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	<title>Staatskapelle Weimar - Orchestre - Forum Opéra</title>
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	<description>Le magazine en ligne de l&#039;opéra</description>
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	<title>Staatskapelle Weimar - Orchestre - Forum Opéra</title>
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		<title>George Gagnidze &#8211; Récital</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Dominique Joucken]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Oct 2021 04:00:00 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>La vraie célébrité est venue à George Gagnidze un soir de décembre 2010. Il chantait Scarpia sur la scène du Met, et la représentation était diffusée dans les cinémas aux quatre coins de la planète. Si la mise en scène de Luc Bondy avait plus de mérites que ce qu&#8217;on en a dit par après, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>          La vraie célébrité est venue à <strong>George Gagnidze</strong> un soir de décembre 2010. Il chantait Scarpia sur la scène du Met, et la représentation était diffusée dans les cinémas aux quatre coins de la planète. Si la mise en scène de Luc Bondy avait plus de mérites que ce qu&rsquo;on en a dit par après, si Karita Mattila étonnait dans un rôle où on ne l&rsquo;attendait pas, les spectateurs n&rsquo;avaient d&rsquo;yeux que pour ce Scarpia au physique de bête féroce, dont les graves étaient comme autant de fenêtres ouvertes sur l&rsquo;enfer, les aigus comme des lacérations de l&rsquo;air devenu irrespirable dans le bureau du Palais Farnèse. Sanglé de cuir, le regard tantôt perçant tantôt perdu, le bonhomme terrifiait littéralement, et on se souvient que tous les commentaires à l&rsquo;entracte tournaient autour de lui, ainsi que de la difficulté à animer un troisième acte où son absence créait comme un trou noir.<br />
 <br />
Assez discret au disque malgré ce coup d&rsquo;éclat, le baryton géorgien a enregistré un récital à Weimar en 2013, et on ne comprend pas très bien pourquoi il a fallu attendre 8 ans avant qu&rsquo;il ne soit publié, alors que l&rsquo;artiste a entretemps conquis toutes les grandes scènes lyriques. Quoi qu&rsquo;il en soit, cette parution est l&rsquo;occasion de faire le point sur la voix et le répertoire du chanteur, avec quelques surprises à la clé.<br />
 <br />
Le CD commence par deux airs véristes, le prologue de <em>Pagliacci </em>et le « Nemico della patria » tiré de <em>Andrea Chenier</em>, où on retrouve les caractéristiques du Scarpia du Met : du son, du gros son. Pas le plus personnel ni le plus séduisant qui soit. Et c&rsquo;est là qu&rsquo;on se rend compte que le disque requiert d&rsquo;autres qualités que la scène (ou son avatar cinématographique). Pour intéresser dans ce genre de musique, il faut lui donner une coloration que le timbre finalement passe-partout de notre artiste ne permet pas. N&rsquo;est pas Piero Cappucili ou Leo Nucci qui veut.<br />
 <br />
De façon étonnante, la suite du programme va le montrer plus à son avantage : un Germont père phrasé avec beaucoup de délicatesse accroche l&rsquo;oreille. Macbeth est plus prosaïque, et on s&rsquo;apprête à ranger le CD dans la caisse des promesses non tenues lorsque Nabucco résonne, et nous montre un souverain perclus de douleur et dont les détimbrages sont le signe d&rsquo;une compréhension intime du texte et non d&rsquo;un expressionnisme déplacé. Gagnidze enchaîne sur un « Balen del suo sorriso » qui est tout simplement un des meilleurs de la discographie, avec une onctuosité et un sens de la ligne qui nous rappelent tout ce que ce Verdi doit encore à Bellini et Donizetti. L&rsquo;air de Renato et la mort de Rodrigue confirment le pressentiment : c&rsquo;est dans le lyrisme le plus délicat que Gagnidze se révèle sous son meilleur jour, et ce quelle que soit la langue. Une Romance à l&rsquo;étoile de <em>Tannhäuser</em> délivrée comme en apesanteur en est la preuve. Un vrai poète nous dit sa tristesse de ne pas être aimé, et l&rsquo;émotion surgit sans crier gare.<br />
