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	<title>Opéra de Vienne - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Opéra de Vienne - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<item>
		<title>Jonas Kaufmann créée la surprise en baryton</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/jonas-kaufmann-creee-la-surprise-en-baryton/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 14 Jan 2025 08:03:08 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Jonas Kaufmann suivra-t-il la voie ouverte par Plácido Domingo en s&#8217;orientant vers un nouveau répertoire ? C&#8217;est en 2009 que le ténor espagnol avait interprété son premier rôle de baryton (si l&#8217;on fait abstraction de ses toutes premières années de carrière) : il s&#8217;agissait alors de Simon Boccanegra et il avait 68 ans. Le ténor &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p><strong>Jonas Kaufmann</strong> suivra-t-il la voie ouverte par Plácido Domingo en s&rsquo;orientant vers un nouveau répertoire ? C&rsquo;est en 2009 que le ténor espagnol avait interprété son premier rôle de baryton (si l&rsquo;on fait abstraction de ses toutes premières années de carrière) : il s&rsquo;agissait alors de <em>Simon Boccanegra</em> et il avait 68 ans. Le ténor allemand n&rsquo;en a que 55, mais il vient de faire une jolie surprise au public viennois à l&rsquo;occasion de l&rsquo;actuelle reprise d&rsquo;<em>I</em> <em>Pagliacci</em> où il chante le rôle de Canio et dont la première se tenait ce dimanche. Rappelons que l&rsquo;opéra débute par un prologue au cours duquel le baryton interprétant le rôle de Tonio (rival amoureux de Canio) chante un air devant le rideau, « Si può? Si può? Signore! Signori! », où il expose que l&rsquo;auteur a cherché ici à peindre une tranche de vie réaliste. Après le double meurtre de Canio, ce même Tonio conclura « &nbsp;La commedia è finita! », mais, depuis Caruso, la phrase est généralement laissée au ténor (et cette fois-ci également). Jonas Kaufmann avait déjà chanté en récital (et enregistré) l&rsquo;air de Tonio : cette fois, il l&rsquo;a interprété scéniquement. Il est ensuite revenu saluer devant le rideau&#8230; avec une pirouette. Hormis les artistes (intéressés au premier chef !), il semble que la nouvelle ait été gardée plus ou moins secrète afin de créer la surprise. L&rsquo;événement a par ailleurs un précédent : José Cura avait accompli le même exploit lors de représentations en 2008.</p>
<p>Pour répondre à la question initiale, le basculement de répertoire de Jonas Kaufmann ne semble toutefois pas d&rsquo;actualité tant il s&rsquo;est révélé dans une forme exceptionnelle, tant en baryton&#8230; qu&rsquo;en ténor !</p>
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		<item>
		<title>PUCCINI, Turandot &#8211; Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-vienne-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 21 Dec 2023 07:54:12 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Fin d&#8217;année en beauté pour l&#8217;Opéra de Vienne avec cette Turandot particulièrement attendue qui affichait les débuts d&#8217;Asmik Grigorian dans le rôle-titre et ceux scéniques (après le concert de Rome) de Jonas Kaufmann en Calaf. Pour cette nouvelle production viennoise de l&#8217;ultime opéra de Giacomo Puccini, Claus Guth nous propose une transposition dans un cadre &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Fin d&rsquo;année en beauté pour l&rsquo;Opéra de Vienne avec cette <em>Turandot</em> particulièrement attendue qui affichait les débuts d&rsquo;Asmik Grigorian dans le rôle-titre et ceux scéniques (<a href="https://www.forumopera.com/spectacle/turandot-rome-a-rome-une-version-de-reference-pour-une-turandot-particuliere/">après le concert de Rome</a>) de Jonas Kaufmann en Calaf. Pour cette nouvelle production viennoise de l&rsquo;ultime opéra de Giacomo Puccini, <strong>Claus Guth</strong> nous propose une transposition dans un cadre contemporain. Nous sommes dans une sorte de régime totalitaire asiatique. L&rsquo;époque est&nbsp; imprécise (les costumes sont modernes mais le trou du souffleur est caché par une horloge Art-déco qu&rsquo;on entend battre avant le début de l&rsquo;opéra). Les pékinois sont uniformément grimés à l&rsquo;image de l&#8217;empereur Altoum, perruques comprises. Les mouvements sont souvent robotisés. La bureaucratie règne : la tête du Prince de Perse est précisément mesurée sous toutes les coutures, la boîte qui doit la recevoir est dument étiquetée, les formulaires remplis et classés, et le condamné doit lui-même signer son arrêt de mort. Tout n&rsquo;est pas parfait et parfois la mécanique déraille : ainsi, Calaf manque d&rsquo;être confondu avec le Prince et emmené à la place de celui-ci. Le décor est composé de deux immenses pièces : un vestibule (actes I et III) et la chambre de la princesse (acte II), séparés par un mur en fond de scène et une porte monumentale. Le mur affiche des projections fantomatiques de la princesse. Les tons verdâtres évoquent un peu l&rsquo;univers glauque de <em>Squid Game,</em> de sorte que les deux Corées, celle du nord et celle du sud, pourraient servir de référence à la scénographie. Dans la chambre, de gigantesques poupées (animées à certains moments) entourent le lit de la princesse. Celle-ci enfilera sa robe de mariée pour la scène des énigmes, avec un air un peu blasé. Dans cet univers particulièrement dérangeant, le récit initial de Turandot semble aller de soi, manifestation d&rsquo;un traumatisme souligné par le décor. Elle est belle, élégante, elle a l&rsquo;air fragile et gentille cette pauvre princesse, mais c&rsquo;est elle qui menacera d&rsquo;un couteau et qui torturera de ses mains la pauvre Liu. Ainsi, Guth ne nous montre pas l&rsquo;habituelle Turandot glaciale et imposante, mais un être fragile, humain dans sa perversité même.&nbsp;</p>
<p>L&rsquo;ouvrage est ici donné dans la rare version longue du finale composé par Franco Alfano. Rappelons les circonstances de sa composition. Puccini meurt à Bruxelles le 29 novembre 1924, victime de complications cardiaques conséquences d&rsquo;un cancer de la gorge détecté tardivement et inopérable. Il s&rsquo;était rendu dans la capitale belge au début du mois pour y suivre une radiothérapie. Il avait emporté avec lui ses esquisses pour la scène finale. Le dernier acte n&rsquo;est avancé que jusqu&rsquo;à la mort de Liu. Puccini rêve d&rsquo;un duo final monumental, songeant à <em>Tristan und Isolde</em> : ambition étonnante puisque le chef d&rsquo;oeuvre de Wagner appartenait déjà au passé (il fut créé 60 ans plus tôt) et que le compositeur excellait surtout dans la miniature (ses opéras sont relativement courts et certains de ses airs les plus célèbres durent à peine 2 minutes : dans « Nessun dorma » le ténor en chante moins de 3). Puccini laisse donc l&rsquo;oeuvre inachevée et l&rsquo;éditeur Ricordi cherche un compositeur pour le terminer. En accord avec Arturo Toscanini, qui doit diriger la création à la Scala dont il est le directeur musical, le choix se porte sur Franco Alfano. Celui-ci produit une première version (il n&rsquo;en existe aucune trace connue à ce jour) que le maestro trouve trop courte. Alfano en compose alors une seconde, incorporant de la musique purement de son cru. Selon les souvenirs rapportés par Antonino Votto, second chef de la Scala, l&rsquo;ombrageux Toscanini est très en colère au vu du résultat qu&rsquo;il estime trop long et trop éloigné du style de Puccini. Une troisième version est donc produite, Alfano éliminant notamment les mesures entièrement sorties de son imagination : c&rsquo;est celle-ci que l&rsquo;on entend habituellement (1). A l&rsquo;écoute de la version originale toutefois, on a du mal à comprendre la réaction de Toscanini. Peut-être nos oreilles sont-elles moins gênées par le style &nbsp;d&rsquo;Alfano ? Surtout, cette version, plus longue dans son développement, permet de mieux préparer la transition entre l&rsquo;affrontement initial et l&rsquo;amour final. Si cette transformation reste tout de même particulièrement étonnante, elle a ici davantage de place pour se déployer.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img fetchpriority="high" decoding="async" width="1024" height="683" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Turandot_054_KAUFMANN_GRIGORIAN_ENSEMBLE_c_Monika-Rittershaus-1-1024x683.jpg" alt="" class="wp-image-153168"/><figcaption class="wp-element-caption">© Monika Rittershaus</figcaption></figure>


