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	<title>L&#039;Ancêtre - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>L&#039;Ancêtre - Oeuvre - Forum Opéra</title>
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		<title>SAINT-SAËNS, L&#8217;Ancêtre</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/saint-saens-lancetre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 26 Oct 2025 05:00:00 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><em>L&rsquo;Ancêtre</em> date de 1906 et, si on met de côté la seconde mouture de <em>Déjanire</em>, il clôt la production lyrique de Saint-Saëns. Commandée par le Prince Albert Ier de Monaco, l&rsquo;œuvre est créée sur le Rocher le 24 février 1906 devant toute la presse hexagonale et européenne. Les attentes sont fortes : Saint-Saëns est alors le compositeur français le plus en vue, et rassure tous ceux qui tremblent devant les audaces de Debussy ou la musique trop austère des disciples de César Franck. Malgré de beaux articles, notamment de la plume de Gabriel Fauré, <em>L&rsquo;Ancêtre</em> récoltera un succès qui n&rsquo;est guère plus que d&rsquo;estime, et il ne reparaîtra plus après 1915, jusqu&rsquo;à ce le Palazzetto Bru Zane le ressuscite <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-lancetre-monte-carlo/">pour des concerts donnés à Monte-Carlo en octobre 2024,</a> qui sont à l&rsquo;origine du présent enregistrement.</p>
<p>La première question est donc celle de la valeur de la pièce, et la réponse est malaisée. Sur le papier, l&rsquo;énumération des qualités semble convaincante : l&rsquo;orchestration est d&rsquo;une finesse exquise, Saint-Saëns étant alors au sommet de sa maîtrise, l&rsquo;invention mélodique est plutôt riche dans les quelques plages lyriques que le compositeur se réserve (le trio de l&rsquo;acte III est un bijou ! ), l&rsquo;action file sans traîner, le compositeur sait écrire pour les voix et trouve un équilibre intéressant entre réalisme de la prosodie et virtuosité. Pourtant, à l&rsquo;écoute, quelque chose ne fonctionne pas. Et il n&rsquo;est pas facile d&rsquo;expliquer pourquoi. Sont-ce les vers très pauvres de Lucien Augé de Lassus, parfois d&rsquo;une niaisierie affligeante ? Est-ce le caractère hybride d&rsquo;une partition qui ne semble jamais vraiment choisir son style ? On ne reprochera pas à Saint-Saëns de ne ressembler ni à Debussy ni à Massenet ni à Chausson. Il a bien le droit de parler sa langue propre, mais il semble animé de trop peu de conviction, et l&rsquo;ambiance générale est souvent plate. On a bien du mal à s&rsquo;intéresser à cette histoire de vendetta corse, située à l&rsquo;époque napoléonienne. Les personnages sont peu caractérisés musicalement, et aucun ne provoque la sympathie ou l&rsquo;identification. Tout cela manque terriblement de nerf, de vie, en un mot de théâtre. Il semble que la postérité ne se trompe pas toujours en décidant d&rsquo;oublier certains ouvrages.</p>
<p>Surtout que l&rsquo;on ne pourra pas incriminer l&rsquo;interprétation, qui est ici de premier ordre. <strong>Kazuki Yamada</strong> est parfaitement à l&rsquo;aise dans le répertoire français, et dirige d&rsquo;une main sûre un <strong>Orchestre philharmonique de Monte-Carlo</strong> qui a tout le tranchant et la clarté que réclame l&rsquo;écriture de Saint-Saëns. Le <strong>Chœur philharmonique de Tokyo</strong> possède une diction miraculeuse et chante les répliques parfois très quelconques de sa partie comme si c&rsquo;était la <em>Messe en si</em> de Bach. La distribution est de rêve, à commencer par <strong>Julien Henric</strong> au ton suave et à l&rsquo;agilité sans borne. <strong>Michaël Arivony</strong> est un Raphaël idéal de tendresse et d&rsquo;émerveillement dans sa scène d&rsquo;ouverture, et son dialogue avec les abeilles est d&rsquo;un style si raffiné qu&rsquo;il parvient à échapper au ridicule qui guette dans ce genre de passage. <strong>Matthieu Lécroart</strong> fait mieux qu&rsquo;assurer dans sa partie, pourtant modeste. Les deux rôles principaux sont réservés à Nunciata (<strong>Jennifer Holloway</strong>) et Vanina (<strong>Gaëlle Arquez</strong>). La première vient de faire <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/wagner-die-walkure-bayreuth/">des débuts remarqués en Sieglinde à Bayreuth.</a> Et c&rsquo;est bien Sieglinde qu&rsquo;elle évoque ici, avec une fougue et un lyrisme qui brûlent les planches. Les moyens sont considérables, et la parfaite homogénéité sur toute la tessiture force l&rsquo;admiration. Il est permis de trouver que tout ceci est un peu « too much » pour les lignes délicates tracées par Saint-Saëns, mais qui se plaindra que la mariée est trop belle ? Gaëlle Arquez, quant à elle est à un point d&rsquo;équilibre entre charme, vocal et théâtralité. La voix est d&rsquo;une moirure exquise, avec des graves à se damner, mais elle n&rsquo;oublie jamais de dire son texte en même temps qu&rsquo;elle le chante, et certaines de ses répliques font froid dans le dos, mettant enfin un peu de vie dans une œuvre qui en manque singulièrement. Au total, les interprètes défendent avec conviction un opéra qui, s&rsquo;il a ses mérites, ne sortira sans doute pas durablement des limbes de l&rsquo;oubli. Mais avis à tous les curieux, et bravo au Palazzetto Bru Zane pour l&rsquo;originalité de la démarche et un livret d&rsquo;accompagnement qui est, comme à chaque fois, un modèle d&rsquo;érudtion et de simplicité.</p>