 <br />
Il faut beaucoup de  talent au chanteur pour faire miroiter ce camaïeu d&rsquo;humeurs plus subtiles les unes que les autres alors que la direction de <strong>Stefan Solyom </strong>est d&rsquo;un plan-plan à la limite du supportable. La <strong>Staatskapelle de Weimar</strong>, qui peut sonner somptueusement <a href="https://www.forumopera.com/cd/sardanapalo-mazeppa-franz-aurait-voulu-sappeler-giuseppe-ou-richard">(dans</a><a href="La vraie célébrité est venue à George Gagnidze un soir de décembre 2010. Il chantait Scarpia sur la scène du Met, et la représentation était diffusée dans les cinémas aux quatre coins de la planète. Si la mise en scène de Luc Bondy avait plus de mérites que ce qu'on en a dit par après, si Karita Mattila étonnait dans un rôle où on ne l'attendait pas, les spectateurs n'avaient d'yeux que pour ce Scarpia au physique de bête féroce, dont les graves étaient comme autant de fenêtres ouvertes sur l'enfer, les aigus come des lacérations de l'air devenu irrespirable dans le bureau du Palais Farnèse. Sanglé de cuir, le regard tantôt perçant tantôt perdu, le bonhomme terrifiait littéralement, et on se souvient que tous les commentaires à l'entracte tournaient auour de lui, ainsi que de la difficulté à animer un troisième acte où son absence créait comme un trou noir.  Assez discret au disque malgré ce coup d'éclat, le baryton géorgien a enregistré un récital à Weimar en 2013, et on ne comprend pas très bien pourquoi il a fallu attendre 8 ans avant qu'il ne soit publié, alors que l'artiste a entretemps conquis toutes les grandes scènes lyriques. Quoi qu'il en soit, cette parution est l'occasion de faire le point sur la voix et le répertoire du chanteur, et il recèle quelques surprises.  Le CD commence par deux airs véristes, le prologue de Pagliacci et le &quot;Nemico della patria&quot; tiré de Andrea Chenier, où on retrouve les caractéristiques du Scarpia du Met : du son, du gros son. Pas le plus personnel ni le plus séduisant qui soit. Et c'est là qu'on se rend compte que le disque requiert d'autres qualités que la scène (ou son avatar cinématographique). Pour intéresser dans ce genre de musique, il faut lui donner une coloration que le timbre finalement passe-partout de notre artiste ne permet pas. N'est pas Piero Cappucili ou Leo Nucci qui veut.  De façon étonnante, la suite du programme va le montrer plus à son avantage : un Germont père phrasé avec beaucoup de délicatesse accroche l'oreille. Macbeth est plus prosaïque, et on s'apprête à ranger le CD dans la caisse des promesses non tenues lorsque Nabucco résonne, et nous montre un souverain perclus de douleur et dont les détimbrages sont le signe d'une compréhension intime du texte et non d'un expressionnisme déplacé. Gagnidze enchaîne sur un &quot;Balen del suo sorriso&quot; qui est tout simplement un des meilleurs de la discographie, avec une onctuosité et un sens de la ligne qui nous rappelent tout ce que ce Verdi doit encore à Bellini et Donizetti. L'air de Renato et la mort de Rodrigue confirment le pressentiment : c'est dans le lyrisme le plus délicat que Gagnidze se révèle sous son meilleur jour, et ce quelle que soit la langue. Une Romance à l'étoile de Tannhauser délivrée comme en apesanteur en en la preuve. Un vrai poète nous dit sa tristesse de ne pas être aimé, et l'émotion surgit sans crier gare.  Il faut beaucoup de  talent au chanteur pour faire miroiter ce camaïeu d'humeurs plus subtiles les unes que les autres alors que la direction de Stefan Solyom est d'un plan-plan à la limite du supportable. La Staatskapelle de Weimar, qui peut sonner somptueusement (dans ce disque Liszt par exemple) est condamnée, sous cette baguette atone, à sonner comme un ensemble de province, et ce ne sont pas quelques coups de boutoir assénés aux percussions et artificiellement gonflés par les micros, qui rehausseront l'intérêt.  