Cosi aux bains

Cosi Fan Tutte - Toulon

Par Maurice Salles | mar 02 Juin 2009 | Imprimer
Wolgang Amadeus MOZART (1756-1791)
Cosi Fan Tutte

Opéra bouffe en deux actes
Livret de Lorenzo da Ponte 
 
 
Production de l’Opéra Royal de Wallonie
Mise en scène et lumières, Philippe Sireuil
Décors, Didier Payen
Costumes, Georges Jara
Fiordiligi : Evelina Dobracheva
Dorabella : Carine Séchaye
Despina : Gabrielle Philiponet
Ferrando : Avi Klemberg
Guglielmo : Andreas Wolf
Don Alfonso : Nicolas Rivenq
Orchestre et Chœur de l’Opéra de Toulon Provence Méditerranée
Chef du chœur, Catherine Alligon
Direction musicale, Thomas Rösner
Toulon, le 2 juin 2009
Cosi aux bains
Beau spectacle que ce Cosi fan tutte présenté en fin de saison à Toulon : décor élégant, costumes plaisants, et lumières qui rendent perceptibles l’écoulement des heures, élément fondamental de la dramaturgie puisque c’est la brève durée fixée comme terme du pari entre Alfonso et les deux jeunes hommes qui en fait une gageure et accélère l’enchaînement de la machination.
Spectacle irritant cependant par le traitement que Philippe Sireuil inflige aux récitatifs : il cherche à en exploiter la dimension théâtrale tant et si bien qu’il finit par menacer la continuité du discours musical. La pulsation rythmique est suspendue et quand le procédé se répète il lasse plus qu’il ne séduit. D’autres choix laissent perplexe : est-il pertinent de montrer les deux sœurs comme sortant d’un bain de mer quand on n’a pas transposé l’époque ? La familiarité entre Despina et ses maîtresses, qu’elle rudoie verbalement mais aussi par gestes, n’est-elle pas excessive ? Le pas de deux qu’elle danse avec Don Alfonso pendant le final du premier acte et le colin-maillard au final du second participent de la même surcharge de théâtralité, avec dans ce dernier cas le risque du contresens : le chœur conclusif dit que sont heureux ceux qui sont assez raisonnables pour accepter les choses comme elles sont. Cela implique le pardon de conduites intempestives, puisqu’il était dans la nature des êtres concernés de se conduire comme ils l’ont fait. C’est pourquoi les couples initiaux se reforment, en dépit de la trahison, en pleine connaissance de cause et non, comme ici, par hasard. Malgré la beauté de ce tableau, il viole les intentions de Mozart.
Ajoutons que la pertinence du décor – deux séries de cabines de bain disposées de part et d’autre d’un espace bombé qui figure peut-être une plage et surmontées d’une balustrade-passerelle aux extrémités de laquelle se trouvent d’invisibles appartements – n’est pas d’une évidence aveuglante. Outre la gymnastique éprouvante à laquelle il oblige les chanteurs qui passent beaucoup de temps à courir d’une cabine à l’autre quand ce n’est pas à escalader l’échelle reliant l’espace inférieur à l’espace supérieur, il conserve intact son mystère : en quoi faire vivre ces demoiselles au-dessus d’un établissement de bains éclaire-t-il l’œuvre ?
Heureusement le versant vocal et musical est moins problématique. Certes, le premier chœur est brouillon et comme étouffé, mais tout est racheté au deuxième acte. L’orchestre quant à lui délivre au début une exécution simplement honnête, où les traits de virtuosité des vents manquent du velouté et des couleurs qui enchantent, et parfois trop précipités, mais les choses vont aller en s’améliorant. Thomas Rosner confirme que malgré sa relative jeunesse il maîtrise le discours mozartien dans sa complexité ; l’équilibre entre fosse et plateau est constamment juste, le geste toujours précis, la dynamique ferme sans excès. Ce chef est un vrai musicien qui s’attache à faire vivre la partition.
Chez les hommes, Nicolas Rivenq prête son élégance et son sens du théâtre à Don Alfonso. Méforme passagère ? Par instants la projection semble s’étioler et le registre grave manque de soutien. En Ferrando sensible mais un rien trop exubérant Avi Klemberg exploite avec talent une voix pleine et pénétrante ; quelques aigus un peu tendus, mais l’impression globale est d’un chant propre et stylé.
Andrea Wolf est-il à la ville un jeune homme extraverti ? Son Guglielmo semble un rôle de – bonne – composition, mais le chant souple et sonore ne laisse rien à désirer.
Quant aux victimes épinglées par le titre, elles partagent avec leurs partenaires masculins la même ardeur dans l’engagement théâtral, se dépensant sans compter pour remplir les objectifs du metteur en scène. Gabrielle Philiponet déplace fauteuils et bassine avec une énergie qui n’enlève rien au tonus de la voix, étendue et homogène à très peu près dans les graves ; elle campe sans faiblir son personnage insolent et vénal. Carine Séchaye, probablement parce qu’on le lui a demandé, est plus proche de l’hystérique que de la sensuelle prenant son pied à jouer les héroïnes tragiques, mais elle chante bien et elle est sans reproche. Quelques stridences et une tendance à chanter fort inquiètent un peu pour Fiordiligi dans sa scène initiale, mais Evelina Dobracheva parvient à contrôler sa voix longue et pleine ; hormis quelques vocalises un peu précipitées, elle sert avec honneur son rôle redoutable, aussi satisfaisante théâtralement que vocalement.
Aux saluts, de longues acclamations pour tous.
Maurice Salles
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