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		<title>SAINT-SAËNS, L&#8217;Ancêtre – Monte-Carlo</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/saint-saens-lancetre-monte-carlo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 09 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Deux ans après Déjanire, le Palazzetto Bru Zane et l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo poursuivent leur fructueuse collaboration en présentant un autre opéra de Saint-Saëns composé pour Monaco : L’Ancêtre. Derrière ce titre énigmatique se cache une intrigue qui relèverait presque de l’esthétique naturaliste, à l’instar de la Navarraise de Massenet, si elle n’était pas composée &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">Deux ans après <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/dejanire-monte-carlo-entre-fidelite-et-renouveau/"><em>Déjanire</em></a>, le Palazzetto Bru Zane et l’Orchestre philharmonique de Monte-Carlo poursuivent leur fructueuse collaboration en présentant un autre opéra de Saint-Saëns composé pour Monaco : <em>L’Ancêtre</em>. Derrière ce titre énigmatique se cache une intrigue qui relèverait presque de l’esthétique naturaliste, à l’instar de la <em>Navarraise</em> de Massenet, si elle n’était pas composée d’éléments qui la rattachent plutôt au drame romantique. Comme dans <em>Roméo et Juliette</em>, deux familles se vouent une haine mortelle depuis plusieurs décennies. Alors que Tébaldo, le fils Pietra Néra revient des guerres napoléoniennes, l’ermite Raphaël invite les deux familles à se réconcilier et à abandonner la règle de la <em>vendetta</em> – Corse oblige. Mais Nunciata, l’aïeule des Fabiani (l’ancêtre du titre), refuse de suivre les conseils du prêtre d’un « non » catégorique.</p>
<p style="font-weight: 400;">Au début du deuxième acte, elle apprend que son petit-fils a été tué par Tébaldo. Furieuse, elle appelle Vanina, la sœur du défunt, à se venger en tuant le meurtrier d’un coup de fusil. Problème : Vanina est éperdument amoureuse de Tébaldo, qui – autre problème – préfère la compagnie de la sœur de lait de Vanina, Margarita… Bien que témoin du bonheur de Tébaldo et Margarita, unis par l’ermite Raphaël au début du troisième acte, Vanina ne parvient pas à tirer sur Tébaldo et c’est donc Nunciata elle-même qui décide de porter le coup fatal. Hélas, « à demi-aveugle », elle vise mal et tue sa petite-fille Vanina. Un dénouement que n’aurait pas renié Victor Hugo et qui illustre l’aveuglement haineux de la vieille femme et, plus généralement, l&rsquo;essence tragique des haines interfamiliales.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’opéra est assez court (une heure et quarante minutes) et la caractérisation des personnages en pâtit quelque peu : difficile, surtout en version de concert, de s’émouvoir du destin de personnages si rapidement esquissés. Heureusement, la musique que Saint-Saëns a composée pour ce livret est inspirée ; le compositeur ménage des épisodes dramatiques très réussis, comme les imprécations de l’Ermite au moment où Nunciata refuse de renoncer à la <em>vendetta</em>, soutenues par un orchestre fiévreux qui rappelle les plus beaux moments de la partie du Grand Prêtre de Dagon dans <em>Samson et Dalila</em>.</p>
<p style="font-weight: 400;">Notons également l’« air des abeilles » de ce même Ermite, où Saint-Saëns figure le bourdonnement des abeilles par des frémissements de cordes (on est le compositeur du <em>Carnaval des animaux</em> ou on ne l’est pas !), la prière fervente du chœur au premier acte et le duo très lyrique entre Margarita et Tébaldo qui referme ce même acte. Ce sont surtout les ensembles qui font forte impression dans la suite de l’œuvre, notamment le trio entre Tébaldo, Margarita et l’Ermite au troisième acte et, plus loin, le très original quatuor pour ténor, deux sopranos et une mezzo dans lequel Vanina et Nunciata commentent les échanges passionnés de Tébaldo et Margarita.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’orchestration de l’œuvre est par ailleurs très soignée : les couleurs mélancoliques de la clarinette accompagnent l’entrée de l’ancêtre (lointain écho à l’Andromaque des <em>Troyens</em> ?), avant de resurgir comme une réminiscence à la fin de l’œuvre. Le célesta fait une brève et séduisante apparition au début du troisième acte et la mort de Vanina est accompagnée par un quatuor à cordes éploré, avant que tout l’orchestre ne conclue l’œuvre par un épanchement lyrique passionné, d’une sensualité et d’une douleur renversantes.</p>