<div>
<p><strong>Asmik Grigorian</strong><span class="apple-converted-space"> </span>est une interprète réputée de Salome, autre princesse perverse, et on croirait cette production faite sur mesure pour le soprano lituanien tant elle s&rsquo;y coule avec une venimosité souriante. La voix, plutôt lyrique, n&rsquo;est pas du métal des grandes références du rôle. Ici, point d&rsquo;aigus dardés façon laser, même si la projection remplit la salle sans aucun effort. C&rsquo;est une Turandot qu&rsquo;il faut voir en même temps qu&rsquo;on l&rsquo;entend, tant cette composition dramatique est atypique, vénéneuse et déjantée, parfaitement adaptée à l&rsquo;interprète. Face à cette performance monstrueuse (au sens propre), les autres rôles sont fatalement en retrait.</p>
</div>
<div>
<p><strong>Jonas Kaufmann</strong><span class="apple-converted-space"> </span>est un Calaf qui apparait initialement comme le brave type un peu dépassé par les événements, un brin espiègle dans la scène des énigmes, puis attendri et attentif lorsqu&rsquo;il triomphe de la princesse. On en s&rsquo;appesantira pas une fois de plus sur la projection du ténor allemand : Kaufmann sait gérer ses réserves de puissance en crescendo au fur et à mesure de la représentation et le célébrissime « Nessun dorma » est un modèle de musicalité, sans afféteries toutefois. La voix sait passer la barrière d&rsquo;un orchestre particulièrement tonitruant pour nous faire entendre un chant racé, un timbre aux couleurs fauves, et une musicalité exceptionnelle. Si les deux contre ut sont un peu tirés, ils sont crânement affrontés. Cerise sur le Chongyang, Grigorian et Kaufmann forment un couple parfaitement appariés.</p>
</div>
<div>
<p>On a désormais l&rsquo;habitude (peut-être un peu trop) des Liu aux voix frêles distillant des pianissimi évanescents. La voix de<span class="apple-converted-space"> </span><strong>Kristina Mkhitaryan</strong><span class="apple-converted-space"> </span>est plus corsée, davantage dramatique, au timbre plus capiteux (et avec quelques beaux piani quand même !). C&rsquo;est une Liu brulante, forte jusque dans son sacrifice, mais elle aussi atypique, comme si les typologies vocales de l&rsquo;esclave et de la princesse tentaient de se rapprocher.</p>
</div>
<p style="font-weight: 400;">Dans cet ouvrage, les autres rôles n&rsquo;ont guère l&rsquo;occasion de briller mais la distribution n&rsquo;en est pas moins d&rsquo;un haut niveau. En Altoum, <strong>Jörg Schneider</strong> offre une belle voix franche de ténor (il chante également la rôle du prince). Le Timur de <strong>Dan Paul Dumitrescu</strong> est efficace quoiqu&rsquo;un peu charbonneux. Le trio de ministres, <strong>Martin Hassler,</strong> <strong>Nobert Ernst</strong> et <strong>Hiroshi Amako</strong>, est composé de vraies voix parfaitement audibles, bien chantantes, et ils jouent admirablement. Le Mandarin d&rsquo;<strong>Attila Mokus</strong> est également d&rsquo;une belle prestance.</p>
<p style="font-weight: 400;">A la tête de l&rsquo;orchestre de l&rsquo;Opéra de Vienne en grande forme, <strong>Marco Armiliato</strong> propose une direction luxuriante, parfois un peu trop bruyante, toutefois, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-paris-bastille/">et assez différente de celle qu&rsquo;il offrait à l&rsquo;Opéra de Paris</a> il y a quelques semaines. Les tempi sont plus lents (ainsi le deuxième acte est plus long de trois minutes et demi), les couleurs davantage contrastées, et la puissance bien plus élevée. La direction remet la sauvagerie au centre de l&rsquo;ouvrage. Enfin, les Choeurs sont splendides et il est un peu dommage qu&rsquo;ils soient relégués en coulisses aux deux derniers actes. Au global, cette <em>Turandot </em>est une réussite atypique, dérangeante mais captivante, du vrai théâtre musical.</p>
<pre style="font-weight: 400;">1. Le soir de la première, Toscanini posa la baguette après la mort de Liu puis, se tournant vers le public, annonça avec émotion que la musique de Puccini s'arrêtait là. Depuis quelques années, certains théâtres ont choisi de faire de même, nous privant de finale, cuistrerie particulièrement frustrante pour le public : rappelons que Toscanini revint à la version complète dès la représentation suivante.</pre><p>L’article <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-turandot-vienne-staatsoper/">PUCCINI, Turandot &#8211; Vienne (Staatsoper)</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.forumopera.com">Forum Opéra</a>.</p>
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			</item>
		<item>
		<title>MOZART, Die Entführung aus dem Serail &#8211; Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/mozart-die-entfuhrung-aus-dem-serail-vienne-staatsoper/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Dec 2023 06:00:25 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Décédé en 2022 à 80 ans, Hans Neuenfels, figure emblématique du Regietheater, n&#8217;a jamais craint de bousculer le public. On se souvient par exemple des choeurs déguisés en souris dans son Lohengrin à Bayreuth, d&#8217;une Fledermaus salzbourgeoise prétexte à une dénonciation de la bourgeoisie sur montée du fascisme (en clôture du mandat de Gerard Mortier), &#8230;</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Décédé en 2022 à 80 ans, <strong>Hans Neuenfels</strong>, figure emblématique du <em>Regietheater</em>, n&rsquo;a jamais craint de bousculer le public. On se souvient par exemple des choeurs déguisés en souris dans son <em>Lohengrin</em> à Bayreuth, d&rsquo;une <em>Fledermaus</em> salzbourgeoise prétexte à une dénonciation de la bourgeoisie sur montée du fascisme (en clôture du mandat de Gerard Mortier), ou encore d&rsquo;un <em>Idomeneo</em> à Berlin enrichi d&rsquo;une scène où le héros brandissait les têtes tranchées de Poséidon, Jésus, Bouddha et Mahomet, suscitant l&rsquo;enthousiasme qu&rsquo;on devine (la production créée en 2003 avait vu sa reprise déprogrammée en 2006 sur demande de la chancelière allemande). Certains projets n&rsquo;aboutissent pas totalement : dans <em>Le Prophète</em>, Placido Domingo refusa ainsi de sodomiser un cochon, manifestant une certaine étroitesse d&rsquo;esprit.</p>
<p>Créée en 1998 à l&rsquo;Opéra de Stuttgart, cette production de <em>Die Entführung aus dem Serail</em> est un bon exemple de traitement aussi provocateur qu&rsquo;intelligent. On doit y distinguer deux niveaux, le fond et la forme. Sur le premier point, Neuenfels déconstruit ici le mythe du sultan éclairé dont on trouve un certain nombre d&rsquo;exemples dans les créations artistiques au tournant des XVIe et XVIIIe siècles. Outre <em>Die Entführung aus dem Serail</em> (1782), on pourra citer <em>L&rsquo;Espion turque</em> (Marana, 1684), ouvrage ayant inspiré <em>Les Lettres persanes,</em> la première traduction-adaptation des <em>Mille et une nuit</em> (Galland, 1717), les<em> Indes galantes</em> de Jean-Philippe Rameau (Paris, 1735), des pièces comme <em>Les Français au sérail</em> (Carolet, 1736) et <em>Les Trois sultanes ou Soliman II</em> (Favart, 1761)…  La contagion passe également outre Rhin : <em>Belmont und Constanze</em> qui est d’abord un <em>singspiele</em> (André, 1681) avant d’être mis en musique par Mozart, <em>Adelheit von Beltheim</em> (Grossmann, 1783 inspiré d’une pièce de 1780 de Neefe), le ballet -pantomime <em>Le Turc généreux</em> d’après Rameau (Vienne, 1758)… Entre la bataille de Lépante (1571) et la visite de l&rsquo;ambassadeur du Grand Turc auprès de Louis XIV (1669), le regard des intellectuels a plutôt évolué dans un sens favorable, sans unanimité toutefois si l&rsquo;on pense à Voltaire auteur du drame <em>Le Fanatisme ou Mahomet le prophète</em> (1736). A l’opposé de ce substrat, la vision de Neuenfels est noire, sans concession au politiquement correct. Si on a  l&rsquo;habitude d&rsquo;un Osmin un peu ridicule, une rondeur plus bête que méchante, le gardien du sérail chante cette fois au milieu