
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		<title>Concert Nathalie Stutzmann &#8211; Bayreuth</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/concert-nathalie-stutzmann-bayreuth/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 31 Jul 2024 07:41:41 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour la troisième saison consécutive, le Festival de Bayreuth offrait un concert gratuit en plein air dans les jardins du Festspielhaus. Confié à la baguette de Nathalie Stutzmann, le programme nous convie à suivre les voyages de Richard Wagner et les compositions associées, qu&#8217;il s&#8217;agisse des siennes ou de celles d&#8217;autres compositeurs. Quatre chanteurs se &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Pour la troisième saison consécutive, le Festival de Bayreuth offrait un concert gratuit en plein air dans les jardins du Festspielhaus. Confié à la baguette de<strong> Nathalie Stutzmann,</strong> le programme nous convie à suivre les voyages de Richard Wagner et les compositions associées, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des siennes ou de celles d&rsquo;autres compositeurs. Quatre chanteurs se partagent le programme vocal : <strong>Catherine Foster</strong>, qui sera Brünnhilde cette saison, le ténor<strong> Tilmann Unger</strong> (qui assure les doublures de sa tessiture), le baryton <strong>Michael Kupfer-Radecky</strong> (Gunther dans le <em>Götterdämmerung</em>) et le baryton <strong>Birger Radde</strong> (Melot dans la nouvelle production de <em>Tristan und Isolde</em>).</p>
<p>Le concert est très correctement sonorisé et l&rsquo;espace public divisé en deux zones : une première, réduite, devant la scène (qui dispose d&rsquo;un écran), délimitée par une rangée d&rsquo;arbres ; une seconde, derrière cette rangée d&rsquo;arbres, plus étendue, d&rsquo;où l&rsquo;on ne peut suivre le concert que sur un autre écran. Toutes les générations sont représentées, ce qui atteste du succès populaire de l&rsquo;opération. Malheureusement, certains spectateurs ne sont pas foncièrement disciplinés (ce qui peut énerver l&rsquo;habitué des concerts) : ils se lèvent à tout moment, tiennent de longues conversation à voix haute au téléphone, parfois en mettant le haut-parleur parce que la musique les empêche d&rsquo;avoir une conversation tranquille. Des retardataires errent avec leur chaise au milieu de spectateurs installés avec leur pique-nique depuis deux heures&#8230; C&rsquo;est la loi de ce genre d&rsquo;événement. Sinon, la majorité des spectateurs est attentive et fait un excellent accueil aux artistes : Bizet, Boieldieu et Lloyd Webber triomphent de Wagner à l&rsquo;applaudimètre ! Cerise sur le gâteau, il fait beau et le sol est sec. La captation vidéo est d&rsquo;excellente qualité, alternant des plans de la chef, des chanteurs, des instrumentistes, et un drone filme le tout, donnant l&rsquo;image impressionnante d&rsquo;un long ruban étalé sur tout un côté de la «Colline sacrée » : quel dommage que tout ce travail ne soit pas disponible en retransmission ou en streaming.</p>
<p>La soirée débute par le célébrissime prélude de la <em>Suite pour violoncelle n°1</em> de Jean-Sébastien Bach (excellent soliste non crédité), ce dernier compositeur étant mort à Leipzig, ville où est né Richard Wagner (c&rsquo;est un peu tiré par les cheveux). L&rsquo;orchestre offre ensuite l&rsquo;<em>Ouverture pour Faust </em>en ré mineur, rare œuvre de jeunesse de Richard Wagner, composée entre 1839 et 1840, c&rsquo;est-à-dire quand il avait moins de 30 ans. Catherine Foster s&rsquo;essaie au «&nbsp; Dich, teure Halle » de <em>Tannhaüser</em>, mais la chanteuse est prise un peu à froid et son vibrato n&rsquo;est pas très régulier. Nathalie Stuzmann offre ensuite une interprétation absolument passionnée de l&rsquo;ouverture de <em>Rienzi</em>, un ouvrage qui devrait faire ses