Le disque se termine hélas par un air du Champagne du Don Giovanni où la lourdeur de l'orchestre se joint à l'inadéquation du style et à un tempo inepte pour donner ce qui sera un des plus mauvais extraits mozartiens de l'histoire du studio.  Au total, un disque qui pose plus de questions qu'il n'apporte de réponse."> un récent disque Liszt par exemple</a><a href="https://www.forumopera.com/cd/sardanapalo-mazeppa-franz-aurait-voulu-sappeler-giuseppe-ou-richard">) </a>est condamnée, sous cette baguette atone, à sonner comme un ensemble de qualité moindre, et ce ne sont pas quelques coups de boutoir assénés aux percussions et artificiellement gonflés par les micros qui rehausseront l&rsquo;intérêt.<br />
 <br />
Le CD se termine malencontreusement par un air du Champagne du <em>Don Giovanni</em> où la lourdeur de l&rsquo;orchestre se joint à l&rsquo;inadéquation du style et à un tempo inepte pour donner ce qui sera un des plus mauvais extraits mozartiens de l&rsquo;histoire du studio. Plutot qu&rsquo;à une fête, on a l&rsquo;impression que le séducteur convie les affiliés à une réunion syndicale.<br />
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<p>Un disque qui pose finalement plus de questions qu&rsquo;il n&rsquo;apporte de réponses.</p>
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		<title>Sardanapalo &#8211; Mazeppa</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/sardanapalo-mazeppa-franz-aurait-voulu-sappeler-giuseppe-ou-richard/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 28 May 2019 09:00:45 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Les lieder et mélodies de Franz Liszt attirent de plus en plus d’interprètes, on ne s’en plaindra pas. Curieusement, surtout pour un compositeur formé en grande partie à Paris, le Hongrois ne passa jamais par la case opéra. N’aurait-il jamais eu la tentation de le faire ? Bien sûr que si, mais dans la multiplication de &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Les lieder et mélodies de Franz Liszt attirent de plus en plus d’interprètes, on ne s’en plaindra pas. Curieusement, surtout pour un compositeur formé en grande partie à Paris, le Hongrois ne passa jamais par la case opéra. N’aurait-il jamais eu la tentation de le faire ? Bien sûr que si, mais dans la multiplication de ses activités, il ne put y accorder le temps ou l’attention que cela aurait demandé. Nombreux sont les projets qui ne débouchèrent sur rien, ou du moins sur pas grand-chose. En revanche, le <em>Sardanapale </em>dont il eu l’idée vers le milieu des années 1840 aurait peut-être fini par aboutir s’il n’avait achoppé sur la question du livret. Initialement, l’opéra inspiré d’un poème de Byron (déjà source d’une célèbre toile de Delacroix en 1827, d’une cantate grâce à laquelle Berlioz décrocha le Prix de Rome en 1830, et qui allait continuer à hanter cette institution jusqu’en 1901, puisque Ravel eut à concevoir une <em>Myrrha</em> sur le même sujet) aurait dû être écrit en français. Arès la défection du premier librettiste envisage, Liszt passa à l’italien, et reçut un livret complet pour lequel il exigea quelques retouches. Il obtint satisfaction pour le premier acte, mais la version révisée des deuxième et troisième ne lui parvint peut-être jamais. Et voilà pourquoi son <em>Sardanapalo </em>s’arrête à la fin du premier acte. Quelque 110 pages manuscrites pleines de trous et de blancs que personne n’aurait envisagé de faire jouer jusqu’au jour où le musicologue britannique David Trippett s’en est emparé pour tirer un matériel utilisable de cette partition plusieurs fois révisées par son auteur. En dehors de l’accompagnement orchestral parfois simplement suggéré qu’il a dû abondamment compléter, l’intervention du musicologue a surtout consisté à inventer 20 mesures pour ajouter une strette conclusive à cet acte. Il a aussi fallu la collaboration de musicologues italiens pour toiletter le livret.</p>
