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	<title>Greek National Opera - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Greek National Opera - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>DONIZETTI, Lucia di Lamermoor &#8211; Athènes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Clément Mariage]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 11 Apr 2025 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On se souvient que la mise en scène de Katie Mitchell avait fait grand bruit lors de sa création à Londres en 2016. Était-ce parce que certains affirmaient alors que la metteuse en scène portait sur Lucia di Lamermoor un regard trop féministe, voire idéologique ? Ou bien était-ce parce qu’elle convoquait sur le plateau &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p style="font-weight: 400;">On se souvient que la mise en scène de<strong> Katie Mitchell</strong> avait fait grand bruit lors de sa création à Londres en 2016. Était-ce parce que certains affirmaient alors que la metteuse en scène portait sur<em> Lucia di Lamermoor </em>un regard trop féministe, voire idéologique ? Ou bien était-ce parce qu’elle convoquait sur le plateau des éléments relevant de la sphère basse du corps humain : une fausse couche, une baignoire, des toilettes ? En tout cas, cette troisième reprise à l’Opéra d’Athènes, co-producteur du spectacle dès sa création, apparaît comme une réussite incontestable, d’une cohérence et d’une efficacité dramaturgiques redoutables.</p>
<p style="font-weight: 400;">L’ambition première de Katie Mitchell est de représenter sur scène ce qui n’apparaît qu’en creux dans le livret de Salvadore Cammarano : ce qui se joue hors-scène (le meurtre d’Arturo), ce qui n’existe que dans le discours des personnages (les apparitions spectrales) ou ce qui ne se dit pas (comment Lucia devient-elle folle ?). Tout au long de la représentation, la scène est divisée en deux, représentant des pièces réellement adjacentes (la chambre et la salle de bain de Lucia au début de l’acte II) ou éloignées (un caveau à gauche et à droite une garde-robe au premier acte). Très souvent, la metteuse en scène choisit de partager le plateau entre l’action principale d’un côté, et de l’autre une action muette qui anticipe l’action principale ou entre en résonance avec elle. On voit par exemple les sbires d’Enrico fouiller la garde-robe de Lucia à la recherche d’une preuve, tandis que Lucia et Edgardo chantent leur amour dans l’espace scénique d’à côté ; on voit également entrer Edgardo par la fenêtre bien avant qu’il ne surgisse dans la salle où se déroule la signature du contrat de mariage ; plus marquant encore, le meurtre d’Arturo est représenté dans la chambre de Lucia pendant que les invités festoient dans une autre salle. À chaque fois, ces scènes secondaires (qui peuvent s’ériger en scène principale, comme dans le cas du meurtre) ont une fonction dramaturgique précise : comme dans un film, où le montage ménage des effets de suspense par l’alternance dans une même séquence de plans situés dans des lieux séparés, elles stimulent l’imagination du spectateur et le placent dans un état de tension et d’attente.</p>
<figure id="attachment_187263" aria-describedby="caption-attachment-187263" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="wp-image-187263 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GNO-Lucia-di-Lammermoor-photo-A.-Simopoulos-1-1024x543.jpg" alt="" width="1024" height="543" /><figcaption id="caption-attachment-187263" class="wp-caption-text">© A. Simopoulos</figcaption></figure>
<p style="font-weight: 400;">La scénographie, signée <strong>Vicki Mortimer</strong>, est d’un réalisme jusqu’au-boutiste et semble tout droit sortie du studio de tournage d’un film historique. En témoigne le soin apporté à la réalisation du caveau, dont émanent des réminiscences lugubres du <em>Moine</em> de Lewis. Si l’on en croit les costumes soignés de la même Vicki Mortimer, l’action se situe plutôt au milieu du XIX<sup>e</sup> siècle, dans une Angleterre corsetée par la morale victorienne. Dans ce contexte, le personnage de Lucia apparaît d’autant plus isolé et réprimé que sa servante Alisa est la seule femme qui la suit tout au long de l’action. Katie Mitchell choisit en