débuts au Festspielhaus en 2026 à l&rsquo;occasion du 150e anniversaire du festival. Rappelons en effet que Richard Wagner avait jugé ses trois premiers opéras (<em>Das Liebesverbot</em>, <em>Die Feen</em> et <em>Rienzi</em>) indignes du festival : néanmoins, pour le bicentenaire du compositeur, en 2013, les trois ouvrages y furent donnés (<em>Die Feen</em> en version concertante seulement), mais à l&rsquo;Oberfrankenhalle (qui accueille habituellement l&rsquo;équipe de basket locale) et avec les forces de l&rsquo;Opéra de Leipzig. Catherine Foster et Michael Kupfer-Radecky chantent ensuite le duo du <em>Fliegende Holländer</em>, « Wie aus der Ferne ». La voix du baryton est superbe (avec toutes les réserves que l&rsquo;on peut faire en raison de la sonorisation : nous n&rsquo;y reviendront pas) et laisse présager d&rsquo;un Gunther bien corsé. En revanche, Senta n&rsquo;est pas Brünnhilde, et Catherine Foster n&rsquo;en a pas vraiment la souplesse ni l&rsquo;aigu. Entendre l&rsquo;orchestre du Festspielhaus, à Bayreuth, jouer les ouvertures de <em>La Dame blanche</em> (un ouvrage que Wagner appréciait toutefois vivement) et de <em>Carmen</em> (que Nietzsche présentait comme un antidote aux langueurs wagnériennes) a un côté savoureux et quelque peu surréaliste : il ne manque plus que <em>La Muette de Portici</em> d&rsquo;Auber. Sous la baguette vivace de Stutzmann, la formation y est absolument impeccable, démontrant une légèreté, une &nbsp;souplesse et une vivacité qui ne sont pas souvent sollicitées dans son répertoire habituel. Birger Radde offre entre ces deux pages un « Ya vas lyublyu » de <em>La Dame de Pique&nbsp;</em>d&rsquo;une suprême élégance. Tilmann Unger chante ensuite un extrait du&nbsp;<em>Phantom of the Opera,</em> « The Music of the Night ». Le choix peut paraître étrange, mais il s&rsquo;agit ici de rendre hommage à Stephen Gould, <a href="https://www.forumopera.com/breve/mort-de-stephen-gould-1962-2023/">mort l&rsquo;année dernière</a>, qui commença sa carrière dans la comédie musicale avant de s&rsquo;orienter vers les rôles wagnériens, devenant l&rsquo;un des meilleurs <em>Heldentenors</em> bayeureuthiens de sa génération. La musique est accompagnées d&rsquo;émouvantes photos du ténor, depuis sa plus tendre enfance jusqu&rsquo;à ses dernières années. C&rsquo;est à ce type d&rsquo;hommages qu&rsquo;on reconnait les grandes maisons. Le scherzo de la Symphonie n°7 d&rsquo;Anton Bruckner offre une montée en tension impressionnante, nouveau témoignage de la versatilité de Stutzmann. Tilmann Unger et Birger Radde sont ensuite plus enthousiasmants dans leur duo de &nbsp;<em>Don Carlo,</em> « Dio, che nell’alma ». Catherine Foster retrouve la plénitude de ses moyens avec le <em>Liebestod</em> de <em>Tristan und Isolde</em> qui lui sied parfaitement. Franz Liszt, le beau-père de Richard Wagner et père de Cosima, a droit à une belle exécution du rare <em>Von der Wiege bis zum Grabe</em> (<i>Du berceau à la tombe) </i>page assez sombre avant que Tilmann Unger et Michael Kupfer-Radecky n&rsquo;offrent un « Blühenden Lebens labendes Blut » impressionnant. Enfin, la soirée se termine avec le prélude de <em>Parsifal</em> : là encore, on sent que Stutzmann aura des choses à nous dire dans cet ouvrage et la chef impressionne par la diversité des répertoires qu&rsquo;elle défend avec talent (il parait que l&rsquo;Opéra de Paris cherche un directeur musical).</p>