d&rsquo;une collection de têtes tranchées (féminines). Sa barbe noire et son corps massif couvert de tatouages ne donnent pas vraiment envie de rigoler. Un peu plus tard, le chœur des Janissaires brandit au bout de piques des têtes décapitées et des bébés éventrés, ce qui plombe là encore l&rsquo;ambiance. Néanmoins Neuenfels ne tombe pas non plus dans le manichéisme. A l&rsquo;inverse de Martin Kušej dans sa production aixoise (où les quatre européens finissaient exécutées), il respecte le dénouement original. Mais son Pacha Selim reste un personnage contradictoire, à cheval entre l&rsquo;obscurantisme et la modernité : il est en smoking pour la dernière scène où il libérera ses otages, mais on ne peut pas perdre de vue qu&rsquo;il est aussi le sultan tout puissant qui n&rsquo;a rien trouvé à redire aux horreurs d&rsquo;Osmin ou de ses janissaires (lesquels apparaissent également occidentalisés à la fin de l’opéra). La production se termine sur une tirade additionnelle de Selim sur la frustration de celui qui ne peut que parler face à des chanteurs et conclut avec la lecture d&rsquo;une poésie d’Eduard Mörike figurant dans son ouvrage <em>Un voyage de Mozart à Prague</em> : manière de réconcilier l’art du chant et celui de la voix parlée.</p>
<p>Sur la forme, Neuenfels propose une mise en scène en total décalage avec les horreurs précitées, pleine de drôlerie et de vivacité. Les chanteurs sont ici doublés par des acteurs : le procédé n&rsquo;est pas nouveau et ne donne habituellement pas de résultats convaincants, mais la proposition de Neuenfels est au contraire une réussite totale. Acteurs et chanteurs interagissent en permanence, et dans toutes les combinaisons possibles : par exemple, tel chanteur discute avec son double acteur (ou un autre) qui l&rsquo;encourage, le contredit ou complète ses phrases, à d&rsquo;autres moments un acteur s&rsquo;interrompt et appelle un chanteur à la rescousse, parfois les 8 personnages sont sur scène en même temps, les Pedrillo ne sont pas trop de deux pour se débarrasser du corps d’Osmin endormi, le double-acteur de l&rsquo;imposant Osmin-chanteur est au contraire un gringalet, etc. Les dialogues sont bien entendu revus, avec quelques tirades d&rsquo;autant plus farfelues qu&rsquo;elles sont en contradiction avec l&rsquo;aspect visuel (Blondchen se revendique auprès d&rsquo;Osmin de l&rsquo;héroïsme des grandes gloires féminines anglaises : la reine Victoria, Florence Nightingale&#8230; et Winston Churchill). Tout cela virevolte dans un tourbillon d&rsquo;une incroyable maestria absolument réjouissant.</p>
<p>Vocalement, le bilan est plus contrasté. En Konstanze, <strong>Sofia Fomina</strong> a pour elle un timbre au médium fruité accrocheur. Si les vocalises ne sont pas toujours irréprochables et les graves peu audibles, les aigus sont assurés quoiqu&rsquo;un peu tirés. Reconnaissons que le rôle est assez inchantable (quand on se penche sur sa discographie, on constate que peu de très grands noms s&rsquo;y sont risqués). Par ailleurs, la chanteuse se tire avec les honneurs du redoutable « Martern aller Arten ». Dramatiquement, le soprano offre une interprétation efficace et nuancée, rendant bien compte des errements sentimentaux de la jeune femme, tiraillée entre sa fidélité à son amours européen et une attirance certaine pour l&rsquo;exotique pacha. Il faut dire que la mise en scène insiste particulièrement sur cette ambiguïté : certaines vocalises et contre-notes sont lancées tandis que le Selim l&rsquo;étreint et tente de la caresser.</p>
<p>La jeune <strong>Serena Sáenz</strong>, <a href="https://www.forumopera.com/spectacle/paris-opera-competition-2022-paris-garnier-onirisme-et-florilege-vocal/">lauréate de plusieurs compétitions lyriques</a>, et déjà appréciée dans l&rsquo;opéra italien et français, campe une Blondchen proche de l&rsquo;idéal, se jouant des difficultés de la partition, que son abattage scénique nous fait vite oublier, tant sa prestation parait naturelle et sa vocalisation jamais forcée. On apprécie également un timbre plus charnu que celui des soubrettes auxquelles le rôle est normalement dévolu.</p>
<p><strong>Sebastian Kohlhepp</strong> dispose d&rsquo;un timbre plaisant mais de moyens limités : les vocalises sont plutôt savonnées, le grave est trop discret et l&rsquo;aigu bien ténu (ténor : un métier en tension ?), le tout étant réuni dans son « Ich baue ganz auf deine Stärke  » au dernier acte.</p>
<p>L&rsquo;Osmin d&rsquo;<strong>Antonio Di Matteo</strong> est également plutôt à la peine dans ce rôle trop aigu pour ses moyens et réclamant une autre agilité, en particulier dans  son ultime « Ha! wie will ich triumphieren » : reste un beau médium et des graves somptueux que l&rsquo;on appréciera sans doute dans un autre répertoire, d&rsquo;autant que sa présence scénique est assez impressionnante.</p>
<p>En Pedrillo, <strong>Michael Laurenz</strong> est absolument excellent et sa romance « In Mohrenland gefangen war », encadrée par les deux airs précédemment cités, est une bouffée de fraîcheur, un pur moment de beau chant où le ténor met toute sa technique au service de l&rsquo;expressivité.</p>
<p><strong>Christian Nickel</strong> est un Pacha Selim de belle tenue, avec une certaine musicalité dans l&rsquo;expression orale qui vient s&rsquo;intégrer avec bonheur aux parties musicales. Bref, il porte bien son nom. On ne citera pas dans le détail les autres acteurs qui sont tous absolument excellents.</p>
<p>Jusqu&rsquo;à présent, <strong>Cornelius Meister</strong> avait plutôt été entendu dans Wagner (il dirigeait par exemple la récente tétralogie de Bayreuth). On aurait pu s&rsquo;attendre à ce qu&rsquo;il nous propose une direction de <em>Die Entführung aus dem Serail</em> dans l&rsquo;ancienne tradition viennoise, illustrée par les Karl Böhm ou Herbert von Karajan, avec ce bon gros son bien opulent, magnifique mais un peu daté. Le chef allemand nous offre au contraire une version épurée du chef d&rsquo;oeuvre de Mozart, vive, alerte, avec un orchestre au son plus acéré, comme si le gros chat s&rsquo;était fait petite souris : une leçon pour certains orchestres d&rsquo;opéra qui s&rsquo;obstinent à jouer Mozart comme si l&rsquo;interprétation historiquement informée n&rsquo;était qu&rsquo;un vilain mot. Dramatiquement, cette direction de Meister est au diapason de la mise en scène (on pourrait dire qu&rsquo;elle est enlevée) et contribue à faire de cet ouvrage une autre <em>Folle journée</em>.</p>
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		<item>
		<title>PUCCINI, Manon Lescaut &#8211; Vienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/puccini-manon-lescaut-vienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 10 Nov 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
				<guid isPermaLink="false">https://www.forumopera.com/?post_type=spectacle&#038;p=149393</guid>

					<description><![CDATA[<p>Le personnage de Manon Lescaut est-il facilement transposable à l&#8217;époque contemporaine ? Robert Carsen avait déjà réalisé une version de l&#8217;ouvrage de Puccini pour l’Opéra des Flandres (1991), reprise à Paris (Bastille, 1993) onirique et intemporelle. Cette nouvelle production du metteur en scène canadien, conçue pour l’Opéra de Vienne (2005), assume cette fois une transposition &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le personnage de Manon Lescaut est-il facilement transposable à l&rsquo;époque contemporaine ? <strong>Robert Carsen</strong> avait déjà réalisé une version de l&rsquo;ouvrage de Puccini pour l’Opéra des Flandres (1991), reprise à Paris (Bastille, 1993) onirique et intemporelle. Cette nouvelle production du metteur en scène canadien, conçue pour l’Opéra de Vienne (2005), assume cette fois une transposition au tournant des XXe et XXIe siècles, en miroir de sa <em>Traviata</em> créée à Venise (2004) et régulièrement remise à l’affiche de La Fenice depuis. Robert Carsen semble en effet travailler par « séries ». Son <em>Nabucco</em> (Bastille, 1995) ressemble à son <em>Jérusalem</em> (Vienne, 1995), sa <em>Frau ohne Schatten</em> (Vienne, 1996) à sa <em>Rusalka</em> (Bastille, 2002) et, plus récemment, son <em>Elektra</em> (Bastille, 2013) à son <em>Orphée et Eurydice</em> (TCE, 2018). Cette