<p>Nous avions annoncé <a href="https://www.forumopera.com/breve/lunique-opera-de-franz-liszt-bientot-cree-a-weimar">en mai 2018 la création mondiale</a> de cette partition reconstituée. Evidemment, les choses ne se sont pas passées exactement comme prévu, puisque le chanteur prévu dans le rôle-titre a finalement dû renoncer (tombé malade une semaine avant le concert, Charles Castronovo avait déjà connu la même mésaventure pour diverses résurrections organisées par le Palazzetto Bru Zane), mais l’œuvre n’en a pas moins été enregistrée en août dernier à Weimar.</p>
<p>En dehors de la frustration liée à l’interruption d’un opéra aussitôt après l’exposition que permet le premier acte, ce <em>Sardanapalo</em> connaîtra-t-il un jour les honneurs de la scène ? Pourquoi pas, dans la mesure où Liszt a su très habilement prélever son miel partout où il le trouvait, dans le chromatisme de celui qui n’était pas encore son gendre, Wagner, comme dans l’école italienne et son nouveau représentant, Verdi. Le mélange des deux donne un résultat assez intéressant qui préfigure certaines musiques de la fin du XIXe siècle, même si la construction du livret lorgne encore du côté de Donizetti, et comme on ne rencontre au total que trois personnages, on serait assez près du format de la cantate de Prix de Rome s’il n’y avait la présence du chœur des femmes du harem. Comme bien d’autres héroïnes romantiques, Mirra, l’esclave éprise du roi, chante sa patrie perdue ; Sardanapale (ténor) obtient aussitôt après l’aveu de son amour ; le grand-prêtre Beleso (basse) vient alors le rappeler à la réalité de ses fonctions et à la nécessité de partir combattre l’ennemi, l’acte se concluant sur un trio où chacun exprime ses sentiments, cependant qu’une marche pompeuse accompagne le départ de Sardanapale pour le front. Très peu d’action, somme toute, mais ce ne serait pas la seule œuvre à présenter ce défaut.</p>
<p>Portée par la Staatskapelle Weimar que dirige <strong>Kirill Karabits</strong>, la musique de Liszt convainc et l’on y entend de fort belles choses. Les dames du chœur d’opéra du Théâtre de Weimar ont assez peu à chanter mais le font avec beaucoup d’élégance. Comme on l’aura compris d’après le résumé ci-dessus, le rôle le plus bref est évidemment celui du méchant, auquel <strong>Oleksandr Pushniak</strong> prête une voix puissante au grave sonore. Sauveur de l’opération, <strong>Airam Hernández</strong> a récemment chanté Alfredo à Toulouse (il y revient en septembre pour Pollione) et sera pour beaucoup la révélation de cet enregistrement, et les solides qualités de ce ténor devraient lui permettre une belle carrière. Le documentaire réalisé lors des premiers essais de reconstitution de la partition donnait à entendre le rôle de Mirra chanté par la voluptueuse soprano arménienne Anush Hovhanissyan. Pour la création mondiale, elle a cédé la place à <strong>Joyce El-Khoury</strong>, qui est une artiste attachante mais au timbre de laquelle le disque ne rend pas toujours bien justice. Son vibrato peut déplaire, et l’on peut préférer des voix plus charnues, mais l’on ne saurait contester les qualités dramatiques et la virtuosité de la soprano libano-canadienne, ni sa science des pianissimi que saluait Christophe Rizoud lors de son récent concert <a href="https://www.forumopera.com/instant-lyrique-joyce-el-khoury-paris-elephant-paname-ah-chante-chante-encore">à l’Eléphant Paname</a>.</p>
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		<item>
		<title>Orchesterlieder Volume 1</title>