effet de travestir les choristes féminines et Lucia se retrouve ainsi exclusivement entourée d’hommes. Un puissant lien de sororité réunit les deux femmes : elles s’habillent et se déshabillent l’une et l’autre pour se travestir au premier acte, puis tuent Arturo ensemble. Comme la servante de Judith décapitant Holopherne, Alisa étouffe l’époux de Lucia pendant que celle-ci le frappe de coups de couteau répétés. Deux autres femmes apparaissent cependant sur le plateau, mais elles ne sont visibles que par Lucia : la jeune ancêtre de la famille des Lamermoor assassinée par un homme de la maison d’Edgardo, citée dans le livret dès le premier air de Lucia, mais aussi la mère d’Enrico et Lucia, également évoquée dans un dialogue. Leur présence fantomatique, lente et angoissante, accompagne Lucia tout au long de l’œuvre et elles ressurgissent dans la scène de la folie, rejointes par Edgardo dans le délire hallucinatoire de Lucia. Ce délire naît d&rsquo;ailleurs autant du traumatisme du meurtre, suite au mariage forcé, que d&rsquo;une fausse couche qui accable Lucia : c&rsquo;est comme si son corps se détruisait de lui-même après toutes les violences que son frère et les autres hommes de son entourage lui ont fait subir. Le sang qui macule sa chemise de nuit blanche n&rsquo;est donc pas celui de son époux assassiné, comme on a l&rsquo;habitude de le représenter, mais son propre sang, rejet ignoble de son corps tourmenté.</p>
<p>Cette mise en scène, reprise ici par <strong>Robin Tebbutt</strong>, se démarque par sa fluidité, l&rsquo;acuité de sa direction d&rsquo;acteur et un sens de la précision temporelle qui est la marque de fabrique de la metteuse en scène britannique (surtout dans ses pièces de théâtre filmée, où tout est réglé au millimètre) : après avoir répandu dans sa baignoire les lettres d&rsquo;Edgardo, Lucia y plonge pour s&rsquo;y trancher les veines. Edgardo survient, chante son air déchirant et répète le geste suicidaire de Lucia : au même moment, l&rsquo;eau, qui coulait dans la baignoire depuis le début de la scène, déborde. Cet épanchement d&rsquo;eau apparaît comme une métaphore tragique de la mort des deux amants, qui se sont échangés des mots d&rsquo;amour près d&rsquo;une fontaine à l&rsquo;acte I, et une traduction scénique de l&rsquo;émotion du spectateur, débordé par l&rsquo;émotion devant le destin tragique de Lucia et Edgardo.</p>
<figure id="attachment_187274" aria-describedby="caption-attachment-187274" style="width: 2560px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-187274 size-full" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GNO-Lucia-di-Lammermoor-photo-G.-Antonoglou-5-scaled.jpg" alt="" width="2560" height="1706" /><figcaption id="caption-attachment-187274" class="wp-caption-text">© A. Simopoulos</figcaption></figure>
<p>La salle de l&rsquo;Opéra national de Grèce, située dans le Centre culturel de la fondation Stávros-Niárchos, bénéficie d&rsquo;une acoustique exceptionnelle. Alors qu&rsquo;au dixième rang du parterre de l&rsquo;Opéra Bastille, on a l&rsquo;impression que l&rsquo;orchestre joue dans la pièce d&rsquo;à côté, la présence sonore de l&rsquo;orchestre dans la salle d&rsquo;Athènes est d&rsquo;un équilibre et d&rsquo;une netteté rarement égalés. Il faut dire que l&rsquo;<strong>Orchestre de l&rsquo;Opéra national de Grèce</strong> est particulièrement bien dirigé par <strong>Lukas Karytinos</strong> : l&rsquo;équilibre avec les chanteurs est toujours maintenu avec beaucoup d&rsquo;attention et le chef soutient les interprètes dans leurs choix de tempo, de variations ou d&rsquo;interpolations. L&rsquo;orchestration de Donizetti n&rsquo;est peut-être pas ce que le répertoire opératique comprend de plus sophistiqué, mais Lukas Karytinos révèle l&rsquo;efficacité dramaturgique des choix du compositeur et met en valeur les alliages de timbres évocateurs qui apparaissent en plusieurs endroits de la partition. Le solo de harpe ouvrant la scène de la fontaine est par exemple d&rsquo;une plasticité miraculeuse, le pincement doux des cordes se détachant comme des gouttes d&rsquo;eau dans le roulis des vents et des cordes. Si on regrettera toujours la substitution de la flûte à l&rsquo;harmonica de verre dans la scène de la folie, on relèvera la richesse et la clarté sonores que nous offrent toute la petite harmonie, les cors et les pupitres de cordes.</p>
