Du bon et du moins bon

Duetti Buffi - Bad Wildbad

Par Maurice Salles | sam 24 Juillet 2010 | Imprimer
Intéressant à plus d’un titre, ce concert : non seulement par le programme, par la personnalité des interprètes, mais comme aussi révélateur : le Festival Rossini de Bad Wildbad, dont la permanence devient chaque année plus difficile à assurer dans un contexte local et international de crise financière, doit chercher des formules propres à attirer le public.
 
Réunir Bruno Pratico et Lorenzo Regazzo dans un programme de duos comiques était jouer gagnant. Le premier de ces duos, extrait du Matrimonio segreto, réunit Geronimo, le commerçant enrichi, et le Comte, noble désargenté, dans la scène du marchandage où le second propose au premier d’en rabattre sur la dot pourvu qu’on lui donne en mariage la fille cadette et non l’aînée, comme prévu. Le deuxième tiré de L’inganno felice confronte Batone, l’ancien bourreau d’une femme qu’on lui avait ordonné de noyer, et le sauveur de la malheureuse, Tarabotto, dans un échange où chacun s’efforce de tirer les vers du nez de l’autre sous de feintes protestations d’amitié. Le troisième met en présence le mari et le soupirant turc de Fiorilla dans la scène où Selim propose à Geronio de lui acheter sa femme, et projette, devant son refus, de la lui voler, ce qui déclenche une série de menaces réciproques en escalade bouffonne. Après l’entracte, avec la quatrième scène du deuxième acte d’ Un giorno di regno, voici l’affrontement entre le baron de Kelbar et le trésorier La Rocca, consécutif à la décision du premier de ne plus donner sa fille en mariage au deuxième, qui le provoque en duel. Dernier duo au programme, la scène où Malatesta feint de découvrir la conduite scandaleuse de sa prétendue sœur et s’engage à seconder Don Pasquale dans l’exécution du plan destiné à confondre Norina. Programme auquel s’ajoutèrent deux bis : la scène où Dandini révèle peu à peu à Don Magnifico qu’on l’a mystifié, déclenchant la fureur de ce dernier, et une reprise du duo de Don Pasquale.
 
Vocalement très en forme et maîtres de leur technique, les deux artistes, qui avaient déjà l’un et l’autre et parfois l’un avec l’autre interprété presque tous ces personnages, ont démontré quelles bêtes de scène ils sont tous deux. On ne surprendra personne en disant que Lorenzo Regazzo est plus sobre que son partenaire, dont l’exubérance des mimiques va jusqu’aux limites de l’excès, mais l’honnêteté nous oblige à dire que le public ne partage manifestement pas nos réticences et s’amuse bruyamment. Ainsi il ne tient pas rigueur à Bruno Pratico de rester souvent auprès de son pupitre pour consulter la partition, alors que le concert gagnerait en agrément si les deux chanteurs avaient la même désinvolture scénique. D’autant qu’ils expriment à merveille le répertoire des mauvais sentiments liés aux situations de conflit, ouvert ou larvé, exploitées dans ces duos et que la rencontre des deux voix ajoute au plaisir des situations comiques.
 
Aussi ne serait-on pas loin de partager l’euphorie générale si, outre les numéros vocaux, le programme n’eût compté trois ouvertures. Si celle du Matrimonio segreto se déroule sans anicroche, les fausses notes des trompettes entachent celle du Turco in Italia, déchaînant la colère d’un Antonino Fogliani visiblement ulcéré. (Cet incident nous ramène donc au problème du poids croissant des critères économiques dans le choix de l’orchestre, et aux limites du raisonnable dans la charge de travail qui lui est demandée.) Mais le public réjoui est bon prince et après les bis le concert s’achève en standing ovation sans discrimination. La reconnaissance des zygomatiques !
 

 

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