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Grande soirée opéra : Lise Davidsen — Paris (Gaveau)

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Spectacle
12 octobre 2022
Singulière beauté

Note ForumOpera.com

3

Infos sur l’œuvre

Détails

  • Giuseppe Verdi

    I Vespri Siciliani, ouverture

    Un ballo in maschera, « Ma dall’arido stelo divulsa »

    Don Carlo, « Tu che le vanità »

    Nabucco, Overture

    Otello, « Ave Maria »

    Carl Maria von Weber

    Der Freïschütz, ouverture

    Der Freischütz, « Leise, leise »

    Richard Wagner

    Die Walküre, « Du bist der Lenz »

    Die Meistersinger, Prelude Act III

    Tannhäuser, « Dich, teure Halle »

    Soprano

    Lise Davidsen

    Orchestre Appassionato

    Direction musicale

    Mathieu Herzog

    Paris, Salle Gaveau, 11 octobre 2022

Son seul nom évoque à ceux qui ont déjà eu le privilège de l’entendre, une voix opulente, riche en harmoniques, au timbre d’une grande beauté, un médium solide, des aigus lumineux, un suave phrasé, et des graves profonds aux multiples couleurs. Et pourtant,  le concert de ce soir n’a pas fait salle comble même si Lise Davidsen s’est produite devant un parterre d’admirateurs enthousiastes qui savent, à juste titre, apprécier ce talent hors norme et lui ont réservé une ovation. L’artiste ne semble toutefois pas retenir ici autant l’attention qu’à l’étranger, ce dont on peut s’étonner. Elle est en effet largement absente des grandes scènes françaises. Est-ce le choix d’un répertoire exigeant qui, pour son jeune âge, la fait déjà apparaître comme une « chanteuse pour connaisseurs »  et la tient ainsi hors du giron des artistes les plus en vue ? Sa voix plus imposante la rend-t-elle moins attractive que celles de certaines sopranos plus lyriques qui ont dominé au cours des dernières décennies  le même répertoire ? La singularité des talents hors norme trouvent parfois difficilement son chemin, même si elle gagne le cœur du public.

Et pourtant, la richesse vocale, l’intégralité et la sobriété de ses interprétations, doublées d’un naturel désarmant qui la tient loin des écueils de la posture de la diva, confèrent aux  prestations de Lise Davidsen une grande profondeur. Son art la rapproche d’ailleurs d’une Kirsten Flagstad dans Wagner dont elle marche sur les traces, après des premiers pas dans Elisabeth à Bayreuth triomphaux et suit de très près  celles de Nina Stemme, autre artiste rare, que l’on ne voit guère dans nos contrées. Et hier soir à la Salle Gaveau (très inspirée de l’avoir conviée), Lisa Davidsen a une fois de plus montré la plénitude de son talent. La chanteuse dispose d’une voix grandiose qu’elle manie avec une musicalité prudente et une technique sans faille. L’auditoire est resté, au cours de cette soirée, bien souvent bouche bée, collé à son siège, saisi par cette voix gigantesque qui aurait mérité une plus grande salle pour en apprécier davantage toute la dimension.

D’emblée, Lise Davidsen place la barre très haut dans le répertoire verdien. Elle en impose et illumine de son timbre l’air « Tu che le vanità » de Don Carlo et « Ma dall’arido stelo divulsa » de Un Ballo in Maschera. Elle montre ici un goût  évident pour le répertoire italien (même si sa diction reste à parfaire) au point d’ailleurs de gratifier le public d’un bis inattendu avec un « Vissi d’Arte » sorti de nulle part et qui a fait chavirer le public (projette-t-elle Tosca dans un avenir proche ?) Elle n’est pourtant pas aidée par la direction de Mathieu Herzog, à la tête de l’Orchestre Appassionato, qui ne cesse de s’illustrer dans une débauche de son sur mode à la fois troppo fortissimo et troppo veloce peinant à trouver un juste équilibre dans le verbe verdien, certes endiablé, mais néanmoins contrebalancé par un soyeux drapé lyrique. On aurait ici souhaité musicalement plus de nuances, ce que Lise Davidsen a su quant à elle parfaitement insuffler à son chant charnu et opulent.

Les extraits d’opéra de Verdi forment d’ailleurs une première partie judicieuse allant des tourments de l’âme d’Elisabetta et d’Amelia à l’infinie douceur de Desdemone. Un decrescendo des émotions négocié à la perfection par Lise Davidsen. On l’attendait dans l’« Ave Maria » d’Otello, qui requiert plus de nuances que de puissance, et à cet égard l’artiste nous a éblouie.  Le timbre a une beauté froide mais elle sait le teinter de chaleur pour remplir magnifiquement une phrase. Sa Desdemone  a conscience de vivre ses derniers instants, mais assume ici un destin qu’elle sait fatal avec une béatitude lumineuse. Ses pianissimi d’une clarté absolue cloueront le bec à ses détracteurs. Et oui, on peut être doté d’une voix bigger than life et chanter avec subtilité. Ce don va ici de pair avec la maturité, l’honnêteté et l’intégrité de l’approche de l’artiste.

Mais Lisa Davidsen est encore meilleure dans la seconde partie du concert dédiée au répertoire allemand : Der Freischütz de Weber dont elle domine le « Leise, leise » et Wagner, dans le répertoire duquel elle est incontestablement dans son jardin. Dans Die Walküre, on s’émerveille de la voix, de sa grandeur, de sa concentration et de son assurance. Inutile de savoir gérer son énergie quand on semble en être une source inépuisable. A l’aise dans l’intime comme dans l’éclat, la chanteuse joue dans l’émotion d’abord impérieuse, puis tendre, de ses aigus d’acier. Dans « Dich, teure Halle » de Tannhäuser, elle s’illustre par une maîtrise souveraine des demi-teintes, une projection de voix emplissant une palette de couleurs d’exception. Elle est ici  secondée plus efficacement par la direction de Mathieu Herzog, qui cale ses tempi dans le sillage vocal de cette artiste hors norme. La Norvégienne n’a que 35 ans et semble déjà porter très haut l’avenir du chant wagnérien. On sent poindre en elle une Isolde de stature mythique. N’en déplaise à certains, la singularité est une force… et une inextinguible flamme.

 

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    Don Carlo, « Tu che le vanità »

    Nabucco, Overture

    Otello, « Ave Maria »

    Carl Maria von Weber

    Der Freïschütz, ouverture

    Der Freischütz, « Leise, leise »

    Richard Wagner

    Die Walküre, « Du bist der Lenz »

    Die Meistersinger, Prelude Act III

    Tannhäuser, « Dich, teure Halle »

    Soprano

    Lise Davidsen

    Orchestre Appassionato

    Direction musicale

    Mathieu Herzog

    Paris, Salle Gaveau, 11 octobre 2022

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