Du bel canto, enfin !

I Capuletti e i Montecchi - Paris (TCE)

Par Christophe Rizoud | ven 11 Novembre 2011 | Imprimer
 
Pas de Romeo sans Juliette. Et inversement. Chez Bellini autant que chez Gounod, c’est dans l’entrelacement des voix que s’assouvit en premier lieu la passion extatique des amants de Vérone. A cet égard aussi, la version de concert d’I Capuleti e i Montecchi proposée par le Théâtre des Champs-Elysées est une réussite, les deux protagonistes ne se contentant pas de faire leur numéro chacune de leur côté mais communiant à travers le chant et l’essence même de leur voix. Amertume d’un timbre naturellement corsé que le temps a rendu encore plus âpre pour Anna Caterina Antonacci. Acerbe, son Romeo n’en parait que mieux trempé. Non pas, comme on a pu l’entendre parfois, gandin, l’épée délavée à l’eau de rose, mais viril même si éperdument amoureux, les yeux rivés sur les mots autant que sur les notes. Chaque trait est d’ailleurs dessiné sans abus d’expression mais selon les situations, caressé, mouillé de larmes ou au contraire proféré, mordu. Ainsi ces « Barbaro » et « ti sprezzo » projetés avec aplomb dans le duel du 2e acte. La mezzo-soprano n’y concède rien au ténor, ni bravoure, ni éclat. A la justesse de l’interprétation, ajoutons tout ce qui caractérise l’art du bel canto romantique – une vocalisation habitée, des reprises ornées… –, et passons outre un aigu souvent vitriolé – mais tellement éloquent – pour à l’exemple du public réserver à la chanteuse la plus large ovation de la soirée.
 
Ce timbre amer trouve en celui, suave, d’Olga Peretyatko sa couleur complémentaire. Dans le rôle de Giulietta, la soprano russe tient toutes les promesses avancées par son récent récital chez Sony, La belleza del canto (cf. notre recension). Là encore, une maîtrise de la syntaxe belcantiste, apprise sur les bancs de Pesaro, qui nous vaut des ornementations à propos et des trilles proprement exécutés. Mais plus encore, la fraîcheur d’un chant épanoui, fouetté comme une crème, c'est-à-dire réussissant à paraître dense et léger à la fois. La plastique mais aussi l’audace que l’on a plusieurs fois soulignée, avec quelques suraigus du meilleur effet, un souffle qui rend justice à la cantilène bellinienne, une pureté de ligne et une incarnation proche de l’idéale, le tout en parfaite osmose avec sa partenaire. Que demander de plus ? Une direction d’orchestre à la hauteur des deux interprètes.
 
Evelino Pido crée la surprise en animant la partition d’une énergie inattendue. Les gesticulations qui accompagnent l’ouverture menée à un galop plus offenbachien que bellinien font craindre une vaine agitation. Spinosi aurait-il un nouvel épigone ? Mais rapidement, la conviction devient contagieuse. Aidé par un Chœur et  un Orchestre de l’Opéra de Lyon, dont on retient l’effusion mélancolique de la clarinette et du violoncelle, le récit prend vie, le drame se tend et l’œuvre que l’on a pu trouver parfois longuette devient palpitante.
 
Dans son aria di sortita, le Tebaldo de Juan Francisco Gatell, sans doute intimidé, se montre à court d’imagination, avare d’aigus et ingrat de timbre. La scène du duel le présente mieux à son avantage. Le Capello de Giovanni Battista Parodi s’emploie à malmener la ligne plus souvent qu’à son tour. Carlo Cigni en Lorenzo rachète par sa présence vocale les insuffisances de ses partenaires masculins. Qu’importe ! Antonacci, Peretyatko et Pido, au sommet de leur art, suffisent à faire triompher le bel canto.
 

 

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