réutilisation d’un même univers visuel n’est pas un défaut en soi : les productions citées sont d&rsquo;authentiques réussites et les correspondances entre ces ouvrages sont évidentes. La <em>Traviata</em> de la Fenice transposait le chef-d’œuvre de Verdi dans l’univers du <em>Blow-up</em> de Michelangelo Antonioni, revampé dans un style fin 90, Alfredo photographe <em>people</em> en blouson de cuir évoluant dans le monde de la jet-set. On retrouve dans cette <em>Manon Lescaut</em> les mêmes ingrédients, mais le résultat est moins convaincant. Le premier acte représente une sorte de galerie commerciale incluant un hôtel dans laquelle déambulent quelques femmes luxueusement vêtues, mais aussi un public nettement moins distingué de badauds divers. Cette fois, c’est l&rsquo;étudiant Edmondo qui joue les photographes au milieu de la foule. Geronte est une sorte de mafieux, entouré de gardes du corps à oreillette, et les deux amants s’enfuiront &nbsp;à la fin de l’acte avec sa berline (1). A l’acte II (les appartements de Geronte), la structure du décor est identique mais les boutiques ont disparu, remplacées par des baies vitrées donnant sur la ville environnante (qui ressemble à La Défense). L’hôtel est devenu le dressing de Manon. Après son duo d’amour avec Des Grieux (qui a emprunté le blouson d’Alfredo), les moqueries de Manon envers le physique de Geronte tombent à plat : celui-ci ressemble en effet davantage à John Malkovitch qu’à un vieillard bedonnant. Sans surprise, Geronte viole Manon. Au troisième acte (Le Havre), nous retrouvons encore la même structure, mais des volets roulants cachent les ouvertures. Les élégantes du premier acte sont devenues des prostituées condamnées à l’exil (à l&rsquo;époque moderne ?). Pendant ce temps, les chœurs se déhanchent en mode <em>Saturday night fever</em> et en tapant dans les mains. Geronte frappe Manon mais aussi deux autres jeunes femmes (avait-il 3 maîtresses en même temps ?). Il confisque ici les répliques dévolues au Capitaine : c&rsquo;est donc lui, après avoir violé et frappé l&rsquo;héroïne, qui autorise finalement Des Grieux à suivre Manon vers la Louisiane, indulgence bonasse assez incohérente avec ce qui précède. Nous retrouvons au dernier acte le décor du premier, désert cette fois (l’action se passe en effet dans un désert). Sommes-nous à Paris, au Havre ou à La Nouvelle-Orléans ? Tous les <em>Duty free</em> se ressemblent. Manon meurt, sans qu’on ne sache vraiment pourquoi, mais il est vrai que les centres commerciaux peuvent être épuisants. Si la transposition ne convainc guère, elle est, comme toujours chez Carsen, visuellement superbe et fourmille de détails qui rendent le spectacle vivant et plaisant.</p>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img decoding="async" width="785" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Manon-Lescaut_6_NETREBKO-785x1024.jpg" alt="" class="wp-image-149408"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</sup></figcaption></figure>


<p><strong>Anna Netrebko</strong> se plie sans effort à cette modernisation, qui aujourd’hui évoque aussi l’univers des oligarques russes, très élégante dans une série de robes plus magnifiques les unes que les autres. La voix est imposante, d’une puissance impressionnante, mais sans que jamais on sente l’effort. La technique impose le respect, avec des trilles exécutés sans effort. Une telle santé après près de 30 ans de carrière reste assez unique, même si le chant n&rsquo;est pas toujours extrêmement juste. Le timbre est assez uniformément sombre (dans la lignée de ses Lady Macbeth), et le registre grave apparait artificiellement noirci, un peu tubé, en décalage avec ce personnage de toute jeune fille (15 ans au début de l’opéra). Affaire de couleurs plutôt que de moyens : le soprano nous gratifie en effet d’un contre-ut piano sans effort à la fin de la scène du menuet. Dramatiquement, peu de fragilité chez cette Manon qui ne semble réaliser son destin qu&rsquo;au dernier acte. Partenaire à la ville comme à la scène, <strong>Yusif Eyvazov</strong> est dramatiquement plus concerné que son épouse. Même si l’acteur reste un peu statique, le ténor sait faire passer l’émotion au travers des couleurs de sa voix, avec un bel engagement musical. Ténor plus <em>lirico</em> que <em>spinto</em>, il offre un registre homogène, une puissance confortable et une belle tenue de souffle. Les aigus sont sonores et longuement tenus, mais un peu trop souvent teintés de registre mixte, ce qui les privent un peu d&rsquo;impact. La voix du ténor s’est, elle aussi, un peu assombrie, au bénéfice à l’inverse d’un timbre apparaissant plus riche et plus flatteur. Au global, son Des Grieux est intelligemment équilibré. <strong>Davide Luciano</strong> est un Lescaut de belle facture, d’un naturel scénique et vocal remarquable, avec une belle projection et un timbre riche. Les autres partenaires ont un peu plus de mal à franchir la barre de l’orchestre. En Géronte, <strong>Evgeny Solodovnikov&nbsp;</strong>manque de projection et certaines notes graves ne sortent tout simplement pas. <strong>Juliette Mars</strong> est délicieuse en Maître de ballet, façon Marlene Dietrich dans l’<em>Ange bleu</em> (et qui sans beaucoup de surprise embrassera Manon sur la bouche). <strong>Carlos Osuna&nbsp;</strong>partage avec Luciano le naturel de l’émission mais reste un peu trop limité en projection. Bizarrement, Carsen en fait plutôt une caricature d’italien (cheveux gominés et coups de peigne répétitifs).&nbsp;</p>
<p>A la tête de l’excellent orchestre de l’opéra, <strong>Jader Bignamini</strong> ne parvient pas à construire un arc dramatique convaincant. Quelques décalages sont à noter, malgré les moulinets du souffleur, remercié par certains solistes aux saluts. Les tempi sont parfois trop rapides, à d’autres moments trop lents, et le tout manque de théâtralité : il y a toujours un peu de guimauve dans Puccini (c’était un grand sentimental !), et il faut savoir faire avec si on veut rendre justice à ses ouvrages. Enfin, le volume sonore est trop élevé, submergeant continuellement le plateau. Le chef sera d’ailleurs un peu contesté. Aux saluts, le public fera toutefois une fête au couple vedette.</p>
<ol style="font-weight: 400;">
<li>
<pre>Il ne s’agit bien évidemment pas d’une berline à quatre chevaux mais d’une Lexus (sponsor officiel du Staastoper de Vienne), modèle SL1400. Ce véhicule marqua l’introduction de la marque sur le marché européen au début des années 90. Il affiche de surcroît une plaque d’immatriculation parisienne (931 MLN 75 : date de première immatriculation en juin 1998). Tout est donc cohérent.</pre>
</li>
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		<title>VERDI, Otello &#8211; Vienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/verdi-otello-vienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 08 Nov 2023 05:01:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Pour cette quatrième reprise de cette production d&#8217;Otello, l&#8217;Opéra de Vienne affiche une distribution prestigieuse et qui, surtout, tient ses promesses. Dans une forme exceptionnelle, Jonas Kaufmann campe un Otello racé, bouillonnant et émouvant. S&#8217;il ne rompt pas tout à fait avec sa vision d&#8217;un Maure pauvre-type-qui-a-des-malheurs, il renforce ce soir la dimension sombre et &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div><span style="font-size: medium;">Pour cette quatrième reprise de cette production d&rsquo;<em>Otello</em>, l&rsquo;Opéra de Vienne affiche une distribution prestigieuse et qui, surtout, tient ses promesses. Dans une forme exceptionnelle, <strong>Jonas Kaufmann</strong> campe un Otello racé, bouillonnant et émouvant. S&rsquo;il ne rompt pas tout à fait avec sa vision d&rsquo;un Maure pauvre-type-qui-a-des-malheurs, il renforce ce soir la dimension sombre et violente du personnage : la scène finale est ici particulièrement impressionnante (ça tombe bien, c&rsquo;était Halloween). On ne s&rsquo;appesantira pas une fois de plus sur le format vocal un peu en dessous de celui des grands titulaires historiques : la couleur sombre du timbre est idéale pour le rôle et ses éclats franchissent sans problème la barre d&rsquo;une fosse tonitruante tant l&rsquo;artiste se donne à fond. L&rsquo;unique contre-ut (sur « Quella vil cortigiana ») est émis sans aucun effort apparent. Jouant sur les différents registres, mixte ou de poitrine, et variant idéalement les couleurs, le chant du ténor allemand sait aussi exprimer les tourments de son personnage dans une interprétation sobre et touchante, véritablement habitée. Bref : ce soir Otello avait bouffé du lion (de Saint-Marc).</span></div>
