Comme un poisson dans l’eau

Rusalka - Berlin

Par Thierry Bonal | ven 20 Décembre 2013 | Imprimer
 
Bien que Barrie Kosky soit le chantre des mises en scène iconoclastes, il a choisi, pour cette production de Rusalka, de contenir ses provocations et d’opter pour un dépouillement salvateur. Dans un décor minimaliste signé Klaus Grünberg – la scène se résume à un second proscenium dans la continuité du premier – les quelques éléments ou accessoires en rapport avec l’intrigue sont volontairement détournés au profit d’intentions scénographique précises.
Au premier acte les esprits des bois animés de pulsions lubriques se livrent à des jeux érotiques avec les poissons du lac tandis que Rusalka parait bien engoncée dans son corps de sirène. L’acte II lève le voile sur la sorcière Jezibaba armée de son redoutable hachoir et sa cohorte de scènes plus gore les unes que les autres - à commencer par l’ablation de la queue de la sirène. Enfin l’acte III livre l’espace aux zombies qui illustrent le destin mortifère des héros.
  
L’intense jeu dramatique des chanteurs compense valablement ces incongruités scéniques. Asmik Grigorian est remarquable en Rusalka. Dotée d’une voix extrêmement fluide, elle alterne fougue et douceur, puissance et fraicheur. Le prince (Timothy Richards) accuse en revanche une faiblesse d’émission en dépit d’un timbre chaud et vibrant. Agnes Zwierko est une Jezibaba redoutable. Ses sons grinçants, ses graves parfois enflés sont du meilleur effet pour ce rôle de sorcière alors que son jeu est tout aussi inquiétant. Jens Larsen, avec une ligne de chant régulière et un jeu plus retenu qu’à l’ordinaire, est également très à l’aise dans son rôle de l’esprit du lac. Ursula Hesse von den Steinen incarne une princesse étrangère tapageuse dont le jeu est plus spectaculaire que les interventions lyriques. On retrouve avec plaisir Peter Renz (le garde forestier) et Christiane Oertel (le garçon de cuisine) qui ponctuent quelques passages anecdotiques.
 
Par une interprétation pleine de verve et de retenue, l’orchestre du Komische Oper sous la direction d’Henrik Nanasi livre toutes les richesses de cette partition de Dvorak caractéristique d’une écriture symphonique. Les accents slaves des mélodies se mêlent aux élans romantiques de l’orchestration pour évoquer le climat inquiétant et surnaturel du drame.
 

 

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