		<link>https://www.forumopera.com/cd-dvd-livre/orchesterlieder-volume-1-enfin-servi-par-les-plus-grands/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Laurent Bury]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 05 Aug 2016 05:21:39 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Loin de nous la pensée de contester le mérite des vaillants chanteurs qui acceptent courageusement de déchiffrer des partitions qu’ils n’auront sans doute guère l’occasion d’interpréter à nouveau, passé le temps de l’enregistrement censé ressusciter une œuvre oubliée. Apprendre un rôle entier sans grand espoir de le (re)chanter un jour en scène ou en concert, &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Loin de nous la pensée de contester le mérite des vaillants chanteurs qui acceptent courageusement de déchiffrer des partitions qu’ils n’auront sans doute guère l’occasion d’interpréter à nouveau, passé le temps de l’enregistrement censé ressusciter une œuvre oubliée. Apprendre un rôle entier sans grand espoir de le (re)chanter un jour en scène ou en concert, c’est faire preuve d’une abnégation qui devrait faire oublier toutes les imperfections que peut comporter la prestation de ces artistes. Hélas, ces pionniers n’ont pas toujours la séduction vocale de leurs confrères plus réputés. Heureusement, il vient parfois un jour où les stars finissent par accepter de se pencher sur ce répertoire qui était, vingt ans auparavant, l’apanage des obscurs, des sans gloire. Le temps ayant accompli son ouvrage, Walter Braunfels bénéficie (en terres germanophones, du moins) d’un regain d’intérêt qui devrait permettre sa réinscription durable au répertoire des concerts et des salles de spectacle. Il serait sans doute grand temps qu’une salle française ose programmer <em>Les Oiseaux</em>, mais cela viendra peut-être.</p>
<p>En attendant, il faut saluer l’initiative du label Oehms Classics, qui a décidé d’enregistrer deux disques de Lieder avec orchestre de Braunfels. Et cette fois, en faisant appel à quelques-uns des meilleurs chanteurs du moment, notamment dans le domaine wagnérien. Et pour le second volume, à paraître à la rentrée, on nous annonce un trio féminin de haute volée : Genia Kühmeier, Camilla Nylund et Ricarda Merbeth. Les deux CD sont dirigés par <strong>Hansjörg Albrecht</strong>, qui n’est certes pas une star de la baguette, mais qui a le bon goût de se mettre au service de cette musique (on lui doit déjà un disque d’œuvres pour orchestre paru chez Oehms en 2012) et d’y entraîner avec dextérité la <strong>Staatskapelle Weimar</strong>. Le disque permet d’ailleurs largement d’apprécier les qualités de la phalange en question, puisqu’il inclut une œuvre hors-sujet au sens strict : le poème symphonique <em>Don Juan</em>, suite de sept variations sur le thème du « Fin ch’han dal vino » de <em>Don Giovanni</em>. Malgré son prétexte lyrique, pas de chant dans cette œuvre de plus d’une demi-heure. Et si l’on voulait chercher la petite bête, on pourrait même trouver que deux des plages chantées ne sont pas vraiment des Lieder avec orchestre, car il s’agit d’extraits du fameux opéra <em>Les Oiseaux</em>, créé en 1920 mais dont les premières esquisses remontent à 1913. Le numéro d’opus attribué à ces deux airs étant celui de l’opéra, il n’y a pas même lieu de supposer que le compositeur les aurait publiés séparément.</p>