<p>Alors que la suite des représentations afficheront une distribution entièrement constituée de chanteurs grecs, des interprètes de renommée internationale ont été invités pour les deux rôles principaux à l&rsquo;occasion des premières dates de cette reprise. <strong>Jessica Pratt</strong> est une Lucia de référence dans le paysage lyrique actuel et c&rsquo;est un rôle qu&rsquo;elle a incarné sur de nombreuses scènes, y compris <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-di-lammermoor-paris-tce-a-la-recherche-de-maria-callas/">au Théâtre des Champs-Élysées dans une version de concert en 2017</a>. Huit ans plus tard, la chanteuse offre au public athénien un portrait approfondi et parfaitement maîtrisé de la jeune fille écossaise. La technique est impeccable, permettant à la soprano d&rsquo;offrir des trilles, des aigus interpolés du meilleur effet et une ligne musicale d&rsquo;une grande délicatesse. La voix a quelque chose de marmoréen, et puisque nous sommes à Athènes, on pourrait même dire quelque chose d&rsquo;apollinien. Mais c&rsquo;est ici qu&rsquo;entrent en jeu les goûts de chacun, toujours un peu mystérieux : il manque selon nous quelque chose de frémissant, d&rsquo;abandonné, pour que le portrait soit vraiment émouvant et complet. La chanteuse est pourtant scéniquement parfaitement convaincante, plongeant dans le rôle avec une grande sincérité, mais on frissonne plus devant l&rsquo;exploit vocal et les aigus brillants que devant le destin de Lucia.</p>
<figure id="attachment_187268" aria-describedby="caption-attachment-187268" style="width: 1024px" class="wp-caption aligncenter"><img decoding="async" class="wp-image-187268 size-large" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GNO-Lucia-di-Lammermoor-photo-A.-Simopoulos-5-1024x683.jpg" alt="" width="1024" height="683" /><figcaption id="caption-attachment-187268" class="wp-caption-text">© A. Simopoulos</figcaption></figure>
<p>À ses côtés,<strong> Ismaël Jordi</strong> reprend le rôle d&rsquo;Edgardo qu&rsquo;il avait déjà fréquenté dans cette production <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/lucia-di-lammermoor-londres-roh-donizetti-version-gore/">à Londres en 2017</a>. Le ténor espagnol présente une voix souple, d&rsquo;une belle tenue, avec des phrasés et des nuances de la plus belle eau. Son air final, une des inspirations mélodiques les plus merveilleuses de Donizetti, est particulièrement réussi : son art des demi-teintes colorent la ligne vocale dès son entrée, emportant l&rsquo;auditeur dans son vertige désespéré. Le rôle d&rsquo;Enrico est quant à lui tenu par un chanteur grec qu&rsquo;on a pu récemment entendre en Giorgio Germont à Rennes et à Angers : <strong>Dyonisios Sourbis</strong>. Le vibratello très présent rappelle lointainement Giorgio Zancanaro et la voix impressionne par son mordant et son autorité. Le baryton fait particulièrement mouche dans son air d&rsquo;entrée, où il lance plusieurs aigus qui assoient glorieusement l&rsquo;autorité du personnage.</p>
<p>Le reste de la distribution, entièrement grecque, n&rsquo;appelle que des éloges : <strong>Petros Magoulas</strong> est un Raimondo robuste, impressionnant de mesure. La voix a de légères aspérités charbonneuses, mais cela caractérise très justement le personnage. <strong>Yannis Kalyvas</strong> a ce qu&rsquo;il faut d&rsquo;éclat et de métal dans la voix pour donner à Arturo son côté rustre, qui s&rsquo;oppose au timbre plus doux de son rival Edgardo. En Alisa, <strong>Eleni Voudouraki</strong> a peu d&rsquo;interventions chantées, mais s&rsquo;impose par une présence sensible tout au long de la représentation. Enfin, on aimerait pouvoir entendre plus longuement le jeune <strong>Manos Kokkonis</strong>, à qui revient le bref rôle de Normanno, tant cette voix lyrique de ténor séduit par ses couleurs et son phrasé délicat.</p>
<p>Le <strong>Chœur de l&rsquo;Opéra national de Grèce</strong>, par son italien précis et son homogénéité de timbre, contribue à la réussite de la représentation. Outre l&rsquo;excellence globale de la réalisation scénique, la qualité de la distribution nous donne envie de découvrir ce que les titulaires grecs des deux rôles principaux, Vassiliki Karayanni et Yannis Christopoulos, auront à offrir dans cette production au cours des prochaines représentations. Et qu&rsquo;on aimerait avoir une grande salle à l&rsquo;acoustique semblable à Paris !</p>
