Norina version Viardot

Don Pasquale - Vicence

Par Maurice Salles | dim 06 Juin 2010 | Imprimer
 
Gaetano DONIZETTI(1797-1848)
 
Don Pasquale
Dramma buffo en trois actes
Livret de Giovanni Ruffini
Première représentation 3 janvier 1843 Paris Théâtre des Italiens
 
Reconstitution de la version pour mezzo-soprano
En collaboration avec la Fondation Donizetti de Bergamo
 
  
Mise en scène, Francesco Bellotto
Dècor, Massimo Checchetto et Serena Rocco
Costumes, Carlos Tieppo
 
Don Pasquale : Loenzo Regazzo
Malatesta : Gabriele Nani
Ernesto : Emanuele d’Aguanno
Norina : Federica Carnevale
Un notaro : Yiannis Vassilakis
 
Orchestre de Padoue et de la Vènètie
 
Chœur Dodecantus
Chef de chœur, Marina Malavasi
 
Direction musicale, Giovanni Battista Rigon
 
Vicenza, Teatro Olimpico, 6 juin 2010
 

 
Après Venise, Rome et Naples, les Semaines musicales de Vicenza passent cette année par Paris, où nombre de musicien italiens, Donizetti entre autres, vinrent chercher gloire et fortune. Pour élaborer des programmes sortant des sentiers battus, Giovanni Batista Rigon, le directeur musical de la manifestation s’évertue à dénicher des œuvres rares ou des versions inédites de grands titres du répertoire. Cette année, la curiosité à découvrir, à l’occasion du centième anniversaire de la mort de Pauline Viardot, est un Don Pasquale où Norina est mezzo-soprano, ainsi que l’illustre cantatrice se plut à l’interpréter à Berlin en 1847.
 
C’est toujours un défi recommencé que monter un spectacle au Teatro Olimpico dans la mesure où le classement de la perspective urbaine signée Palladio qui occupe la scène  interdit à la fois l’installation d’un décor  qui la masquerait ou s’y appuierait et le moindre déplacement interne. Prenant acte de ces contraintes, usant d’éléments mobiles – paravents, échelle, diable, socles, banquette -  Massimo Checchetto et Serena Rocco font de l’étroit rectangle disponible pour le jeu théâtral la grande galerie d’un musée où vaquent personnel et visiteurs et où, dissimulé aux regards des visiteurs, se trouve le laboratoire de Don Pasquale. Est-il simple conservateur ou propriétaire ? La mise en scène ne le dit pas mais Francesco Bellotto donne au personnage une existence : quand il n’est pas absorbé par une restauration délicate, il veille avec un soin jaloux sur la collection de statues féminines dénudées. Autoritaire et maniaque, comme on peut déjà le déduire de ses rapports avec les employés du musée, sujet à des problèmes de santé qui impliquent l’utilisation d’un siège spécial, avec des faiblesses de vieil enfant vicieux, il ne pourra rien contre l’intrigant Malatesta, dont la jeunesse fait l’allié d’Ernesto. Entre ce dernier qui se la joue rock star et Norina fashion victim, le vieux débris n’a pas la moindre chance. Il assistera impuissant et désespéré au bouleversement de son univers, laboratoire supprimé, statues mutilées ou « revisitées » au nom d’un gout du jour qui archaïse le sien et fait de lui un vestige parmi d’autres. Les troupeaux de visiteurs se succèdent, les ados s’affalent sur les banquettes, les piqueniqueurs s’étalent et les tags des « artistes » vandalisent les statues. Ainsi va la vie.
 
Cette conception qui dramatise un tant soi peu l’ouvrage de Donizetti correspond à la lecture de Giovanni Battista Rigon. Les tempi volontairement ralentis surprennent d’abord, mais la cohérence de la vision est indiscutable. Don Pasquale devient le représentant de valeurs aujourd’hui menacées plus que jamais par l’indifférence d’une génération pour laquelle la culture n’est plus un trésor à conquérir et un patrimoine à conserver mais le reliquat désuet d’une époque révolue. A l’oreille on perd de l’acide gaité des déhanchements rythmiques ici assagis, on gagne une mélancolie discrète et chantante à laquelle on n’échappe pas. Le climat est installé dès l’ouverture, où l’orchestre, bien que composé pour la circonstance, démontre cohésion et précision, avec une section de vents particulièrement brillante et des cordes capables de séduisantes subtilités. Il ne faiblira pas jusqu'au finale où la version Viardot reconstituée donne à entendre un rondo billant en forme de valse tiré de l’opéra The maid of Artois du compositeur anglais Balfe, donné à Londres en 1836 avec en vedette Maria Malibran, l’ainée des sœurs Garcia.
 
Si l’Ernesto d’Emanuele d’Aguanno, probablement handicapé par le trac, convainc plus scéniquement que vocalement, le Malatesta vaguement ruffian de Gabriele Nani ne manque pas d’aplomb et il chante fort bien, se tirant avec les honneurs du duo qui met à l’épreuve sa rapidité dans le chant syllabé, mais la voix semble petite même dans l’espace mesuré du Teatro Olimpico. Federica Carnevale, mezzo soprano clair, comme devait l’être Pauline Viardot, qui pouvait dans sa jeunesse chanter la Desdemona de Rossini, s’acquitte avec honneur du rôle de Norina ; si la voix n’est pas de celles qui vous captivent au premier moment elle est bien conduite et s’épanouit victorieusement dans le rondo final. Ces jeunes chanteurs sont probablement stimulés par le Don Pasquale de leur ainé Lorenzo Regazzo, qui quinze ans après une première approche à Lausanne retrouve le personnage. Grimé juste assez pour satisfaire à la décrépitude supposée, passant d’une tenue de travail stricte à un habit de cérémonie avant d’apparaitre dépenaillé, - les costumes de Carlos Tieppo contribuent à moderniser les personnages tout en exprimant leur personnalité -  il prête à Don Pasquale une épaisseur où affleurent perversion et fétichisme, selon les compositions théâtrales dont il a le secret. Dans une forme vocale olympique – pardon – il subjugue aussitôt par la variété des inflexions, la clarté de l’émission, la netteté des agilités, la justesse de l’expression, l’équilibre entre ridicule et pathétique, autant de qualités qu’on lui connaissait et qu’on retrouve tout entières avec bonheur.
 
L’écrin du Teatro Olimpico ajoute à ces représentations une plus value qui attire un public international.  Cependant l’exigüité de la fosse et les dimensions du théâtre imposent des limites. Elles son atteintes avec ce Don Pasquale en termes d’effectif orchestral et de saturation sonore, celle-ci liée en partie à l’utilisation d’instruments modernes. L’ouverture récente d’un nouveau centre de spectacles pourrait offrir la possibilité d’élargir le répertoire proposé. Les semaines musicales de Vicenza devraient donc réserver encore de belles surprises.  
 
Maurice Salles

 

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