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	<title>Hamburger Staatsoper - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Hamburger Staatsoper - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>Hambourg 2025-26 : une saison riche en surprises</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/hambourg-2025-26/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 10 Mar 2025 12:05:59 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La prochaine saison de l&#8217;Opéra de Hambourg sera à nouveau très diversifiée dans sa programmation. Au chapitre des nouvelles productions, l&#8217;institution proposera Das Paradies und die Peri de Robert Schumann (mise en scène de Tobias Kratzer), Rouslan et Ludmila de Mikhaïl Glinka (Alexandra Szemerédy et Magdolna Parditka), la première mondiale de Monster´s Paradise d&#8217;Olga Neuwirth &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>La prochaine saison de l&rsquo;Opéra de Hambourg sera à nouveau très diversifiée dans sa programmation. Au chapitre des nouvelles productions, l&rsquo;institution proposera <em>Das Paradies und die Peri</em> de Robert Schumann (mise en scène de <strong>Tobias Kratzer</strong>), <em>Rouslan et Ludmila</em> de Mikhaïl Glinka (<strong>Alexandra Szemerédy</strong> et <strong>Magdolna Parditka</strong>), la première mondiale de <em>Monster´s Paradise</em> d&rsquo;Olga Neuwirth (Tobias Kratzer), <em>Die große Stille</em> (pasticcio mozartien mise en scène par <strong>Christopher Rüping</strong> où l&rsquo;on retrouvera <strong>Gregory Kunde</strong>), un programme composite réunissant le cycle de lieder de Robert Schumann <em>L&rsquo;Amour et la vie d&rsquo;une</em> <em>femme</em>, <em>Le Chateau de Barbe-bleue</em> de Béla Bartók et <em>La Tragédie florentine</em> d&rsquo;Alexander Zemlinsky (Tobias Kratzer) et enfin <em>Il</em> <em>Barbiere di Siviglia</em> (<strong>Tatjana Gürbaca</strong>, avec <strong>Mattia Olivieri</strong> dans le rôle-titre). Citons en vrac les reprises : <em>Falstaff</em> <strong>(Wolfgang Koch</strong> dans le rôle-titre), <em>Salome</em> (en alternance : <strong>Ambur Braid</strong> ou <strong>Asmik Grigorian</strong>, <strong>Doris Soffel</strong>, <strong>Wolfgang Ablinger-Sperrhacke</strong> et <strong>Kyle Ketelsen</strong> sous la direction d&rsquo;<strong>Omer Meir Wellber </strong>dans une production de <strong>Dmitri</strong> <strong>Tcherniakov</strong>), <em>Così fan tutte</em>, <em>Tosca</em>, <em>Ariadne auf Naxos</em> (<strong>Anja Kampe</strong> dans le rôle-titre), <em>Die Zauberflöte</em>, <em>Hänsel und</em> <em>Gretel</em>, <em>L&rsquo;Elisir d&rsquo;amore</em> (<strong>René Barbera</strong> sera Nemorino), <em>La Traviata</em>, <em>Der Fliegende Holländer</em> (<strong>Wolfgang Koch</strong> dans le rôle-titre, en alternance avec <strong>Jordan</strong> <strong>Shanahan</strong>), <em>La Dame de Pique</em>, <em>Maria Stuarda</em>,<em> Il Trovatore</em> (avec <strong>Enea Scala</strong> dans le rôle-titre, <strong>Eleonora Buratto</strong> et <strong>Clémentine Margaine</strong>), <em>Lohengrin</em> (<strong>Klaus Florian Vogt</strong>), <em>Elektra</em> (<strong>Aušriné Stundyté</strong>, <strong>Violeta Urmana</strong>, <strong>Jennifer Holloway</strong> sous la direction d&rsquo;<strong>Anja Bihlmaier,</strong> dans une mise en scène de <strong>Dmitri Tcherniakov</strong>), <em>Madama Butterfly, Der Freischütz</em>, <em>Luisa Miller</em> et <em>Tristan und Isolde</em>. D&rsquo;autres ouvrages sont également donnés à l&rsquo;opera stabile. <a href="https://www.staatsoper-hamburg.de/de/spielplan/stuecke_uebersicht_oper_2526.php?area=oper&amp;season=2526#pagenav">Tous les détails ici</a>.</p>
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		<title>MOZART, La clemenza di Tito &#8211; Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-la-clemenza-di-tito-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Thierry Verger]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 24 Oct 2024 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Beaucoup de belles choses dans cette nouvelle production de La clémence de Titus présente à Hambourg depuis avril dernier. Beaucoup de partis pris aussi dans la vision de la metteuse en scène néerlandaise Jetske Mijnssen, pour un résultat qui pourrait bien ne pas contenter les puristes, mais qui offre une relecture dynamisante de l’ultime chef-d’œuvre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Beaucoup de belles choses dans cette nouvelle production de <em>La clémence de Titus</em> présente à Hambourg depuis avril dernier. Beaucoup de partis pris aussi dans la vision de la metteuse en scène néerlandaise <strong>Jetske Mijnssen</strong>, pour un résultat qui pourrait bien ne pas contenter les puristes, mais qui offre une relecture dynamisante de l’ultime chef-d’œuvre mozartien.<br />
Mijnssen prend un évident plaisir à montrer et démonter les rouages, les arcanes, les coulisses du pouvoir. Titus ici, costume trois pièces-cravate, est l’évident avatar de l’homme de pouvoir et au pouvoir. Empereur, roi, président, ministre, dirigeant ? Qu’importe, c’est la situation et l’exercice du pouvoir qui sont scrutés ici, sous beaucoup, si ce n’est sous toutes ses formes. « Toute ressemblance avec un personnage existant ou ayant existé… », cela est laissé à l’appréciation du spectateur qui pourrait bien avoir sa petite idée.<br />
Le mécanisme de l’exercice du pouvoir est décortiqué selon quatre paradigmes affichés comme au fronton des lieux où tout se décide.</p>
<pre style="text-align: center;"><img fetchpriority="high" decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/01_La-clemenza-di-Tito_c_Hans-Joerg-Michel-1294x600.jpg" alt="" width="703" height="326" />
© Hans Jörg Michel</pre>
<p>« Delizia » tout d’abord, la joie, la fête, les relations qui se nouent dans l’urgence, dans la danse, l’alcool et ses excès. C’est ce que montre la scène initiale qui se joue pendant l’ouverture. Titus et Bénénice forment un couple heureux, mais l’annonce par Publius (qui n’est autre ici que le garde du corps) que Titus devient empereur change tout. Titus renonce alors à Bérénice, la renvoie sans autre forme de procès et paie ainsi un premier prix fort à son accession au pouvoir.<br />