<p>Mais qu’importe s’il y a légèrement tromperie sur la marchandise, puisque la marchandise est si belle ! <strong>Valentina Farcas</strong> est une soprano colorature aux aigus cristallins et à la virtuosité jamais prise en défaut par l’air du Rossignol, digne de sa contemporaine Zerbinette. A <strong>Klaus Florian Vogt</strong> revient l’air de qui conclut l’opéra, les adieux qu’adresse à la forêt le personnage principal, Hoffegut, le gentil rêveur idéaliste, alors que son camarade Ratefreund serait plutôt le « méchant » de l’histoire. L’actuel Parsifal de Bayreuth prête au personnage la clarté unique de son timbre et la pureté d’accents de son Lohengrin. La part du lion revient cependant à <strong>Michael Volle</strong>, l’un des meilleurs Sachs, l’un des meilleurs Hollandais d’aujourd’hui. Lui sont confiés deux poèmes de Hölderlin et un autre de Hermann Hesse, qui prirent une résonance particulière avec l’éclatement de la Première Guerre mondiale, durant laquelle Braunfels se convertit au catholicisme ; les trois mélodies furent d’ailleurs créées ensemble en décembre 1918. Le baryton-basse y déploie toutes les ressources de son art, avec une expressivité en tous points admirable. Ainsi servi, qui résisterait encore à Braunfels ?</p>
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		<title>Récital Jonas Kaufmann, Nessun dorma — Bruxelles (Bozar)</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-jonas-kaufmann-nessun-dorma-bruxelles-bozar-kaufmann-en-majeste/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Claude Jottrand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 May 2016 05:46:24 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Une première date avait été fixée en octobre dernier, que Jonas Kaufmann avait annulée pour raison de santé. Il avait donc fallu attendre longtemps, et personne n’avait envie de dormir, dimanche soir dans la salle archi-comble du Palais des beaux-arts de Bruxelles, où la Staatskapelle de Weimar dirigée par  Jochen Rieder était venue accompagner le &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Une première date avait été fixée en octobre dernier, que <strong>Jonas Kaufmann </strong>avait annulée pour raison de santé. Il avait donc fallu attendre longtemps, et personne n’avait envie de dormir, dimanche soir dans la salle archi-comble du Palais des beaux-arts de Bruxelles, où la Staatskapelle de Weimar dirigée par  <strong>Jochen Rieder</strong> était venue accompagner le ténor dans un récital d’airs de Puccini, extraits de son dernier album. C’est l’orchestre qui entame la soirée avec le prélude symphonique en la majeur, pièce un peu terne – c’est plutôt un exercice de composition réalisé par Puccini pendant ses études au conservatoire de Milan – à laquelle le chef s’efforce de donner tout le relief possible.</p>
<p>Entre ensuite, sous des tonnerres d’applaudissements, le chanteur tant attendu. Elégant dans son costume trois pièces très ajusté, svelte, dynamique, le cheveux grisonnant et la barbe courte, une dégaine de vedette de cinéma, du charme à revendre, Kaufmann électrise son public dès les premières notes du récital. Il commence par des airs peu connus, comme s’il voulait faire encore patienter un peu son public. Des extraits de <em>Le Villi</em> ou d&rsquo;<em>Edgar</em> lui permettent de chauffer l’instrument et de faire soigneusement monter la tension avant les grands airs que tout le monde attend. Ainsi ménagée, soigneusement préparée, la voix est sublime, homogène dans tous les registres, avec une ardeur constante et des couleurs d’une exceptionnelle richesse. Kaufmann maîtrise tant les passages forte (la voix n’est jamais criarde) que pianissimo, registre dans lequel il excelle à exprimer une tendresse infinie sans détimbrer, tout en restant intelligible jusqu’au denier rang de la salle. Ce sera particulièrement remarquable lorsqu’il murmure <em>« </em>Soave visione <em>»</em> dans l’air d’Edgar, ou <em>« </em>Dolci baci, languide caresse<em> »</em> dans l’air de Cavaradossi, avec une intensité rarement atteinte dans cette nuance d’une grande séduction et d&rsquo;une infinie délicatesse. Il vit chacun de ses personnages sans effet de manche mais avec intelligence et si l’émotion fait parfois défaut, c’est en raison de la structure même d’un récital d’airs relativement courts, tirés de situations très diverses, entrecoupés d’interludes orchestraux et de longues minutes d’applaudissements, qui ne permet pas de construire sur la longueur la cohérence d’un personnage. Ces intermèdes orchestraux, qui émaillent le programme tout au long de la soirée et offrent au chanteur d’utiles moment de répit, viennent rappeler fort à propos qu’en plus d’être le mélodiste de génie que l’on sait, Puccini était aussi un orchestrateur inspiré, auquel les cordes de Weimar rendent parfaitement justice.</p>
