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MARTÍN Y SOLER, L'arbore di Diana — Montpellier

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Spectacle
29 novembre 2011
Dans l’air de son temps !

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Détails

Vicente MARTIN Y SOLER

L’arbore di Diana

Dramma giocoso en deux actes

Livret de Lorenzo Da Ponte

Création à Vienne le 1 octobre 1787

Coproduction Gran Teatre del Liceu de Barcelone/Teatro Real de Madrid

Copyright Marc Ginot

Mise en scène

Francisco Negrin

Décors

Ariane Isabel Unfried, Rifail Ajdarpasic

Costumes

Louis Désiré

Lumières

Bruno Poet

Chorégraphie

Thomas McManus

Diana

Ekaterina Lekhina

Amore

Michael Maniaci

Britomarte

Maria Hinojosa Montenegro

Clizia

Marisa Martins

Cloe

Gemma Coma-Alabert

Silvio

Charles Workman

Endimione

Steve Davislim

Doristo

Giorgio Caoduro

Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon

Direction musicale

Fabio Biondi

Montpellier, le 29 novembre 2011

 

 

Si Mozart ne l’avait pas cité dans Don Giovanni, parlerait-on encore et souvent de Martin y Soler ? Peut-être pas. Et pourtant, comme on le sait depuis sa redécouverte dans le dernier quart du XX°siècle son œuvre – et en particulier cet Arbore di Diana – a quelque chose de fascinant tant elle reflète la vie musicale de son temps. 

Pour cette comédie destinée aux réjouissances publiques à l’occasion du mariage d’une nièce de l’empereur Joseph II le librettiste, un certain Da Ponte, choisit un thème rebattu mais de circonstance, la victoire de l’Amour sur la Déesse de la chasteté, qui a un double avantage. D’abord les allusions lestes qu’il favorise chatouillent le spectateur, ensuite il permet aux auteurs de faire une cour discrète au monarque éclairé qui a imposé la fermeture des couvents.

La production présentée prend tout cela en compte. La Diana qui refuse l’amour s’habille long, mais Louis Désiré révèle par la coupe et les transparences la sensualité obstinément bridée. Ses suivantes portent un uniforme de coupe stricte, mais sont prêtes à se livrer aux premiers venus. Jusqu’aux danses de Thomas McManus qui révèlent, dans leurs enchaînements répétitifs, frustrations et obsessions. Le décor d’Ariane Isabel Unfried et Rifai Ajdarpasic dans sa nudité de murs lisses impossibles à escalader et ses panneaux en guise de mise en garde aux frontières, délimite la forteresse où Diana prétend faire régner sa loi. Les accessoires surgissant de la coulisse ou des cintres contribuent au climat de merveilleux éprouvé par les humains dans le domaine de la déesse, ou participent de la gaudriole, comme le fameux arbre. Il s’orne de pommes qui resplendissent au dessus des personnes chastes ou choient putréfiées  pour assommer les autres ; mais ses larges feuilles sont celles d’un figuier…Les lumières de Bruno Poet sont discrètes mais si l’action dramatique se précipite ou si les tourments de Diane s’exacerbent elles se chargent en couleur et en intensité.

  

La mise en scène de Francesco Negrin exploite très habilement le texte. En lever de rideau il nous fait assister au « crime » d’Endimione, anticipant le récit qu’en fera Silvio fera plus tard, en détournant la situation : le lévrier objet de tous les soins de ce dernier est devenu un de ces gros chiens à fourrure qui sont pour les adultes les substituts d’un nounours enfantin. D’autres gags liés aux accessoires dociles ou récalcitrants maintiennent le caractère comique. L’utilisation des éléments du décor lui permet ensuite de faire apparaître les personnages en fonction de leur situation, Diane en majesté ou déconfite, Amore en garnement impertinent prompt à la métamorphose, les humains en prisonniers impuissants. Quant aux allusions ou aux gestes scabreux que le livret suggère, Negrin les traite sans s’appesantir, ce qui préserve le coquin du cochon.

Cette légèreté de touche, on la retrouve dans l’interprétation vocale et musicale. Quelques changements sont intervenus dans la distribution par rapport aux représentations de Barcelone qui ont été reprises en DVD. Si Marisa Martins est la seule rescapée des suivantes de Diana, les nouvelles, Maria Hinojosa Montenegro et Gemma Coma-Alabert forment avec elle un trio de charme. Giorgio Caoduro est tout aussi convaincant que Marco Vinco dans le rôle de Doristo, le captif dont Diana n’a pas compris le donjuanisme. Les deux ténors Charles Workman et Steve Davislim reforment leur superbe duo, le timbre plus sombre du premier nouant avec celui plus clair du second une alliance délectable, prolongée par leur aisance en scène. Egal à lui-même, le contre-ténor Michael Maniaci renouvelle la performance filmée, soutenant sans faiblir le rôle long et exigeant de l’Amour ; malgré une revue à la baisse – pourquoi ? – de la fantaisie de ses costumes, son abattage scénique, ses capacités vocales et son endurance font de sa composition un événement. Dans le rôle de Diana enfin Ekaterina Lekhina s’impose ; à une voix souple et étendue dans l’aigu qui lui permet d’affronter victorieusement les airs de fureur comme de sinuer dans le cantabile elle joint un talent de comédienne qui rend crédible le déchirement du personnage, et une plastique qui suggère plus les jouissances du corps que celles de l’abstinence.

Tout ce beau monde est sous l’autorité de Fabio Biondi, qui obtient des musiciens de Montpellier, dont beaucoup l’admirent, une vie rythmique et une délicatesse des timbres bien au dessus de l’enregistrement évoqué. Sous sa direction, la partition s’anime et semble libérer tout ce qu’elle contient de réminiscences, probablement voulues, des Nozze, créées l’année précédente, qu’il s’agisse de Doristo au parfum de Figaro, du trio Amour, Silvio, Endimione, de la berceuse à Diane…mais, chose non moins surprenante, quand Diane sort du bain on croit entendre Zerlina et la leçon d’amour de Doristo sonne comme la fête chez et dans Don Giovanni, qui ne sera créé que 28 jours plus tard. Si l’on ajoute que les airs de Diana semblent littéralement préfigurer ceux de la Reine de la Nuit, qu’il y a dans le livret un homme retenu prisonnier par trois suivantes d’une souveraine, un personnage rendu muet par magie, un anneau magique qui protège son détenteur… comment ne pas penser que L’Arbore di Diana a inspiré Mozart et Schikaneder ? Ainsi ces représentations nous permettent de comprendre, par delà leur agrément, que le succès immense de L’Arbore di Diana était celui d’une œuvre en plein dans l’air de son temps !

 

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Vicente MARTIN Y SOLER

L’arbore di Diana

Dramma giocoso en deux actes

Livret de Lorenzo Da Ponte

Création à Vienne le 1 octobre 1787

Coproduction Gran Teatre del Liceu de Barcelone/Teatro Real de Madrid

Copyright Marc Ginot

Mise en scène

Francisco Negrin

Décors

Ariane Isabel Unfried, Rifail Ajdarpasic

Costumes

Louis Désiré

Lumières

Bruno Poet

Chorégraphie

Thomas McManus

Diana

Ekaterina Lekhina

Amore

Michael Maniaci

Britomarte

Maria Hinojosa Montenegro

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Steve Davislim

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