<p>La soirée de plus de deux heures est animée par Axel Brüggemann. Très à l&rsquo;aise avec le public, Brüggemann descend parmi les spectateurs s&rsquo;offrant, de ci de là, une bouchée ou une gorgée auprès des pique-niqueurs. Il expliquera les relations entre les pages choisies et le thème du voyage, les liens n&rsquo;étant pas toujours évidents. Il interviewera également les artistes, ce qui permettra à Nathalie Stutzmann d&rsquo;expliquer avec humour qu&rsquo;elle venait à Bayreuth pour tenter d&rsquo;effacer la honte du traitement subi par Wagner à Paris en 1861 à l&rsquo;occasion de la création locale de son <em>Tannhaüser</em>. Il comptera également quelques anecdotes, rappelant par exemple les souvenirs de Tchaikovski qui assista au premier festival en 1876 : « La petite ville n&rsquo;est pas capable de nourrir ses visiteurs. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai appris, dès les premiers jours de mon séjour le sens des mots <em>lutte pour sa survie</em>. On ne peut trouver un petit bout de pain ou une bière qu&rsquo;avec d&rsquo;immenses difficultés, au prix d&rsquo;une lutte terrible, d&rsquo;un rusé stratagème ou grâce à une patience de fer. Pendant toute la durée du festival, la nourriture constitue le principal centre d&rsquo;intérêt du public, l&rsquo;aspect artistique passant au second plan. Côtelettes, pommes de terre rôties, omelettes&#8230; sont des sujets de conversations plus vifs que ceux concernant la musique de Wagner ». Si la quantité est aujourd&rsquo;hui heureusement au rendez-vous, la qualité gastronomique n&rsquo;a pas beaucoup évolué depuis cette époque, et force est de constater que la saucisse reste le plat incontournable des entractes.</p>
<p>Le programme est redonné le 30 juillet.</p>
<p><strong>[AJOUT]</strong> Le 30 Juillet, Catherine Foster ayant renoncé à sa participation au concert, elle a été remplacée par Christina Nilsson pour Elisabeth de <em>Tannhaüser</em> et pour le reste par Brit-Tone Müllertz (actuellement Orlinde dans <em>Die</em> <em>Walküre</em>). Christina Nilsson est annoncée en Eva des Meistersinger la saison prochaine.</p>
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		<title>RECITAL – Nina Stemme, Madrid</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-nina-stemme-madrid/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 30 May 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Entre ses deux dernières Isolde scéniques à Palerme, Nina Stemme revenait le temps d’un récital wagnérien au Teatro Real de Madrid. La Mort d’Isolde et l’Immolation de Brünnhilde constituaient les deux scènes de ce concert complété par le prélude de Tristan und Isolde, différentes pages du Götterdämmerung liées en une forme de suite et la &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Entre ses deux dernières Isolde scéniques à Palerme, <strong>Nina Stemme</strong> revenait le temps d’un récital wagnérien au Teatro Real de Madrid. La Mort d’Isolde et l’Immolation de Brünnhilde constituaient les deux scènes de ce concert complété par le prélude de <em>Tristan und Isolde</em>, différentes pages du <em>Götterdämmerung</em> liées en une forme de suite et la rarement donnée <em>Das Liebesmahl der Apostel</em> (La Cène des Apôtres) du même Wagner.</p>
<p>Composé en 1843 pour la Pentecôte alors qu’il est à Dresde peu de temps après la première couronnée de succès de <em>Rienzi</em>, cette œuvre pour chœur d’hommes laisse deviner ce que seront les grands chœurs de <em>Lohengrin</em> et <em>Tannhäuser</em>, notamment dans toute la première partie <em>a cappella</em>. L’entrée de l’orchestre en forme de gradation constante vers l’exultation finale ne s’avère pas particulièrement convaincante, l’orchestration et ses effets restant sommaires, loin des miracles futurs du Maître de Bayreuth. L’œuvre n’en demeure pas moins une gageure pour les chœurs. Ceux du Teatro Real jouissent d’une préparation exemplaire sous la houlette de <strong>José Luis Basso</strong>. Homogénéité et nombreuses nuances servent l’œuvre au mieux. C’est un triomphe qui les accueille à l’issue de l’exécution.</p>
