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Castor et Pollux - Berlin

Par Thierry Bonal | dim 11 Mai 2014 | Imprimer
 
Il est parfois surprenant de découvrir que des œuvres lyriques réputées, telles que Castor et Pollux, n’ont jamais été données à Berlin. En effet, Jean-Philippe Rameau est particulièrement négligé dans cette capitale lyrique dotée de trois maisons d’opéra. Reconnaissons donc à Barrie Kosky (directeur artistique de la Komische Oper Berlin) et metteur en scène de cette production (en collaboration avec l’English National Opéra de Londres), le mérite d’avoir fait entrer cette parcelle de patrimoine musical français au répertoire berlinois.
Toutefois il est navrant de constater que cette production n’est pas à la hauteur des attentes que l’on peut avoir compte tenu de l'évènement. On retrouve sur scène l’univers cher à Barrie Kosky, c’est-à-dire une absence de décor (toute l’action se situe dans une grande boîte vide posée sur la scène), que seuls les costumes de Katrin Lea Tag teintent d’intemporalité. Le quotidien en sous-vêtements (nuisette quand tu nous tiens !) côtoie un soupçon de féerie (les masques des personnages gardant la porte des enfers ou le Mercure ailé).
Le caractère réellement marquant de cette mise en scène se situe dans la violence avec laquelle les enjeux de ce quatuor amoureux sont traités. La précipitation des déplacements des chanteurs qui se cognent avec fracas contre les parois de la caisse n’a d’égal que la violence des bagarres sanglantes entre les prétendants. Les ballets, quant à eux, trouvent leur place dans le piétinement des choristes derrière un écran qui ne laisse voir que le bas des corps…
Ce qui est regrettable c’est que le traitement musical fait écho à cette brutalité. Sous la baguette de Christian Curnyn, l’orchestre de la Komische Oper Berlin, en formation réduite, aborde cette partition baroque sans nuance ni subtilité. La raison majeure provient d’une sonorisation et d’une amplification du travail orchestral créant une réverbération désagréable et obligeant les chanteurs à forcer leur voix.
Nicole Chevalier (Télaïre) et plus encore Annelie Sophie Müller (Phébé) ont précisément des émissions très tendues qui accentuent le caractère dramatique des évènements, tandis que la basse de Günter Papendell (Pollux) parvient à conserver un phrasé profond et moelleux. Le ténor Allan Clayton (Castor) est nettement moins convaincant avec un chant tendu et fragile. Les seconds rôles et notamment le Mercure d’Aco Aleksander Biscevic apportent des moments d’accalmie par leurs interventions plus retenues face au déferlement des forces en présence.
Espérons toutefois que cette production fasse sortir Jean-Philippe Rameau de l’ombre dans laquelle il était resté jusqu’alors et que ses œuvres trouvent leur place dans le catalogue baroque proposé par les scènes lyriques berlinoises.
 
 

 

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