Meli mène la danse

Un Ballo in Maschera - Parme

Par Antoine Brunetto | dim 09 Octobre 2011 | Imprimer
 

 

Un beau triomphe accueille le tomber de rideau de ce Ballo in maschera parmesan qui oscille entre tradition et modernité.

 

La production, ultra classique, ne restera pas dans les mémoires. Non qu’elle soit laide, au contraire. Le programme aurait pu nous mettre la puce à l’oreille, en indiquant une mise en scène de Massimo Gasparoni, sur une idée de Pierluigi Samaritani, décorateur de son état. De fait, le spectacle tourne au tour de force illustratif. On retient en priorité le palais du début du premier acte avec son majestueux escalier dont les tons sombres font ressortir des costumes au luxe inouï et aux couleurs vives. Francesco Meli commence ainsi la soirée en bleu roi pour terminer en jaune poussin ! La scène du gibet pourrait, elle, être le cadre d’un film d’horreur, déclinant arbres torturés et croix renversées se détachant à peine dans un brouillard mouvant. Enfin dans la demeure de Renato à l’acte trois, nous nous retrouvons chez Vermeer : un intérieur cossu orné de lourds draps de velours rouge et d’instruments anciens, baigné d’une douce lumière filtrant au travers de grandes fenêtres côté jardin. Rajoutez à cela une foultitude de figurants et une direction d’acteurs bien peu pointue et vous aurez une idée de cette production très esthétique mais au traditionalisme bien désuet.

A la baguette, Gianluigi Gelmetti semble de son côté vouloir échapper à tout prix à la routine. Sa direction très vivante, aux accélérations intempestives (dès l’ouverture prise à vitesse supersonique), oublie parfois en route poésie et chanteurs : la pauvre Amélia en perd le fil de sa vocalise dans son « Morro, ma prima in grazia ». Lors d’accalmies, il laisse respirer un orchestre du Teatro Regio aux sonorités séduisantes, notamment les cuivres et un violoncelle enchanteur dans l’introduction de ce fameux « Morro ».

De la belle et jeune distribution (et crédible scéniquement) réunie pour cette matinée, ressort le Riccardo de Francesco Meli. Au lendemain de son Requiem au pied levé (voir notre compte rendu) il ne laisse à aucun moment deviner la moindre fatigue vocale pour cette prise de rôle. Le ténor que nous avions laissé au rayon Rossini (à Pesaro notamment) et bel canto romantique(on se souvient de son Elvino aux côtés de Natalie Dessay et plus récemment son Percy aux côtés d’Anna Netrebko) revient en force dans un répertoire verdien qui semble lui convenir à merveille aujourd’hui. Le premier acte le voit un rien prudent dans « La rivedra nell’ estasi », mais il surmonte rapidement sa nervosité pour laisser s’épanouir une voix puissante et robuste. Les aigus sont parfaitement assurés. De son passé rossinien, le chanteur a gardé une certaine agilité, mise à profit dans « E scherzo od è follia ». C’est pourtant par les élans, le legato et le dramatisme de sa romance « Ma se m’e forza perderti » au troisième acte, qu’il achève de nous conquérir.

Pour son ami Renato, les organisateurs du Festival Verdi ont joué la carte de l’expérience en choisissant Vladimir Stoyanov (qui alterne dans le rôle avec Carlo Guelfi). Le chanteur est ovationné après un « Eri tu » dans lequel il jette toutes ses forces (il ne semble pour autant pas peiner à la fin du spectacle) : en vrai baryton verdien il soigne la ligne. On pourra seulement lui reprocher un certain manque de mordant ; nous sommes ici en présence d’un Renato affaibli mais oh combien émouvant.

Serena Gamberoni est un étonnant Oscar, à mille lieues des rossignols habituels : sans sacrifier aucunement la ductilité ou les coloratures, la jeune chanteuse italienne captive par son soprano épanoui, au son large et bien projeté.

On retrouve une certaine tradition avec l’Ulrica d’Elisabetta Fiorillo : les graves, poitrinés à l’excès, font leur petit effet dans le « Re dell’abisso ». La mezzo peut également compter sur un aigu solide. Le problème réside dans le fait qu’entre les deux le medium est sérieusement malmené faute de cohérence des registres : en découlent une projection moindre et des défauts de justesse.

La performance de Kristin Lewis, qui avait enthousiasmé en Aida à Masada il y a quelques mois, laisse, elle, une impression contrastée. La soprane américaine a de beaux atouts, au premier rang desquels des graves ronds jamais forcés et des aigus d’une autorité et d’une justesse admirables. Le rôle ne la met cependant pas toujours en valeur : la ligne est parfois malmenée du fait d’une souplesse insuffisante, et la zone de passagio, un peu tendre, est très sollicitée par l’écriture vocale. Quelques allègements bienvenus laissent cependant entendre la moirure d’un timbre corsé qui nous donne envie d’entendre la chanteuse dans d’autres conditions.

Deux basses peu fréquentables - l’un, Silvano (Filippo Polinelli), ne passant pas l’orchestre, l’autre, Tom (Enrico Rinaldo), charbonneux à l’excès - ne viennent cependant pas ternir l’impression excitante laissée par cette équipe à la jeunesse enthousiaste et aux affinités verdiennes incontestables.

 

 

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