Mise en plis impeccable

Récital Jean-François Borras - Clermont-Ferrand

Par Anne Rouhette | mar 11 Février 2020 | Imprimer

Pour son premier concert sous sa nouvelle appellation, Clermont Auvergne Opéra accueillait Jean-François Borras et Antoine Palloc pour un récital piano-voix. Le ténor, qui avait chanté à Clermont-Ferrand dans L’Enlèvement au sérail en 2006, mène depuis une belle carrière internationale dont les rôles marquants ont bien sûr occupé une place de choix dans ce concert. Il était pour l'occasion magnifiquement servi par l’accompagnement subtil et raffiné d’Antoine Palloc, dont le jeu a offert un écrin idéal à la voix de Borras, comme à celles des nombreux autres grands chanteurs avec lesquels il a collaboré. Son talent d’interprète a pu s’exprimer dans deux morceaux pour piano seul, dont le charmant « In sogno » de Catalani qui donne à entendre le compositeur de La Wally sous un jour un peu différent.

La première partie, consacrée aux chansons en dialecte vénitien de Reynaldo Hahn et à des mélodies en français de Liszt et de Leoncavallo, a permis aux deux artistes de déployer une palette tout en nuances et en retenue, à l’image du chignon maintenant les cheveux du ténor. Chaque note est pensée, chaque phrase portée par une intention parfois soulignée par un geste discret : tour à tour taquin, enjôleur et implorant, Jean-François Borras séduit là où on ne l’attendait peut-être pas, dans ces pièces pour certaines délicates et intimes qui ont mis en valeur non seulement son expressivité mais aussi le velouté et la richesse de son medium et de son grave, très sollicités et toujours impeccablement timbrés. La voix est belle, à la fois claire et riche, on le savait ; mais la performance vocale, toujours en finesse, est entièrement au service de la musique.


© Yann Cabello

L’intelligence du texte et du phrasé ainsi que la diction parfaite de Jean-François Borras ne lui ont pas fait défaut dans une seconde partie consacrée à l’opéra, dans laquelle il a pu révéler toute l’étendue de sa tessiture et notamment la puissance de ses aigus. Capable de fortissimos toujours maîtrisés comme des pianos les plus tendres, Jean-François Borras, à la chevelure cette fois-ci détachée, a ravi le public clermontois dans des arias de Verdi (notamment I Lombardi qu'il chantera cet automne à Parme) et de Boito (Mefistofele, souvenir d'Orange), mais c’est surtout peut-être dans le répertoire français qu’il s’est montré magistral. Avec Manon et Roméo et Juliette, le ténor a livré des interprétations bouleversantes avant de conclure en revenant à Massenet avec son « tube » personnel, extrait de Werther (« Pourquoi me réveiller »). Les deux bis ont marqué un retour à l’opéra italien, pour le plus grand plaisir du public qui a pu apprécier un récital remarquable : si cela était encore à prouver, plus encore qu’une grande voix, Jean-François Borras est un grand artiste.

 

 

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