<figure id="attachment_173918" aria-describedby="caption-attachment-173918" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-173918 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/241006-LAncetre-credit-Frederic-Nebinger-Direction-de-la-communication-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-173918" class="wp-caption-text">De gauche à droite : Michael Arivony, Julien Henric, Hélène Carpentier, Jennifer Holloway, Gaëlle Arquez, Matthieu Lécroart   © Alice Blangero</figcaption></figure>
<p style="font-weight: 400;">Pour défendre cette partition oubliée, une équipe d’interprètes exceptionnels a été réunie. Leur engagement de tous les instants et leur soin amoureux porté à la musique de Saint-Saëns et au texte de Lucien Augé de Lassus donnent crédibilité et intérêt à cette résurrection. Déjà remarquée dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/hulda-paris-tce-dor-et-de-sang/"><em>Hulda</em></a> et <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/le-tribut-de-zamora-munich-berlioz-aux-anglais-gounod-aux-allemands/"><em>Le Tribut de Zamora</em></a>, la soprano américaine <strong>Jennifer Holloway</strong> prête sa voix à Nunciata, l’implacable aïeule de la famille Fabiani. Se tenant fière et glaçante derrière son pupitre, elle incarne la fureur aveugle du personnage avec beaucoup de sensibilité, un français impeccable et une voix impressionnante d’éclat et de vigueur. Le rôle pathétique de sa petite fille Vanina est tenu avec autant de pudeur que de frémissement par une <strong>Gaëlle Arquez</strong> épanouie, à l’aise sur l’ensemble de cette tessiture de mezzo qui sollicite aussi bien les graves que les aigus. Le verbe est cueilli avec précision et sa voix charnue confère au personnage un tempérament vibrant. On est même un peu déçu que le rôle ne soit pas plus étoffé ! Sa sœur de lait Margarita est quant à elle incarnée par <strong>Hélène Carpentier</strong>, soprano tout sauf léger, qui vocalise et joue la jeune première avec du caractère dans la voix et dans le ton.</p>
<p style="font-weight: 400;">Dans le rôle du porcher Bursica, ami de la famille Fabiani, <strong>Matthieu Lécroart</strong> fait montre de ses qualités habituelles, mais non moins rares ! On admire toujours chez lui cette clarté de la diction, cette homogénéité de timbre et cette franchise d’émission si appréciable dans le répertoire français. Face à lui, deux jeunes recrues épatantes. On avait déjà remarqué <strong>Julien Henric</strong> dans <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/magnard-guercoeur-strasbourg/"><em>Guercœur</em></a> et il expose en Tébaldo cette même voix aux aigus vaillants, avec une émission claironnante et beaucoup d’investissement dramatique et musical. Le rôle de ce jeune guerrier amoureux lui va comme un gant, car il sait se faire délicat dans les numéros tendres et insolent dans les passages plus vindicatifs. Enfin, nous découvrions le baryton malgache <strong>Michael Arivony</strong>, qui vient de quitter la troupe de l’Opéra de Vienne et qui a eu le même professeur de chant à Madagascar que Sahy Ratia. L&rsquo;artiste est souverain de timbre, de diction et de musicalité. Le phrasé est souple et élégant et, s&rsquo;il est peut-être un peu jeune pour avoir l&rsquo;autorité de l&rsquo;ermite Raphaël, il en a le panache. Un chanteur à suivre de très près !</p>
<p style="font-weight: 400;">À la tête d’un <strong>Orchestre philharmonique de Monte-Carlo</strong> très investi, le chef japonais <strong>Kazuki Yamada </strong>défend avec exigence et flamme cette partition méconnue de Saint-Saëns. Sa lecture est très cursive, modeste dans ses effets, mais toujours juste : la fraîcheur de l’instrumentation au début du premier acte est merveilleusement rendue et il met aussi bien en avant les effets d’orchestration plutôt conventionnels qui accompagnent des récitatifs quasiment gluckistes que les effusions aux harmonies plus troubles, lorgnant vers le postromantisme. Les choristes du <strong>Chœur philharmonique de Tokyo</strong> participent également, par leur investissement et leur maîtrise du français, à la réussite de cette interprétation marquante, qu’on a déjà hâte d’entendre au disque. En espérant que le partenariat entre Monte-Carlo et le Palazzetto Bru Zane ne s’arrête pas en si bon chemin !</p>
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