« Potenza » ensuite, le pouvoir lui-même, les ors du palais, l’exercice au quotidien. Les conseillers qui s’agglutinent autour de Titus, le pressent de signer, de décider, de trancher, ce cabinet qui le rend fou, qui devient son cauchemar, qui l’isole entièrement. L’image d’un Titus désespéré, assis seul sur une chaise en position fœtale, est une belle allégorie de la déflagration que représentent les responsabilités insurmontables qui s’abattent sur lui. Mais la « potenza » ce sont aussi les relations hommes-femmes et les dérives qui se jouent à l’intérieur même des lieux de pouvoir, les entreprises de séduction, les trahisons. « Tradimento » justement : au second acte, la trahison est mise en scène, et comment ! Le Capitole qui brûle (vraiment), les petitesses et les petits arrangements, les ordres et les contre-ordres, tout cela ressemble à une – plutôt bonne – série Netflix et ses multiples rebondissements. Et puis enfin la « clemenza », cette improbable indulgence de l’homme de pouvoir trahi mais qui passe l’éponge. Ou plutôt qui renonce à l’obstacle, qui renonce à comprendre les rouages du mécanisme qui a conduit à ce que l’un de ses plus proches le trahisse. En effet, non seulement Titus renonce à exécuter Sextus, qu’il menace jusqu’au dernier moment d’un pistolet, mais, dans une ultime hallucination, retourne l’arme contre lui quand retentit le dernier accord ; Titus a démontré qu’il n’était pas l’homme de la situation de pouvoir, que la barre était en quelque sorte trop haute et que l’ambition du pouvoir ne crée pas forcément les capacités à l’exercer.<br />
On pourra reprocher à cette proposition décidément captivante d’avoir voulu être parfois trop démonstrative. Faire creuser à Sextus sa propre tombe dans le Capitole en ruine fait sourire plus qu’autre chose, et voir Titus planter l’arbre de la réconciliation avant de se tirer une balle dans la tête fait de lui un personnage falot, plus que naïf, qui dessert plutôt la démonstration.</p>
<pre style="text-align: center;"><img decoding="async" class="" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/10_La-clemenza-di-Tito_c_Hans-Joerg-Michel-1294x600.jpg" alt="" width="699" height="324" />
© Hans Jörg Michel</pre>
<p>En revanche, le parti pris de supprimer les trois quarts des récitatifs secs, s’il peut fortement irriter sur le papier, se révèle au final convaincant. Ne sont conservés que les dialogues indispensables à la compréhension de l’intrigue (tous les récitatifs accompagnés sont bien sûr maintenus) et l’action se retrouve resserrée.<br />
Dans une salle du Staatsoper Hamburg où bien des rangs sont inexplicablement clairsemés, la proposition musicale est de bonne tenue. <strong>Ben Glassberg</strong> à la tête du Philharmonisches Staatsorchester Hamburg et des chœurs prend beaucoup de soin à rendre lisible la partition et faire en sorte que chaque partie soit bien mise en avant. Les tempi sont appropriés ; le « Parto, parto » est pris très lentement et ponctué de silences bienvenus. On aurait aimé, pour cette aria ô combien attendue, que la clarinette donne l’intégralité de sa partie – aussi  redoutable fût-elle.<br />
<strong>William Guanbo Su</strong> est parfait en Publio garde du corps. Sa stature aussi imposante que sa voix de basse sonnante fait que le personnage est parfaitement crédible. Il aurait fallu plus de nuances dans le chant de la Servilia d’<strong>Olivia</strong> <strong>Boen</strong>, très à l&rsquo;aise dans son jeu, mais où la ligne de chant reste cantonnée dans le mezzo forte et où la justesse est parfois prise en défaut. <strong>Kady Evanyshyn</strong> rend bien les tourments qui ne cessent de harceler l’esprit d’Annio. La Vitellia de <strong>Tara Erraught</strong> est à la hauteur de l’enjeu. Ses deux grandes arias rendent la complexité du personnage avec une autorité de bon aloi. Les graves sont bien posés, la tessiture respectée et elle reçoit de justes ovations à l’issue d’un « Non più di fiori » émouvant. Magnifique Sesto porté par <strong>Angela Brower</strong> dont le « Parto, parto » est tout empreint des nuances attendues. Enfin le Tito d’<strong>Oleksiy Palchykov </strong>est à la fois l’ambitieux conquérant et le potentat défait, incapable de se sortir seul des difficultés où il est intriqué. Le premier acte est moins réussi que le second, faute à une voix manquant singulièrement de souplesse (quasiment sans vibrato dans les aigus <em>forte</em>). La seconde partie est très réussie à l’image d’un « Se all’impero, amici miei » de toute beauté.</p>
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		<title>BRITTEN, Peter Grimes &#8211; Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/britten-peter-grimes-hambourg/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 25 Feb 2024 12:32:51 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>On ne le répétera jamais assez : l&#8217;opéra est un art d&#8217;interprétation. On ne donne donc pas assez Peter Grimes, chef-d&#8217;œuvre de Benjamin Britten, objet lyrique « complet », ouvert aux visions des metteurs en scène comme à celles des chanteurs ou chefs d&#8217;orchestre, des qualités finalement pas si courantes dans la production lyrique de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="AppleOriginalContents">
<div class="WordSection1">
<p>On ne le répétera jamais assez : l&rsquo;opéra est un art d&rsquo;interprétation. On ne donne donc pas assez <em>Peter Grimes</em>, chef-d&rsquo;œuvre de Benjamin Britten, objet lyrique « complet », ouvert aux visions des metteurs en scène comme à celles des chanteurs ou chefs d&rsquo;orchestre, des qualités finalement pas si courantes dans la production lyrique de l&rsquo;après-guerre. Créée en 1998, la mise en scène de <strong>Sabine Hartmannshenn</strong> ne fait pas son âge et se révèle simple, efficace&#8230; et indémodable. Les costumes de <strong>Wolfgang Gussmann</strong> sont de style contemporain, quasi uniformément bleu-nuit, figurant une foule anonyme où se confondent les chœurs et la plupart des solistes, du moins ceux dont l&rsquo;expression n&rsquo;est finalement qu&rsquo;une déclinaison supplémentaire des sentiments du groupe. Plus caractérisés, les costumes d’Ellen et du Capitain Blatrode diffèrent légèrement du style général, dans une sorte d&rsquo;entre-deux. Grimes tranche lui franchement sur la foule, habillé uniformément en blanc crème, comme son double miniature John, l’enfant. Difficile toutefois de s’en tenir à un « code-couleurs » trop manichéen : lorsqu’Ellen, Autie et les nièces échangent sur la nature des hommes, hors de la pression sociale de ceux-ci, elles sont également habillées de ces mêmes couleurs claires, mais pas nécessairement plus proches de Grimes, simplement en dehors du conformisme du village. Les décors stylisés de Wolfgang Gussmann évoquent, au moyen de simples formes géométriques, une côte rocheuse sombre ou la voile claire du bateau de Grimes. La maison du pêcheur n’est qu’un simple carré dangereusement suspendu dans les airs. Les chœurs sont massés dans des décors un peu trop petits pour eux (des escaliers, la taverne d’Auntie…). Globalement, on ressent une sensation d’étouffement, d’enfermement. Quand Grimes sort de la scène, l&rsquo;enfant dans les bras, marchant vers un horizon qui se rétrécit, il est difficile de ne pas être ému, quelques réserves puisse-t-on avoir sur la relative facilité de l&rsquo;effet. La mer est en revanche peu présente (ce qui est paradoxal pour une ville portuaire telle que Hambourg). Au global, une direction d’acteurs au cordeau, des ensembles parfaitement réglés (pour lesquels on soulignera d’ailleurs les qualités dramatiques des artistes du chœur) achèvent d’insuffler un rythme quasi cinématographique à cette représentation.</p>