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		<title>BARTOK/RACHMANINOV, Le Château de Barbe-Bleu/Aleko &#8211; Athènes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/bartok-rachmaninov-le-chateau-de-barbe-bleu-aleko-athenes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 20 Nov 2024 07:03:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Marier Béla Bartók et Sergei Rachmaninov, deux compositeurs contemporains l’un de l’autre, revient déjà à faire se rencontrer des contraires dans l’esthétique et l’écriture musicale. Confier Le Château de Barbe-Bleue à un jeune metteur en scène grec et Aleko à une grande actrice française prolonge l’oxymore. Créée l’an dernier, la production du huis-clos de Béla &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Marier Béla Bartók et Sergei Rachmaninov, deux compositeurs contemporains l’un de l’autre, revient déjà à faire se rencontrer des contraires dans l’esthétique et l’écriture musicale. Confier <em>Le Château de Barbe-Bleue</em> à un jeune metteur en scène grec et <em>Aleko</em> à une grande actrice française prolonge l’oxymore.</p>
<p>Créée l’an dernier, la production du huis-clos de Béla Bartók convainc et dans son propos et dans sa réalisation. C’est moins Judith que Barbe-Bleue qui intéresse <strong>Themelis Glynatsis</strong>. L’entrée dans le château se transforme en une simple chambre, où un vieillard est alité. Autour, un décor de grotte sombre et humide juchée d’éléments disparates : une réplique de la coiffeuse de la chambre, un autre lit, une porte en quinconce. Un jeune enfant en uniforme militaire traversera la scène, une femme plantureuse escaladera le décor, Judith s’allongera presque lascive sur l’autre lit. Autant d’évocations qui font écho aux portes sur l’inconscient que Judith ouvre et qui dérange Barbe Bleue jusque dans une scène finale où les trois figures masculines aux trois âges sont réunies dans la chambre initiale. Le point de vue a donc changé et ce n’est plus tant la témérité et le désir de Judith qui provoque le drame que les révélations successives sur les fantasmes de Barbe-Bleue.</p>
<p>L’orchestre se pare des belles couleurs du courlis cendré et trouve une grande cohésion, notamment dans les tutti, sous la baguette de <strong>Fabrizio Ventura</strong>. On reprochera un manque de tension globale où même les fulgurances comme l’ouverture de la cinquième porte peinent à donner du rythme à cette scansion particulière en sept étapes. Vocalement, les deux interprètes remplissent leur rôle de manière satisfaisante. A <strong>Tassos Apostolou</strong>, le volume et la noirceur qui siéent tout à fait au portrait mystérieux du chatelain. Quant à <strong>Violetta Lousta</strong>, la voix peine davantage à s’épanouir mais concentre ses moyens sur l’interprétation. Elle propose une Judith sensuelle et volontaire.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/GNO-Aleko-photo-Andreas-Simopoulos-2-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-177133"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Andreas Simopoulos</sup></figcaption></figure>


<p>Très rare en version scénique, <em>Aleko</em> se voit donc confié à<strong> Fanny Ardant</strong> dont c’est la deuxième mise en scène à l’Opéra national Grec. Elle s’est entourée de<strong> Pierre-André Weitz</strong> au décors et d’<strong>Israel Galván</strong> pour les chorégraphies. Le problème c’est que chacun joue sa partition en solo. Le designer recycle ses murs à alcôves vus dans nombre de productions de ce fidèle d’Olivier Py (<em>Les Huguenots</em> pour n’en citer qu’une) sans que ni les effets ni la scénographie ne servent le drame. Le chorégraphe occupe tout, trop l’espace. Est-ce parce que Fanny Ardant ne sait que diriger dans un carré de scène central, comme au théâtre classique et ses besoins déclamatoires ? Très vite, ces remplissages isolés vident de son sens cette œuvre de peu de mots mais à l’efficacité dramatique redoutable. Le livret et les personnages nous disent que la nuit tombe, que chacun rentre chez soi. Et c’est cette obscurité dépeuplée qui rend possible la rencontre adultère, l’affut d’Aleko et la rage mortelle qui le saisit. A l’inverse, voir en permanence une troupe de danseurs tziganes en pleine lumière annihile toute possibilité de tension dramatique au profit d’une danse bruyante et peu inspirée. Les personnages entrent donc en scène, à cour ou à jardin sans cohérence, parce que c’est à eux de chanter…</p>