<p>Quant à Kaufmann, son plaisir de chanter, d’être en scène est évident, et il le partage généreusement avec le public. L’enthousiasme de la salle ira croissant tout au long de la soirée, jusqu’au « Nessun dorma ! <em>»</em> final, si bref soit-il, qui donne son titre au récital et lui sert à la fois d’aboutissement et de point culminant. Sans laisser le temps à l’orchestre de finir le postlude, le public se lève et fait une ovation au chanteur que ce dernier saluera finalement de cinq bis, arrachés chacun à grand renfort d’applaudissements cadencés, dans une joyeuse atmosphère de liesse très communicative.</p>
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		<title>Récital Klaus Florian Vogt — Baden-Baden</title>
		<link>https://www.forumopera.com/spectacle/recital-klaus-florian-vogt-baden-baden-pur-fort-et-disert/</link>
		
		<dc:creator><![CDATA[Catherine Jordy]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 24 Oct 2014 18:56:19 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>Il est des soirées qui restent dans les mémoires comme autant de beaux moments dont on sait qu’on les savourera longtemps. C’est le cas de ce récital dans lequel Klaus Florian Vogt a proposé un programme où chaque air s’est égrené dans une habile composition d’ensemble sans temps morts – pas moyen de s’y ennuyer &#8230;</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Il est des soirées qui restent dans les mémoires comme autant de beaux moments dont on sait qu’on les savourera longtemps. C’est le cas de ce récital dans lequel <strong>Klaus Florian Vogt </strong>a proposé un programme où chaque air s’est égrené dans une habile composition d’ensemble sans temps morts – pas moyen de s’y ennuyer une seconde – et dans une harmonie évidente. Il est des mariages apparemment improbables qui peuvent être heureux, comme pour ce détonnant mélange de Wagner avec des Viennois. Dans un naturel confondant, l’un des grands Heldentenor actuels s’est délecté de son répertoire habituel en nous proposant en sus des extraits d’opérette avec un bonheur dont il a réussi à partager le plaisir avec son auditoire.</p>
<p>Cerise sur le gâteau, le chanteur a longuement présenté chacune de ses interventions, micro à la main, en maître de cérémonie de son propre show. Dans sa langue maternelle et devant (majoritairement) ses compatriotes, il a évoqué ses souvenirs, avec humour et autodérision. C’est ainsi qu’il explique le pourquoi de son habit, très élégant et original. Il s’agissait d’un costume conçu pour lui à Bayreuth dans la mise en scène de Katharina Wagner pour les <em>Maîtres chanteurs de Nuremberg</em>, mais finalement rejeté, ce qui lui a permis de le conserver et de l’utiliser à Baden-Baden. Dans l’air de Walther von Stolzing, la beauté juvénile du timbre fait merveille. Chaque mot est prononcé distinctement . On chercherait en vain la moindre acidité, y compris dans les notes les plus percutantes. Pureté et force, voilà ce qu’on retient de sa prestation.</p>