</div>
</div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="1024" height="707" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/15_Peter_Grimes_c_Hans_Jorg_Michel-1-1024x707.jpg" alt="" class="wp-image-156821"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Hans Jörg Michel</sup></figcaption></figure>


<p><span style="font-size: revert;">La mer, c’est dans la direction superlative de <strong>Kent Nagano</strong> que nous la retrouverons. Le chef d’orchestre américain, directeur musical général et chef principal de l’Opéra d’État et de l’Orchestre philharmonique de Hambourg, imprime une direction proche de la perfection, très analytique et contrôlée, ce qui n’empêche pas une dramatisation puissante. La tension dramatique va crescendo, sans jamais toutefois céder à la tentation du pathos. Nagano peut compter sur une formation (orchestre et chœurs) en état de grâce, d’une précision remarquable. Ainsi, des scènes (notamment les grands ensembles de foule) qui paraissent parfois confuses sous d’autres baguettes, s’illuminent ici sous celle de Nagano, qui en révèle leur parfaite architecture en dépit de leur complexité. Enfin, les interludes ne sont pas ici de simples pauses symphoniques, des respirations entre les scènes, mais participent effectivement et efficacement à l’entièreté du drame lyrique.</span></p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="666" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/12_Peter_Grimes_c_Hans_Jorg_Michel-1024x666.jpg" alt="" class="wp-image-156822"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Hans Jörg Michel</sup></figcaption></figure>


<p>L&rsquo;infatigable <strong>Gregory Kunde</strong> a finalement peu chanté le chef-d&rsquo;œuvre de Benjamin Britten (sauf erreur de notre part, ses apparitions se limitent à une prise de rôle en concert à Rome en 2013 (sous la baguette d&rsquo;Antonio Pappano) <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/peter-grimes-valence-plus-forts-que-le-temps/">suivie d&rsquo;une prise de rôle, scénique cette fois, à Valence en 2018</a> : une anomalie tant ses affinités avec ce personnage semblent évidentes. Il y a plusieurs options pour interpréter Peter Grimes : brute épaisse, autiste indifférent au monde qui l&rsquo;entoure, esprit exalté aveuglé par son but, « brave type qui n&rsquo;a pas de veine »… et un peu de tout ça;&nbsp;&nbsp;C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs ce qui fait la richesse inépuisable de cet opéra. Le ténor américain choisit ici une piste médiane où se conjuguent déveine, débordements aussitôt regrettés mais où la colère l&#8217;emporte toujours initialement sur l&#8217;empathie, rêverie introspective… Ce Grimes est un peu gauche, et cela sied finalement au personnage. La voix est d&rsquo;une fraicheur impressionnante, avec un aigu « que l&rsquo;on ne présente plus » et qui sied aux exaltations et aux accès de rage de Grimes, mais aussi une capacité à alléger la voix qui rend parfaitement compte des faiblesses et des incertitudes du pêcheur (dans « Now the Great Bear and Pleiades » par exemple ou surtout dans le monologue final, quasiment <em>a cappella</em>, proprement bouleversant).&nbsp;</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="755" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/14_Peter_Grimes_c_Hans_Jorg_Michel-1024x755.jpg" alt="© Hans Jörg Michel" class="wp-image-156823"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Hans Jörg Michel</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Jennifer Holloway</strong> est une Ellen Orford d&rsquo;une justesse bouleversante, dont les qualités dramatiques, dépourvues de tout histrionisme, feraient presque oublier la beauté d&rsquo;une voix sombre et souple. La voix de <strong>Iain Paterson</strong> manque un peu des mordant et son Captain Balstrode est plus humain que vocalement impressionnant. <strong>Rosie Aldridge</strong> compense une voix au grave un peu confidentiel par une composition réussie qui évite la caricature. L&rsquo;Auntie de <strong>Clare Presland</strong> est bien chantante et pleine d&rsquo;humanité et on suivra les carrières de ses jeunes nièces, <strong>Sarah Gilford</strong> et <strong>Claire Gascoin</strong>, toutes deux membres du studio de l&rsquo;Opéra de Hambourg. Le reste de la distribution est impeccable et le moindre petit rôle serait à louer. On n&rsquo;était pas loin de la soirée parfaite.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="665" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/10_Peter_Grimes_c_Hans_Jorg_Michel-1024x665.jpg" alt="" class="wp-image-156824"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Hans Jörg Michel</sup></figcaption></figure>
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		<title>DEBUSSY, Pelléas et Mélisande — Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/pelleas-et-melisande-hambourg-intemporel/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 17 Nov 2019 08:31:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les soirées de répertoire outre-Rhin réservent bien des surprises. Après une Tosca anniversaire joyeuse et de qualité à Berlin, voici un Pelléas et Mélisande intemporel, servi par une distribution d’une grande probité et qui fait lui aussi salle comble un froid dimanche de novembre. Pourtant la proposition de Willy Decker date de 1999. Sa poésie &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Les soirées de répertoire outre-Rhin réservent bien des surprises. Après une <em>Tosca</em> anniversaire joyeuse et de qualité à Berlin, voici un <em>Pelléas et Mélisande</em> intemporel, servi par une distribution d’une grande probité et qui fait lui aussi salle comble un froid dimanche de novembre.</p>