<p>De plus, la distribution réunie ne satisfait pas à toutes les exigences malgré la brièveté des rôles.<strong> Ines Zikou</strong>, au beau mezzo grave, ne peut mobiliser qu’un volume confidentiel qui obère l’autorité requise pour sa scène. <strong>Yannis Christopoulos</strong> offre un timbre élégant de ténor léger. Toutefois lui aussi s’avère sous-dimensionné pour affronter l’orchestre quasi symphonique et se met en difficulté à l’aigu à force d’efforts. Il en va un peu de même pour <strong>Myrsini Margariti</strong> dont la Zemfira peine à se chauffer. La prestation s’avère plus convaincante dans les dernières scènes malgré des duretés à l’aigu qui persévèrent. <strong>Yanni Yanissis</strong> (le père) est quant à lui parfaitement à sa place et compose un père émouvant dans un chant sonore et bien nuancé. Enfin, <strong>Tassis Christoyannis</strong> épouse les affects d’Aleko comme il se doit : passion, colère et regret. Son grand air mériterait peut-être encore davantage d’intériorité pour trouver les justes accents que le baryton grec saura mettre dans la scène finale.</p>
<p>Enfin, l’orchestre, irréprochable, fait montre d’une cohésion sans faille. Les chœurs eux aussi affirment leur excellent niveau, même si leur position dans les alcôves n’aide pas à la précision des départs. Toujours en fosse, Fabrizio Ventura trouve cette fois le bon tempo et le bon dosage entre lyrisme symphonique et dramatisme d&rsquo;une partition qui mériterait de résonner plus souvent, aux côtés des deux autres ouvrages lyriques de son compositeur.</p>
<p><em>Ce spectacle sera diffusé sur Mezzo du 15 décembre au 13 janvier et sur <a href="http://medici.tv/" target="_blank" rel="noopener" data-saferedirecturl="https://www.google.com/url?q=http://medici.tv&amp;source=gmail&amp;ust=1732345027217000&amp;usg=AOvVaw2qsBLhpcZWkgwKYpwRGEU0">medici.tv</a> le 15 décembre.</em></p><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/bartok-rachmaninov-le-chateau-de-barbe-bleu-aleko-athenes/">BARTOK/RACHMANINOV, Le Château de Barbe-Bleu/Aleko &#8211; Athènes</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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		<title>MASSENET, Manon — Athènes</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/manon-athenes-ce-nest-pas-la-que-les-atheniens-satteignirent/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Christophe Rizoud]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 30 Dec 2018 18:07:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Qui croirait la Grèce au bord du gouffre économique à la vue de son nouvel opéra ? Don de la Stavros Niarchos Foundation à l’état, le Cultural Center étale des formes tracées à la règle dans la baie de Faliro, à une vingtaine de minutes en voiture du centre-ville d’Athènes. L’architecte italien Renzo Piano, qui &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Qui croirait la Grèce au bord du gouffre économique à la vue de son nouvel opéra ? Don de la Stavros Niarchos Foundation à l’état, le Cultural Center étale des formes tracées à la règle dans la baie de Faliro, à une vingtaine de minutes en voiture du centre-ville d’Athènes. L’architecte italien Renzo Piano, qui en son temps commit le Centre Georges Pompidou, a voulu le complexe tel un morceau de croûte terrestre avec au sommet une canopée censée évoquer un nuage. La bibliothèque étale ses angles en contrebas. Inaugurée en octobre 2017 par une représentation d’<em>Elektra</em>, la grande salle offre une capacité de 1400 places et des équipements technologiques dernier cri, dont un système de surtitrage bilingue intégré aux fauteuils. Du parterre, en dépit de panneaux de bois rouge censés réfléchir le son, l’acoustique semble perfectible. L’exiguïté des escaliers sur cinq étages à l’intérieur du bâtiment, l’absence de foyer ou plutôt son absorption par un hall d’entrée mieux adapté à un aéroport qu’à un théâtre laissent dubitatif quant à l’intimité de l’architecte avec la pratique lyrique. L’opéra ne serait-il plus une fête, et ses temples des lieux de plaisir ? Comme trop souvent dans ce genre de construction, la rigueur mathématique semble une injonction faite au rêve de passer son chemin.</p>