<p><span id="more-149327"></span></p>
<div><span style="font-size: medium;"><strong>Ludovic Tézier </strong>offre une composition d&rsquo;une richesse incroyable. Tour à tour patelin, cauteleux, sarcastique ou venimeux, son Iago est certainement l&rsquo;un des plus grands, toutes époques confondues. La voix est somptueuse et le baryton français sait en jouer admirablement, variant les couleurs et les registres au plus près de l&rsquo;interprétation dramatique et faisant preuve d’une technique confondante (il est rare d’entendre un Iago exécuter les trilles écrits par Verdi). On nous permettra toutefois de pinailler sur les très nombreuses notes graves remplacées par des notes plus aiguës, quand il ne s&rsquo;agit pas carrément de phrases entières, même si l&rsquo;effet dramatique s&rsquo;en trouve parfois renforcé. Enfin, le timbre est magnifique et la projection rayonnante, sans hédonisme, les moyens restant toujours au service de l&rsquo;interprétation. Au delà des qualités de l&rsquo;artiste, c&rsquo;est également sa complicité avec Jonas Kaufmann qui renforce la qualité de cette soirée. Les deux artistes ont souvent chanté ensemble, à la scène comme au disque. Cette entente, faite à la fois d&rsquo;émulation et de respect mutuels, contribue à faire de leurs scènes communes des moments proprement anthologiques.</span></div>
<div>&nbsp;</div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Otello_16_KAUFMANN_TEZIER-1024x827.jpg" alt="" class="wp-image-149339" width="911" height="735"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</sup></figcaption></figure>


<div>&nbsp;</div>
<div><span style="font-size: medium;"><strong>Rachel Willis-Sorensen</strong> est une Desdemona plus femme de tête qu&rsquo;épouse résignée. L&rsquo;aigu est puissant, les piani nombreux et lumineux. Il ne lui manque qu&rsquo;un timbre plus riche et plus moelleux, une largeur qui lui permettrait de varier davantage les couleurs au service de l&rsquo;émotion. Dramatiquement, le soprano américain est au diapason de ses partenaires et son meurtre est particulièrement réaliste.</span></div>
<div><span style="font-size: medium;">En Cassio, <strong>Bekhzod Davronov</strong>, ténor ouzbek lauréat d&rsquo;Operalia en 2021, offre une voix prometteuse, bien conduite, avec un timbre&nbsp;</span>séduisant&nbsp;<span style="font-size: medium;">un peu sombre. Un chanteur à suivre : Jonas Kaufmann ne fut-il pas Cassio à Bastille il y a près de vingt ans ? La jeune hongroise&nbsp;<strong>Szilvia Vörös</strong>&nbsp;est une Emilia de luxe, vibrante, à la voix puissante, probablement destinée elle aussi à des rôles de premiers plans dans l&rsquo;avenir. <strong>Ted Black</strong> est un Roderigo correctement chantant mais un peu discret. A l&rsquo;inverse, le Lodovico d&rsquo;<strong>Ilja Kazakov</strong> est moins policé mais la voix est bien sonore. La basse <strong>Leonardo Neiva</strong> offre quant à lui une composition et un chant convaincants.</span></div>
<div>&nbsp;</div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="870" height="1024" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Otello_23_WILLIS-SORENSEN_KAUFMANN-870x1024.jpg" alt="" class="wp-image-149337"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</sup></figcaption></figure>


<div><span style="font-size: medium;">Découvert en France il y a peu dans un excellent <em>Lohengrin</em> à Bastille, en remplacement du volage Gustavo Duhamel, <strong>Alexander Soddy</strong> offre une direction énergique du chef-d&rsquo;œuvre de Verdi, dans une perspective (comme à Paris), plus analytique que romantique. On a rarement entendu à ce point les détails harmoniques des reprises de l&rsquo;air du Saule au dernier acte. Si le chef britannique ne se prive pas de déchaîner les forces de son orchestre, en particulier dans la tempête introductive comme dans final du III mais également dans les diverses scènes dramatiques, il n&rsquo;en est pas moins attentif au plateau et ne couvre jamais les chanteurs (on pense à Carlos Kleiber dans ce même ouvrage). Au global, sa direction est peut-être plus électrisante </span><span style="font-size: medium;">qu&rsquo;émouvante mais convaincante et homogène. L&rsquo;orchestre est&nbsp;impeccable m</span>ais on notera toutefois quelques rares décalages.<span style="font-size: medium;"> Les chœurs sont particulièrement&nbsp;impressionnants, sans aucune faiblesse entre les différents&nbsp;pupitres et le grand final du III est une apothéose.</span></div>
<div>&nbsp;</div>


<figure class="wp-block-image aligncenter size-large"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="587" src="https://www.forumopera.com/wp-content/uploads/Otello_19_TEZIER_KAUFMANN_DAVRONOV-1-1024x587.jpg" alt="" class="wp-image-149343"/><figcaption class="wp-element-caption"><sup>© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</sup></figcaption></figure>


<div style="text-align: left;"><span style="font-size: medium;"><strong>Adrian Noble</strong> a opté pour une transposition à l&rsquo;époque&nbsp;de la création, laquelle n&rsquo;apporte pas grand chose à l&rsquo;oeuvre, si ce n&rsquo;est des costumes parfois peu flatteurs parmi lesquels on notera un Iago en Général de l&rsquo;Armée du Salut et une Desdemona en institutrice pour le roi de Siam de <em>The King and I</em>. Le décor épuré, est plutôt intemporel et favorable aux voix, avec un très beau dernier acte où Desdemona prie entourée de bougies. Si les masses chorales sont un peu statiques, les divers personnages sont à l&rsquo;inverse particulièrement fouillés (à tel point qu&rsquo;on ne sait parfois plus qui regarder sur le plateau), avec la patte d&rsquo;un authentique spécialiste du théâtre shakespearien, mais sans ostentation : une direction d&rsquo;acteur intelligente et discrète parfaitement défendus par des chanteurs en état de grâce.</span></div>
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		<title>PUCCINI, La Bohème — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/la-boheme-vienne-staatsoper-eternelle-jeunesse/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 24 Jan 2023 05:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Drame de la vie étudiante, La Bohème n’est jamais chantée par des interprètes ayant tous l’âge du rôle, la maîtrise de l’art vocal nécessitant des années d’apprentissage. Le plateau réuni par l’Opéra de Vienne s’en rapproche toutefois avec une distribution de jeunes artistes parfaitement crédibles dans leurs emplois. © Wiener Staatsoper / Michael Pöhn Benjamin &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Drame de la vie étudiante, <em>La Bohème</em> n’est jamais chantée par des interprètes ayant tous l’âge du rôle, la maîtrise de l’art vocal nécessitant des années d’apprentissage. Le plateau réuni par l’Opéra de Vienne s’en rapproche toutefois avec une distribution de jeunes artistes parfaitement crédibles dans leurs emplois.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="351" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_boheme_5_bernheim_willis-sorensen.jpg?itok=KAgHg2gX" title="© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn" width="468"><br />
© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p><strong>Benjamin Bernheim</strong> campe un Rodolfo au physique du rôle, qu’on imagine aisément bon élève, plus sérieux que coureur. Sa voix offre de belles nuances dans les passages <em>piano</em>, avec une parfaite maîtrise du souffle et une technique lui permettant aisément de jouer sur les registres de poitrine et mixte avec une belle musicalité mais peu d’italianité. Le timbre est un peu blanc, peu caractérisé, surtout dans l’aigu <em>forte</em> où la voix perd de ses harmoniques. Le jeune ténor sait par ailleurs projeter avec efficacité lors des passages dramatiques, la voix passant aisément l’orchestre. Trac ou mésentente avec le chef, son contre-ut de la « Gelida manina », précédé d’un léger cafouillis avant l’air, est un brin acrobatique.&nbsp;La Mimi de <strong>Rachel Willis-Sørensen </strong>se caractérise par un timbre corsé et par une belle projection que le soprano ne semble jamais forcer. La faiblesse et la fragilité ne sont toutefois pas ce soir au rendez-vous et cette Mimi meurt en pleine forme, quoiqu’avec une certaine émotion toute de sobriété. On imaginerait davantage le soprano amériicain en Elizabeth de <em>Tannhäuser </em>ou en Sieglinde, mais il est toujours intéressant d’entendre une Mimi hors des standards conventionnels.&nbsp;Entendue en Prêtresse dans <a href="/aida-vienne-staatsoper-la-nuit-des-etoiles"><em>Aida </em></a>la veille, <strong>Anna Bondarenko</strong> interprète une Musetta musicalement irréprochable et à la voix plus lourde qu’à l’ordinaire (ce serait presque une seconde Mimi). Dramatiquement, le soprano ukrainien est plus à son aise dans les parties tragiques que dans la fantaisie de l’acte II où on la sent davantage sur la réserve.&nbsp;La carrière de <strong>Boris Pinkhasovich</strong> (36 ans) est partagée entre Saint-Pétersbourg, dont il est originaire, et les grandes scènes lyriques internationales. Son baryton puissant et claironnant est la voix masculine la plus puissante du plateau. Son aisance théâtrale est confondante et il transforme presque son Marcello en un moderne Figaro.&nbsp;Âgé de 32 ans, <strong>Peter Kellner </strong>est Colline quasi idéal. Le baryton slovaque allie la fraicheur de la jeunesse à une authentique voix de basse, d’une émouvante sobriété dans son court air du dernier acte, « Vecchia zimarra ».&nbsp;<strong>Stefan Astakhov</strong>, jeune baryton allemand de 25 ans, compose un vigoureux Schaunard, avec une voix riche et puissante, presque ténoriale (ses rares notes graves ont un peu plus de mal à passer).&nbsp;En Benoit puis en Alcindoro, le vétéran <strong>Hans Peter Kammerer</strong> dessine un personnage original, plutôt digne, loin des habituels caricatures.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/la_boheme_2_pinkhasovich.jpg?itok=ZTMoGQY-" title="© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn" width="316"><br />
© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p>A la tête d’un orchestre un peu bruyant, <strong>Eun Sun Kim</strong> impose une battue rapide et sèche et pas toujours à l’écoute du plateau, certains chanteurs se révélant parfois en difficulté avec le tempo. Quasiment pas de rubato dans cette approche, l’expression émotionnelle étant essentiellement rendue par des variations de dynamiques. On notera un travail intéressant sur l’orchestration, la chef sud-coréenne faisant par exemple sonner l’introduction de l’acte III (la scène de l’octroi) comme une évocation prémonitoire de <em>Turandot</em>.<br />
La soirée ne serait pas aussi réussie sans cette reprise de la production de <strong>Franco Zeffirelli</strong> créée en 1963 (!). <a href="/aida-vienne-staatsoper-la-nuit-des-etoiles">Contrairement à l’<em>Aida</em> de Nicolas Joel affichée la veille</a>, celle-ci n’a pas pris une ride et reste un modèle de production traditionnelle. Elle allie de riches décors (une version miniature de la production du Met qui apparait, par comparaison, moins surchargée à New York) et un travail théâtral particulièrement soigné. Bien sûr, rien n’est vrai à l’opéra (à commencer par des gens qui chantent au lieu de parler), mais ici tout est vraisemblable et juste. Ainsi, au dernier acte, alors que l’action se concentre sur l’agonie de Mimi, on peut (ou pas) remarquer en fond de scène Musetta flairer la carafe d’eau pour vérifier que celle-ci est fraiche. Peu après, quand Marcello court descendre chercher un médecin, il troque d’abord sa blouse de peintre contre une veste plus convenable, etc. Ces quelques exemples démontrent un travail minutieux, quasi cinématographique, qui aide l’émotion à transpercer : un modèle du genre.</p>
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		<title>VERDI, Aida — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/aida-vienne-staatsoper-la-nuit-des-etoiles/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 21 Jan 2023 09:18:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les distributions multi-stars sont devenues bien rares sur la planète lyrique, et on ne peut que se féliciter que l&#8217;Opéra de Vienne ait réussi la prouesse de réunir quelques-uns des plus grands artistes du moment pour cette&#160;Aida. Musicalement, l’affiche tient ses promesses et tous les chanteurs annoncés sont bien au rendez-vous. Dans une forme exceptionnelle,&#160;Anna &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les distributions multi-stars sont devenues bien rares sur la planète lyrique, et on ne peut que se féliciter que l&rsquo;Opéra de Vienne ait réussi la prouesse de réunir quelques-uns des plus grands artistes du moment pour cette&nbsp;<em>Aida</em>. Musicalement, l’affiche tient ses promesses et tous les chanteurs annoncés sont bien au rendez-vous. Dans une forme exceptionnelle,&nbsp;<strong>Anna</strong> <strong>Netrebko</strong>&nbsp;offre une esclave éthiopienne vocalement splendide. Le legato est magnifique et les piani dispensés à profusion et toujours avec goût (y compris celui, rarement respecté, d&rsquo;«&nbsp;O Patria mia&nbsp;»). La projection est imposante et homogène sur tout l&rsquo;ambitus, le timbre est resté d&rsquo;une incroyable fraicheur, le vibrato est transparent, et les quelques défauts d&rsquo;intonation qu&rsquo;on a pu relever à certaines occasions sont ici anecdotiques. Toutefois, le soprano peine à dessiner un véritable personnage et à susciter l’émotion. Dramatiquement, elle reste extérieure au rôle, y compris dans ses duos, et nous avons du mal à compatir à ses malheurs&nbsp;: il est vrai qu’elle est peu aidée par la mise en scène, nous y reviendrons.&nbsp;</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/aida_36_netrebko.jpg?itok=b-WrtSSb" title="© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn" width="335"><br />
© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p>A l&rsquo;occasion de cette série,&nbsp;<strong>Elīna Garanča&nbsp;</strong>faisait sa prise de rôle en Amneris. Le pari est remporté de maîtresse façon, avec une assurance qui force le respect. Dramatiquement, les différentes facettes du personnage sont parfaitement composées, toujours avec une grande classe : son Amneris est bien une jeune princesse amoureuse soumise aux affres de la jalousie, et non une matrone vindicative comme cela arrive parfois. Son duo final avec Kaufmann, suivi de sa grande scène, sont des monuments de chant et de théâtre, et déclenchent d’ailleurs la plus grande ovation de la soirée. Vocalement, les aigus dardés, qui font trembler les murs, impressionnent tout autant que les graves spectaculairement poitrinés (et on espère que l’instrument ne restera pas éprouvé par un tel engagement !). Formidable parcours d&rsquo;une artiste qui s&rsquo;illustrait il y a vingt ans dans Mozart et Rossini, et qui s&rsquo;est orientée avec intelligence vers des rôles de plus en plus lourds, où son tempérament scénique volcanique a trouvé à s&rsquo;exprimer.<strong>&nbsp;</strong></p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/aida_42_garanca_kaufmann_0.jpg?itok=8ZQXXE2T" title="© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn" width="366"><br />
© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p><strong>Jonas Kaufmann</strong>&nbsp;démarre la soirée sur la réserve : son «&nbsp;Celeste Aida&nbsp;» est certes superbement chanté (avec un si naturel piano enflé puis conclu diminuendo), mais on se croirait davantage au récital qu&rsquo;à l&rsquo;opéra tant les effets sont un peu téléphonés. La projection, un brin chiche, ne rend pas non plus justice à ce personnage de guerrier. Il est vrai que Verdi n’a pas été tendre avec le rôle, lui infligeant son unique grand air à froid dès le début du premier acte, sans plus grand-chose à chanter jusqu’aux deux derniers. Les choses changent du tout au tout en seconde partie où Kaufmann, galvanisé par ses partenaires, offre des duos électrisants et pousse sa voix dans ses retranchements. Le ténor allemand ne sacrifie d’ailleurs pas pour autant les passages les plus élégiaques, où son art du&nbsp;<em>messa di voce</em>&nbsp;reste admirable.&nbsp;<strong>Luca</strong>&nbsp;<strong>Salsi</strong>&nbsp;campe un Amonasro à la voix bien conduite, mais manquant un peu du mordant et de la noirceur des meilleurs défenseurs du rôle.&nbsp;<strong>Alexander</strong> <strong>Vinogradov</strong>&nbsp;est un Ramfis de luxe, au timbre riche et à la projection généreuse. En&nbsp;Roi d&rsquo;Egypte,&nbsp;le jeune&nbsp;<strong>Ilja Kazakov&nbsp;</strong>(chanteur maison de 30 ans&#8230;) est déjà plus qu&rsquo;une promesse :&nbsp;sa voix généreuse et sa présence scénique laisse présager une carrière internationale. La Prêtresse d&rsquo;<strong>Anna Bondarenko</strong>&nbsp;(autre artiste de la troupe) est impeccable, avec un timbre moins évanescent qu&rsquo;à l&rsquo;accoutumée pour ce rôle (elle chantera Musetta le lendemain alors qu&rsquo;elle compte également des rôles de mezzo à son répertoire). En Messager,&nbsp;<strong>Hiroshi Amako</strong>&nbsp;offre un timbre plaisant. Phénomène acoustique&nbsp;de fond de parterre ? Les chœurs sont un peu trop discrets tout au long de la soirée. A la tête d’un orchestre de haute tenue, <strong>Nicola Luisotti </strong>propose une direction élégante et attentive au plateau, mais manquant un peu de flamme. On aimerait un peu de sécheresse toscaninienne pour souligner les lignes de force de la progression dramatique. Le chef sait en revanche faire ressortir certaines subtilités de la partition qui passent ordinairement inaperçues.</p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/aida_30_salsi_netrebko.jpg?itok=wwLlfwqr" title="© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn" width="327"><br />
© Wiener Staatsoper / Michael Pöhn</p>
<p>Créée en 1984, la production de&nbsp;<strong>Nicolas Joel</strong>&nbsp;(décédé en 2020) a pour elle un dispositif scénique plutôt esthétique, mais d&rsquo;un maniement laborieux. Les différents changements imposent ainsi trois rideaux intermédiaires en première partie, et deux durant la seconde, avec saluts des principaux protagonistes. Le rythme de la représentation est ainsi régulièrement entravé, alors que l’ouvrage est déjà naturellement statique, en particulier dans sa première partie. Par ailleurs, les lourds décors de&nbsp;<strong>Carlo Tommasi&nbsp;</strong>rendraient dubitatif tout égyptologue, voire un touriste de retour de Louxor : on y reconnait certes nombre de symboles antiques, mais les lieux ainsi délimités sont purement imaginaires&#8230; et souvent trop encombrés<sup>1</sup>&nbsp;! &nbsp;Les prêtres sont habillés en majorettes et une partie des figurants (bleus) semble sortie d&rsquo;<em style="font-size: 14.000001px">Avatar</em>.&nbsp;Les mouvements de foule sont chorégraphiés comme une revue à la belle époque du Casino de Paris, le plateau chantant unanimement face au public, avec des figurants se déplaçant de-ci de-là, de manière&nbsp;souvent incongrue. Par exemple, lors du triomphe, la chaise à porteurs du roi est amenée au milieu de la scène, puis, quelques minutes plus tard, remisée côté jardin tandis que celle d&rsquo;Amneris fait un créneau côté cours.&nbsp;L&rsquo;excellent corps de ballet mériterait également une nouvelle chorégraphie. Au global, le spectacle se laisse tout de même voir avec plaisir, mais rien dans la mise en scène ne vient contribuer à instaurer le drame sur scène, et les solistes semblent laissés à eux-mêmes, ne devant compter que sur leur métier pour donner vie à leurs personnages. Une telle distribution aurait assurément mérité une nouvelle production ou, à tout le moins, un travail théâtral plus approfondi.</p>
<p>Malgré ces quelques réserves, cette <em>Aida</em> est l&rsquo;événement de ce début d’année pour le public viennois et pour les voyageurs lyriques : les chercheurs de billets de dernière minute étaient nombreux devant le théâtre malgré les près de 600 places debout vendues quelques heures avant le spectacle. La représentation reçoit au final un accueil chaleureux du public, particulièrement conquis par la prestation d&rsquo;Elīna&nbsp;Garanča.&nbsp;</p>
<p>1. Quitte à choisir une approche pseudo historique, on préférera la production des Arènes de Vérone de 1913 (régulièrement reprise) ou celle du Liceu de Barcelone (1945) restaurée en 2001 et également redonnée de multiples fois.</p>
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		<title>Annulation de La Juive à Vienne</title>
		<link>https://www.forumopera.com/breve/annulation-de-la-juive-a-vienne/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Jean Michel Pennetier]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Aug 2022 14:11:05 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Si les changements de distribution sont (malheureusement) courants à l’opéra, il est rare que ce soit une production entière qui soit annulée. Le Staatsoper de Vienne devait ouvrir sa saison avec une reprise de La Juive dans l’exceptionnelle production de Günter Krämer, dans laquelle Neil Shicoff livra autrefois une incarnation mémorable. Sonya Yoncheva et Roberto &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Si les changements de distribution sont (malheureusement) courants à l’opéra, il est rare que ce soit une production entière qui soit annulée. Le Staatsoper de Vienne devait ouvrir sa saison avec une reprise de <em>La Juive </em>dans l’exceptionnelle production de Günter Krämer, dans laquelle Neil Shicoff livra autrefois une incarnation mémorable. Sonya Yoncheva et Roberto Alagna devaient y incarner Rachel et Eléazar, mais les deux artistes, malades, ont dû renoncer à leur engagement. Faute de remplaçants à la hauteur disponibles (les interprètes du chef d’œuvre d’Halévy ne courent pas les rues), la direction du théâtre s’est vue dans l’obligation d’annuler purement et simplement le spectacle. Son remplacement reste toutefois luxueux avec, selon les dates, une <em>Bohème </em>affichant Anna Netrebko (pour trois soirées : les 5, 11 et 18 septembre) en alternance avec Eleonora Buratto (le 8 septembre) aux côtés de Vittorio Grigolo (sauf le 18). Günther Groissböck, qui devait chanter le Cardinal Brogni étant recyclé en Colline, George Petean interprétant Marcello. Nina Minasyan, qui devait chanter Eudoxie, hérite de Musetta. A priori, Cyrille Dubois, qui devait interpréter le rôle du Prince Léopold, ne chantera pas Parpignol. Bertrand de Billy restera à la direction d’orchestre. Le 14 septembre, pas de <em>Bohème </em>mais une représentation additionnelle de <em>Carmen </em>(ça tombe bien, c’était complet) avec Elīna Garanča Piotr Beczała, Erwin Schrott et Slávka Zámečníková sous la baguette d’Yves Abel. Voilà une institution qui ne manque pas de ressources !</p>
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		<title>STRAUSS, Elektra — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/elektra-vienne-staatsoper-elektra-des-charbonnages/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille De Rijck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Feb 2020 21:14:54 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>S’il est un échec cuisant que l’opéra devrait confesser, c’est de manquer souvent de concision. L’ellipse n’est pas son fort. Ce qui pourrait être énoncé brièvement y est, au contraire, développé en grande largeur. Elektra est probablement la plus spectaculaire exception à cet axiome, car en moins de deux heures, une fratrie s’enlise dans une &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>S’il est un échec cuisant que l’opéra devrait confesser, c’est de manquer souvent de concision. L’ellipse n’est pas son fort. Ce qui pourrait être énoncé brièvement y est, au contraire, développé en grande largeur. Elektra est probablement la plus spectaculaire exception à cet axiome, car en moins de deux heures, une fratrie s’enlise dans une thérapie familiale à la hache, en un crescendo de fin du monde. </p>