<p>	Pourtant la proposition de <strong>Willy Decker</strong> date de 1999. Sa poésie et son mystère supportent l’œuvre et les personnages dans toutes leurs facettes et renouvellent l’intérêt du spectateur à chaque scène malgré un décor unique, certes couplé à un dispositif scénique ingénieux. Le plateau est délimité en fond de scène par une paroi en demi-cercle, tour à tour nimbée d’un rideau de tulle pour évoquer les forêts et leurs brumes, de parois vitrées striées de sel pour évoquer les fenêtres du château d’Allemonde battues par les embruns. Des éléments minéraux étranges apparaissent çà et là au fil des tableaux et contribuent à l’irréalité du lieu. Au centre de la scène, un puits rond servira de fontaine où Mélisande abandonne sa couronne quand elle rencontre Golaud, où elle laissera choir l’anneau de celui-ci, de gouffre aussi où Pelléas et Golaud descendent dans les souterrains, suspendus à une échelle dans un numéro d’équilibriste périlleux réservé aux deux interprètes. Il est recouvert au besoin d’une dalle de marbre pour reconstituer l’intérieur du château où la base de la Tour, le lit où le père de Pelléas est alité, celui où Mélisande vient expirer. Rien de révolutionnaire, un simple espace pour l’imaginaire qui suit à la lettre les indications du livret. Willy Decker les épouse également dans sa direction d’acteur. Probablement émoussée depuis deux décennies, elle laisse toute liberté aux chanteurs de venir imprimer leur personnalité dans ce lieu aussi malléable qu’étrange.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/hso_pelleas_et_melisande_2019_11_c-jorn_kipping.jpg?itok=IOCC5nZt" title="© Jorn Kipping" width="468" /><br />
	© Jorn Kipping<br />
	 </p>
<p>La distribution, presque entièrement composée de non francophones, possède son lot de surprise. C’est avec un grand plaisir que l’on retrouve <strong>Simon Keenlyside</strong>. A près de 60 ans et après des années de crise vocale, il revient en scène depuis quelques saisons et campe ici un Golaud aussi luxueux vocalement que son français est appliqué. Le baryton tend l’arc psychologique tout au fil des tableaux jusqu’à la folie violente. Face à lui, <strong>Anna Prohaska</strong> propose une Mélisande ambiguë, entre deux voix. Bien entendu les passages lyriques, comme l’arioso de la tour, lui conviennent à merveille. Elle y déploie un grain sucré et de belles nuances. Forte d’une diction française elle aussi remarquable, elle peut s’appliquer à colorer toutes les courtes interventions, les aveux murmurés, qui, lorsqu’ils sont dits avec art, font les grandes Mélisande. On lui reprochera de tomber dans l’expressionnisme parfois, mais on lui reconnaîtra une grande probité tout au long de la prestation. Le Pelléas de <strong>Rolando Villazón</strong> pose autrement question. Le ténor est en mal d’aigu, le timbre s’est assombri au point que l’on croit entendre un baryton martin. Mais c’est surtout sa composition chaplinesque, habituelle chez lui, qui dépasse par trop la description « un peu étrange » qu’en fait Golaud. Le deuxième tableau est une vraie gageure pour la mezzo à qui échoit la lecture de la lettre de Golaud. Sans être mémorable, <strong>Renate Spingler </strong>(Geneviève) joue la carte de la sobriété, en faisant confiance au texte plutôt qu’à des effets superfétatoires. <strong>Tigran Martirossian</strong> (Arkel) manque parfois de volume mais articule son texte avec métier. Le petit Yniold, confié à <strong>Maximilian Leicher</strong>, un des enfants du chœur, propose un chant dont la séduction immédiate est inversement proportionnelle à la maîtrise du français. Excellente intervention de <strong>David Minseok Kang</strong> en médecin sombre et grave.</p>
<p>	Enfin, on a peut-être gardé le meilleur pour la fin. <strong>Kent Nagano</strong> embrasse l’œuvre de manière magistrale avec tout aussi bien des couleurs – les bois, les cuivres la harpe – toutes françaises, que des transitions qui lient directement Debussy à l’influence wagnérienne dont il cherche à s’extraire. Entre deux ravissements sonores, on pense à l’arrivée chez les Gibichungen (avant la lettre de Geneviève) ou à des légèretés dignes de l’ouverture de <em>Parsifal</em>. Le chef américain, prédécesseur de Kirill Petrenko à Munich, n’a pas de leçon à recevoir en matière de théâtre musical : aussi raffinée et recherchée que soit sa direction, dénuée de toute manie ou effet, elle ne sacrifie rien à la scansion du drame, si particulière chez Debussy.</p>
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		<title>STRAUSS, Die Frau ohne Schatten — Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/die-frau-ohne-schatten-hambourg-femme-dans-lombre/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 29 Apr 2017 06:58:46 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Trois grandes scènes allemandes (quatre si l’on inclut Leipzig) proposent en l&#8217;espace de trois mois leur version de Die Frau ohne Schatten. Berlin affichait la remarquable proposition de Claus Guth autour d&#8217;une distribution idéale, Munich reprendra celle non moins passionnante de Krzysztof Warlikowski au début de l’Opernfestpiele et enfin Hambourg fait appel Andreas Krigenburg pour &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p dir="ltr">Trois grandes scènes allemandes (quatre si l’on inclut Leipzig) proposent en l&rsquo;espace de trois mois leur version de Die Frau ohne Schatten. Berlin affichait la remarquable <a href="http://www.forumopera.com/die-frau-ohne-schatten-berlin-staatsoper-un-cauchemar-de-reve">proposition de Claus Guth autour d&rsquo;une distribution idéale</a>, Munich reprendra <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/formidable-sans-lombre-dun-doute">celle non moins passionnante de Krzysztof Warlikowski</a> au début de l’Opernfestpiele et enfin Hambourg fait appel <strong>Andreas Krigenburg</strong> pour sa nouvelle production.</p>
<p>	Étonnement, eu égard à la personnalité metteur en scène, on assiste à un patchwork de propositions déjà vues ça et là. Il y a du Wilson dans ces lumières élégantes sur fond de scène concave, ces robes en tulle, certaines gestuelles hiératiques. Il y a du Guth ou du Warlikowski dans ces infirmières et ces liens de contentions d&rsquo;une Vienne psychanalytique début de siècle, dans ce lit à l&rsquo;avant-scène aussi, comme si tout cela n&rsquo;était que le songe de la Teinturière. Il y a la volonté de suivre les didascalies à la lettre et d&rsquo;illustrer parfaitement chaque scène : féerie de l&rsquo;illusion séductrice de la Nourrice au premier acte, grand escalier lumineux de Keikobad, membres et habits tâchés de pigments jaunes du couple laborieux… : les exemples abondent. Or, dès que le discours s&rsquo;éloigne de cette linéarité du livret, l’on comprend mal où Andreas Kriegenburg veut en venir. Ainsi le dédoublement des héroïnes par des figurantes ne permet même pas un jeu d&rsquo;ombre ou de miroir. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;angle fort, ce qu’achèvera de démontrer la mièvrerie de l&rsquo;image finale.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="312" src="/sites/default/files/styles/large/public/982-0817.jpeg?itok=4N4eiiJR" title="© Brinkhoff/Mögenburg" width="468" /><br />
