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	<title>Orchestre Philharmonique de Zagreb - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>Verdi Heroines</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Julien Marion]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Aug 2018 06:25:01 +0000</pubDate>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Le moins que l&rsquo;on puisse dire d&rsquo;Elena Moșuc, c&rsquo;est qu&rsquo;elle ne triche pas.</p>
<p>Dans la continuité de son précédent album, paru en 2014 et dédié aux héroines donizettiennes, la soprano roumaine choisit d&rsquo;appliquer à la production verdienne sa prédilection pour le bel canto. Rien que de très logique pour une artiste que Verdi accompagne depuis les débuts de sa carrière : on se souvient de sa Violetta remarquée à La Scala de Milan en 2007, ou de sa Gilda si émouvante dans la production de l&rsquo;Opéra de Zürich (où, entourée de Leo Nucci et Piotr Beczala, elle était en fameuse compagnie).</p>
<p>Tout au long de ces années, l&rsquo;affinité presque militante d&rsquo;<strong>Elena Moșuc</strong><strong> </strong>avec le bel canto est devenue évidente, au fil des productions et des saisons. L&rsquo;alliage cardinal entre maîtrise technique et expressivité dramatique l&rsquo;a du reste conduite, de temps à autres, vers des rivages plus proches de nous, en particulier dans le rôle de Zerbinette, où elle fit forte impression, notamment à Paris.</p>
<p>Le choix d&rsquo;Elena Moșuc de se confronter au répertoire verdien dénote une forme de courage : les rôles choisis pour ce récital, à l&rsquo;écriture exigeante, se rattachent plutôt à la première moitié de la carrière du compositeur, des « années de galère » <em>(I Due Foscari</em>, <em>Aroldo</em>, <em>Attila</em>) à la trilogie qui ouvre la voie à la maturité (<em>Il Trovatore</em>, <em>La Traviata</em>). Seules exceptions : la romance d&rsquo;Elisabeth dans <em>Don Carlo</em>, à l&rsquo;écriture encore très élégiaque, et le <em>Requiem</em>. Quant à l&rsquo;air de <em>Macbeth </em>(« Trionfai »), incroyablement vituose, il est issu de la version originale de l&rsquo;œuvre, ce qui, au passage, permet de vérifier l&rsquo;indéniable plus-value dramatique de son remplacement par « La luce langue » en 1874&#8230;</p>
<p>Maîtrise technique et expressivité, disions-nous, pour caractériser le credo de l&rsquo;artiste. Les deux sont là, et bien là. S&rsquo;agissant de la maîtrise de la technique du bel canto, on peut même affirmer que l&rsquo;on est ici en présence d&rsquo;une de ses authentiques dépositaires : usage imparable de la <em>messa di vocce</em>, legato souverain, coloratures perlées&#8230;: tout y est, sans jamais esquiver la difficulté, et Dieu sait si dans les pages de ce Verdi, elle abonde. On pourrait presque croire que la difficulté technique a constitué le critère de sélection des extraits de ce récital. Il peut s&rsquo;agir de virtuosité pure (<em>La Traviata</em>, <em>Macbeth</em>, <em>I Vespri Siciliani</em>, cabalettes du <em>Trouvère </em>ou d&rsquo;<em>Aroldo</em>), ou de capacité à tenir la ligne de chant à travers la maîtrise du souffle (<em>I Due Foscari, Don Carlo</em>). L&rsquo;air du <em>Trouvère </em>(« D&rsquo;amor sull&rsquo;ali rosee»), ou la fin de l&rsquo;air de <em>Don Carlo</em>, chantés dans une apesanteur vocale presque lunaire, sont à cet égard des moments de pure grâce.</p>
<p>Cette maîtrise technique n&rsquo;apparaît jamais gratuite : on la sent au contraire en permanence mise au service d&rsquo;une expressivité dramatique assumée. Cela se vérifie en particulier dans les pages les plus tardives du <em>Trouvère </em>et de<em> La Traviata</em>, mais également dans le Libera me du <em>Requiem</em>, à la filation opératique ici évidente.</p>
<p>Dans la virtuosité comme dans l&rsquo;élégie, dans l&rsquo;expression de la douleur comme de la hargne vengeresse, Elena Mosuc offre ici une leçon d&rsquo;authentique chant verdien, bien loin des prestations aseptisées et sans surprise trop souvent proposées. Pour ne rien gâcher, l&rsquo;artiste est ici fort bien entourée par les forces de l&rsquo;orchestre philharmonique de Zagreb, dirigé par un <strong>Ivo Lipanović </strong>très attentif aux nuances et aux climats. Le ténor <strong>Paulo Ferreira </strong>lui prête une réplique convaincante dans les extraits du <em>Trouvère </em>et de <em>La Traviata</em>. Le chœur Ivan Goran Kovacic n&rsquo;est en revanche pas exempt de problèmes de justesse (pupitres de basses), perceptibles en particulier dans le Miserere du <em>Trouvère</em>.</p>
<p>Ces choix artistiques, éminement respectables, conduisent Elena Moșuc, toujours sur le fil, jusqu&rsquo;aux limites de son art et de ce que son instrument peut offrir, au risque d&rsquo;en exposer, par moments, les limites. On relèvera ainsi l&rsquo;existence d&rsquo;un vibrato parfois un tantinet envahissant, ou, ça et là, des signes de tension sur l&rsquo;aigu. Mais ces remarques pèsent bien peu au regard de la sincèrité de l&rsquo;engagement et de l&rsquo;abattage époustouflant de la chanteuse. On accepte avec enthousiasme un tel revers, si c&rsquo;est celui d&rsquo;une aussi belle médaille!</p>
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