<p>Plus tard, il raconte, avant d’entonner l’air de séduction de Siegmund, qu’il avait interprété le rôle au Liceu et qu’il lui était arrivé la déconvenue suivante : quand Sieglinde a écarté la couverture, il a entendu un grincement métallique et au moment de saisir l’épée, il n’y avait plus rien car l’épée avait été entraînée avec le drap… Le public hilare – car le jeune allemand est un excellent conteur, fort drôle au demeurant –, a également eu droit à d’autres anecdotes, dont celle d’un Lohengrin en armure qui devait surgir d’une trappe mais qui a dû se hisser tout seul, avec beaucoup de ridicule, parce que le treuil s’était bloqué à un mètre sous la scène. Reconnaissant, Klaus Florian Vogt a pensé à remercier le directeur du Festspielhaus qui avait eu l’idée de lui déposer dans sa loge une lettre l’invitant à Baden-Baden pour <em>Lohengrin</em> alors que les courriers officiels n’étaient jamais arrivés jusqu’à lui. Tous ont droit à une petite pensée : les musiciens qui lui rappellent qu’il a commencé au Philharmonique de Hambourg comme premier cor ou encore les techniciens qui ont dû être à la peine pour les surtitres puisqu’il s’est permis une inversion de programme… Le public dans la poche, notre ténor n’achoppe sur (presque) rien au cours de la soirée : son programme est réglé comme du papier à musique et les « <em>Mild und Rein</em> » (doux et pur) ou autres « <em>Warm und Rein</em> » (chaud et pur) des vers wagnériens trouvent un équivalent dans son chant limpide et clair.</p>
<p>« <em>Le pathos projette son ombre, l’ironie </em>», annonçait le programme édité pour la soirée, qui précisait aussi que le « filtre d’amour, contrairement à l’opéra wagnérien, était servi dans des flûtes à champagne dans les opérettes ». Ainsi, des airs décidément très à la mode en ce moment succèdent à Wagner après la pause, avec naturel et évidence. <em>La Flûte enchantée </em>sert de transition et l’interprétation (avec un nouveau frac, plus classique) de « Dies Bildnis… » n’a pas à rougir en comparaison avec l’inoubliable Fritz Wunderlich dont on ne se remet pas de la chute mortelle dans les escaliers à l&rsquo;âge de 35 ans. Vogt s’en souvient-il lorsqu’il nous raconte le souvenir cuisant d’une glissade terminée sur les fesses à cause de la cire des bougies quand il interprétait Tamino dans l’un de ses premiers grands rôles à Dresde ? Son interprétation est très différente de celle de Wunderlich, toute en force wagnérienne dans le « Ja Ja… », mais d’une douceur ineffable par ailleurs, quoique proche de la mièvrerie par moments, ce qui altère le plaisir de l’auditeur d’autant plus gâché par le « Ja » final encrassé, notable couac de la soirée.</p>
<p>Bien sûr, on ne parle que de Jonas Kaufmann ces derniers temps et de son exquis « Dein ist mein ganzes Herz ». La comparaison n’est pas toujours favorable à notre interprète du jour, dont la voix paraît au disque souvent désincarnée, ce qui n’est pas le cas ici, sur scène. Mais là encore, à choisir, on prend les deux : la « <em>couleur sombre et l’art des nuances</em> » dont <a href="http://www.forumopera.com/cd/jonas-kaufmann-du-bist-die-welt-fur-mich-donnons-lui-notre-coeur">parle Christophe Rizoud</a> pour le beau ténébreux et une clarté juvénile pour le sémillant archange blond. Puisqu’on est dans la région, Vogt nous offre en prime un extrait de <em>Friederike </em>de Franz Lehár, rappelant les amours de Goethe avec Frédérique Brion au cours de son séjour alsacien (Sessenheim n’est qu’à quelques kilomètres). Au terme du concert, le ténor fait mine de partir sans rappel, nous expliquant que le programme a été conçu pour ses moyens vocaux, pas à l’aune de la force et de la capacité d’écoute des auditeurs. Bien entendu, il nous offrira deux bis, totalement irrésistibles et à prendre au pied de la lettre : « <em>Immer nur Lächeln</em> » (sourire continuellement) et « <em>Freunde, das Leben ist lebenswert</em> » (amis, la vie vaut d’être vécue).</p>
<p>Pour faire bonne mesure, la Staatskapelle de Dresde (pardon, de Weimar, mais c’est quasiment la même chose ce soir) est en grande forme : une décoiffante Chevauchée des Walkyrie concurrence une fringante Ouverture de la <em>Flûte</em>, sans oublier une superbe valse de Lehár digne d’un jour de l’an à Vienne. </p>
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