<p>Le succès du récital tient aussi à la qualité de l’orchestre, habitué de Wagner dont il interprète concomitamment <em><a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-meistersinger-von-nurnberg-madrid/">les Maitres Chanteurs de Nuremberg</a></em>. <strong>Gustavo Gimenez</strong>, le futur directeur musical du Real, s’ingénie à équilibrer les masses – presque trop voudrait-on dire concernant les cordes – et à articuler les leitmotivs dans un grand geste classique qui s’en remet au génie de l’écriture de Wagner plutôt qu’à un discours spécifique. Dans le cadre d’un récital, cette option est bien préférable en ce qu’elle rend tout parfaitement lisible et sécurise les interprètes.</p>


<figure class="wp-block-image size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="844" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/JYE08963-844x1024.jpg" alt="" class="wp-image-164382"/></figure>


<p>Dans cet environnement artistique propice et l’acoustique généreuse du Teatro Real, Nina Stemme couronne la soirée d’une voix sur laquelle les années ne semblent pas avoir d’emprise. Certes, le format du récital lui permet de maintenir la fraicheur du timbre et d’aborder aussi bien la <em>Liebestod</em> que le « Starke Scheite schichtet mir dort » sans endurer les deux longs opéras. Outre une technique que l’on ne décrit plus, ce qui frappe le plus c’est la transformation quasi physique de la soprano suédoise avant chaque scène. Ce soir son Isolde est rassérénée, comme enrichie de l’expérience de l’amour vécu avec Tristan, plutôt qu’exténuée et au bord de la mort. Nina Stemme sait interpréter les deux, nous l’avons vu en scène. Son choix ce soir-là trouve son sens avant une deuxième partie où c’est une Brünnhilde impériale et vengeresse qui commande le bucher et prononce le jugement des Dieux. Bien plus que Strauss, où l’on a pu la trouver en difficulté ces derniers mois, Wagner se coule dans sa gorge avec une aisance renouvelée : aucun écart, aucune attaque à l’aigu, lancée avec vigueur, ne lui résiste. En somme, c’est la quintessence de son art, forgé pendant plus de 30 ans de carrière, qu’elle offre aux spectateurs madrilènes. Généreuse, elle referme le récital dans le baume du dernier des <em>Wesendonck Lieder</em>, « Traüme », évocation de l’amoureuse qu’elle incarnera une dernière fois sur scène le mercredi 29 mai à Palerme.</p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/recital-nina-stemme-madrid/">RECITAL – Nina Stemme, Madrid</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>WAGNER, Götterdämmerung &#8211; Berlin (Deutsche Oper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-gotterdammerung-berlin-deutsche-oper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 May 2024 05:12:34 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>« It ain’t over till the fat lady sings » – autrement dit :  il ne faut jurer de rien. L’expression, inspirée à nos voisins d’outre-Manche par la dernière scène du Crépuscule des dieux, peut s’appliquer à cette dernière journée du Ring au Deutsche Oper. Après nous avoir brimbalé de voiles en valises, Stefan Herheim &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>« It ain’t over till the fat lady sings » – autrement dit :  il ne faut jurer de rien. L’expression, inspirée à nos voisins d’outre-Manche par la dernière scène du <em>Crépuscule des dieux</em>, peut s’appliquer à cette dernière journée du <em>Ring </em>au Deutsche Oper. Après nous avoir brimbalé de voiles en valises, <strong>Stefan Herheim </strong>déjoue les pronostics en bouclant la boucle. Le brasier allumé par Brünnhilde à la fin de l’opéra enfante un piano posé en majesté au centre de la scène. Les dieux cèdent la place au théâtre et à la musique. Tout peut recommencer. A défaut d’une note d’intentions explicite, telle est notre interprétation, parmi d’autres. L’intérêt de ce type de mise en scène n’est-il pas de permettre à chacun d’y projeter son propre univers et ses propres interrogations ?</p>