	© Brinkhoff/Mögenburg</p>
<p class="texte normal" dir="ltr">S&rsquo;il faut prendre chaque soirée en s&rsquo;efforçant d&rsquo;être vierge des précédentes, il est difficile de passer outre l&rsquo;émerveillement qu&rsquo;<a href="http://www.forumopera.com/die-frau-ohne-schatten-berlin-staatsoper-un-cauchemar-de-reve">un cast cinq étoiles nous à fait vivre trois semaines auparavant</a>. Pourtant les forces réunies sur le papier par l&rsquo;opéra de Hambourg n&rsquo;avaient pas à rougir a priori. <strong>Emily Magee</strong> est <a href="http://www.forumopera.com/spectacle/un-cauchemar-a-decoder">une interprète chevronnée de l&rsquo;Impératrice</a> mais l&rsquo;eau de la vie a coulé sous les ponts du royaume des Esprits et son éveil est désormais bien hasardeux, imprécis et même parfois faux. Le deuxième et surtout le troisième acte, plus dramatiques, la trouvent plus à l&rsquo;aise même si les sauts de registres qui parsèment la partition sont laborieux. <strong>Roberto Sacca </strong>assume l’Empereur avec ses moyens : une projection plus faible dans le médium l’oblige à compenser en épuisant les ressources de son souffle. Sa ligne s&rsquo;en trouve hachée, les aigus parfois trop bas. Enfin, le rôle tendu enlaidit un timbre déjà nasal. <strong>Linda Watson</strong> rejoint les interprètes d’Elektra tentés par les rôles de mezzo straussiens. Avec certains des défauts souvent constatés : un vibrato envahissant et un manque d&rsquo;assise dans les graves. Le tempérament et l&rsquo;intelligence scénique emportent l&rsquo;adhésion toutefois. Qualités partagées par <strong>Lise Lindstrom </strong>dont le métal aiguisé sied parfaitement au personnage de la Teinturière. Enfin <strong>Andrzej Dobber</strong> domine le plateau, même si l’ambitus exigé pour chanter Barack le pousse dans ses retranchements. Le timbre se maintient rond et chaud pour dessiner l&rsquo;humanité du personnage. La jubilation finale porte tout le quatuor.</p>
<p class="rteleft" dir="ltr">Kent Nagano malade, <strong>Axel Kober</strong> est venu en prompt renfort. Las, ses vues ne sont tout d&rsquo;abord pas celles de l&rsquo;orchestre préparé par l&rsquo;Américain alité. Le premier acte en pâtit franchement et se perd dans un foisonnement de détails, dû sans doute à la volonté de tenir les troupes en multipliant les gestes adressés à chaque pupitre. La narration et la mise en tension s&rsquo;améliorent cependant tout au long du spectacle pour se conclure sur un troisième acte de qualité.</p>
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		<title>HOSOKAWA, Stilles Meer — Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/stilles-meer-hambourg-calmes-cataclysmes/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 13 Feb 2016 08:10:03 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Moins médiatique et pourtant simultanée à celle de Munich, l’Opéra d’Etat de Hambourg mettait à l’affiche une autre création mondiale en ce début d’année 2016 : Stilles Meer, la quatrième œuvre lyrique du compositeur japonais Toshio Hosokawa (voir notre critique de sa précédente création) et placée sous la direction de son directeur musical Kent Nagano. Est-ce &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Moins médiatique et pourtant <a href="http://www.forumopera.com/south-pole-munich-bipolaire">simultanée à celle de Munich</a>, l’Opéra d’Etat de Hambourg mettait à l’affiche une autre création mondiale en ce début d’année 2016 : <em>Stilles Meer</em>, la quatrième œuvre lyrique du compositeur japonais <strong>Toshio Hosokawa</strong> (<a href="http://www.forumopera.com/matsukaze-lille-dancing-queens">voir notre critique de sa précédente création</a>) et placée sous la direction de son directeur musical <strong>Kent Nagano</strong>. Est-ce la présence sur scène de <strong>Bejun Mehta</strong>, <strong>Susanne Elmark</strong> et <strong>Mihoko Fujimura</strong> qui remplit les rangées de fauteuils jusqu’en ce soir de dernière, ou est-ce le bouche à oreille autour d’une œuvre très personnelle, intime et fascinante ?</p>
<p>	Comme bien souvent, le compositeur tire sa force et son inspiration d’un livret solide. Au bord d’une mer apaisée, dans un village de pêcheurs que l’on devinera vite proche des eaux contaminées de Fukushima, Claudia, une allemande remariée à un japonais, erre dans l’impossible deuil de son fils Max et de son mari Takashi disparus lors du tsunami. Stephan, son ex-mari et père de Max, vient au Japon pour la consoler, peut-être la reconquérir. Très vite il réalise que malgré la bienveillance des villageois et les soins constants d’Hiruko, la sœur de Takashi, Claudia vit dans le déni de l’amère réalité. La faute à ce lieu nocif qu’il a fallu évacuer pour ne pas être irradié et à ces corps que l’on ne retrouvera jamais. Une cérémonie symbolique a lieu, inspirée d’une pièce Nô (<em>Sumidagawa</em>). Des sphères de lumière sont déposées sur la mer calme, telle des gerbes de fleurs, symboles des âmes des défunts enfin apaisées. En vain, Claudia rejette la main tendue de Stephan et reste seule, hantée par la tragédie. En filigrane, c’est par le prisme de ce cataclysme intime et de ses répliques dans la psyché des personnages que la librettiste <strong>Hannah Dübgen</strong> et le compositeur évoquent la tragédie écologique, cette autre perte irréparable. Un thème récurrent dans l’œuvre de Toshio Hosokawa, et une considération contemporaine <a href="http://www.forumopera.com/co2-milan-nourrir-la-creation-musique-pour-lavenir">déjà présente dans <em>C0<sub>2</sub></em> à la Scala de Milan</a> où une scène analogue se déroulait sur les rives de Thaïlande frappées par un tsunami en 2004.</p>
<p>Cette rencontre entre Orient et Occident se retrouve également dans la composition musicale. Elle reste tonale et déploie même de belles lignes vocales pour tous les solistes, parfois enluminées d’arabesques en fin de phrase. Mais elle comprend une introduction et une transition orchestrales prévues uniquement pour percussions, comme un concert de Taïko. Des roulis et des déflagrations déchirent le silence. Ils proviennent de groupes épars dans la fosse et se rejoignent en un tutti sismique dont le spectateur encaisse les vibrations. Outre une ambiance sonore de ressac bien intégrée à la musique, le son passe du silence à la note, née d&rsquo;on ne sait où, enflée à la petite harmonie et aux cuivres. Ces éléments arrivent et meurent en des fondus parfaits sous la main ductile de <strong>Kent Nagano</strong> dont la précision de la rythmique n’a d’égale que la chaleur et le lyrisme des passages plus mélodieux.</p>
