Les racines catholiques de la musique

Rossini, Stabat Mater - Paris (TCE)

Par Christophe Rizoud | jeu 02 Mars 2017 | Imprimer

Dès qu'il s'agit du Stabat Mater de Rossini (comme d'ailleurs du Requiem de Verdi) se pose la question : musique profane ou sacrée ? Opéra en habit d'Ecclésiaste ou oraison en costume de scène ? Au Théâtre des Champs-Elysées, les premières mesures de la partition prises à un tempo rapide par James Gaffigan apportent aussitôt la réponse. Expressive, la direction du chef américain, aujourd’hui à la tête de l’Orchestre symphonique de Lucerne, privilégie l'extérieur à l'intérieur, la démonstration à l'introspection. La pause entre les numéros confirme cette volonté de transformer chacune des dix stations de l'ouvrage en autant de morceaux de théâtre (là où Alberto Zedda par exemple – une référence en termes d'interprétation de l'œuvre – les enchaîne sans répit afin de tendre une espèce d'arc sonore dont l'« Amen » conclusif marque la résolution). Si cette lecture accomplit cependant son office spirituel, c'est qu'elle puise son inspiration dans une religion catholique dont les cathédrales en France ou les églises baroques en Italie rappellent le goût de l'apparat et de la décoration. Telle est la culture dans laquelle nous avons baigné. Telles seraient nos racines si, depuis peu, l'on ne nous avait appris que nous n'en avions pas. Interprétation personnelle ; tout est relatif. Biberonnés aux cantates de Bach, les Allemands – rappelle le programme – furent dépités par le succès de l'ouvrage lors de la création de sa version définitive, à Paris en 1842. Sous le pseudonyme de H. Valentino, Richard Wagner s'indigna : « C’est inconcevable ! Il [Rossini] n’en finira donc jamais d’être à la mode ! ». Patience.

L'Orchestre national de France et le Chœur de Radio France, l'un et l'autre irréprochables, se plient à cette lecture virevoltante. Si l'équilibre n'est cependant jamais rompu, si dix numéros durant, le discours reste cohérent, c'est qu'il repose sur un quatuor de solistes d'un format vocal similaire. Pas de grandes voix, en termes de puissance et d'ampleur, mais des interprètes habités, soucieux d'expression, meilleurs ensemble qu'ils ne le sont séparément. Les écarts de registre de l'« Inflammatus » par exemple sont larges pour la voix de Patricia Ciofi. Les graves se consument dans les flammes orchestrales, l'aigu paraît fibreux mais une fois encore la sincérité douloureuse du chant touche au cœur. Surtout, le timbre se mêle étroitement à celui de Roxana Constantinescu, appelée à remplacer au dernier moment Varduhi Abrahamyan, mezzo-soprano sinon modeste du moins humble, de cette humilité qui rend plus doux encore le balancement du « Fac, ut portem ». Même accord dans les quatuors entre les voix masculines : la basse sobre de Nahuel Di Pierro, aux notes profondes dépourvues d’emphase, et le ténor de Paolo Fanale qui, d'une voix égale règle son compte au « Cujus animam » sans effort apparent, sourire charmeur au coin des lèvres, comme on relève un pari que l'on est sûr de remporter.

En première partie, une interprétation alerte de la 3e symphonie de Schubert succédait à la création française du Chant funèbre d’Igor Stravinsky, pièce instrumentale d’une dizaine de minutes, composée en 1908 à la mémoire de Nikolaï Rimski-Korsakov, égarée dans la tourmente de la Révolution russe, retrouvée par hasard dans les archives du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, lors de la restauration du bâtiment en 2014, et rejouée pour la première fois depuis en décembre dernier, au Théâtre Mariinski, sous la direction de Valery Gergiev.

 

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