<p>Finalement, ce que l’on retiendra de cette Tétralogie, c’est moins le fond – les messages dissipés dans l’accumulation de symboles, parfois abscons – que la forme – la fluidité du mouvement pensé en fonction de la musique, comme chorégraphié ; l’ingéniosité de la plupart des effets ; la beauté de certaines images ; la lisibilité du récit et le respect de ses grandes lignes.</p>
<p>Le dernier épisode du cycle ne fait pas exception. Les valises sont entreposées au Walhalla, le palais des Gibichungen déporté dans le foyer du Deutsche Oper, ainsi que dans la salle – ce qui amoindrit l’impact du rêve de Hagen mais nous vaut au deuxième acte une entrée des vassaux en fanfare. L’un des points forts scénique de cette dernière journée est l’envergure dramatique donnée à Gunther et Gutrune, trop souvent remisés au rayon des utilités. Le frère et la sœur sont moins des marionnettes dans les mains de Hagen que des êtres trop humains dépassés par les enjeux d’un monde encore inféodé aux règles divines.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Go776tterda776mmerung-2024_15hf_MerbethHilleyLehmanMoore-1294x600.jpg" /><span style="background-color: var(--ast-global-color-5); color: var(--ast-global-color-3); font-size: revert; font-weight: inherit;">© Bernd Uhlig</span></pre>
<p>De l’interprétation musicale ressort la battue orageuse de <strong>Donald Runnicles</strong>. Une constante dans les quatre épisodes. Nul mieux que le chef d’orchestre écossais pour monter le volume au maximum de sa puissance dès que la partition l’y invite. Le Walhalla s’effondre à grand fracas. Le double accent de la Marche funèbre de Siegfried tombe comme un couperet implacable, ou plus exactement comme l’épée de Hagen tranchant la tête du héros mort – une image saisissante. L’irruption martiale du choeur au deuxième acte, harangué par le rejeton d’Alberich, fait froid dans le dos. L’Orchestre du Deutsche Oper est une Koenigsegg Gemera aux deux mille trois cents chevaux qui voudrait parfois plus de sensibilité. Comme dans les deux premiers épisodes, au contraire du troisième, le chef d’orchestre privilégie la violence aux brumes évanescentes, le bruit des armes au fil mystérieusement déroulé par les Nornes. Mais ce parti-pris ne s’exerce jamais au détriment des voix. Au contraire l’attention portée aux chanteurs durant les quatre opéras est une autre constante à porter au crédit de la lecture musicale.</p>
<p>Pour règle également tout au long de la saga, l’avantage pris par les seconds rôles sur les premiers, à l’exception de <strong>Clay Hilley</strong>, Siegfried exceptionnel dans cette troisième journée, à l’égal de la deuxième, éblouissant de jeunesse, de vaillance, de clarté, soucieux aussi d’expression et donc de nuances – ce dont se dispensent bon nombre de ténors accaparés par les difficultés de la partition. Comme dans <em>La Walkyrie</em>, <strong>Riccarda Merbeth</strong> veut du temps pour prendre le contrôle d’une voix à son meilleur sur les cimes de la portée. L’aigu jaillit, cingle et transperce quand le reste s’avère plus aléatoire, la ligne fluctuante, le grave souvent inaudible. Mais il y a chez cette Brünnhilde, combinées à la bravoure, une volonté et une présence qui sont des signes distinctifs des grandes titulaires du rôle. <strong>Annicka Schlicht</strong>, Waltraute superbe et altière dans ses implorations ; <strong>Albert Pesendorfer</strong>, Hagen effrayant de noirceur, de puissance et de méchanceté ; <strong>Thomas Lehman</strong> et <strong>Felicia Moore</strong>, Günther et Guntrune, sains, solides dans leur « normalité » scénique ; <strong>Lindsay Ammann</strong>, <strong>Karis Tucker</strong>, <strong>Felicia Moore</strong> et <strong>Lea-ann Dunbar</strong>, Nornes puis Filles du Rhin (pour les deux premières), fluides et musicales  : tous distribués avec la même pertinence dans d’autres rôles au cours du cycle, apposent sur ce <em>Ring</em> berlinois un label de qualité.</p>
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