<p>Le chant s’étend, lui, du cri à la parole. Stephan est dévolu au contre-ténor <strong>Bejun Mehta</strong>. Un choix judicieux grâce à la beauté de son timbre, de son application, et d’une présence scénique tout en roideur et en retenue. Sa couleur vocale si distinguée des autres le détache tout de suite : il est l’Occidental sûr de lui et sûr de réussir à guérir Claudia malgré elle. Pourtant, les grandes pages reviennent aux femmes, gratifiées des deux scènes les plus dramatiques : le glaçant récit des morts rejetés par la mer de Claudia, puis la scène de la cérémonie, sorte d&rsquo;exorcisme où l&rsquo;on tente de provoquer chez elle une catharsis. En grande prêtresse, <strong>Mihoko Fujimura</strong> magnétise. Ce grand mezzo wagnérien, sur lequel l&rsquo;âge n&rsquo;a pas de prise, déploie une autorité toute naturelle, tempérée par la chaleur d&rsquo;un personnage qui n&rsquo;est qu&#8217;empathie pour les autres. Notamment pour Claudia, dont les affres sont dépeints avec intensité par <strong>Susanne Elmark</strong>. Elle chante bien souvent sur une passerelle à l’arrière du décor, ce qui ne nuit en rien à sa projection. Paradoxalement elle convainc bien plus par son registre médian chaud et bien modulé que par un suraigu où les coloratures manquent parfois de précision. Le pêcheur (baryton) et Hiroto (ténor) trouvent en <strong>Marek Gasztecki</strong> et <strong>Viktor Rud</strong> deux belles incarnations tant scéniques que vocales. Le premier s’appuie sur son timbre mat pour traduire l’impatience et le besoin qu’il a de participer à la cérémonie quand le deuxième évoque la mer de sa voix claire. Le chœur des villageois se distingue enfin tout particulièrement lors de sa dernière apparition qui évoque une polyphonie.</p>
<p>	La mise en scène d’<strong>Oriza Hirata</strong> soigne une ambiance lacustre pendant l’heure et demi de la représentation. Le décor, minimaliste et symbolique, à la fois rivage et place du village, est constitué d’un cercle de métal et de verre qu’une passerelle traverse vers le coté cour. Il fait le choix d’ajouter un robot humanoïde qui posera des questions sans réponse, et détaillera la magnitude des répliques sismiques. C’est surtout la direction d’acteur qui hypnotise, Claudia condamnée à marcher sur cette passerelle, sentier sans fin, Stephan impuissant à la rejoindre, et Haruko en figure féminine de Charon entre ces deux pôles. Là encore les gestes sont distribués avec parcimonie et le drame naît de ces corps que quelque chose d’invisible empêche de réunir.</p>
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		<title>BERLIOZ, Les Troyens — Hambourg</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/les-troyens-hambourg-beaucoup-de-sang-pour-presque-rien/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Yannick Boussaert]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Oct 2015 05:51:01 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Quand le grandiose et l’opulence ne font pas partie de votre vocabulaire scénique, il vous faut trouver d’autres expédients pour donner vie à l’œuvre abordée. Les Troyens tels qu’imaginés par Michael Thalheimer, connu à Paris des spectateurs du théâtre de la Colline, se présentent donc sous un jour minimaliste. Le mur arrière de la scène &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Quand le grandiose et l’opulence ne font pas partie de votre vocabulaire scénique, il vous faut trouver d’autres expédients pour donner vie à l’œuvre abordée. <em>Les Troyens </em>tels qu’imaginés par <strong>Michael Thalheimer</strong>, connu à Paris des spectateurs du théâtre de la Colline, se présentent donc sous un jour minimaliste. Le mur arrière de la scène est une paroi qui pivote en son centre. Face pile, elle est en bois et complète un carré élégant et intemporel où vont se succéder les scènes, côté face elle semble d&rsquo;airain. A deux reprises, elle recevra une pluie de sang en référence à la mort spectaculaire de Laocoon puis lors de la prise de Troie. A Catharge, en deuxième partie, une véritable pluie ne parviendra pas à la laver. Une tâche présente à toute heure, et des spectres ensanglantés de sangs noirs depuis trop longtemps coagulés viennent raffermir la décision d&rsquo;Enée. En robe de mariée blanche (et comme prête pour la scène de la folie de Lucia), Cassandre elle-même a plongé ses bras dans du sang sacrificiel. Elle marque les visages de ceux qui périront à Troie. Elle laisse Ascagne et le fil de Vénus immaculés. Beaucoup de sang pour presque rien en définitive. Car tout le travail du Francfortois semble tenir dans ce « rien » : sa mise en scène se veut épure, premier jet, net comme ces billes de peinture rouge que Narbal jette sur les murs pendant la guerre contre les Numides. Servi par de belles ambiances lumineuses, l&rsquo;ensemble est élégant tout autant qu&rsquo;ennuyeux de statisme parfois. Il laisse aux talents divers des interprètes l&rsquo;art de camper leurs personnages et immobilise les chœurs en rang d&rsquo;oignons.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="316" src="/sites/default/files/styles/large/public/lestroyens7.jpg?itok=FniUIskt" title="© Simon Hallström" width="468" /><br />
	© Simon Hallström</p>
<p>Las, la distribution souffre d&rsquo;un défaut majeur : une diction française plus proche de la bouillie de voyelles que d&rsquo;un texte articulé. Cela nuit à la Cassandre de <strong>Catherine Naglestad</strong>. Si son chant ne cesse de convaincre, son personnage peine à vivre, emprisonné dans sa gangue linguistique. Défaut et qualité partagés avec <strong>Kartal Karagedik</strong>, qui lui donne la réplique en Chorèbe. Au wagnérien <strong>Torsten Kerl</strong> est confiée la charge d&rsquo;Enée, rôle considéré comme un des rares du répertoire français écrit pour ténor héroïque. L&rsquo;allemand paraît en porte-à-faux dans la première partie. Ses lignes musicales sont hachées, le timbre est nasal. L&rsquo;écriture des actes carthaginois le mettra plus en valeur. <strong>Petri Lindroos</strong> (Narbal) présente un chant pâteux qui nuit autant à sa diction qu’à la noblesse de son personnage. Satisfaction, nonobstant le français, pour <strong>Christina Gansch</strong> (Ascagne) et <strong>Katja Pieweck</strong> (Anna) aux beaux phrasés. <strong>Markus Nykänen</strong> (Iopas) n’a guère qu’un couplet pour séduire (la partition est amputée de près d’une heure de musique), quand le bel Hylas de <strong>Nicola Amodio</strong> est davantage préservé. Le chilien <strong>Bruno Vargas</strong> (Hector) fait frissonner de peur grâce à l’épaisseur de son timbre. Enfin, échappant au sabir général, <strong>Elena Zhidkova</strong> apporte elle aussi toute son intelligible rigueur, triplée d&rsquo;une présence scénique magnétique et d&rsquo;une parfaite maîtrise du rôle de Didon. Les chœurs sont parfaitement en place, de même que le reste des rôles distribués aux membres de la troupe.</p>
