Aux sources du Nil

Aïda - Marseille

Par Maurice Salles | dim 30 Novembre 2008 | Imprimer
Giuseppe VERDI (1813-1901)
AIDA

Opéra en quatre actes
Livret d’Antonio Ghislanzoni d’après Camille du Locle et Auguste Mariette
Nouvelle production en coproduction avec les Chorégies d’Orange
Mise en scène, Charles Roubaud
Assistant, Jean-Christophe Mast
Décors, Emmanuelle Favre
Costumes, Katia Duflot
Lumières, Philippe Grosperrin
Vidéo, Atelier Graphbox (Nicolas Topor, Vincent Cottret, Matthieu Vovan)
Chorégraphie, Laurence Fanon
Assistant, Fabrice Bert
Aïda : Adina Aaron
Amnéris : Béatrice Uria-Monzon
Grande prêtresse : Sandrine Eyglier
Radamès : Walter Fraccaro
Amonasro : Ko Seng-Hyoun
Ramfis : Wojtek Smilek
Le Roi : Dmitry Ulyanov
Le messager : Julien Dran
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Marseille
Chef du Chœur, Pierre Iodice
Direction musicale, Nader Abassi
Marseille, le 30 novembre 2008

Ravis, les spectateurs de cette Aïda marseillaise, et pas dans le sens péjoratif que peut prendre l’adjectif sur la Canebière ! Ravis à juste titre car le spectacle proposé est d’une grande qualité, aussi bien plastique que musicale.
Conçus à l’origine pour l’immense plateau d’Orange, mise en scène, décors et projections vidéo ont été réajustés avec soin à l’échelle de la scène de l’Opéra. On retrouve les éléments qui évoquent l’architecture monumentale et les symboles de l’Egypte ancienne, traités sans souci de reconstitution historique mais réduits à leur quintessence décorative (bases de pylônes, chapiteaux géants, oujdat, hiéroglyphes) en une association de supports solides et de projections, ces dernières animant l’espace d’images suggestives du climat des scènes et des divers cadres de l’action. Le résultat est efficace et séduisant, en particulier grâce aux éclairages souvent zénithaux, cela allait de soi ; on regrettera cependant que la scène du tombeau soit privée de l’effet consistant à placer Amnéris en surplomb du trou où vont périr Radamès et Aïda, dramatiquement plus fort que la solution adoptée. Les costumes de Katia Duflot, inspirés de ceux visibles sur les fresques ou de ceux décrits par l’ethnologie – pour les danseurs « éthiopiens » – sont sobres et seyants bien que le corselet d’Aïda nous ait semblé bien hollywoodien. Ils concourent à l’impression générale d’élégance plastique.
Comme Norma, le rôle de Radamès cueille son interprète à froid et l’oblige d’entrée à une prouesse. Le mot convient-il pour qualifier la prestation de Walter Fraccaro ? Probablement pas ; mais compte tenu de sa récente indisposition le ténor italien, s’il n’a pas soulevé l’enthousiasme, n’a pas démérité. Béatrice Uria-Monzon prête sa séduction physique et vocale à Amnéris ; la voix semble s’être approfondie, le recours aux sons poitrinés est rare, l’expression est ferme, les aigus assurés, que désirer de plus ? Mais sa rivale dans le cœur de Radamès ne lui cède en rien sur aucun plan : l’Aïda d’Adina Aaron a une prestance de princesse et son ramage, même si certains aigus initiaux sonnent légèrement métalliques, allie puissance et contrôle technique ; de plus elle possède parfaitement le rôle qu’elle interprète depuis bientôt dix ans.
Dmitry Ulyanov pharaon honorable malgré sa jeunesse et son nom, Wojtek Smilek Ramfis autoritaire, Ko Seng-Hyoun Amonasro pugnace et sonore, Sandrine Eyglier musicale grande prêtresse et Julien Dran messager dont la voix porte, aucune défaillance dans ce plateau. Les chœurs de l’Opéra, à peine audibles dans les numéros supposés chantés à l’intérieur des temples, se montrent par ailleurs homogènes et bien préparés.
Toutefois, et on a plaisir à le dire, la satisfaction la plus vive tient pour nous à la prestation de la fosse. Pour son troisième opéra à Marseille, Nader Abassi, à la battue mesurée et claire, réalise avec les musiciens un travail d’une précision et d’une finesse perceptibles dès le prélude, et qui vont se maintenir sans relâche jusqu’au terme de la représentation. Au-delà de la justesse des tempi et de l’exact dosage des volumes, c’est la qualité des différents pupitres (vents et cordes en particulier) que cette interprétation met précieusement en valeur, en restituant toutes les couleurs et le raffinement de l’orchestration. C’est donc à juste titre que le chef et l’orchestre ont reçu leur part d’ovations au rideau final, tout comme les danseurs du ballet de la scène du triomphe, dont les évolutions athlétiques, évocatrices des danses et des transes des Gnaoua ou des Peuhls, déconsidèrent définitivement les pseudo reconstitutions habituelles.
Maurice Salles

 

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