<p>Depuis qu’Elvira De Hidalgo, avant de prendre sous son aile une jeune chanteuse nommée Maria Callas, en chanta dans les années 1930 la partition, Athènes entretient une relation privilégiée avec <em>Manon</em>. On suppose que l’opéra de Massenet a pour les Grecs les attraits d’un exotisme « bon chic parisien », synonyme d’un univers d’élégance sophistiquée non exempt de luxure. Telle est la manière dont <strong>Thomas Moschopoulous</strong> actualise l’ouvrage. Créature extirpée d’une <em>Fashion week</em> à tendance sado-maso, le « Sphynx étonnant » pousse son dernier soupir dans les couloirs d’une aérogare, rendue à sa condition de technicienne de surface. C’est là l’histoire de Manon Lescaut ? Oui, quoi que puissent en penser les partisans de la plus stricte obédience au livret. Dans un décor vertical axé autour d’un tapis à bagages, devenu podium de mode lors du tableau du Cours-la-Reine expurgé de ses ballets, la lettre du récit est respectée au delta d’accessoires et de costumes empruntés à notre époque. Si d’ailleurs on se laisse prendre une nouvelle fois aux filets de l’opéra de Massenet jusqu’à renifler sur les dernières mesures, c’est en raison de l’approche scénique plus que musicale.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/man0.jpg?itok=pZooGZfD" title="© Dimitris Sakalakis" width="468" /><br />
	© Dimitris Sakalakis</p>
<p>Face à un chœur en déroute, <strong>Lukas Karytinos </strong>peine à recoller les morceaux d’une écriture volontairement composite. Bien que labellisé « Opéra-comique », Manon touche à tous les genres, du pastiche dix-huitièmiste aux élans pré-pucciniens. Sans mettre sur la table l’inévitable sujet de la diction française, ici allègrement négligée à l’exception de <strong>Vangelis Maniatis</strong> en Lescaut, les seconds rôles peinent à se glisser dans un format dit de caractère où compte d’abord l’art de la composition. A tout prendre, il faut des acteurs – ou du moins des diseurs – plus que des chanteurs pour croquer en quelques phrases Guillot de Morfontaine ou éviter que Rosette, Poussette et Javotte ne forment une réplique dévoyée des trois Dames de <em>La Flûte enchantée</em>. Et le Comte Des Grieux ne peut raisonnablement admonester son fils comme le Grand Inquisiteur Philippe II, ainsi que le propose d’une voix de stentor <strong>Tassos Apostolou</strong>.</p>
<p>Les deux amoureux ont été voulu plus légers que ne l’exige la tradition – et la partition. Manon peut-elle être confiée à une Reine de la nuit sous prétexte d’un air brillant au 3e acte ? <strong>Christine Poulitsi</strong> a certes la silhouette du rôle mais pour une « petite table » au dessin pur, combien de faussetés et de duretés. <strong>Ian Hotea</strong> chantait Almaviva dans <em>Il barbiere di Siviglia</em> <a href="https://www.forumopera.com/il-barbiere-di-siviglia-orange-cinecitta-annees-cinquante">cet été à Orange</a> et <a href="https://www.forumopera.com/il-barbiere-di-siviglia-mulhouse-marina-viotti-les-mene-par-le-bout-du-nez">cet automne à l&rsquo;Opéra national du Rhin</a>. En écoutant le jeune ténor roumain se débattre avec des Grieux, on comprend pourquoi Juan-Diego Florez, autre contraltino rossinien qu’il n’est pas interdit de prendre pour modèle, a attendu une vingtaine d’années pour ajouter le rôle à son répertoire. Non l’air du rêve, que des registres habilement mixés posent en apesanteur, mais tout le tableau de Saint Sulpice où la voix donne l’effet d’une coque de noix sur une mer déchaînée. Le naufrage est évité de justesse, mais ce n’est pas rendre service à de jeunes artistes que les mettre ainsi en danger. Le public, dissipé durant la représentation, réserve cependant un triomphe à l’ensemble des artistes. Si tout le monde est content, pourquoi se remettre en question ? Ainsi va trop souvent l’art lyrique aujourd’hui.</p>
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