Le pied !

La Botte secrète - Paris (Athénée)

Par Christophe Rizoud | ven 16 Décembre 2011 | Imprimer
 

Les Brigands fêtent cette saison leurs dix ans. On s’en frottait les mains d’avance, se remémorant les meilleurs millésimes d’une production qui voit chaque fin d’année à l’Athénée puis en province une ou deux opérettes oubliées retrouver le chemin de la scène. La Botte secrète nous semblait précisément faire partie de ces gemmes dont la compagnie musicale, créée en 2001 par Loïc Boissier, sait raviver l’éclat. Claude Terrasse, connu pour avoir composé la musique de scène d’Ubu roi, fut un élève de l’école Niedermeyer comme Fauré ou Saint-Saëns. Son sens de la dérision en fait l’un des rares successeurs d’Offenbach. Franc-Nohain est l’auteur de plusieurs livrets burlesques dont L’Heure Espagnole. On doit déjà aux deux hommes Au temps des croisades, un opéra-bouffe en un acte dont la reprise en 2009, par Les Brigands déjà, nous avait valu une franche partie de rigolade. (voir recension). C’est dire si l’on ne pensait pas s’ennuyer. Et pourtant, la première demi-heure de cette Botte secrète tire en longueur. Défaut de fabrication ou rythme à trouver (nous sommes le soir de la première) ? L’histoire du prince de Comagène dont un malotru a laissé son empreinte de pied gigantesque sur le postérieur, peine à intéresser. Trop absurde ou pas assez… Nouveau venu dans l’univers des Brigands, le metteur en scène Pierre Guillois place de façon ingénieuse la boutique de M. Edmont, le chausseur, dans un sous-sol. Les portes ne claquent pas mais on monte et on descend ; ça revient au même. La direction de Christophe Grapperon, toujours très engagée, et la réduction de la partition par Thibault Perrine, aussi intelligente soit-elle, ne suffisent pas à tirer l’ouvrage vers le haut. La musique parait pauvre et l’orchestre sonne maigre. Chaque numéro tombe à plat devant une salle muette. Le four ? Non, le pied ! Car arrive le duo « Tout à l’égout » et le plateau s’anime, la fosse aussi. On s’intéresse enfin à cette affaire de chaussures et de pointures. Le public sourit, rit puis applaudit à tout rompre. La partie est gagnée. L’interprétation comme toujours appelle peu de reproches – nos chanteurs restent d’excellents acteurs. On pourra cependant trouver la diction de bon nombre d’entre eux trop relâchée. Si les répliques chantées ne font pas plus mouche, c’est souvent parce qu’on ne les comprend pas.

 

Le gâteau d’anniversaire aurait semblé chiche s’il n’avait été suivi d’une revue musicale jubilatoire. Quatorze extraits d’opérettes enchainés en un seul tableau forment un spectacle à part entière qui rachète largement le goût de trop peu laissé par La Botte secrète. En même temps que l’on retrouve certains des artistes qui ont marqué les productions des années précédentes, on renoue avec la fantaisie qui a fait de Ta bouche l'un des meilleurs spectacles comiques de ces dernières années. « Non, non jamais les hommes » apparaît désormais un peu tendu pour la toujours très musicale Emmanuelle Goizé mais l’esprit est là, sans parler de l’allure et de la silhouette. Découverte dans Phi-Phi (voir recension), Lara Neumann en un seul couplet de la chalcographie (mais pourquoi un seul, on aurait voulu les deux ?) démontre qu’elle est le meilleur élément vocal de la compagnie. Sa Félicie, campée en quelques mesures, n’a rien à envier à Arletty dont on pensait pourtant l’interprétation inégalable. Olivier Hernandez à tout le style requis « Pour bien réussir dans la chaussure ». Même Christophe Crapez que l’on avait trouvé un peu terne auparavant en Prince de Comagène, fait valoir dans le finale de Barbe Bleue une virtuosité réjouissante. Mais au-delà des individus, c’est une fois de plus l’esprit de troupe qui prévaut : des ensembles en place musicalement et scéniquement – le chœur des mannequins de Nelly, celui des bijoutiers du Diable à Paris –, une chorégraphie réglée comme une montre suisse. Puis entre les artistes, une complicité de chaque instant, une joie de vivre, de chanter, de danser qui devient vite communicative. Un peu d’impertinence et d’insouciance, beaucoup d’humour, le tout en musique. On signe pour dix ans encore.

A l'affiche jusqu'au 8 janvier 2012 (plus d'informations)

 

 

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