Sans contrefaçon, est-il baryton ?

Verdi

Par Christophe Rizoud | ven 30 Août 2013 | Imprimer
 
 
« Ce récital va constituer un élément de première importance dans la carrière déjà si longue d'un des artistes les plus populaires de la musique classique », explique le communiqué de presse des extraits d'opéra pour baryton que vient d'enregistrer Placido Domingo. Première importance, vous êtes sûr ? Si le chanteur espagnol constitue un phénomène musical, de par notamment sa longévité et l'étendue de son répertoire, son récent changement de tessiture nous semble appartenir davantage à l'anecdote qu'à l'histoire du chant. Sur scène, il faut saluer l'exploit qui consiste à interpréter des rôles aussi exigeants vocalement que physiquement, Mais au disque ?
Pour apprécier ce florilège d'airs verdiens, commençons par gommer de l'oreille toute référence. La voix de Placido Domingo, son essence naturelle, si sombre soit-elle, reste celle d'un ténor. Qu'il dispose de toutes les notes du baryton, soit. Et après ? La scène de Posa dans Don Carlo, où Aquiles Machado donne la réplique à son illustre aîné, révèle la limite de la démarche. Infant ou Grand d’Espagne, la couleur est la même. Partant de là, ce ne sont plus Posa, Rigoletto, Macbeth ou Germont qui chantent mais Domingo qui chante Posa, Rigoletto, Macbeth ou Germont. A l'opéra où la caractérisation importe autant que l'expression, la différence est notable. Et comment chante-t-il, Domingo ? Toujours très bien, même si le souffle est désormais plus court, les sons exagérément couverts - mutation vocale oblige - le soutien tout comme le vibrato moins contrôlé. Les longues phrases verdiennes, qui exigent une ligne tracée sans vaciller d'une voix sûre, s'avèrent impitoyables. Evidemment, tous ces héros conviennent plus ou moins à notre jeune baryton. Il y a ceux qu'il a déjà interprétés sur scène, auxquels l'expérience apporte un poids indéniable : Rigoletto, Simon Boccanegra, sujets à caution dans leurs habits trop clairs mais animés d'une conviction qui impose le respect. Le doge surtout, saisi dans le feu de l'action - la scène du tribunal -, se dresse, magnifique car vulnérable, au milieu de ses comparses dont de nouveau Aquiles Machado en Gabriele Adorno. Il y a les autres, moins évidents peut-être, mais habités d'une certaine noblesse et de cette même énergie que Placido Domingo communique à l'Orquestra de la Comunitat Valenciana dirigé par Pablo Heras-Casado : Macbeth, Germont, Posa, Luna, les deux Carlo (La Forza del destino et Ernani). Parmi eux, ce sont les plus belcantistes qui tirent le moins leur épingle du jeu. La force d'expression, l'impression de puissance, le sentiment d'urgence l'emportent sur la nuance et la souplesse. C'était déjà le cas chez le ténor, ça l'est encore davantage chez le baryton. A défaut de teintes subtiles, demeure la nature de la voix : chaude, ambrée et ombrée, ourlée de cette étoffe épaisse, au toucher velouté, si caractéristique qu'on la reconnaîtrait entre mille. Les inconditionnels de Placido Domingo la retrouveront avec bonheur, les autres, restant sur leurs acquis, s'autoriseront l'impasse.
 
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Verdi airs d’opéras | Giuseppe Verdi par Placido Domingo
 
 
 

 

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