<p>Quelle épreuve de force que cette œuvre, née des imaginations combinées du plus génial des flibustiers bavarois et du plus délicat des poètes apolliniens. C’est le mariage d’un Lederhosen et d’une collerette de dentelle. C’est aussi une réflexion sur la forme, sur la dynamique dramatique, sur la géométrie lyrique. Un coup de feu, construit en trois confrontations, qui – formellement – interdit à l’auditeur de reprendre son souffle et qui l’achève par un cataclysme de décibels. Au genre de l’opéra, <em>Elektra</em> est une Blitzkrieg, dont l’action reposerait sur la sidération et sur les qualités contondantes de la voix. </p>
<p><img loading="lazy" decoding="async" alt="" class="image-large" height="468" src="/sites/default/files/styles/large/public/08_elektra-0044_goerke_meier_ivan_kushpler.jpg?itok=N-mprmm5" title="© Wiener Staatsoper / Ashley Taylor" width="351" /><br />
	© Wiener Staatsoper / Ashley Taylor</p>
<p>Le rôle d’Elektra est généralement l’apanage de chanteuses monolithiques, faites d’un bronze épais qu’aucune forge ne dompte. Parfois, elle est l’otage d’immenses tromblons qui ululent et vitupèrent jusqu’à temps que le lustre se libère de ses écrous et écrase le spectateur. Comme Turandot, l’implacabilité de son combat est sous-tendue par une partition surhumaine, par un chant psychorigide et rêche, qui assène plus qu’il ne cisèle. Il n’y a rien de tout cela dans l’interprétation de <strong>Christine Goerke</strong>, parangon de finesse et de musicalité, comédienne subtile et intense qui parvient à contraindre son immense voix aux inflexions les plus délicates. </p>
<p>Drapée dans sa cape d’or, c’est en Annonciation de Simone Martini qu’apparaît <strong>Waltraud Meier</strong>, la main – maniériste – légèrement écartée du corps, comme déjà sur ses gardes face à son enragée de fille. Sa seule présence suffit à esquisser la plus complexe des dramaturgies. Si l’on apprend que la mezzo-soprano fera bientôt ses adieux à la Staatsoper dans le rôle de Waltraute, elle n’a rien perdu de sa superbe. La lionne a mûri, rugit avec moins de véhémence, mais la voix n’a plastiquement pas vieilli, conservant un registre aigu de jeune fille. Détails prosaïques au regard d’une incarnation saisissante.</p>
<p><strong>Simone Schneider</strong> est une Chrysotemis impériale. Sa voix puissante, ronde et homogène vient à bout des pires difficultés de la partition sans donner le moindre signe de fatigue. Une telle aisance, dans ce rôle, laisse pantois. L’Orest de <strong>Michael Volle</strong> (qui, deux jours plus tard, sera à Paris dans <em>Die Frau ohne Schatten</em>) sonde l’humanité du matricide. Il a quelque chose du Bruno Ganz des <em>Ailes du désir</em>, quand il écarte les mains pour serrer sa sœur contre son torse. Vocalement, c’est du grand luxe, avec ce timbre de platine, corsé, luxueusement rocailleux, qui domine l’orchestre tout en confessant la vulnérabilité de celui dont la main tremble.</p>
<p>Pour sa production <a href="https://www.forumopera.com/elektra-vienne-staatsoper-nun-denn-allein">créée en 2015</a>, <strong>Uwe Eric Laufenberg</strong> situe l’action dans une cave à charbon et dans les douches d’un asile psychiatrique. Passé le constat que cette topologie combine deux des plus grands lieux communs scénographiques d’un Regietheater exsangue, on louera la beauté brutale des décors et le sens qu’ils prennent dans la dramaturgie. La direction d’acteurs, surtout, est impressionnante et Laufenberg parvient à tirer le meilleur de sa troupe de chanteurs. On regrettera peut-être la volonté du metteur en scène d’imposer à tout prix son image visuelle dans une scène finale où l’ingénierie scénographique tente de voler la vedette aux individus, coquetterie du dramaturge qui craint d&rsquo;être oublié. </p>
<p>Comment <strong>Semyon Bychkov</strong> parvient, avec les rares répétitions qu’offrent le théâtre de répertoire, à obtenir une telle précision de son orchestre et de son plateau, reste un insondable mystère. La scène des servantes, si difficile à mettre en place, en est la glorieuse illustration (mention pour <strong>Ildiko Raimondi</strong> qu’on retrouve avec bonheur). Démonstration que la routine, parfois consubstantielle aux partitions fondatrices d’une maison d’opéra, ne résiste pas à des artistes de cette dimension.</p>
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		<title>MOZART, Le nozze di Figaro — Vienne (Staatsoper)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/le-nozze-di-figaro-vienne-staatsoper-cabinet-de-curiosites/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Camille De Rijck]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 15 Oct 2016 21:44:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>À quelques dizaines de mètres du Wiener Staatsoper, le Kunsthistorishes Museum abrite l’une des plus fastueuses collections de natures mortes. Là, les poissons les plus éberlués, les pommes, les poires, les bouquets de viornes et les lapins écorchés pendent pour l’éternité du monde civilisé. Il est intéressant que Jean-Louis Martinoty – qui inventa sa production &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>À quelques dizaines de mètres du Wiener Staatsoper, le Kunsthistorishes Museum abrite l’une des plus fastueuses collections de natures mortes. Là, les poissons les plus éberlués, les pommes, les poires, les bouquets de viornes et les lapins écorchés pendent pour l’éternité du monde civilisé. Il est intéressant que <strong>Jean-Louis Martinoty</strong> – qui inventa sa production des Noces il y a quinze ans à l’attention particulière du public parisien – ait fait du premier Mozart / Da Ponte une vaste réflexion sur le tableau et celui qui l’habite. Empaquetant la scène de deux larges cadres aux valeurs obliques, qui tordent et maltraitent les lignes de fuite, le metteur-en-scène truffe son dispositif de toiles, dont la valeur métaphorique ne saute pas toujours aux yeux. Les personnages bougent et chantent – accessoirement, ils vivent et ils aiment – mais leur présence dans cette sombre galerie de natures-mortes et de memento mori semble indiquer que, déjà, ils pendent aux cimaises comme la truite se décompose sur l’étal du poissonnier. Fugacité de l’existence, triomphe de l’individu sur l’absolu, tout relie les préoccupations existentielles des peintres aux figures de la folle journée.</p>
<p>On cherchera vainement dans toute la discographie un Almaviva plus convaincant que celui de <strong>Peter Mattei</strong>. Le baryton surdoué déploie ses innombrables harmoniques dans un rôle qu’il tutoie depuis vingt ans et qui ne lui pose aucune difficulté. Rarement une émission n’aura semblé plus saine et plus insolente. Cette débauche de moyens ne rend son personnage que plus touchant ; Almaviva, éternel Coyote de Beep-Beep, qui croit sans cesse poser les mains sur l’oiseau rare qu’il convoite mais qui – invariablement – finit par goûter à l’âpre saveur du gravier, au fond du ravin. Tenir tête à une telle bête de scène peut sembler cruel mais le Figaro de <strong>Mario Cassi</strong> table sur d’autres arguments, comme cette belle faculté à colorer le mot, soulignant que dans cette trilogie, le verbe peut crânement tenir tête aux portées. Parler de pulpe dans le chef de <strong>Valentina Nafornita</strong> serait faire peu de cas de son exceptionnelle Susanna dont la sensualité rappelle une grenade coupée en deux dont les grains écarlates et tièdes exsudent des parfums invraisemblables. Et comment ne pas admirer <strong>Dorothea Röschmann</strong> qui ne fait qu’une bouchée des innombrables difficultés de son rôle – miracle d’intonation – tout en campant la plus facétieuse des Rosine ? On pense à Giulietta Masina, petit clown tragique de Fellini, qui rappelle les vertus hilarantes de la tragédie ; vertus qui poussent la soprano dans ses derniers retranchements gagesques au cours d’une mirobolante scène de fétichisme de pied parfaitement bunuelienne.</p>
<p><strong>Adam Fischer</strong> mène sa folle journée d’un élégant pas de course que ne désavouerait pas l’école espagnole d’équitation de Vienne. L’assiette verticale et le poignet légèrement relâché sur les rennes, l’orchestre connaît de très belles envolées mais aussi d’étranges baisses de tension, comme dans le trio du premier acte qui aurait gagné à tâter de la cravache. Sans doute est-ce là l’effet du sex appeal de Peter Mattei qui agit comme une enclume. Tiens ! Encore une nature morte…   </p>
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