<p>	C&rsquo;est finalement de la fosse que viennent les structures principales qui portent la scène. Le nouveau directeur musical de l’Hamburgische Staatsoper <strong>Kent Nagano</strong> seconde le livret à chaque instant, souligne les détails de la partition, ou les évocations des pupitres. D’une scène à la suivante, les ambiances s’installent sans mal : angoisse et violence à Troie, obscurité lugubre des spectres, lyrisme et élégie dans les jardins carthaginois.</p>
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		<title>Madama Butterfly</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/heliogabale-de-kenzo/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 May 2014 07:32:36 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Difficile d’éviter la japonaiserie kitschouille avec Madama Butterfly. Certains y sont parvenus, mais au prix d’une certaine froideur (on pense à Bob Wilson, qui suscite l’adhésion totale ou le rejet complet). L’Opéra de Hambourg a peut-être fait le bon choix avec Vincent Boussard, qui parvient à proposer une production moderne, mais sans éteindre l’émotion indispensable &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>
	Difficile d’éviter la japonaiserie kitschouille avec <em>Madama Butterfly</em>. Certains y sont parvenus, mais au prix d’une certaine froideur (on pense à Bob Wilson, qui suscite l’adhésion totale ou le rejet complet). L’Opéra de Hambourg a peut-être fait le bon choix avec <strong>Vincent Boussard</strong>, qui parvient à proposer une production moderne, mais sans éteindre l’émotion indispensable dans ce répertoire. Visuellement, on échappe à la maison traditionnelle japonaise et aux arbres en fleurs : tout se déroule dans un cube blanc traversé par un escalier métallique en colimaçon, et dont les parois s’entrouvrent sur un arrière-plan tout aussi irréaliste, orné d’immenses pavots qu’on croirait sortis d’une publicité Kenzo. Au lever de rideau, le sol est jonché de pétales de roses, comme dans l’<em>Héliogabale</em> d’Alma-Tadema, sans doute qu’exprime Butterfly d’être inondée de fleurs pour y étouffer son front brûlant. On retrouvera ces pétales au cours de la soirée, semés par Yamadori (accompagné de ses gardes du corps), et bien sûr lors du duo des fleurs. <strong>Christian Lacroix </strong>s’est littéralement lâché pour les costumes des invités de la noce, en revisitant les coiffes et kimonos traditionnels avec un luxe de couleurs et de formes pleines d’invention, qui flattent l’œil pendant tout le premier acte. L’américanisation de Butterfly et de la maisonnée après l’entracte passe d’ailleurs par son emblème vestimentaire le plus évident dans notre civilisation : l’héroïne  et sa servante portent désormais le blue jean. Cio-Cio San est perchée sur un fauteuil Chesterfield, et l’on discerne à l’arrière une douche où elle se rafraîchira entre les deux derniers actes. Evidemment, face à elle, Kate Pinkerton a la blondeur platine d’une Marylin Monroe.</p>
<p>
	Pinkerton passe tout le premier acte à boire du whisky, parfois au goulot, à un rythme qui ferait passer les personnages de <em>Mad Men </em>pour de fervents adeptes de la Prohibition. Cela n’a apparemment aucun effet sur son comportement, puisqu’il conserve une attitude digne jusqu’au bout et semble même succomber pour de bon au charme de son épouse japonaise. Symbole de sa présence-absence, la bouteille posée à l’avant-scène lors du mariage restera là tout au long du spectacle. Quelques bizarreries, pourtant : curieusement, le bonze devient ici un militaire de l’époque de la guerre russo-japonaise (Christian Lacroix trouvait-il les uniformes de 1905 plus seyants ?). Le fils de Pinkerton est ici remplacé par une statue, et l’on croit d’abord à une solution permettant d’éviter la gaucherie d’un petit figurant de trois ans. Pendant le chœur bouche fermée reliant le deuxième au troisième acte, on comprend que c’est la manifestation concrète de la folie amoureuse de Butterfly, puisque Suzuki range ladite statue dans un placard rempli de poupées de tous les âges possibles (mais du coup, que revient chercher Pinkerton ? Peut-il ignorer que l’enfant n’a pas d’existence réelle ?)</p>
<p>
	Malgré tout, cette mise en scène assez cohérente offre une bonne alternative à la vision de carte postale que quelques maisons d’opéra s’obstinent à proposer. Vocalement, tout repose sur les épaules de l’héroïne. Le Goro de <strong>Jürgen Sacher </strong>est parfait dans son emploi, avec un italien délicieusement exotique. Le timbre de <strong>Lauri Vasar </strong>a quelque chose d’un peu sourd, il manque de brillant, même pour le rôle du consul raisonneur. <strong>Cristina Damian </strong>est une Suzuki dont seule la rousseur bien occidentale peut surprendre. Souvent entendu à Toulouse, <strong>Teodor Ilincai </strong>fait plutôt meilleure impression qu’à l’Opéra-Bastille, dont il fut le dernier Pinkerton en date, malgré une tendance à couvrir un peu trop les aigus et une certaine raideur dans l’émission. Pas plus que 99% des titulaires du rôle, <strong>Alexia Voulgaridou </strong>ne fera croire en gros plan qu’elle est une geisha de quinze ans, mais l’actrice est bonne tragédienne et elle sait exprimer une certaine adolescence, d’abord naïve, puis accablée, voire hallucinée. Le timbre est très beau et convient parfaitement à Puccini. On regrettera simplement des respirations qui brisent parfois la phrase ; dans « Un bel dì vedremo », impossible de reconnaître les mots « l’aspetto » dans les dernières notes, où l’on n’entend guère que deux sons émis avec force mais sans consonnes, et sur une même voyelle indéterminée. Sous la direction attentive d’<strong>Alexander Joel</strong>, l’orchestre et les chœurs de Hambourg profitent de toutes les occasions de briller que leur offre la partition. Une <em>Butterfly </em>de plus, mais une <em>Butterfly </em>intéressante et très recommandable.</p>
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		<item>
		<title>Siegfried</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/au-dela-du-temoignage/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Julien Marion]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 30 Sep 2011 14:55:39 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/au-dela-du-temoignage/</guid>

					<description><![CDATA[<p>  OEHMS Classics publie les quatre volets du Ring proposé par l’Opéra de Hambourg en 2008 dans la mise en scène de Claus Guth. A côté de ce Siegfried, Rheingold et Die Walküre sont proposés séparément, Götterdämmerung devant être publié incessamment sous peu.   Des esprits chagrins pourraient décider de balayer cette publication d’un revers &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>           </p>
