La précieuse émotion du Liederabend

Récital Stéphane Degout et Simon Lepper - Bruxelles (La Monnaie)

Par Claude Jottrand | sam 16 Décembre 2017 | Imprimer

Il y a des soirs où le destin se montre capricieux, où les dieux sont contraires. C’est à de pareilles circonstances que Stéphane Degout et Simon Lepper ont été confrontés ce samedi soir à la Monnaie : la salle n’était pas tout à fait pleine, malgré la relation privilégiée du baryton français avec le public bruxellois, et les artistes auront dû composer, pendant toute la première partie, avec l’étonnant couinements de la chaise du pianiste et, beaucoup plus prévisible hélas, la toux intempestive d’une auditrice fort mal élevée.

Mais il en fallait davantage pour perturber le bon déroulement d’une soirée qu’on sent très bien préparée et très professionnellement menée. Les premières mélodies, puisées dans les œuvres d’un Fauré encore jeune trouvent le baryton très à son aise, maniant la diction française à la perfection, voix puissante et particulièrement timbrée, bien loin de la musique de salon. Habitué de la scène de la Monnaie et de ses puissants résonateurs, le chanteur exploite pleinement les lieux pour donner à sa voix le maximum d’ampleur – c’est presque trop par moment. Les Poèmes d’un jour lui permettent de présenter plusieurs facettes de son tempérament, narratif dans Rencontre, exalté dans Toujours et tendre dans Adieu, puis de terminer ce trop court début de programme avec le légato tendu et les couleurs cuivrées d’Automne.

Vient ensuite le tour de Brahms : le généreux lyrisme des deux musiciens trouve ici à s’épanouir pleinement, créant – en dépit d’un petit accident de mémoire du baryton dans le deuxième lied – un très beau climat où les atmosphères sombres et mélancoliques dominent.  Le pianiste, très fidèle aux intentions du chanteur et les réalisant avec énormément de soin et de musicalité, contribue pour beaucoup à la réalisation du décor sonore, définissant la couleur particulière de chaque lied dans laquelle la voix vient alors s’inscrire très naturellement. Dans les partitions plus fournies (Willst du das ich geh’ ?) où le chanteur mâche le texte avec humour, le pianiste imperturbable établit le cadre rythmique et mélodique avec une grande rigueur de sorte que le résultat est parfaitement équilibré.

La deuxième partie de la soirée, entièrement consacrée à l’opus 35 de Schumann permet aux deux artistes de construire un cycle sur une durée plus longue, ménageant quelques moments de détente dans une partition assez dense. S’il est moins connu que le Dichterliebe ou le Liederkreis op.54, ce cycle de douze lieder sur des poèmes de Justinus Kerner n’en contient pas moins quelques joyaux que le chanteur détaille avec délectation et un sens poétique remarquable. Après les tonalités sépulcrales de Auf das Trinkglas et les subtilités de Wanderung, Stille Liebe est sublime de concentration et de vérité. Les deux musiciens maintiendront jusqu’à la fin du cycle, dans une tension parfaitement maîtrisée, le climat poétique et le charme tout particulier de la musique de Schumann, imposant à la salle un silence absolu, presque religieux, que le public respectera encore de longues secondes après que la musique se soit tue, chacun conservant pour lui seul l’émotion très précieuse de cette belle soirée.

Un seul bis, Brahms encore, viendra couronner cet excellent récital, confirmant les commentaires très élogieux de nos confrères qui avaient assisté au même récital à Dijon ou à Lyon.

 

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