<p>			OEHMS Classics publie les quatre volets du <em>Ring</em> proposé par l’Opéra de Hambourg en 2008 dans la mise en scène de Claus Guth. A côté de ce <em>Siegfried</em>, <em>Rheingold</em> et <em>Die</em> <em>Walküre</em> sont proposés séparément, <em>Götterdämmerung </em>devant être publié incessamment sous peu.</p>
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<p>			Des esprits chagrins pourraient décider de balayer cette publication d’un revers de manche, en invoquant les mânes d’Anciens prestigieux et en convoquant à l’appui de leur réquisitoire le panthéon du chant wagnérien. Comment ! Un <em>Siegfried</em> de plus ! Mais à quoi bon ? C’est pure folie que de commercialiser un tel produit, alors que la discographie de l’œuvre regorge de trésors inestimables… Laissons de côté la commisération facile, et écoutons, d’une oreille vierge de préjugés.</p>
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<p>			On ne s’amusera pas ici à faire prendre au lecteur –forcément avisé- des vessies hambourgeoises pour des lanternes, qu’elles soient bayreuthiennes ou berlinoises. Soyons clairs : on ne retrouvera pas dans ce témoignage les sortilèges orchestraux de Karajan, la verve épique de Solti, les vertiges métaphysiques de Furtwängler à Milan, sans parler de la glorieuse authenticité du Bayreuth de la décennie 50. Falck Struckmann n’est pas Hans Hotter, Christian Frantz n’est pas Lauritz Melchior, et Catherine Foster n’est pas la nouvelle Frida Leider, c’est entendu.</p>
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<p>			Est-ce à dire que ce coffret ne mérite que les oubliettes de l’histoire du disque ? Certainement pas.</p>
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<p>			On ne trouvera dans ce <em>Siegfried</em> rien d’indigne, mais au contraire, si on se donne la peine d’y écouter de près, quantités de choses qui, sans prétendre écrire l’histoire, méritent à l’évidence d’être appréciées.</p>
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<p>			Relevons d’abord l’homogénéité de la distribution, articulée autour de piliers de la scène wagnérienne contemporaine.</p>
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<p>			<strong>Falk Struckmann</strong> connaît son Wagner, a appris à la meilleure école (Barenboïm, à Berlin et Bayreuth). Il promène son Wanderer sur les principales scènes depuis le milieu des années 90 (notamment à Berlin dans la reprise de la mise en scène de Harry Kupfer). On a pu, récemment l’entendre à l’Opéra national de Paris dans le Ring mis en scène par Günter Krämer : on avait alors souligné le métier, mais aussi, malheureusement, une usure très perceptible de la voix. Dans cette captation d’octobre 2009, la voix, qui certes n’est plus toute jeune, est encore en bon état, et nous avons là un Wanderer bien chantant : baryton à la projection flatteuse, à l’aise dans le haut de la tessiture, et dont la familiarité avec le rôle est patente. L’autorité du dieu est incontestable, comme son impétuosité face à Erda au début du III, mais aussi sa désillusion lorsque Siegfried brise sa lance.</p>
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<p>			On ne cherchera pas chez <strong>Christian Franz </strong>la voix d’airain d’un Lauritz Melchior ou d’un Max Lorenz, ni même, plus près de nous, la rassurante robustesse d’un Wolfgang Windgassen. Voici un Siegfried qui, sans être « rempli de vaillance » comme certains de ses prédécesseurs, arrive néanmoins à la fin de l’opéra sans être exsangue. C’est déjà beaucoup. On apprécie la capacité à alléger la voix, notamment au II pendant les Murmures. En tournant le dos à un héroïsme d’histrion, ce jeune héros au chant généreux finit par être touchant. Son « Das ist kein Mann ! », lorsqu’il découvre le visage de Brünnhilde, à l’acte III, n’est pas le cri d’un mauvais film d’horreur, comme on l’entend trop souvent, mais le chuchotement qui exprime la vraie surprise. Il fallait y penser. Tout juste pourrait-on reprocher à Christian Franz, à force d’alléger sa voix, de paraître parfois trop léger, et de tirer le rôle vers le <em>Sprechgesang</em>, ce qui est gênant dans les scènes avec Mime, où les deux voix sont insuffisamment différenciables. Ce Siegfried, par moments, semble avoir un peu trop assimilé l’éducation de son tuteur…</p>
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<p>			Au diapason de ces deux chanteurs, on situera la Brünnhilde de <strong>Catherine Foster</strong>. Sa voix est celle qui convient au rôle : belle projection, souplesse et aisance dans l’aigu. On l’imagine moins chanter Brünnhilde dans <em>La Walkyrie</em>, plus héroïque, ou dans le <em>Crépuscule des Dieux</em>, où sa partie est infiniment plus lourde. Ce n’est du reste pas elle, mais Deborah Polaski qui y est distribuée dans ce Ring hambourgeois.</p>
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<p>			Le Fafner à la voix radieuse et très saine de <strong>Diogenes Randes</strong> (le Titurel du moment à Bayreuth) convainc : tout juste pourrait-on lui reprocher de n’être pas suffisamment inquiétant dans son combat avec Siegfried…</p>
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<p>			Autre motif de réjouissance : l’Alberich très lyrique de <strong>Wolfgang Koch</strong>, un des espoirs de la scène wagnérienne, depuis son Sachs remarqué à Vienne en 2008. Voilà un Alberich qui, avec une grande intelligence du mot, chante son rôle au lieu de le glapir. La scène avec le Wanderer au début du II est une vraie réussite. On lui trouve par moments des accents de Gustav Neidlinger ! Koch est en pourparlers avec Bayreuth : à l’écouter, on comprend pourquoi.</p>
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<p>			Déception, en revanche, avec l’Erda de <strong>Deborah Humble</strong> : la voix, trop légère, manque de mystère. Elle est en outre affublée d’un accent qui finit par être gênant.</p>
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<p>			On saluera enfin la direction inspirée de <strong>Simone Young</strong>, à la tête d’un Philharmonique de Hambourg discipliné à défaut d’être rutilant.</p>
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<p>			Les amateurs de vertiges épiques iront chercher ailleurs, car voici en définitive un <em>Siegfried</em> qui chante, et qui le fait au moins aussi bien qu’en des scènes plus réputées. Cela situe cet enregistrement au-delà de la simple publication de témoignage et mérite d’être salué.</p>
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